CHAPITRE VII
Détresse de la junte. — Marche sur le Buen-Desvto , lieu de ses séances. — Mouvement de Palafoz*^- Prise du pèreGil. — Destruction du Buen-Desvio.
D£i]x affaires malheureuses, â la suite Tune de lautre, devaient d'autant plus alarmer la junte, que sans Fapparition des forces appellées à son secours , la dernière aurait incontestablement eu des résultats plus funestes pour TEmpecinado. Comme les troupes de cet officier annonçaient beaucoup de découragement , la junte ordonna des levées et demanda des secours ' jusqu'en Aragon.
L'Empecinado s'étant réfugié dans les villages voisins du Buen Desvio , reçut ordre d'aller s'établir à Medina-Geli, pour y attendre les moyens de reprendre l'offensive ; il y fut rejoint par un M. de Palafox, parent du gouverneur célèbre qui, l'année précédente, avait défendu Sara* gosse, et qui amena près de deux mille homme» d'infanterie de ligne avec lui.
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Pendant que cette division attendait encore la jonction de nouveaux corps pour marcher à moi , ses chefs prenaient le plus grand soin de m'empécher de savoir où ils étaient , afin de pouvoir tenter une surprise sur Sigùenza quand ils se croiraient en mesure. La position de Médina-Celi favorisait beaucoup cette réunion : son nom, ville du ciel, indique, en quelque sorte, sa haute élévation ; des renseignemens topographiques recueillis, à la suite de ceux que je parvins à me procurer sur remplacement et les forces de Fenneini, devaient me faire considérer cette ville comme à l'abri d'un coup de m^in, quelque vigoureux qu'il pût être, quelque habilement qu'il fût conduit, avec aussi peu de troupes que j'en avais a ma disposition , et tant qu'elle aurait une garnison , je ne dis pas aussi nombreuse , mais qui voulût s'y défendre seulement un peu i
En effet Medina-Celî est entourée d'une chemise bien entière, sur une partie de faquelle sont appuyées des maisons susceptibles dé recevoir des tirailleurs. Cette ville couronne un mamelon isolé de trois côtés pai* un^ vallée extrêmement profonde et dont les flancs , sans être à pic, sont de l'escarpement le plus roide; du quatrième côté elle est séparée de& plateaux voisins par un enfoncement qui lui fôrine un
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lai^e fo8^ difficile à franchir : enfin on n'arrive à la yille que par deij^x chemins pkNQgés de toutes parts dans une assez longue étendue.
Medina-Ceii n'eût été d'aucune importance militaire pour moi , s'il n'eût momentanément renferma l'Empeçinado , dont la prise valait bien un siège ou un blocus. Mais cd chef et toutes ses forces eussenl-ils attendu qu'on les y renfermât ; et , dans la ^ supposition qnlon eût réussi â les y bloquer, ne se fusdéiil-ils pa» échappés, ou isolément et travestis., ou en masse , i travers des camps très coupés entre eux par la nature topographique des environs;
à travers des postes qu'il eût fallu , par c^te rai* son, singulièrement étendre, et conséquemment repdre faibles partout.
On a vu que le Buen-Desvio était le chef-lieu de la province de Sîguenaa pour l'administration de la junte ; il fallait , pour s'y rendre, traverser les plaines d'Alcolea dd Pinar et d'Anguito sur le Taîuôa, qui présentent de beaux champs de. bataille^ Or, comme cette >unte disposait des troi^pes^ la menaceir'direçtement , c'était la po«r-ter é rappeler à son secours celles qui se réunis^ saient 4Medina-Geli, et ce fut le pbn que j'adoptai parce que j'avais envie d'en venir aux mains, içais que je ne voulais pas paur un point d'une impojçtaAce éphémère, faire dél;ruîre les seules
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troupes dont le roi Joseph put disposer encore, quoique le nombre des régimens décrétés, après la conquête de TAndalousie, fût déjà de douze d'infanterie et de quatre de cavalerie légère , tous placés souS, mon inspection.
Cependant, afin de ne pas faire de mouvjemens hasardés, et de ne compromettre, pendant mon absence , ni Siguenza , ni mes autres pos* tes. je parlai publiquement d'une expédition trè^ prochaine sur la junte; je me procurai des guides sûrs; car sans cela, ceux que j'aurais pris auraient déserté en chemin , ou m'auraient assuré, après m'ayoir jeté dans les défilés, qu'ils ne cdnnaissaient' plus le pays. Lorsque la nouvelle fut bien répandue ,. que je jugeai qu'on pouvait la connaître au quartier général de don Juan Martin , ainsi qu'au Buen- Desvio, je me mis en rx>ute pour ce dernier endroit.
