CHAPITRE X
Afiàire de Cifuentes. — Dispositions de PEmpecînado.
Sa défaite.
. £ir/effet don Juan Mairtm^ emporté par soj^ caractère actif, brave, entrepoepant; et pou3$^ par Jes contii^ueUea esdiprtajtîoiis de la. junte , np pouvait rester long^-rt^nips sans rçp^M^aUre. J'apr pris qu'lls'était reporté, sur. Cifu^nt^ (f), et qu'il Mjait le. dessein de ,m'y attetidre* te Vj laissai
(^) Gifqentes est une petite ville située dans un bassin riant et fertile ; elle est entourée d'une chemise crénelée, et défendue par' un vieux château. 'Ati pîéd du nient San Gristoval et4ans la ville même jaillit ta large source du ruisseau dont fai déjà parlé plusieurs fois, et qui, ^près avoir alimenté la papeterie de Gargoles, va se jeter, après une belle cascade, dans le Tage, auprès du pont de Trillo. Cette source forme, dans Cifuentes, un grand abreuvoir, et mérite d'être visitée par les curieux. Après la bataille de Yilla-Yiciosa, le général Staremberg se retira de ce côté, et fut sauvé d'une destruction entière par la position escarpée qu'il prit sur la rive gauche . duTajuna.
DU GSldS]llK> HU6Ô. 255
tôùté sa division pour lui* donner plus dé confiance encore ; et quand )'eii|s la certitude qu'elley était entière , je fis venir de Guar dalaxaraun détachement des 12* et 21* d'infanterie légère, et laissant Brikuega sous la garde des dépots, j'en sortis le i4 septembre au point du }our avec les Wéstphaliens, les hussards hoK landais, deux bataillons d- Irlande et le déta^ chement 'd'infanterie française dont je viens de parler ; c'est-à-^ire avec environ mille fantassins et trois cent cinquante chevaux.
i Nous n.'aperçûmés.rien jusqu'^ Gargoles ; mais à peine eûmesrnous passé le ruisseau de Cifnenites, que l'avànt-^garde annonça Tennemi, Ayant alors fait arrêter la colonne , ordonné à Tinfanterie de se serrer en masse, et à la cavalerie de se former en bataille à mesure que Tune et Tautre ' arrivaient à ma hauteur , je mç porter sur un tertre d'où j'^observai les dispositions suivantes :
L'ennemi avait un bataillon entre le château et le pied du San-Cristoval : plusieurs autres 'bataillons garnissaient ce mont escarpé , et sa cavalerie occupait la plaine en avant et sur la droite de la ville de Cifuentes, faisant face à moi $ elle détachait des tirailleurs pour escarmoucher avec les miens.
Les deux bataillons d'Irlande étant formés
«n masafy un «iK^ma weMpàalifln ea faitfiilie
poflaiit 0«uls une réserw^ aiutt en bataille ^m^i^ VM riatevYaUe de Vwfanftetie; fe lançai awr moa Crent moitié de mon iafanterie lég^ «i.tteaM^ iamn ; llaitlra moiiié, formant mon amabgaide MUS Iss nrdnes d^ M. Dronis , mariait â- cent cinquante pas de moi en oolennà par aeetioo* Je tniaifi leuassmouvemansdana Toidite qu«|e Yianfl de déorine.
La caTalerie ennraaie élsoït pombveuw et an bataille ^ mon infanterie exécuta denrant elle le paMage d$ {doreurs . obataidca. knhé enfin à nne bonne portée de fosil , Fennomi oonmimça, de toutes aea poaitiona , un feu de file très nattr*» ri. J'arrêtai ma coloune ne pouTant la masqnav, el oidnnnairt à rinfanterie légère de diriger tons lei coups sur la troupe placée anprès du cfaâ-* teau 9 jo' détachai le i* bataillon d'Irlande com-< mandé par M. de Ghamborant pour gagnar 1m dnrrîètes de cette troufie en traversant la f ifie. le îetai au même moment tonte ma caTalérie sur ma gauche, comme pour appnyer at bat* tfûUon, mais afin de la dérober bo^ ùm meurlrtes de la mont^pe.
