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protection sonteniie aux savans et aux gens de lettres distingués; il l^s chaigea d^emplois importans» et leur témoigna toujours une estime partiouiière. Les hommes les plus instruits du peuple espagnol étaient presque tous parmi ses partisans. Le fameux voyageur Badîa , surnonuné Ali-Bey-el-Abassi , avait obtenu de ce Roi une pension et une place. M. Amoroz, si connu par une utile méthode dlnstruction gymnastique , siégeait dans 80P conseil-d'élat.
(*) Place entourée d'arbres, consacrée àla^rooienade* Le nonx d^Aiameda est usité en Espagne ; dans quelques provinces , pour désigner génériquement le lieu qui sert de promenade aux habitans d'une ville.
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Le jour qui suiyit cette cérémonie ne fut pas un jour de repos et de plaisir; je me mis en marche sujr Trijueque , en conséquence de rapports qui m'annonçaient la présence de l'ennemi dans les ényirons de Hita. En descendant le grand plateau, je rencontrai une. colonne qui s'avançait vers le hameau de Sopetran. Elle refusa tout engagement en se retirant sur Hita où elle parut vouloir prendre position , mais à peine eut*elle perdu quelques hommes, que son infanterie se jeta dans les vignes et que sa cavalerie prit le galop pour échapper à la charge que les Hollandais et les Westphaiiens se dispousaient à exécuter. Nous suivîmes alors cette colonne vers les rives de THenarès qu'elle passa, partie au pont d'Espinosa , partie aux gués voisins , et qu'elle couvrit de tirailleurs pour nous en disputer le débouché. Les miens s'engagèrent bientôt ; mais , ayant reconnu que l'ennemi ne nous attendait pas, et que ses tirailleurs seuls combattaient , je fis forcer un gué au-dessous du pont par les chevau- légers. Alors l'arrière-garde laissée à dessein de retarder notre poursuite , craignant de se trouver coupée , se rejeta dans les vignes et n'opposa plus d'obstacle â notre marche.
Nous suivîmes l'ennemi dans la direction de Cogolludo, mais son infanterie ne s'arrêtait plus
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et sa cavalerie seulement faisait quelques haltes de position en position, toujours de manière à ne point croiser le sabre. Il ne s'arrêta égale-^ ment point à défendre cette ville, et gagna les gorges qui sont en arrière et qui conduisent dans la chaîne du Guadarama. Il était tard lors de notre arrivée à Gogolludo (29 septembre 1810) et nous fûmes obligés d'y prendre position. Le feu s'étant violemment manifesté pendant la nuit, on la passa sous les armes , afin de proté* ger les piquets qui travaillaient à en couper les progrès, et afin aussi de se trouver prêt , dans le cas où l'ennemi aurait voulu profiter du désordre , naturellement causé par l'incendie , pour tenter une attaque. Nous ne réussîmes à nous rendre maîtres du feu qu'en abattant plusieurs maisons.
En entrant dans les villes , en traversant des villages , fa vais toujours besoin, de faire placer des gardes ou des sentinelles aux églises , afin de les garantir de toute insulte. Mais pendant l'incendie un hussard hollandais ayant pénétré, et tout dévasté, dans celle quise trouvait voisine, je le fis punir d'une manière exemplaire. Cette sévérité était importante et utile dans un pays dont tous les habitans sont religieux jusqu'à la superstition.
Gogolludo est une petite ville longue^ étroite
et située sur Taréte d'un coteau. La famille Medina-Celi y conserve un palais mal entretenu et qui se dégradé . considérablement : comme toutes les autres villes des Gastilles , Cogolludo est entourée d'une chemise flanquée de tours : les environs en sont assez fertiles , quoique montagneux et couverts de bois. Une partie des habitans s'était enfuie â notre approche : ceux qui étaient restés n'avaient pris cette détermination que parce que le temps leur avait manqué pour imiter les fugitifs^
On trouvera difficilement dans l'histoire une guerre , si ce n'est celle de la Vendée ^ où les peuples aient eu plus de sacrifices à faire pour la cause d'un prince , et où ils les aient faits plus unanimement et avec une plus rare constance , que dans la guerre d'Espagne. L'abandon de leurs maisons, de leur mobilier, de leurs récoltes déjà serrées dans les granges , leur étaitil ordonné par les juntes supérieures ou au nom des juntes provinciales , ils obéissaient à l'instant, et malgré la saison, souvent très rude, ils fuyaient dans les bois , danis lès montagnes , n'ayant, la plupart du. temps, aucun moyen de s'y nourrir. Dans son xiévouémënt sublime pour la patrie et pour Ferdinand VU ^ laf junle de la nouvelle -Castille ne cherchait point les palais pour tenir ses séances : un antre cavbr-^
neux dans les rochers, un misérable hameau dans les bois, les ruines 4e quelque édifice isolé dans les montagnes , devenaient le chef-lieu de l'administration ^ aussitôt qu'elle se trouvait contrariée par mes mouvemens ou par ma proximité.