L'£mpeci0$ido ne crut pas d'abord qu'ayant l'intention de nie porter sur un point, j'en garderais aussi peu le secret, et la publici* té de mon opération Ixii parut une ruse dont l'objet pouvait être de lui donner le change sur mes véritables desseins. Mais la junte pour qui le danger était direct, et M. de Palafox qui jugeait sans doute plus militairement , ne furent pas de son avis ; ils pensèrent qu'une attaque de
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ma part sur Medina-^Celi étant à la fois extraordinairemeiit chanceuse et d'aucune utilité pour moi f je pourrais bien effectivement chercher à paralyser pour long-temps les opérations de l'administration insurectionnelle en détruisant le Buen-Desyio et ses archives; ils furent alors d'avis de porter les troupes au défilé étroit d'Aguilas de Anguita , qui est une espèce de porte dans les rochers , d'axitant plus diflScile à forcer , ^ue ces rochers sont inaccessibles de front par leur escarpement.
Par suite de ces différentes nianières de voir, les deix troupes se séparèrent et Palafox marcha sur ce dernier point. J'achevai de déboucher du défilé où il voulait m'arréter, lorsque mes flanqueurs me firent savoir qu'ils voyaient une colonne ennemie ; je fis aussitôt former les troupeis et, gagnant de nia personne un petit tertre voisin, j'allai reconnaître ce qui en était. Je vis alors environ deux mille hommes d'iafanterië de l'autre côté de la plaine , sur la route de Saragosse ; au même moment nous aperçûmes à peu de distance un groupe de cavaliers que je fis charger sur-le-champ par les compagnie^ franches espagnoles : la partie la mieux montée nous échappa, mais l'autre fut prise et me fut aïnenëe. Au nombre des prifopniers se trouvait le père Gil , ce moine qui
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s'était rendu si fameux à Saragosse pendant le siège (*) : comme il était tremblant ainsi que ses compagnons d'infortune , je les rassurai tous en leur disant qu'ils ne devaient se considérer que comme prisonniers de guerre. Soit que cette colonne qui était celle de Palafox ne nous etit point aperçus; soit que nous ayant tu, elle eût voulu nous éviter et ne point s'engager sur le chemin du Buen-^Desvio , on ne la vit point arrêter sa marche.
Je ne changeai également pas de direction, et, traversant bientôt Anguita , j'arrivai en remontant leTajunadànsJe voisinage du Buen-Desvîo ; mais comme, dès Ciruelos, la troupe était rendue de fatigue et de besoin , je formai un détachement de bonne volonté et l'envoyai, sous les ordres d'un officier intelligent, opérer la destruction du lieu des séances de la junte. Je pris ensuite position sous Ciruelos; ce pauvre village était abandonné , la junte ayant, sous peine de mort , ordonné à tous les habitans de quitter leurs maisons à notre approche , dans la crainte
(*) Son courage et ses exhortations soutinrent la persévérance des habitans , entretinrent la haine pour la domination étrangère^ et leur fit supporter patiemment un siège de quatre mois, la famine et les maladies contagieuses.
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que des soins , uue bonne discipline et le langage de la persuasion ne les détournassent de la fidélité aux principes qu'elle professait*
Un paysan que Ton prit et que l'on m'amena, en lui persuadant que j'étais un général espagnol qui cherchait à se réunir à . Palafox ou à l'Ëmpecinado, me donna des renseignemens sur la direction que le premier a^ait prise : ne se sentant pas en forces pour agir seul , il se reti* rait à Arcos , et avait au moins déjà trois heures d'avance sur moi. Quant à don Juan Martin, on le croyait toujours à Medina-Celi.
Le détachement étant rentré vers onze heiires du soir, j'appris qu'il n'avait trouvé au Buen- Desvio qu'un mem))re de la junte, qu'il avait arrêté et une vingtaine de misérables recrues qui s'étaient sauvées à sonapproche. Lecommandant m'informa en outre, qu'après avoir détruit les papiers et les munitions de guerre , il en avait fait autant du lieu des séances.
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