Lacafsalerie ennemie, craignant €pge ie iialiaiK^ Ion que je dirigeais par la ville et qni eoufEait en qndque sorte la ligne de H&mpecioado , me
DU Gtonuft;BU6o. a55
ïà pvlK de fi«ft£, fil un mduTemeni r<étMgràde pour imter liée i ccHe Kgne. Ausiitât uu escadton wêstphalieii et les liussaids.holluidiGiift eussent ordre de la suiTre. PouMée par cette ma-^ amtv», elle ae retira fiu$ loin qn^die n^eii avait rîntentiqB et Sut eontrafaite à faire le tour de Ciifui^tets pouf gagfi vie chemin de Canredoodie^ M* de GhamboraBd; ayant exécuté Tordre ^u'il a? ^t reçu 9 TinCuiterie enqemie , placée entre le SanXriatoval et le château, se hâta , pour se aouetmîre am fisuxiiqui Tatteignaient devant «tderrrière^de ae jeter dana le vallon à «droite des maesBS de son génàral^ tBsk de s'y léunir par
Lesehaasfiiirsdea im^e^ s V* légcvs^^aussi braves qm^ [^eittB d'ardeur 9 voulurent suivre cetfa inCanterie:; mais I0 feu terrible de la montagne leur en ias^sa tellement y qu'ils . s'abritèrent ectntre r<escarpement : le bataillon de M. de Chamboranft, en cherchant à lias appuyer , fot hîentét obligé de iaire de mépoe, ile sorte qi|e lea ohasaeuro et ce bataillon ae trouvèrent eenaaue bloqués âur ce point inutiltiu, d'où ils 21e penvaienl; sortir sacis défiler ;à portée dé pâetolet^ et avec une perte efffoyable, f o«iS'lei;cpups de l'ennemi placé aundessus d'qux. le sortis, ^m pour les tirer de ce4aDgereuxab(]rî $ autant que poujr iempéeher l'iEmpecuiado de leeéoinser p^iv
^36 ; iriMomEft
levalloB, à isa droite, dont il était niattre^ il fallait^ avec le-seul bataillon qui mie restait, faire le plu0 vigoureux eflPort sur les derrières des masses postées^ en haut de la montagne , et profiter du mouvement qu'il y cau8€»*ait pour arracher M. de Chamborant et l'infanterie légère à leu r position diflSctIe , les porter epsuke à lappui du pr^ier bataillon , que dans mon extrême confiance en sa valeur, j'allais extraordinairement, mais indispensablement engager. Ce bataillon , pour arriver à. mon biut, avait à gravir, le long lie la montagne et sous te feu de Tinfanterie qui la garnissait , le seul chemin qui pAt nous y conduire. J'ordonnai le mouvement et le colond Balestiier se mit en tôte , l'épée à la main : ses grenadiers souffrirent en gravissant le chemin, mais leur audace l'emporta , et malgré le feu roulant dirigé sur eux , leur marche ne se ra» lentit heureusement point. J'attendais avec un calme apparent, quoique avec une réelle inquiétude , l'effet que ce mouvement allait produire, et )e n'en eus pas plutôt vu le principe , que je dis à M. de. Chamborant et aux'chasseurs de saisir l'iiûtant oà le feu changeait xle direction , et de se jettér d:»is. le vallon dont je viens de parler^ L'Empëcinado , pressé. par. cette diversion , fit , pour n'être pas coupé par deux |i;o|]pes quial laientse réunir sur sesdecrières^ un
DU GiNiRAI. BUGO. 2$J
mouvement brusc{u^ eX dont le désordre VobAi^ ^ea de se jeter dans les. bois.
