‹ Mémoires du Général HugoChapitre 67 sur 95 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Pcise d'un riche convoî. — Le roi vient à Guadalaxara. — - — Récompenses. — Distribution solennelle. — Rëgîment d'Irlande proclame Royal-Irlandais, ** Affaire de Hita. —

' Entrée à Gogolludo. — Dévouement des Espagnols. -^ Jadracpie.

A peiiie rentré à Brihuega , je dus me remettre en marche pour Siguenza, dont je i^'avals pas de nouvelles. Chemin faisant , les éclaïreurs aperçurent dans le lointain un détachement de cavalerie qui prit aussitôt la fuite , et ils m'en donnèrent avis. Je fis reconnaître ce que c'était, et bientôt un riche convoi de laines de mérinos , composé de cinquante-cinq voitures , fut découvert. J'ordonnai qu'on le fit approcher de la colonne ) et qu'on demandât au mayO'rai {*) pourquoi l'escorte avait pris la fuite, puisque nous étions des troupes espagnoles. Le ma/y oral m'ayant été conduit, je renouvelai

(*) Le conduoleur, Tagent du maître du convoi.

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toutes le» questions qu'on lui avait déjà faites par mon ordre , et je cherchai à savoir s'il con** naissait le général Villacampa. Sur sa réponse négative^et d'après celle qu'à Atienza on l'avait en-* gagé à prendre une escorte , à cause dès partis français qui couraient le pays, et venaient tout récemment de battre l'Empecinadp 9 je lui décla* rai alors que j'étais Villacampa $ il s'ouvrit avec confiance^ et me déclara que le convoi allait à Âlicante, où il serait embarqué pour le compte des Anglais; il me donna ensuite beaucoup d'autres renseignemens inutiles à rapporter ici , mais qui me prouvèrent que la prise était bonne et devait être envoyée au gouvernement , à Madrid. Je ramenai alors ce convoi sur Torija , où je pris position pour couvrir sa marche vers Guadalaxara.

Le roi Joseph, enchanté de nos continuels succès , voulut visiter cette ville , et la fit occuper par un détachement de sa garde ; j'étais à Brihuega, lorsque le colonel Miot , l'un dé ses écuyers, fut chargé de m'appeler de suite à Guadalaxara.

Gomme l'ennemi venait de descendre vers CogoUudo , je le tenais en respect du point où je me trouvais , et je n'osais pas , en pareille circonstance , quitter ma position sans un ordre qui me couvrît en cas d'événement. L'invitation

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du colonel Hiot, au nom du roi, en fut un pour moi , et j'allai présenter mes hommages à S. M. : c'était le 27 septembre (18 lo).

Ce monarque me reçut avec une bonté toute particulière, me félicita de mes succès et me dit qu'il en concevait les plus belles espérances pour la tranquillité du centre de TEspagne. U raisonna long-temps ayec moi sur l'administration et les ressources de mon gouTernement , sur les moyens de donner aux manufactures royales assez d'activité pour leur faire , comme autrefois, procurer la subsistance à quarante mille personnes. Il daigna me parler ensuite de ses propres afiaires et des difficultés qu'il trouvait à payer et habiller sa garde. — < Voilà , Sire, « lui dia-je , en lui montrant le convoi pris et « parqué sur la place du Palais de l'Infantado , « voilà déjà quelque chose dont Y. M. peut c disposer tout de suite. Je sais où existe un « trésor qui doit être considérable (*) , mais )e c n'ose point m'exposer à le découvrir devant « ma colonne , qui croirait y avoir des droits. « Si y. M. veut m'envoyer un commissaire spé- « cial et quelques compagnies de sa garde , je

(*) On verra, dans le chapitre suivant, par quel hasard heureux payais eu connaissance du lieu oh oe trésor était caché.

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« partirai aTec eux et ma colonne pour une

« expédition, dont le trésor, une fois décou- « vert , leur paraîtra Tunique objet. •

Le roi, fut très content de cette confidence et me promit de régler la chose à son retour à Madrid ; il voulut bien, à ma demande, ordonner qu'à titre de gratification, les officiers de la colonne qui avait pris le convoi de laine, recevraient l'indemnité d'entrée eu campagne, et les sous-officiers et soldats chacun un mois de solde. S. M. à qui je ne demandais rien pour moi, me retint long-temps avec elle et parut vouloir m'amener à la manifestation de quelques désirs. Obligée de partir le soir même , elle me fit rappeler et me remit encore sur la même voie. Je la priai alors d'accorder la décoration à quelques officiers que je lui nommai, lui témoignant beaucoup de regrets de ne pouvoir lui désigner nominativement d'autres braves qui s'étaient également distingués. Alors, dans sa justice , elle nomma aussitôt ces officiers chevaliers de son ordre royal (*) , et ne voulant pas que les autres militaires , non désignés , y per-

(*) Vardre rayai d'Espagne avait d*abord été ins- Aitué par le roi Joseph , le ao octobre 1808 , sous le titre à'orére rayai et militaire. Ce deraier mot fut supprimé par le décret d*or§anisation du 18 septembre 180Q, et

dissent » elle me donna quinze décorations de plus pour les remettre, de sa part , à ceux dont, le nom ne m'était pas encore connu : tant de

les officiers civils devinrent, comme les militaires, aptes à porter la décoration de Vordre rayai.

