‹ Mémoires du Général HugoChapitre 52 sur 95 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Ressources. — Cloches. — Ennemis secrets. — Rëtablissemeot de la Société des Amis du Pays. — Voyage k Madrid. — Défaite de la guérilla d'Avril.

Pendant les mois d'avril et de mai (i 810) que je restai à Ségoyie, il ne se passa dans la province , ni dans le reste de mon gouvernement , rien d'important que ce que je viens d'exposer.. Les convois ^ mieux escortés , ne furent point attaqués; aucune estafette, aucun officier d'ordonnance , aucun courrier de la malle , ne tomba entre les mains de l'ennemi ; et, dérouté par des mesures imposantes , celui-ci s'éloigna des communications. La guérilla d'Avril , homme esti* mable par quelques bonnes qualités , fut poursuivi plusieurs fois, mais eut soin d'éviter le choc terrible des chevau-légers.

Malgré l'occupation que me donnaient les mesures nécessaires pour pacifier, autant que possible, mon gouvernement, je trouvai encore assez de temps , dans ces deux mois , pour créer

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quelques ressources dans la province. Le premier régiment de la brigade irlandaise était régulièrement soldé, et j'avais en outre formé deux compagnies franches d'infanterie qui , par la suite, formèrent le noyau du régiment espagnol de Soria, 4* ^^ ligi^^» dont le premier colonel fut mon frère Louis.

Mais quand , pour les intérêts du prince que Ton sert , on ne yoit que le devoir , lorsqu'on en suit les règles avec zèle et désintéressement , souvent on se crée des ennemis secrets , et ces ennemis , qui , en raison des travaux que le dé-i vouement au souverain impose à tout suje^ fidèle , sont plus libres de diriger leurs manœuvres perfides, ont aussi le pouvoir de nuire avec plus de facilité et de succès.

Une opération de finances , avait rendu une compagnie composée de spéculateurs français , et sans doute aussi de quelques associés espagnols, adjudicataire de toutes les cloches des couvens supprimés, à raison d'un réal par livre de métal encore suspendu. Un jour que la solde manquait aux corps nationaux , je fis appeler le directeur de la monnaie , et lui demandai comment il se faisait que , pour la première fois , il se trouvât dépourvu de billon. Ce fonctionnaire me répondit qu'il avait en vain tenté , au-* près de l'agent de la compagnie, adjudicatai^ra

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des cloches, des déinarcfaes. pour avoir du mé^ tai , que j qiioiqtl'il sût fort bien que ce lïiétal avait été vendu à un iréal la livré , il en avait ofrert quatre réaux et demi (*) j baais que Tagent dé teetté colnpagnie. n'avait pas voulu en livrer à moins dis cinq réaux.

Croyant emporter, par déférence , dé l'agent jRraiiçàië ce qvte lé directeur de la monnaie n'atait pu c^tènlr jpar ses offres raisonnables, je fis à{)j[^éler cet agent, et je lui renouvelai les propositions équitables qui venaient de lui être faites; thàiâ je lé trouvai tellement intraitable, que je lUi promis de rendre comj^te au roi du

{*) Plus d'un franc la centinies; et le dit«cteur de$ monnaies devait y trouver encore quelque avantage pour TJbt^t. Cependant , quoique beaucoup de cloches continssent une quantité considérable d'argent, Taajudication s'en était faite à un réal la livre ( 25 centimes}. Le marcné eut éï'é tbléràble dans l'état de trouble où se trouvait l'E^i^agàé, si la c'onipagnie adjîidicatairé eût tovaii dès riàques; itUais elle était loin d'en redouter auouù f puisqu'elle ne devait payer de métai qu'autant qu'elle eu pourrait enlever. Toutes les cloches suspen* dues dans les couvens faisant partie dé sa soumission , on ne pouvait en faire enlever une seule , pour la livrer ' à la monnaie, sans la lui payer : et, forcément alors, il fallait se pàssc^ de cûiVre, ou le payer au ^rbc fixé par l'agent de la compagnie.

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marché scandaleux au moyen duquel on para-* lysalt Tétat dans ses plus précieuscB ressources; Le roi, sur mon exposé , fit cfiectiTement casser ce marché ; mais on remarquera , par la suite v que c'est eki tain que , diepuift lots , je cherchai à soumissionner des biehâ nationaux dans le roya'ume ; les intrigues de qtielques subalterbes, à moi jusqu'à ce |oikr inconnus^ raidirent inu^ tiles mes démarches, la volonté du nlinistre, et , ce qu'il y a de plus fort , tes ordres précis du monarque.