Mais pendant que les choses se pàssâienfaihû' à l'attaque fie la inp^tiigsie ,'lâ ^atalerie enneniie n'arrêtait point, sa iretraite , parce xiu'ellêi était harcelé parles hussards boUandata et lés West»^ phaliens; néanmoins au retour d'un coude sût^ le chemin mpntueux de Çaittredondo^ elle s!apei^ çut que la. tête de l'e^adron ' westphalién pas^, sait seulement le défilé du petit po|it de Cifueu'^ tes , et que les hus^sqrds , ne l'attendant point, suivaient seuls la charge; alors se sentant supé?^ rieure de cinq sixièmes» cille.fit vâlte-face et re*; vint très vigoureusement sur lés hussards. Je. m*aperçus de ce mouvementé l'instantcoà j'arrivais sur le San4^ristoval,avec le 2* bataillon d'Irlande, ^ m'empressai d'envoyer. le capitaine ^ Roh , l'un de xnes aides -de -camp, porter aux escadrons westphaliens l'ordre de ^e réunir près la chapellej de Canredondd ^ . de soutenir les hussard^, jçt de leur faire prendre leur revanche; Les Westphaliens . de l'escadron de réserve voyant arriver l'aide-de-caçipqui leur criait : En avant vers la chapelle, ne rattendiceht pas , et , s'élançant le long, du château , rejoignirent bientôt l'autre escadron. Celui*ci ^yant remarqué l'embarras des Hollandais et achevé son passage, se portait au galop à leur secours*
s^ mtuùmËÀ
Il ttr faut pas «roife qm U» ^tA Hùlkûdîiis chargés par six ceato dhévatt% ée êaixvàftd^k lAohement ; Us MsAtM &i€ léW ûml-^à^t à la irois de ieur iatrtpide ^olMkd* Yèii VùU , ^et se Dttitaiâiit TÎte V mais >èlt df drë : àvwsl , dèi{ que eert offider s'aperçut du tMibit cfut Itd Ttânait » il Û; fimreface en âttièré en lya^Ute , ^\tfiut étax ohevaiifr'llsers et i^eptit ses Mèsséë kittA qne M& prisonniers, t Y^s bmtes tieniieht de iiou« prouver qulls n'xwt point dégéuéré , lîri dls^je en le re|oignalit bientôt aprèè, et qu'ils soût IssUd de ces Jataves qui, sous le règne d'auguste, m^itèrent si hiehlemtBùm de prtBSktnîissfifni
> La cavalerie euueuifie u'apêrcevaut plus FEm*^ peciuado sur la hauteur inexpugïiàble de Satt- GriBtcnml^ ue jugeapofutà propoi^ deVeugaget plss sérieusement, et coutiuua à se retirer au galop devant la mieune^ qui la poul^uitait du même tfaîu. Quoique ee^ deui ti'dupes ne fussent qu'i portée de pfisrtolet rûue de Tautire, tette est la vigueur ded dhevàus èépagiiôls, que cette distasiee se cemer^a sans poiivcif dispâmitpe (^). Arrivée au ëomtuet de la montagne,
■^^h— — •^.fc*»^!»! *IH Ifc— «fcfaftfc— ^fci
{*) La même èhxifiè arriva depuis (le jour où Je martSm âcMr le XataÉia)ÀU «^Idnel Ylàl» du 39* dé ehàdéetir& à cheval , <^bs une obasga .loaehtsaips sout^me.
ou cteiiAii HUGO. aSg
la^al penA ètT€ à moitié . chemia dé Canre^ dondo^et rénnetnt fuyant tou)outS) itia^aTàlarie s'atTÔta i fit vefdirer en poiitiom leâ eheVanx udmbnuk qu^o le terrain pierrent avait im% k ttii^ iBt rerrintior mai quand tout âut diipara devant aile.