Cet ordre devait se composer de cinquante grands* cordons sans revenu fixe, mais pouvant posséder des commanderies ; de deux cents commandeurs jouissant d^une pension annuelle de 3ojOOO réaux(7,5oo francs); et de deux mille chevaliers, avec une pension de 1,000 réaux( 2S0 francs) par an.

La décoration, suspendue à un ruban rouge, était une étoile d*or, à cinq rayons, surmontée d'une couronne ; les rayons émaillés en rubis. Sur Tune des £aces du centre de l'étoile on voyait le portrait du roi Joseph, et sur l'autre les armes d'Espagne, avec cette inscrip* tion : Firtute et fidc. Les grands-cordons portaient, en outre, au côté gauche, une plaque à rayons d'argent.

Joseph avait conservé les armes d'Espagne telles qu'elles existaient sous Charles IV ; seulement l'aigle impériale avait remplacé, au milieu de l'écusson, les trois fleurs de lis. C'était ainsi qu'à l'avènement de Philippe y , les fleurs de lis avaient eUes-mêmes pris la place de l'aigle à deux tètes de Charles-Quint.

Pour former une dotation à son ordre royal , Joseph supprima, par un décret daté aussi du 18 septembre, tous les ordres civils et militaires existans en Espagne, à l'exception de celui de la Toison-d'Or. Ces ordres étaient : celui de Charles III, récenuuent institué et devenu le premier de tous, les ordres anciens

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confiance me parut une récompense bien flatteuse.

« Et ne me demanderez-vous rien pour vous? daigna-t^elle ensuite ajouter avec un intérêt touchant. Si vous couvrez de gloire le nom de votre père et que vous ne desiriez point le changer , ce ne sera point affaiblir l'éclat que vous lui donne2^, que d'y ajouter le titre de comte ou de marquis. » Ce mot de marquis m ayant fait sourire , S. M. reprit : « Ce titre de marquis est encore en Espagne ce qu'il n'est plus en France depuis long-temps. Je vous laisse à choisir. — Mais , Sire , répliquai-je , j'ai trop peu de droits à tant d'honneurs , et je n'ai encore aucune propriété pour les soutenir. — ^ Comnîtent ? et celle dont vous m'avez entretenu, n'est-elle pas à vous? — Je n'ai encore rien reçu du ministère , qui m'en ait donné la nouvelle. — Ce sera une affaire faite. Dans tous les cas , je me charge de la conclure. Prenez donc , dès aujourd'hui , le titre , soit de. comte de Cifuentes , soit de comte de Sigiusnza ; et , sur l'avis que vous me donnerez

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et fameux de Saînt-Jfacques , de Calatrava, de Montesa^ et d'Alcaiitai'a;*et Tordre mOîlaire de Saint-Ferdinand. Une disposition dii décret étendait la mesure de suppression aux Langues de Tordre de Malte.

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• de votre choix , je vous ferai expédier immé- « diatement vos titres. »

Je remerciai le moDarque qui , voulant ajouter une faveur plus collective à celle qu'il venait de mettre à ma disposition , décréta que le régiment d'Irlande prendrait , désormais , le titre de Royal-Irlandais (*).

(*) Après avoir parlé des besoins et des ressources de mon gouvernement, et causé des intérêts nationaux de l'Espagne^ que le roi connaissait très bien 9 et qu*il avait à cœur de protéger efficacement , notre conversation tomba sur la littérature des Espagnols, que S. tt. paraissait avoir étudiée avec soin.

Joseph aimait et cultivait les lettres ; il s'en entretenait volontiers. Dans sa jeunesse y il avait même composé un petit roman , intitulé M<^kia, où Ton trouve une fable intéressante , quelques caractères vrais et un style agréable.

Le goût des lettres était commun à presque tous les membres de la famille de Napoléon. Sans parler des Mémoires que celui-ci a dictés aux généraux Gourgaud etMontholon, on sait qu'il avait commencé , au sortir de rÉcole-Militaire , une Histoire des Corses, et qu'il a puUié une petite brochure, intitulée ie Sûuper de Beaucaire. Son frère Lucien est auteur de deux poêmtfs épiques; et le roi. Louis, devepu comte de Saint-Leu, a fi^il; imprimer un roman , Marie, qui renferme des détails curieux et întéressans sur le^ n^opurs des HqIlandais.

Pendant son règne en Espagne y Joseph accorda une

Obligé de retourner â moh poste pour observer l'ennemi et l'empêcher d'inquiéter le retour du roi à Madrid , je pris congé de S. M. et )e repartis pour Brihuega où je rentrai dans la nuit Le lendemain , réunissant les troupes sur l'Alameda {*) , où un autel avait été dressé , je fis célébrer l'office divin devant elles et de^ vant le peuple , rassemblé pour voir la céré^ monie. Après la bénédiction qui s'étendit sur les décorations jde l'ordre d'Espagne , on me les apporta sur un grand bassin de vermeil et j'en fis y au nom du roi , une distribution solennelle en proclamant Iriande sous sa nouvelle et glorieuse dénomination (Royal-Irlandais). Cette fête fut suivie d'un banquet où je réunis Ie& chefs y les autorités .et les nouveaux chevaliers. .

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