‹ Mémoires du Général HugoChapitre 70 sur 95 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L'EmpeclDado blâme. — Apostës. — Blocus deSiguenza. — 'Ëyacuation de cette ville. — Résultats ayantageux de cette évacuation.

L'Empecinaoo éprouva le sort des hommes malheureux; il fut blâmé de n'avoir pas pu empêcher mon passage. Ses dispositions étaient cepicndant bonnes et ne pouvaient être meilleures. S'il les eût étendues à toutes les routes que je pouvais choisir, il se fût trop affaibli sur tous les points pour espérer de résultat nulle part. Car, dans la supposition qu'il eût à la fois occupé Mirabueno et Villa Seca , ainsi que le village d'Algora , où me faisaient arriver et la route de Saragosse et la gorge qui com-* mence près de la route de Siguenza , je pouvais encore, s'il n'entrait pas dans mes vues de V combattre , gagner par le chemin d'Atienza celui de Jadraque. De toutes manières, \e me tirais d'affaire par un détour, le secret et une marche rapide. C'était conséquemmeiit

blâmer mal à propos cet officier de n'avoir pas réussi dans son entreprise. Peu s'en fallut, que ses nombreux services, que la création d'un parti qui, sou» son nom^ épouvantait les provinces , ne fussent point des titres assei forts pour le sauver de la qualification de traître; quajlgcâitiaii aflfre^se et trop légèrement appliquée au malheur par l'esprit inquiet des peuples en révolution.

En voyant si peu de succès dans ses opérations; en entendant nommer son prochain successeur, M. le marqiiis de Zayas (*) , TEmpecinado avait quelque raison d'accuser la fortune de Tabandonner , car il disposait habilement ses troupes, poissédait leur entière confiance, se battait convenablement au milieu d'elles , et joignait , à beaucoup de quahléa militaires , la phis infatigable activité. Toutes ses méditations avaient pour objet de m'expulser de Siguenza , et il résolut de bloquer cette place d'une manière fort iïigénieuse et qui suffirait seule pour immortaliser son nom' dans les annales de la guerre. Ne Goni;iaissant

[{*). C'est Fofficier général qui a ^gné U. capitulaliD» de Madrid, lors de Featrée de S. A. R. 1^ le du^-d'Aor ^oulême dans b c^apitE^le de r£s|iagpe» en 1S23.

point l'art de conduire un siège , n'ayant point assez de patience pour faire lui«ménie , dans les règles, le blocus d'une place, il imagina d'affamer la garnison de Siguenza , ou dé la jeter du moins dans le dénùment le plus absolu. Pour cette opération , il ne voulut point employer de détachemens, qu'on eût pu facile* ment combattre et qui forcément eussent affaibli sa division ; mais il fit un choix d'hommes intelligens et en petit nombre ; il en aposta un sur chaque communication, avec consigne de ne laisser rien entrer dans Siguenza , de n'en rien laisser sortir. Dès lors , tel misérable qui , une pioche à la main , voyait passer une colonne eut continuant paisiblement son ouvrage ; ou qui, le bonnet bas , répondait d'une manière adroiteînent niaise aux questions des chefs, aux propos ironiques des soldats, investi de toute la confiance de son général, avait arrêté, un moment auparavant , ou arrêtait bientôt après, quiconque arrivait d^uu côté ou de l'autre , enlevait les dépêches , faisait rebrousser chemin aux denrées de toute espèce, et seul, sans connaissances militaires, bloquait, à la faveur de l'incognito et â l'aide de sept ou huit pareils compagnons , imë place qui renfermait un millier de braves soldats.

Ce plan fut aussitôt suivi que. conçu : Si-

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guenza se vit dès ôe moment privée de toutes communications avec mes postes, de toutes re« lations avec moi , ainsi que de toutes les reâsources du commerce; la garnison ne put dès lors s en procurer aucune que par de continuels détachémens; mais si ces détachemens, toujours nombreux , pouvaient pourvoir les magasins de grains et de quelque bétail, ils ne les fournissaient pas de ces menus objets dont la privation dégoûte le soldat étranger, et le porte à la désertion , quand on ne sait pas leur en substituer d'autres.