De Ma eété ^ i'infetitefi'ie , aprè» tf'étirè réunie Mua le petit {dateau d«( mdnt San-^GriiItôVal ^ avaifdonnédfiitieuttéttient centre rËfdpecinado pendant «on moUTement ^ qu'elle avait aug^ ttearté ledéserdre de ^% bataillons , et le^ avait etdbQtès jusqu^an èeid. Une diâperéioii dnbite , lelen la coutume de rennemi , vint le dérober encore à notre acharnement. J'aurais bien désiré que don Juan Martin eût suivi un tout autre système; mais , à parler franchement, c'était le seul qui convint à son' genre de guerre et à ses soldats mal exercés.
Il ine fut impossible , dans le rapport de'cette affaire à Tétat-major de S. M. C. , de Citer nominativement tous les braves qui s'étaient distingués , parce qu'à cet égard il n*y avait pas de cliôix à faire , et que les colonels Balestrier dlr^ lande '(*) , de Steiù des chevau - légers , et Van
n tl Alt élevé à la dignité de commandetir de rofdre rdyâl d1^[>agiie.
24a MÉMOIRES
Poil d!efs iiussârds , ne purent me fournit auctij:^ ébt. Cependant je signalai pour desTécoinpenseà les chefs de 'bataillon Delès etChamborant, les ehefe. d'escadron de Plëssen et Goelhingen, le lîeutmiiant Di^nis , et 'beawoup d'aùtreB bravée» dont les noms ne sont pas présens à am* mémoire,en poim<W€^t. Aleii p0rt0l n4^. furent point propQrtionu^es à la chaleur 'de Tactron;' tor )Ot ne coipptai que vingt-deux, toopi^.es.ittiës.out blessés : /cellis de l'epueiiir^gf^^ . sans do^ute.la mieQnç;;» jpajs ieUe rauj:ai;t opnsidérahlefqt^^i^t dépassée ^; si ^on champ de b^t^iUe eût été plus aceetôilile . ; quelques . pHsPniM^rs^ seul^iuelat restèrent en mon. pouvoir^ i^iinçmi n'ejpi garda aucun de; ceux q9,'il 91'avait f;^its%
Cette position du SaU'-NCristoval domii^e çon-^
sidérablement la belle vallée de Cifueutes.;4>a ne peut y arriver de cette ville que par un chefniix très rude, qui conduit à l'entrée des bois. 3ur la pointe qu'elle avance au-dessus de Gifuentes , se trouve une maisonnette au pied de laquelle les rochers tombent brusquement à pic de plus de. vingt toises : aii ba^ de cette e&càrpe, il y a , si je nl'en souviens bien ,* ime carrière ,( et , de ce point, la chute des terres est très inclinée Vers les ruines du château. ~
L'Empecinado, en attendant sur ui| p^eil terrain la seule colonne que je pusse lui oppof
DU cAlvtRAt BU60. a^l
ser, ne ponvalt jamais rien craindre pour sa retraite, sans ma résolution désespérée; mais quels avantages cette position ne lui assurait^ elle point , si les chances du combat tournaient en sa faveur? toutes ses forcés descendant ou plutôt se précipitant sur moi , m'auraient accablé danà la plaine et dans les vallées profondes, dont le trajet de Gifuentes à Brihuega est entrer coupé»
Pour tenter la destruction de TEmpecinado , il eût fallu la coopération de plusieurs colonnes SUIT une même direction, et les troupes manquaient à l'armée du centre pour les former ; d'un autre côté , si une pareille combinaison eût eu lieu , ce général ne l'eût-il pas mise en défaut par ses dispositions , ou en se cachant dans les défilés impraticables qui avoisinent lehautTage ror Tune et l'autre de ses rives*
Ne pouvant , avec les troupes sous mes ordres et à cause des garnisons que j'avais à fournir , réunir encore plus de looo à 1200 hommes, contre 4) 5 et quelquefois 6000 , mes manœuvres devaient se ressentir de ma faiblesse numérique. Des attaques audacieuses sur un seul point, comme le flanc , le centre, les derrières, étaient tout ce, que je pouvais entreprendre de mieux. Je devais me conformer à ce que mes moyens me permettaient, et donner le moins désavan- Tom. n. 16
tagetisement pour moi contre des masses toujours retranchées dans les rochers , ou cachées dans d'épaisses broussailles; toujours postées sur des crêtes inaccessibles, ou couvertes par des rivières profondes. J'arrivais ordinairement à ces positions à jeun, après une marche fatigante, un soleil brûlant ou la pluie sur le corps; j'y forçais un ennemi frais, bien repu et tout disposé pour une dispersion en cas de malheur. Le moment de la victoire était pour moi le plus voisin d'une défaite; il ne fallait qu'un instant d'imprudence ou une fausse manœuvre pour causer la perte de ma colonne. En laissant poursuivre en désordre , en laissant trop disperser mes forces , je pouvais me priver des moyens de résister au choc d'une réserve habilement lancée : heureusement pour moi que sur ce point de tactique militaire , l'Ëmpe* cinado se montra toujours faible.
