CHAPITRE XX
Coap de maio manqnë sur Avih. — Vie des prisonniers
respectée.
Un jour de l'hiver de iSio ( !^8 février ) qu'il neigeait avec force, un parti de plus de quatre cents chevaul arriva sur mes avant-postes , par la route de Villa Castin , pendant que presque toute ma garnison était en campagne pour des recouvremens d'une grande urgence; A l'exception de quelques vieillards, de mes gardes et des ouvriers de Royal-Étranger , U me restait à peine trente soldats disponibles. Le premier poste avancé , confié , ce jour-là , forcément au 1 ^ de ligne espagnol , était accroupii autour du feu, dans une maisonnette qui lui servait de corps-de-garde, et fut entouré de suite; il n'aperçut l'ennemi que pour se déclarer compatriote, déposer lâchement ses armes, et donner tous les renseignemens nécessaires à la surprise de la place, La sentinelle placée à la tour de la cathédrale, voyant à peine les toits, ne put
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donner le signal d'alarme; ainsi, favorisé par ces renscignemens autant que par la neige qui continuait à tomber, l'ennemi déboucha sur la place du fauboui^ , où se tenait ordinairement le marché , répondit France au cri du factionnaire, et, pendant qu'une partie se dirigeait vers la porte du Rastro , il allait pénétrer dans la demi-lune qui couvrait la porte de la Milice, si un sergent de l'artillerie française., nommé Grosot, n'eût, de son chef, fermé aussitôt la barrière , arraché le fusil de l'indblcnte sentinelle , et fait voler la mort daiis la colonne ennemie, ^ui répondit à l'instant par lé feu de ses carabines.
La garde étant accourue , défendit roûvrage avancé , pendant que l'alarme se répandait et faisait accourir de toutes parts les officiers , les employés et tous lés braves restés dans la place. En même temps que je faisais sortir le capitaine Porster avec ses ouvriers, j'attaquai l'ennemi en flanc , à la faveur de la neige , avec ma garde seulement. Les grenadiers espagnols
qui la composaient allaient tirer en l'air, lorsque, saisissant moi-même ïe fusil de l'un d'eux, je blessai le cheval de Garrido , l'un des chefs (*).
(*) Ce Garrido était le domestique de Morales dont il
a été parlé plus haut ( chapitre xviii ).
DU GiNÉ&AI HUGO. I27
Le feu des retrancheméns et des tours cràielées, contre* lesquels là cavalerie était impuissaûfe^ le sou de la charge, battue par les deux soitieir, ne tarda point à obliger reonemi à la retraite ; et cette retraite ne se 'fit pas sauis perte de sa part, car i} laissa auteur de nous ses morts et un de ses officiers fli grièvement blessé, que , ne pouvant remporter, il le déposa dans la maison d'un particulier.
Ce blessé , s'attendant à la mort s'il était découvert avant que ses chefs ne renvoyassent ehei*cher pendant la nuit , comme ils lui en iâv^iént fait la protncsse, pria ses hôtes de le cacher de lent mieux ; mais, ayant appris cet événènâfént presque aussitôt, après l'^oignem^it c}erennètai,îe chargeai la fainille qui avait teqn cet officier de le faire apporter chez moi, ce qu'elle n'hésita point à faire, persuadée que je tiendrais mes promesses, et qu'il n'en résulterait rien que d'avantageux pour lui. EUç fut en effet témoin des soins que je lui fis prodiguer, tant par les personnes de ma maison que par M. le docteur Gard, chirurgien-major de Royal-Étranger. L'ennemi sut, quelques heures après, que cet officier , auquel ses camarades portaient un très vif intérêt, était à Fhôpital de ce régiment, dans une chambre séparée, bien soigné, bien traité, et sans aucune espèce de crainte de notre part.
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Déjà les paysims avaient rassuré les chefs stir le sort de cet officier, et leur avaient même persuadé que je ne lui laisserais faire aucun mal si je le découvrais : la nouvelle qu'on leur apporta pendant la nuit de natce conduite humaine et politique , leur fit un plaisir, infini , et les détermina aussitôt à m'écrire une lettre de remerciemens , qu'ils terminèrent par la promesse d*imiter à l'avenir l'exemple que je venais de leur donner, et d'accorder quartier à tous les individus qui tomberaic^nt ei^re leurs mains ; ils desiraient , disaiqnt-ils , pour le bonheur de l'humanité, que cet exemple s'étendit sur toute la Péninsule. Nous remarquâmes effectivement que , depuis cett« époque , la guerre commença dans la Yieille-Castille à se faire selon les lois reconnues par les nations policées.
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DU Gimimkz dugo. idg