CHAPITRE XIII
EnlèvemeDt du trésor ie Siguenza. — Dispositions inutiles de rErapecinado pour le reprendre. — Entrée de ce trésor a Guadalaxara.
Ayant appris par ma correspondance, que l'envoyai prendre à Torija y qu'un détachement de la garde royale et un commissaire de la trésorerie étaient arrivés à Guadalaxara, je me rapprochai d'eux , et après qu'ils m'eurent rejoint, nous marchâmes ensemble sur Siguenza.
Entrés dans cette ville , je fis réunir le sous préfet et les autorités civiles , les officiers supérieurs de ma colonne et de la garnison , ainsi que les chanoines {*) , et je les conduisis tous dans la cathédrale. Là, je demandai à ces derniers s'ils avaient connaissance du lieu où l'on avait caché l'argenterie de l'église , pour la soustraire à Texécutioa des lois qui ordonnaient sa remise à la monnaie royale de Mçidrid ; ils nm répondirent unanimement que non. Alors je ti-
{*) Siguenza est le siège d'un évêché* .
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rai d'une boite de montre un petit billet que , lors de ma première entrée dans leur ville , j'avais , en eherchant un morceau de papier pour donner un reçu^ trouvé dans le bureau du trésorier du chapitre , dont le logement aban-
donné m'avait été fourni à cette époque. Après avoir donné lecture de ce billet, je fis entrer dans l'église des ouvriers qui , sur mon ordre , se tenaient prêts, et qui, armés de pioches et d'autres instrumens, démolirent sur le champ et devant l'assemblée une muraille en pierres de taille qui se trouvait désignée dans l'écrit du trésorier. Bientôt on découvrit qu'elle masquait un escalier tournant d'où une grande caisse remplie de calices , de croix , de ciboires , etc. descendit d'elle-même, entraînée par son propre poids : beaucoup d'autres coffres tous remplis d'objets non moins précieux et cachés dans cet endroit, en furent également tirés. Aussitôt l'inventaire général de tous ces objets achevé et signé par les autorités ecclésiastiques , civiles et militaires , on les déposa chez le sous-préfet. Ce magistrat les fit emballer pour faciliter leur transport (*) à Madrid , et donna des ordres pour Féunir les mulets nécessaires au voyage.
(*) Il y manquait le tabernacle d'argent, ouvrage des plus habiles artistes. Gomme il eût été. dommage de
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Le bruit de cette riche capture se répandit à l'instant dans le pays, et l'Empecinado reçut de la junte provinciale Tordre de ne rien négliger pour me la reprendre.
Comme j'étais venu jusqu'alors à Siguenza par les seuls chemins directs avec Guadalaxara, dont l'un passe à Mirabueno , et l'autre à Villa Seca, tout le monde s'imaginait que je n'en pouvais prendre d'autres. Nul doute, conséquemment, que mon convoi n'éprouvât, soit à la sortie de Villa Seca , soit à la côte de Mirabueno, le sort de tous ceux qui jusqu'alors y avaient précédé le mien. L'Empecinado était de cet avis et prit position de manière à m'intercepter l'un et l'autre passage , attendu la proximité des deux points ; il eut soin d'empêcher que le moindre avis de sa présence ne me parvint, et que personne ne le trahit dans une entreprise qui intéressait autant la religion, lésée dans la perte que faisait l'église épiscopale de Siguenza : cependant ses espérances furent trompées.
Tout étant prêt , je quittai cette ville pendant
livrer un pareil chef-d'œuvre à la fonte , je le laissai au chapitre, sous condition qu*il en enverrait la valeur intrinsèque à la trésorerie de Madrid.
que ses habitans étaient encore livrés au sommeil : le colonel Maurin sortit avec nous.
D'après mes ordres , immédiatement après sa sortie, un cordon bien serré de sentinelles bloqua la ville et les feubourgs, afin d'empêcher de courir sur nos traces, espionner notre direction et en rendre compte à Teanemi.
Les instructions du colonel portaient qu'à là tétè d'un fort détachement de la garnison, il s'avancerait lentement parle chemin de Guadalaxara et s'arrêterait sur la hauteur qui est en vue de Mirabueno; qu'à cette halte il ferait des démonstrations, comme s'il avait des inquiétudes de l'ennemi qu'il amuserait par ses craintes; enfin qu'il ne se retirerait, avant l'heure convenue entre lui et moi , qu'autant qu^on voudrait l'engager à combattre avec des forces supérieures. De mon côté , je devais me jeter dans les bois pour disparaître aux yeux des faa-*% bitans , et aller , par un détour imprévu , rc-* joindre la grande route de Saragosse entre Alcolea del Pinar et Tortondg* De Tortonda , je suivais cette route j usqu'au village d'Algora , où je prenais la traverse qui conduit à Brihuega , par Alaminos.
Le colonel Maurin exécuta parfaitement ses instructions , et trompa complètement don Juan
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Martin , qui , du clocher de Mirabueno , une lunette à la main , se riait avec ses officiers 4e me voir enfin dans l'embarras, et n'osant pour cette fois l'attaquer.
Il était encore dans cette persuasion , quand deux paysans de Villa Secjsi , venant d*Alaminos, village distant de deux lieues de Mirabueno, lui furent conduits. Satisfait de leurs réponses , il allait les laisser descendre chez eux , lorsqu'avec cette liberté , particulière aux habitans des montagnes , le plus âgé lui demanda ce qu'il attendait là ( dans le clocher de Mirabueno ). — Ne vois-tu pas , lui répondit don Juan Martin» en lui montrant la colonne arrêtée, ne vois-tu pas le fameux gouverneur de la province avec l'argenterie de Siguenza, qui, me sachant ici, n'osé point s'ouvrir un passage, et ne sait quel parti prendre? — Comment ! reprft le paysan , le général Hugo 1 ne vous trômpezrvous pas ? ce général est passé il y a plus de deux heures par Alaminos. — Cela n'est pas possible, puisque le voilà de l'autre côté du val, reprit FEmpecinado. — Ne le pensez pas, général, répondirent les deux paysans, nous lui avons parlé , noui^ le connaissons bien ; il avait avec sa colonne beaucoup de mules chargées de caisse^ qui veq^ient effectivement de Siguenza. — Vous vous trompez, vous dis-je,- ajouta, en
jurant, cet officier , c'est lui qui est là bas ; il ne peut, à moins d'être le diable, s'y trouver et s'être montré à Alaminos. Le vieux paysan persistant dans ses réponses , et son camarade disant comme lui , don Juan Martin lâcha une grosse bordée de juremens espagnols , et fit{>ousser de suite une tardive reconnaissance sur le chemin de Brihuega.
L'heure , à laquelle le colonel Maurin devait se retirer, étant venue, cet officier se remit en route pour Siguenza, où il rentra à peu près en même temps quemoi-mêmej'arrivais àBrihuega. De ce point il n'y avait plus de craintes à avoir pour mon précieux convoi, puisque )e n'avais plus à traverser que des positions conoues , et qu'il n'était pas probable que l'Empecinado oserait s'y risquer entre me» postes. J'escortai doQC le lendemain ce convoi, sur Guadalaxara, d'où^ bientôt il parvint sûrement à l'hôtel de la monnaie à Madrid.
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