L'dffaire finie , nous revînmes bivouaquer sous Cifuentes, où les blessés et les prisonniers avaient été réunis. Le lendemain matin, nous fîmes relever et enterrer les morts , et n'ayant , le surlendemain , aucune nouvelle de l'Empecinado, nous quittâmes cette ville pour aller déposer nos blessés à l'hôpital de Brihuega.
Dans cette guerre et dans ce pays difficile, ne sachant jamais à temps utile le point de
ralliement de rennemi , on n'osait pas risquer ces malheureux à la conduite d'une escorte qui facilement eût pu se trouver arrêtée ou prise dans les défilés; il fallait, si Ton voulait poursuivre ses succès , laisser ces braves intéressans dans les ruines de quelque vieux château , avec un détachement, ce qui les exposait , non seulement à manquer de tout , mais à être enlevés ou égorgés par des partis. On était donc , après chaque affaire , dans la nécessité de créer un poste , ou de se rapprocher du poste le plus Toisin,
â44 KÉlfOI&£8
MM^WOlKKlMI^^^iUMIWMiftMM^M^^MMOft^M»»
CHÂPITBB XL
Découragement de l'ennemi. — * Situation militaire de mon gouvernement. — Afiàire de Mirabueno. -* Dîfficollés de notre genre de guerre.
Malgab tant de revers successifs , don Juan Martin reçut ordre de la junte de ne pas lâcher prise et de rechercher quelque occasion de relever Tesprit abattu de ses troupes , que le nom seul des régimens de ma division faisait trembler. En effet, ce général doutait de pouvoir se maintenir dans aucune des positions de son commandement ; celle des crêtes , en avant de Sotoca, était peu accessible de front , et nous l'avions escaladée pendant que nous en tournions les flancs; celle au-delà de Trillo était foudroyante contre l'assaillant : une longue suite de rochers en amphithéâtre , garnis d'é« paisses broussailles , et prenant leur origine dès la rive même du fleuve, profond et rapide , qui la protégeait, n'avait point arrêté l'ardeur de mon infanterie qui avait forcé cette position
DU 6]&NÉEilL nUGO. :^5
sans aucune perte. Â la Yérîté , sa oayalerie avait eu, la Teille du combat, un léger avantage sur Favant-garde du i o* de chasseurs à cheval, mais ^e n'avait point osé Soutenir le choc de ce brave régiment. Siguenza était fortement occupée parce Royal-Etranger dont l'Empecinado avait apprécié la valeur devant Guijosa ; malgré ses intelligences avec les habitans de Siguenza , il s'était vu chasser par Irlande , de cette place dans laquelle il n'avait pénétré que par trahison*. Les issues et les portes qui lui avaient donné l'entrée étaient murées , les maisons des traîtres étaient démolies , et chaque jour cette ville prenait un aspect plus imposant; enfin, la dernière affaire de Cifuentes venait de lui prouver qu'aucun obstacle ne pouvait nous arrêter. Brihuega ne craignait plus un coup de main ; Guadalaxara était fermée, et le fort de Tori)a, commandé par le chef de bataillon Yost, qui avait si bien résisté à Puente del Gongosto , pouvait soutenir un siège. De mon côté , toujours^ en campagne, tantôt me faisant connaître pour le gouverneur , tantôt me donnant pour un général de la junte suprême (*) , mes
(*) La oooarde espagnole des troupes au servioe de loseph était rouge j comme oelle des Espagnols insurgés. La broderie dîstinctive des officiers généraux français
^46 liiiioius
courses étaient autant de reconnaissances précieuses dans un pays dont la carte, quoique faite par Lopez , est très négligée et n'indique ni les vallées , ni les bois , défauts essentiels pour la guerre dans les montagnes.