Ségovie, justement réputée par Bes belles manufacturés, renfermait dans ses murs une quantité de personnes estimables , qui de réunissaient depuis long-temps sous le titre philanthropique d'amis du pays. Les procès-rerbaux imprimés de leurs utiles séances faisaient le plus grand hoi&neur à l'esprit patriotiqtie qui animait cette société ; mais depuis l'entrée des Français dans le royaume ^ ses séances avaient ceBsé. Je les fis rouvrir à la grande satisfaction de la province ,. et le roi voulut bien confirmer les dispositions que j'avais prises à cet égard.

S. M. étant rentrée a Madrid, daigna m'écrire que , ne m'ayant pas vu depuis fort long-i temps ^ elle desirait que je me rendisse près d'^e. Avril fut prévtou du passage du courrier chargé de la lettre royale ; et , croyant trouver

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dans ses dépêches quelque chose de très important ^ résolut de les lui enlever à son retour. M. le général comte de Tilly (*) , qu'on avait refusé de reconnaître à Burgos, était revenu à Ségovie l'avant-veille du jour où je reçus cette invitation ; il voulut bien me rendre le confident de ses peines et de son désappointement ; je lui proposai avec franchise de demander au roi Tautorisation de lui remettre son ancien gouvernement , où il restait peu de chose à faire pour un officier qui , comme moi , ne demandait qu'à servir avec activité.

Enchanté de mes offres , qu'il qualifia de généreuses , et surtout de celle de le conduire à Madrid , afin qu'il pût accélérer par ses démarches le résultat de ma demande, il prit place dans ma voiture, et partit avec moi, sous l'escorte d'un escadron de chevau-Iégers.

La correspondance ordinaire d'Otero de Herreros à la Yen ta de San-Raphael (**) , composée

(*) Cet offîcier général , un des plus anciens lieutenansgénéraux de Tannée française , est mort il y a environ deux ans. Son héritage a donné lieu à un procès qui a fixé pendant quelques jours l'attention publique.

(**) La Venta de San-Raphael est un poste placé, ainsi que fe l'ai déjà dit, au pied du Guadaraoïa, à l'embranchement des deux routes de Madrid à YaUadolid et

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d'un sergent nommé Henri {*) , et de huit hommes de la brigade irlandaise, était partie le matin ; elle avait traversé la guérilla embusquée, s'en était tu envelopper de toutes parts, et avait pris , plutôt que de se rendre , le courageux parti de se renfermer dans une petite ma* sure voisine de la route,et de s'y défeqdre jusqu'à ce que, s'apercevant de son retard à arriver, la garnison du poste de San-Raphael envoyât un détachement à son secours. L'ennemi n'avait garde de Caire feu, dans la crainte que le courrier attendu, averti par le bruit de la fusillade, ne s'aperçut de sa présence , et ne rétrogradât^ Enfin celui-ci , que j'avais retenu auprès de moi, parut sur la route; il devançait d'une centaine de pas les éclaireurs de l'avant-garde.

à Ségovie. Il était par conséquent d'une haute iniportance pour la sûreté des communications. Les soldats qui Foccupaient avaient crénelé toutes les murailles de la vaste auberge qui, à elle seule, compose tout le village ; un fossé, un rempart en terre et une palissade complétaient la défense. Ces précautions ne furent pas inutiles, car le poste, fréquemment attaqué par des guérillas fort supérieures en nombre, ne fut jamais enlevé.

(*) Ce brave fut, depuis, tué à ma première affairq de Cifuentes.

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La guérilla ne pouvait voir encore cette troupe ni Tescadron , parce qu'elle s'était placée dans un rentrant de la route , en haut d'une côte ; elle n'aperçut donc que les éclaireurs , et , s'imaginant qu'ils étaient la seule escorte du courrier , elle sortit tout à coup de son embuscade , en poussant de grands cris. Le courrier et les éclaireurs se replièrent aussitôt sur Favantgarde. Aux cris des ennemis et à leurs coups de <:arabine^ nous sautâmes, le général Tilly et moi, sûr n^s chevaux, nôuâ nous élançâmes avec l'i^dcàdbcm , qui marchait par quatre sur la route, niagnifiqueenlc^et éndtbit, ^^ers le point atbqiié : âoU^ hotis trouvâmes face d face avec les guérillas; étéùnés de cette brusqué chaîne, ils eui'eht à peine lé temps de tdunier bride dans le plus grand désordre; mieux montés, nous les joignîmes, les culbutâmes et les poursuivîmes à travers les buissons et les rochers, jusque sur les crêtes de la montagne : une quarantaine furent tués , le reste , à l'exception d'une douzaine faits prisonniers, que nous amenâmes à Madrid , parvint à s'échapper , blessés la plupart jpàt* les coups de sabre des cbevaû-légers.

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