‹ Mémoires du Général HugoChapitre 53 sur 95 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Bonne récep^fm par le Roi. — > lotrigoea de Cour* :— Sau-Pedm de Las Dacnas. — Départ de SégOTÎe,

Il y avaR près dé dix-huit mois que je n a-* vais pas tu le roi : S. M. me reçut parfaitement^ mais dans UneUtretieaparticulier que) eus avee (elle, je crus m'apercevoir que des personnes pour lesquelles les services des autres sont des causes de mal aise, d'hunieur et de jalousie, ayaient cherché à Tinquiéter sur la solidité de mon attachement : tLe général Hugo, lui di-* « saient-elles avec Uh ton d'intérêt tout à fait > hypocrite ; le général Hugo sert parfaitement « y. M. , mais il n'a pàS l'intention, de se fi&er « en Espagne , il n'y iàchète rien ^ et se forme en « France un domaine considérable. »

Ce mensonge avait fait sur le monarque une impression pénible : c'était une accusation dln** gratitude. Si S. M. ne comptait point sur mon attachement, sur l'attachement de qui poi|vait<«> elle. donc compter? En donnant un million de

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réaux en céihUes hypothécaires {*) aux personnes dont elle était le plus satisfaite, elle a« ait l'intention que cette récompense servit à des acquisitions de domaines nationaux espagnols; elle avait pu voir avec indifférence que quelques individus eussent fait de leurs cédules un objet de commercé; mais voulant plus particulièrement fixer dans ses états les officiers dont elle appréciait les services, elle ne voyait pas de même à leur égard. Elle ne fit point, lors de ces perfides insinuations , vérifier si les officiers qui en étaient l'objet avaient aussi vendu leurs cédules , et crut, par Teffet de la crainte qu'elle en avait , qu'ils songeaient réellement à retourner en France.

J'avais cependant l'intention franche et bien prononcée de rester en Espagne, et d'y servir le roi, mon auguste bienfaiteur; je n'avais fait, ni même songé à faire en France aucune espèce d'acquisition. Si , plus tard , je songeai à m'y faire une propriété, ce fut lorsque je doutai que nous pussions nous maintenir dans la Péninsule.

(*) Ce million en cédule^, n'ayant jamais pu être placée resta, et fut pris, dans mon portefeuille , à là bataille de Yittoria. Mes acquisitions en Espagne furent faites de mes propres deniers.

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Maigre cela, si je n'àyais encore fait en Espagne Tachât d'aucun domaine , ce n'était point ma faute. Lors de la récompense en cédules, je m'étais informé quel était, dans la province d'Avila, le bien qui pouvait en yalofr et lè montant et les iâ5,ooo réaux en numéraire que je devais y ajouter ; car la loi obligeait à payer en argent la huitième partie de la valeur des domaines* On m'indiqua la Dehesa d' Avila ; j'écrivis pour le soumissionner; mais le ministre des finances me répondit fort poliment que cette propriété , dont je n'avais fait la soumission qu'en date du 3 novembre (1809), avait été adjugée le 2. -

Malgré mon silence sur cette réponse , je n'en fus point dupe. Le domaine qu'un gouverneur desirait ne pouvait être que bien choisi, et, pour l'emporter sur moi , Ton antidata une demande. J'eus ensuite des vues sur d'autres propriétés ; mais les personnes chargées à Madrid de mes affaires m'écrivirent qu'il fallait soumissionner dans cette capitale , et y suivre soi-même ses intérêts , pour obtenir quelque chosede bon. « Vos camarades , ajoutaient-elles , entrent dans « le cabinet dés ministres , et causent: eux-mê- « mes de leurs prétentions, alors que vos fondés « de pouvoir font inutilement antichambre pente dant plusieurs mois. « L'état des choses était

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assez tranquille dans la province d^Avila , pour më permettre une légère absence. Je n'ayais en* core fait que le tour extérieur d'une partie de Madrid , )en*y étais pas entré, et je desirais à la fois voir cette belle ville , présenter mds respec* tueux hommages au monarque, et m'bêcuper ensuite du placement de mes cédùles.

A une demande d'aller à Madrid pour quel-» ques jours j que j avals adrpsséc â M. le màré« chai duc de Dalmatie, S. E. le major-généràl avait répondu quHl avait consulté lé roi ; que S. M. jugeait înà iprésence trop nécessaire sur le TormèSy pour que je pusse in'en éloigner ea-^ core, mais que mes intérêts n'en souffriraient pas. Le roi avait oublié sans doute et ma demande et cette réponse, lors'qu'onlqi insinua que c'était faute d'altachement pour son service, que je ne faisais point d'acquisition. Pour bien connaître les hommes , il faut avoir vécu à la cour ; c'est là , mieû^ ique nulle part , oA l'intérêt particulier se couvre de tous les masques , et où toutes les passions sont l/e plus adroitement mises en jcii.

A Ségovie , la plus illustre noblesse du royaume , et les chefs de l'administralion civile , m^a* valent demandé avec le plus vîf ii^térét , et certe» leur demande partait du cœur, si j'avais l'iaténtion de me fixer en Espagne. Ma réponse

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n'ayant pas été douteuse, ils. cherchèrent à saloir si )*avais fait quelque acquisition , et crurent devoir m'indiquer le domaine deSap-Pçdro de Las Dueûas , comme up des meilleurs dci }a province. Je le. soumissionnçii s^n^ Tavoir yu , et seulement sur ce qu'ils m eu dirent. ^

Le roi m'ayant au$si queationné sur ce point, avec cet al:iaQdoa et peUe ^ouce bienTeillance que les ennemis même d^ squ nom ne pourrout jamais lui CQutestier , j^ Ipi répondis avec frauchise que j'étais entièrement, dévoué à 3a personne , et que j'avais spumissiooné , à Ségovie , la terre de San^Pedro de Las Dueftas. S. M* me demanda de quelle valeur elle était. Je lui dis que Testim^tion en avait été portée à quinze cent mille réaux. Ehhien, reprit-elle ^ puisque cela est ainsi, ce domaine coûtât-il trente mil-* lions , il faut que vous l'ayez. Je vais replacer le général ïiHy dans le gouvernement de Ségovie , parce que j'ai besoin de tous mettre aux trousses de l'Empecinado , qui désole la prorvince de Guadalaxara, et que ses succès sur beaucoup de colonnes françaises rendent chaque jour plus redoutable et plus entreprenant. Lors de votre passage à Madrid , à votre retour de Ségovie , nous terminerons l'affaire de votre domaine , et vous pourrez recevoir un autre million que je vous ai accordé pour récompense.

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Je témoignai au roi toute ma gratitude; il eut Textréme bonté de me répéter ime autre fois, après dîner, tout ce que je viens de rapporter ici , et de me témoigner encore combien mes services lui étaient utileis et agréables.

Après un séjour de quarante-huit heures à la cour , je repartis pour Ségovie , où je remis aussitôt le général Tilly en possession de son ancien gouvernement. Après avoir passé deux jours avec lui , et reçu les vives expressions de ^sa reconnaissance, je quittai son quartier-géné- , rai , accompagné des regrets de toute la ville , récompense bien douce de la conduite que j'y avais tenue.

Les chevau-légers Westphaliens , le i" régiment de la brigade irlandaise, et le Royal-Étranger, reçurent Tordre de mé suivre à Guadalaxara, avec une batterie de campagne. Le i** de ligne espagnol et le i*' de chasseurs à cheval de cette nation reçurent aussi celui de se préparer à suivre la même destination.

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