Prévenu que Tennemi attendait de l'artillerie et qu'il opérerait contre mes postes aussitôt qu'elle lui serait parvenue, )e fis donner plus d'épaisseur aux ouvrages qui en avaient besoin, et couvrir les postes par des demi-lunes. Le soldat se réjouissait de cette nouvelle ; il regardait déjà ces pièces comme devant lui appartenir; et s'il ne méprisait pas l'ennemi, au
attachés à la fortune de Joseph, était en tout pareille à celle des officiers généraux du parti de Ferdinand : les épaulettes et les étoiles françaises auraient pu seules mettre quelque différence dans le costume; mais, en campagne , les épaulettes sont presque toujours à moitié cachées par le surtout. Un alcade espagnol prenait donc facilement pour un compatriote, un officier général étranger, parlant la langue castillane, et revêtu des insignes militaires communes aux officiers nationaux. L'accent étranger pouvait rarement apporter d'obstacle à cette supercherie militaire, souvent nécessitée par les circonstances, parce que tous les Espagnols savaient que les troupes de ligne espagnoles renfermaient un grand nombre de régimens étrangers , tels que Suisses , "Wallons, etc.
PU GiniaAL HUGO. ^47
moins ëtait-il trèt éloigné de le craindre» De mon coté je m'en félicitais, parce que, dans l'obligation de soutenir son artillerie, TEmpeclnado ne se disperserait plus et prendrait des positions devant ou derrière lesquelles on pourrait manœuvrer. Pour en faciliter le transport et celui de la mienne , je fis donner à tous les chemins des principales directions , la largeur nécessaire pour le passage des chars à large voie, et ce général ne s'opposa point à Texécution d'une mesure qui lui paraissait également utile.
Avant de quitter Siguenza , j'avais réglé les moyens de correspondre entre cette place et Brihuega, comme point le plus rapproché d'elle. Les commandans de ces deux postes devaient déterminer, à chaque rendez-vous, le jour et le lieu du rendez-vous prochain , et garder à cet égard le plus profond secret , afin d'éviter les embuscades. Ces communications ne devaient point discontinuer sans d'autres dispositions de ma part ; car, en principe , de pareilles conventions une fois faites , on ne peut en interrompre l'exécution qu'après de nouveaux accords , pour ne point exposer l'une des parties aux plus grands malheurs.
Mirabueno fut choisi pour le rendez-vous de la première correspondance : le colonel Mau-
^48 HÉHOIEES
rin , à la tête de quatre cent» hommes de soa régiment , et de quatre-vingts chevaux des compagnies franches de Mesa et Sauquillo, partit de Siguenza pour s'y rendre , et , pendant quelque temps , attendit , sur les bords de la rivière qui coule au bas de la longue côte de Mirabueno, que le détachement de Brihuega lui annonçât son arrivée ; mais ne lui voyant donner aucun signe de présence , quoique Theure fût passée , il se mit en devoir de franchir la vallée par la grande route. A peine fut-il engagé dans les détours qu'elle fait à travers l'escarpement, qu'il fut , de flanc et de front , assailli par le feu le plus vif. Les voltigeurs , déjà parvenus sur la crête, furent contraints de se replier avec perte; et la cavalerie , s'étant mal engagée avec celle de l'Empecinado, souffrit davantage encore. Cependant , malgré le nombre et les efforts de l'ennemi , le colonel réussit , par sa bonne contenance, à rentrer dans Siguenza.
