CHAPITRE V
Retour a Guadalaxara* -^ ^aldenoches. — Entrée k Siguenza. — Occupation du château. — Détails topo^^phiques. — Mauvaise foi des faabitans. •— Sommation de TËmpecinado.
Ces dispositions et la reconnaissance de Torifa , m ayant pris assez de temps » nous ne pûmes arriver à Guadalaxara que de nuit , après avoir fait une courte halte au Ifameau de Yaldenoches, que quelques auteurs prétendent être la patrie du fameux Fernand Certes, conquérant et destructeur du vaste empire du Mexique.
L'affaire de Sotoca avait rempli les autorités de la joie la plus vive ; le préfet ( M. de Salas ) nous en fournit la preuve en faisant, à notre retour , et sans aucun ordre de ma part , illuminer la ville et mettre toutçs les cloches en branle. Aussi, dès qu'on nous aperçut, on n'entendit plus que leur carillon , et les cris de tous les habitans , qui s'étaient portés au-devant de nous.
DU GÉNÉRAL HUGO. igS
La nécessité d'étendre le domaine de l'administration ne me permettait pas ufilong séjour . dansGuadalaxara; et^ dès le lendemain^ je m'occupai à mettre la ville en état d^ résister partout à des coups de fusil ; à en séparer une petite partie, con^ne . réd uit pour la garnison et les autorités; à faire retrancher^ dans ce réduit^ Tégiise du château pour donjon ; à fixer enfin Tapprovisionnement des troupes déjà établies a Brihuega et Torija, Tout ayant eu un commencement d'exécution, et m'ayant fait, juger que Guadalaxara n'aurait rien à redouter d'une courte absence , tant que je la couvrirais , j'écrivis au corrégidor de Siguenza que tjcïon dessein était d'aller visiter cette ville , et d'y établir une garnison. Je lui promis de faire respecter les personnes et les propriétés, en tout ce qui dépendrait de moi. Ma lettre resta sans réponse, et cela ne m'étonna point , Siguenza , tout à fait souniise au pouvoir de la junte ,. étant le siège ordinaire du quar|:ier-général de l'Ëmpecinado.
Ce silence n'ayant "pas été rompu ^ je marchai, à la fin de juin (le 28), sur Mirabueno, où je Couchai; et, le lendemain, à neuf heures du matin , je descendis vers Siguenza , après ayoii: fait la reconnaissance des hauteurs qui dominent la ville : avant d'y arriver^ nous char^
geâmeA une patrouille de cavalerie, dont tous les chevaux restèrent au pouvoir des Westphaliens. Dès que lé peuple dé SiguMzà vit Ition BVant-garde descendre la côte, il se groupa fcur tous le^ points d'où Ton pouvait nous découvrir; el les magisti^aès, ayant .teurs caUnes en maih (^) , s'avancèrent aU déVant de moi.
L'officier qui commandait l'avant -garde m'ayant fait prévenir dé l'approche des mégistirats, je devançai la colbnhe qui marchait toujours, je lés abordai, les excusai moi-même de leur- silence, et letlr renouvelai de bouche lès pr^tnesses que je leur avais faites par écrit ; mais pendant qu'ils nie haranguaient, je dirigeai le colonel du régiment d'Irlande , M. Balestriér, vets le château domibàut la place, atec ordre d^ le bien recbhhaître, et d'y pi^élidt'e position âV^ec koU régiment.
Le resté dé ma colôtine, composé dei^ comf^agnies d'élite et de celle d'artillerie de Royal- Etranger , ainsi que de trois escadrons Weàl^phàliens, entra dans la ville, ayant les magistrats
(*) Une canne est partout en Espace Tattrîbut de raiilorité. Les alcades de villages portent un petit jonc blanc, qu'ils nomment i;ara .* c'est, pour eux, un porte respect non moins puissant que l'écharpe de î'ôfficîer muuicfpal en France.
DU GEf^SEAJL ULGO. I97
ep tête. Je n'<^v^ia dppc lai^çé dans hf^ garnisons que le détachement du 64% d^s dépôts , (et les çompagilies du centre (lu régiment dlnfonterle ^n servjce de l'Esp^gtie , que je v|en9 de nomn^er.