Une circonstance digne de remarque , et qui imprime à la guerre d'invasion en Espagne un caractère tout particulier, c'est que, pareille à la guerre de la Vendée, c'était une guerre toute populaire.
Dans la Vendée ce ne furent point les nobles y les riches, qui prirent d'abord les armes; les paysans s'armèrent les premiers pour se sous^ traire à la domination de la convention , et pour venger la mort du roi. L'occasion d'une guerre qui était dans tous les cœurs fut la levée de trois cent mille hommes. Les Poitevins s'insurgèrent, déclarant que , puisqu'il fallait combattre et mourir, ils voulaient servir la cause qu'ils regardaient comme sacrée , celle de la religion et de la royauté; un simple voîturier , Gathelineau , devint leur chef. Bietïtôt l'exemple donné par là jeunesse de 3aint-Florent fut imité ; les paysans se enlevèrent sur tous les points , et , sentant le besoin de se donner des généraux plus habiles qu'eux , ils allèrent dans les châteaux chercher les nobles et les seigneurs^ pour les mettre à leur
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tête,, de gré ou de force : de sorte que bientôt, GathelineaUy élu généralissime, ce héros rustique , vit sous ses ordres des hommes d'un nom illustré dans les armées et dans les conseils des rois de France^ mêlés à d'obscurs plébâens dont le talent , le courage et la fidélité prouvèrent que ces vertus et ces qualités ne sont pas Tapanage exclusif des classes privilégiées.
Il en fut de même en Espagne ; tandis que , dans Bayonne, les grands et les nobles de la monarchie espagnole, oubliant la foi jurée à Ferdinand, rendaient hommage au roi Joseph ( heureux du moins que les vertus du nouveau monarque pussent servir d'excuse à leur défection ) , de simples laboureurs , des artisans ignorés, qui n'avaient point particiipé aux faveurs des Bourbons et aux honneurs brillans de la cour, s'armaient pour défendre des princes qu'ils ne connaissaient peut-être que par les vexations de leurs ministres , mais auxquels ils avaient voué leur foi. On ne trouve aucun des noms illustres de la noblesse espagnole parmi, les chefs de ces guérillas qui ont tant et si courageusement harcelé l'armée française; ce sont d'obscurs sujets devenus célèbres seulement parleur dévouement : leurs noms y après tant de combats, sont â peine connus; comme ils ne combattaient point pourune vaine gloire , ils ne
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livraient pas toujours ces noms à Fadmiration des soldats^ le titre de leur ancienne profession , d'une qualité ou même d'un défaut physique , suffisait pour les désigner. Ainsi, avec Mina^ citoyen pauvre, d'une* des petites bourgardes de la Navarre, et Merillo, ancien sergent d'artillerie, les plus fameux sont el Empecinado, l'Empoissé; el Pastor, le Berger; el Cura, le Curé; el Medico, le Médecin; el Jàttelo, le Grand-Père; el Manco, le Manchot; Chaleco, Gilet; Calzones, Culottes; etc.
C'est à la classe même de ses partisans , que Ferdinand a dû les efforts persévérans des Espagnols contre les armées françaises ; si des courtisans ou des dignitaires s'étalent armés en sa faveur, on pouvait, en leur rendant des faveurs de la cour et des dignités nouvelles , compenjser ce qu'ils avaient perdu en perdant Ferdinand ; mais quelle compensation peut -on offrir à de simples citoyens qui combattent sans ambition, pour un roi qu'ils aiment et pour une patrie qu'ils défendent? leur défense doit être durable et opiniâtre; elle le fut en effet.
Sur l'avis qu'on me donna que don Juan Martin aurait probablement couché à Jadraque , je m'y portai le lendemain matin. Le curé, homme respectable , lavait empêché ses paroissiens de fuir é notre approche , et les avait assu-
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rés que nous ne leur ferions éprouver aucune espèce de vexation. Nous ne le démentîmes point : mais Tennemi n*y était pas venu; et comme personne ne put ou ne voulut nous indiquer dans quelle direction il avait porté ses forces, nous couchâmes dans ce petit endroit, d'où nous poussâmes des reconnaissances sur les environs.
J'ai dit plus haut, dans une note, que Jadraque est agréablement située , près de la rive gauche de THenarès, à l'entrée d'une gorge étroite dont le chemin conduit à Grajanejos , sur la route de Madrid à Saragosse; j'ajouterai que cette ville est réputée par la bonté de ses^. eaux et l'excellence de ses fruits : elle est bâtie sur le chemin de Guadalaxara à Siguehza et Âtienza.
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