Dans tous les mouvemens que j'ai opérés en pays couverts ou coupés, les uns par des forêts , les autres par des défilés , J'ai toujours eu lattention d'entremêler les armes de manière qu'elles se soutinssent respectivement. Si l'infanterie seule peut résister partout , il n'en est pas ainsi de la cavalerie, dont la faiblesse ne se fait mieux sentir qu'alors qu'eUe ne peut rien
DU GéNlfiRAt HUGO. ^49
&Irc eenle : c'est la raison pour laquelle , dans mes mouTemens , les bataillons et les escadrons marchaient alternativement. Des flanqueurs repousses pouvaient laisser Fennemi arriver sur les bords d'un défilé , pénétrer dans l'intérieur d'une foret, et ne laisser à la cavalerie isolée d'autre ressource que de mettre pied à terre , si. elle avait des mousquetons, ou de se soustraire, au danger par la fuite , si elle n'en avait pas. En disposant macolonne de route de manière qu^un bataillon précédât ou suivit immédiatement un escadron , souvent même , dans les vallées tor-^ tueuses , qu'un demi bataillon précédât ou suivît un demi escadron , la cavalerie , en cas d'événement , était aussitôt soutenue par les feux directs ou obliques de rinfanterie.
Cette disposition , dont je me suis toujours bien trouvé, et que j'ai constamment suivie dans le royaume de Naples ; celle des réserves des deux armes , quelles que soient les forces dont on dispose; celle de masquer les troupça toutes les fois qu'on peut le faire, afin de ne pas exposer inutilement la vie des hommes ; celle enfin de se former en bon ordre , selon le terrain, et prêt à combattre, pour toutes les haltes de plus de cinq minutes ; toutes ces dispositions, dis-je, ne peuvent être trop recommandées à tous les officiers qui ^ont livrés
â5o MiBoins
à eux - mêmes , et jaloux d'acquérir quelque gloire.
Jamais celui qui devait faire partir le détachement de Brihuega ne put bien m'expliquer pourquoi il ne l'avait pas mis en mouvement. Sans doute ce détachement eût été également compromis; mais il n'avait que des plaines et un bois à traverser, et sa marche eût mis* FEmpecinado dans l'obligation d^éventer son embuscade, et eût donné au colonel Mau-^ rin , placé dans une position bien plus défavorable que ne l'eût été le détachement de «Brihuega, les moyens d'éviter la surprise de l'ennemi.
Je résolus bien de rechercher l'occasion de prendre ma revanche : l'ennemi ne voulait que des succès faciles , et tout concourait à le seconder. Une parfaite connaissance des localités, une division levée dans le pays, et dont tous les individus savaient les détours et les sentiers ; des avis prompts et certains sur la direction que nous prenions lors de nos mouvemens; une supériorité de forces triple, quadruple et toujours croissante; une cavalerie nombreuse, audacieuse ou prudente selon le besoin , bien montée , et pouvant déposer et remplacer pal*tout les chevaux fatigués ; enfin la faculté de se jeter à volonté sur les gouvernemens voisins ,.
DU OÉniRAlk HUGO. iSx
de ft'y recruter , d'y débaucher le§ autres corps , même du parti : tels étaient les avantages de TEmpecinado sur nous.
Pour trouver cet officier , il fallait le chercher sans cesse, démêler les bons avis d'avec les faux renseiguemens ; quand je le battais, plus de traces , plus de paysans nulle part , les indices fuyaient avec eux : alors il m'arrivait souvent de courir pendant huit jours sans rencontrer un seul habitant ; <^onséquemment , ni nouvelles ni moyens de direction. Une fois notre biscuit consommé , plus d'espoir de trouver ni pain ni viande. Le hasard fournissait bien quelques poules casanières au soldat affamé ; mais ce n'était qu'une ressource pour quelques individus , et cette ressource était bien faible. Les subsistances de toute espèce étaient enfouies sous terre , dans les cavernes ou dans les plus épaisses forêts des montagnes.
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