La correspoifidnce f^|; aus^itPt établie eiitre Guada)ax^ra , Tprij^, PrihjLiega et ipQf , de ji|sUcQ en justice , selo^ Texcellfin^ Hs^^e du pays , ^^Pt j'aT.ais contracté ji'habitude dafli^ nje^ gpuyiSf neipem préç^epç. Je peç^i^, par ce moyen, ji.ep lettres qi^i m'apprirenl: la s^tisCaotio^ qiif'c^ av^ît éproyyée, ,à M^4j^î^> de 1^ défaite de l'Empejcii^adp , et les espérances qu'pp ei^ concevait pour Tavenir.
Siguenza est le chef-lieu d'up diocèse dpnt leyéque a po^r revenu pli^sieurs millions de réaux : on conservera long-temps, dans çett^ ville, le souvenir de M. Guerra, hiomme respectable qui , pendant Texprcice de cette haute dignité^ n'a consacré son immense 3uperflu qu*à des fondations utileç. Il a fait bâtir, au dehors des murs de la vieille ville, et dans le voisinage de THenarès , de belles rues tir^ées au cordeau , et une grapde maison de charité où Ton élève et instruit , dans les métiers les plus utiles 5 un grand nombre d'orphelins des deux sexes. Ce digne prélat , qui , quoique inquisiteur , n'a fait brûler personne , a également fait
igS MEMOIRES
construire la seule et jolie promenade qu'on trouve dans la ▼îlle.
La cathédrale est un vaste édifice qui mérite d*étre vu ; dans l'intérieur, et à droite en entrant , on était frappé par la vue* d'un grand tableau divisé en carrés-longs, d'environ un pied de hauteur, représentant chacun le portrait, dans les flammes, de quelques malheureux condamnés par l'inquisition du pays. Au-dessous de chacun de ces portraits , parmi lesquels on distinguait beaucoup de femmes et de vieillards, se trouvaient les nom et prénoms de la victime, ainsi que la date de son martyre. Odieux monumensde la barbarie de quelques prêtres aussi fanatiques qu'ambitieux, ces tableaux étaient là comme la preuve de leurs célestes attribu-, tions !
Une enceinte de murs épais, flanqués de tours, ferme la vieille ville de Siguenza. Le château est fortifié de la même manière , mais sans aucun dehors. On se doute bien que ma première pensée , ayant l'intention de conserver cette position , fut de la mettre en état de défense. Trente mille fanégues (*) de bled, que nous y trouvâr mes , servirent aux approvisionnemens.
(*) Mesure du poids de vingl-çiiiq livres.
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Cependant FËmpecinado était dans les enTÎrons , et aucun habitant ne nous en disait mot : il était rhonme de leUr parti. Ce chef se défiant de ses forces, après l'affaire de Sotoca, avait cru devoir appeler à son aide la guérilla naissante de Mina, ainsi que celle des curés Tapia et Mcrino , déjà redoutables dans la Vieille -Castille, Il avait en outre réuni toute sa cavalerie, forte alors de cinq à six cents hoiames.
Ne désespérant pas de m'écraser avec de» moyens très supérieurs aux mien», don Juan Martin jugea devoir me sommer d'évacuer la place , et termina sa lettre , non datée , par une invitation de venir servir avec lui sous les bannières de l'insurrection C"). Je ne pouvais rien lui répondre, puisque je ne savais de quel jour ni de quel endroit il m'avait écrit ; il me fallut donc
(^) Les Espagnols se sont flattés quelquefois d'engager quelques Français à abandonner leurs drapeaux. La^ junte suprême de TEspagne adressa, en 1810, une proclamation aux Français 9 au sujet de la tyrannie de Tfapaléon, et pour (es inviter à secouer son joug, et à déserter son armée. Cefte pièce curieuse se trouve dans Touvrage anglais intitulé Ànnuat Registor, 1810, page 5i5.
renvoyer le {Méton de la deroiète fiiâlice a^c un reçu portant <{Qe ^'^tt^^dmi^ VEmpeelnad^ , et que frétai» prêt à le recetoir de jour et de nuit.
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