CHAPITRE VIII
Source du Xak>n.—- Entrée k Medma-Cdi. — Retour h Siguenza. — Marche rapide sur Goadalaxara. — Départ dea chevau-lëgers westphalieos. — io« De chasseurs a cheval . — Double gouyemeraent , la junte et le roi Joseph . — Attaque de Si^uenza. — Secours.
Le lendemain je gagnai la belje route de Saragosse à Madrid : tous les villages étaient abandonnés. Cependant à Alcolea del Pinar, je trouvai le curé , qui me donna un guide pour Medina- Geli. Ce guidé nous fit passer près de la source du Xalon , qui naît au pied d'une haute montagne, et parait s'échapper avec eflFort d'une barrière de rochers qui la retient comme ies portes d'une écluse. Ses eau^i^ couvrent un lit de dix à douze pieds de largeur sur autant de pouces de profoqdeur. Les hommes et les chevaux les trouvèrent si légères et si fraîches, que nou& eûmes toutes les peines imaginables à les en arracher ; fort heureusement elles n'incommodèrent personne.
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A mesure que nous avancions vers Médina*- Celi, par le chemin qu'on nous avait fait prendre, nous entrions dans des défilés étroits et profonds; ces défilés , qui se succèdent les uns aux autres , sont tous fort escarpés : tantôt ils sont traversés dans leur longueur par les eaux déjà grossies du Xalon, qui s'y trouve encaissé; tantôt remplis à moitié par de petites mares formées par les eaux qui tombent des rochers voisins, et qui, stagnantes par leur position, croupissent pendant l'été, s'évaporent, et laissent à la place qu'elles ont occupée une boue épaisse et fétide. La route qui serpente à travers tous ces obstacles est très difficile en quelques endroits. Enfin, après une marche pénible nouB gravîmes la côte de la viiie du ciel, et nous y fîmes sans opposition , notre entrée vers huit heures du soir.
Don Juan Martin, sur l'avis que nous prenions une direction qui pourrait bien nous conduire à lui, avait battu en retraite; personne ne put ou ne Voulut nous indiquer sur quel point. Sî l'occupation de Medina-Celi eût été favorable à mon affermissement dans la province de Siguenza, jen*auraî*s indubitablement point trouvé de poste plus facile à défendre et d*une approche plus imposante; car, d'après ce que j'en ai dit plus haut et ce que j'en ai vu, c'est militairement parlant, un point à se casser le
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nez (*}. Mais loin des communioatioDS , ceût été pour moi un détachement inutile , gênant , et dont je n'aurais eu que très difficilement des nouvelles.
Je ne séjournai point dans cette ville : mais ne sachant plus où était l'ennemi , et ne pouvant risquer des reconnaissances dans ce genre de guerre tout particulier , je repris le chemin de Siguenza par BujarrabaL Nous trouvâmes chemin faisant plusieurs riches convois de sucre et de cacao qui se rendaient en Navarre , et que nous laissâmes librement passer.
Rentré à Siguenza , je cherchais de nouveaux rsnseignemens sur TEmpecinado, lorsque j ap-* pris que, dans le dessein de m'éloigner de cette ville, ou de profiter de mon absence de Guadalaxara, il manœuvrait sur la rive droite deTHenarès , et pouvait tenter quelque surprise sur cette dernière ville, dont on avait retiré la garde royale, et que la composition de sa.garnison espagnole ne rendait pas à ses yeux fort
('^).Le8 salines de cette petite ville et le bétail qu^on élève dans ses environs m'ont paru son seul commerce. L'illustre famille de Médina-Celi , dont elle est le principal apanage, a, dans ses murs, un vieux palais. Les ducs de Medina-Geli sont grands d'Espagne de première classe.
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difficile à enlever. Il était urgent que , par un mouvement secret et rapide , je me jetasse entre mes postes et lui : je quittai, en conséquence, Siguenza vers neuf heures du soir , avec ma cavalerie et Royal-Etranger , et je traversai Mirabueno après minuit. Une partie de mon infanterie ayant mal serré, inconvénient des plus graves dans les marches de nuit, prit, à un embranchement dans la forêt, un chemin pour un autre , et s'égara. Je la fis rechercher aussi*' tôt que je m'en aperçus, et ce ne fut qu'au point du jour que nous parvînmes à nous réunir à la hauteur d'AImadrones. Nous nous remîmes alors eti route, et, après nous être reposés quelques heures à Torija , où Ton me parla des inquiétudes de Guadalaxara , j'arrivai encore avant la nuit dans cette ville.
Je trouvai , à mon quartier<^général , des ordres pour le départ des chevau-légers , et Favis de la prochaine arrivée du i o* de chasseurs à cheval , commandé par le colonel Subervie. Les 3' et 5* bataillons de Royal - Etranger , venant d'Avila , étaient également attendus d'un moment à Vautre. Ces mouvemens déconcertèrent les projets de l'Empecinado ; il quitta GogoUudo pour se reporter sur Maramboz, gros village qui servait de dépôt à ses recrues.
Ayant opéré le départ qui m'était prescrit , et
mis au courant mes dépêches d'inspecteur général , je me rendis à Torîja pour observer le plateau , et me jeter rapidement sur Tennemi , s'il osait entreprendre quelque chose. Siguenza lui tenait fortement à cœur : les troupes du roi l'occupant, et le Buen-Desvio détruit, la junte était obligée d'errer de village en village ; les justices ne savaient plus où la trouver pour communiquer avec elle; l'Empecinado, dont cette ville était le quartier-général et le dépôt ^rdinaire, méditait tous les^ moyens de nous en faire sortir. Aucune ruse ne réussissant , la force ouverte était chanceuse , car je pouvais survenir pendant l'attaque. Il s'attacha donc à me faire observer par sa cavalerie.
Une chose digne alors de remarque , c'était la résignation des habitans des provinces de Guadalaiiara et Siguenza : le roi et la junte centrale la faisaient également administrer, l'un publiquement , l'autre par des agens secrets. L'Empecinado commandait pour la junte , je commandais pour le roi; la partie haute du gouvernement obéissait â la junte, lui payait les impôts, lui envoyait les jeunes gens en état de porter les armes; la partie basse faisait de même en secret, et, de plus,' payait les impôts aux autorités établies par Joseph.
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Si quelque détachement ennemi se présentait dans une commune , et que celle*ci eût ordre d'en avertir l'intendant ou le gouverneur, la junte ne lui en faisait point un crime, pourvu que l'avis ne fût envoyé que deux ou trois heures après le départ de ce détachement, et n'indiquât jpoint sa vraie direction ; il n'était pas rare de recevoir alors de l'alcade un rapport à peu près conçu comme il suit : « Hier, à telle « heure , il s'est présenté un homme à cheval de « la guérilla de N. ; il a cerné le village, et nous « a mis dans l'impossibilité de venir donner « l'avis plutôt. »
Étant allé visiter les travaux de défense à Brihuega , je les trouvai assez avancés pour n'avoir bientôt plus à m'inquiéter de la garnison de cette ville. J'y reçus du colonel Balestrier, que j'avais laissé à Siguenîa , le rapport que les habitans s^andonnaient successivement leurs maisons, et que la crainte d'une attaque prochaine pouvait seule motiver cette détermination ; je lui répondis de me donner plus fréquemment de ses nouvelles, attendu que déjà quelques justices supprimaient ses lettres, et les envoyaient à la junte, qu'elles avaient retrouvée. Cette junte ne pouvait , il est vrai, rien pénétrer de leur contenu, puisque toutes étaient chiffrées , et d'autant plus difficiles à traduire y