Le manque absolu de nouvelles de cette garnison, le peu d'utilité que j'en tirais depuis son établissement, soit pour la solde , soit pour communiquer avec l'armée impériale d'Aragon ; la continuation de ce blocus singulier depuis plus de quarante jours, l'impossibilité de le faire lever ni par la ruse , ni par la force , enfin la désertion considérable qui minait Royal- Étranger et les compagnies franches, les bruits alarroans, que l'ennemi faisait répandre partout, de la marche de Yillacampa; tous ces motifs enfin me déterminèrent â l'évacuation de cette place, et à la concentration de mes forces entre Jadraque, Brihuega et Guàdalaxara : letat-major général approuva cette disposition. .Je me portai alors sur Siguenza p^^r une

marche forcée , et les apostés disparurent de toutes parts; je disposai, dans cette ville, tout pour sa prompte évacuation, et ne voulus pas même laisser à Thôpital, un grenadier d'Irlande, mourant d'une blessure reçue à l'affaire de Guijosa. Je le fis emporter sur un brancard. « Si tu dois mourir de ta blessure, mon brave ami, lui dis-je, que ce soit au milieu de tes frères, de tes compagnons de gloire. » Et le grenadier de sourire à ces paroles de son général l et ses camarades de veiller tour à tour à ce qu'il ne lui manquât rien. Son brancard était recouvert de manière à lui laisser de l'air, à lui procurer de l'ombre, et tout à la fois la vue de la campagne. De chaque côté pendait une petite peau de bouc, que les bons Westphaliens avaient remplie du meilleur vin , et dont ils le régalèrent souvent , parce que , toujours , altéré par la fièvre , il ne cessait de demander à boire , et que le chirurgien-major, prévoyant un terme prochain aux souffrances du brave, avait permis qu^on lui donnât de cette liqueur mêlée d'eau; mais, aux yeux des soldats, ce mélange pouvait nuire , et ils donnèrent le vin dans toute sa pureté.

On a vu plus haut que j'avais laissé le riche tabernacle dans Siguenza, sous la condition que le chapitre en remettrait la valeur intrinsèque

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au gouvernement. Comme cette condition n'avait point été remplie , )e fis emballer cette partie du trésor pour l'envoyer à Madrid.

L'évacuation se fit dans le plus grand ordre, et en présence de l'ennemi qui, des forêts voisines examinait l'opération sans chercher à la troubler. Mais s'il y gagna d'un côté par l'oc» oupation de Siguenza, où, toutefois, il ne put jamais s'établir avec confiance, sachant bien que cette ville rentrerait dans mon pouvoir à la première tentative que je ferais pour m'en em« parer; il y perdit d'un autre côté, parce que cette disposition me rendait deux bataillons de guerre dont je pouvais augmenter ma colonne.

Le Royal-Étranger vint s'établir à Guadalaxara, où mon dessein était de lui faire passer une revue d'inspection générale , si l'Empecinado nous en laissait le temps. Ce régiment en avait le plus grand besoin , n'en ayant encore passé aucune depuis sa création. On travaillait partout à son habillement et surtout à Srihuega, où la manufacture lui fournissait des étoffes. Le colonel se rendit même dans cette ville pour y presser la confection des habits et le reste de la fourniture que la manufacture devait lui livrer.

Quoique don Juan Martin eût replacé son quartier-général à Siguenza , la junte craignant

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les coups de main , que la facilité de rassembler mes troupes et notre proximité de cette ville rendaient très praticables , se tenait toujours dans les iHontâgnôs^ tantôt à Canalès, tantôt à Sahelices, villages situés dans les environs du Hàut-Tage, couverts par des forêts; ou des défilés tels qu'ils semblent être les étroites et profondes gerçures d'une terre long-temps submergée, plutôt que des vallées habitables et habitées par des hommes. Ces positions qui , toutes deux, avaient pour retraite la Huerta- Hernando, village où Ton n'arrivait que par des gerçures plus escarpées encore, en tranquillisant la )unte , laissaient à don Juan Martin plus de champ pour se^ opérations et lui per-mettaient de couvrir les provinces voîjïines poùt y lever de nouveaux bataillons , pour y recruter tous les prisonniers échappés des convois sut la France, où tous les anciens soldats [éisper^ èos) rentrés dans leurs foyers, après des déroutes : quand il s'était bien recomplété , H venait recommencet ses manœuvre^ dans la pro^ tince de Guadalaxara.

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