CHAPITRE XV
Projet de renneini sur Bnhuega. — Surprise et eiilèveRient d'uD de nos convois. — Surprise immédiate de l'Empecinado. — Affaire brillante de Val de Saz.
Il n'était pas dans le caractère de TEmpecinado de rester long-temps oisif; et , bientôt , l'appris qu'il avait des desseins sur Brihuega dont il avait couvert les communications par ses apostés. J'écrivis, en conséquence, au colonel Balestrier de s'y tenir sur ses gardes, de bien s'y défendre en cas d'attaque , attendu que mes mesures étaient prises pour être averti à temps , et lui porter de prompts secours. Je le chargeai de prévenir le colonel Maurin qui était dans cette ville , de n'en point sortir , que )e n'allasse le chercher, et )e fus pleinement rassuré quand j'eus la certitude que ces deux chefs connaissaient mes intentions.
Mais le colonel Maurin , impatient de porter à son régiment les effets qu'il avait réunis, et ne voyant pas l'Empecinado aux portes de Bri-
huega, crut que les dangers dont il menaçait cette Tille étaient imaginaires ou n'étaient point aussi pressans. 11 sut déterminer le colonel Balestrier â le laisser partir, moyennant quelque renfort jusqu'à Torija. Don Juan Martin était cependant aux environs ; s'il tardait à se montrer, c'est parce que les avis qu'il recevait de SCS partisans , l'engagèrent à s'embusquer pour attendre le convoi , plutôt qu'à tenter une attaque de vive force contre la ville.
Le 17 octobre (1810), le colonel avec son convoi ; moi avec les 1 *" et a* bataillons de son régiment, ainsi que les chevau - légers Westphaliens, nous nous mimes en mouvement, lui de Brihuega, moi de Guadalaxara. L'idée que l'ennemi agirait ce jour-là , m'avait porté à ne pas prendre la grande route qu'il ne manquerait pas de faire observer , mais à le mettre en défaut, en me jetant, sans artillerie, dans les chemins de traverse, et d'arriver sur ses derrières pendant qu'il serait occupé contre Brihuega.
Avant d'entrer dans le bois de Fuentes, le convoi de Royal-Etranger tomba dans une embuscade formée des deux côtés de la route à la faveur des murailles de pierres sèches- que les paysans élèvent pour enceinte aux extrémités des champs rocailleux du plateau; l'avant-
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garde composée d'une forte partie du détache^ ment des 1 a* et 12 1 " légers , s'étant trop avancée^ fut coupée , et , en partie , prise. L'escorte du convoi ayant été secourue au premier coup de fusil , par le colonel Balestrier, ne souffrit pas autant en proportion ; mais elle abandonna ses voitures et le colonel Maurin eut son cheval tué sous lui(*)»
Les éclaireurs de mon avant-garde m'ayant fait prévenir qu'ils entendaient le canon , je me portai près d*eux et j'entendis également de la mousqueterie. Ne soupçonnant pas autre chose que des tentatives sur Brihuega, je fis accélérer la marche et ne la discontinuai point , quoique le feu nous parût bientôt avoir cessé. Un brouillard très épais , qui avait favorisé notre mouvement depuis le point du jour, achevait de se dissiper, lorsqu'au tournant du chemin qui, longeant le bois de Yal de Saz, descend vers ce village , mes éclaireurs se rencontrèrent nez à
(*) Ce cheval , enlevé par Morales à un officier français , et depuis vendu au colonel Maurin • était un des plus habiles coureurs qu'on eût encore vus; on rappor* tait qu'à la suite d'un meurtre 5 il avait, en France, fourni, en peu de quarts d'heure , une course te Ue, que l'auteur de ce crime àv^it pu viotorieuseiikent établir son aiiin.
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nez avec deut Tédettes ennemies qui venaient observer le plateau ; ils les enlevèrent sans bruit et me les amenèrent à Finstant. J'appris d'elles que le convoi du colonel Maurin venait d'être attaqué et pris ; que l'Empecinado était à Val de Saz avec toute sa division » et que ses soldats B'y partageaient les dépouilles dé Royal-Etranger. Certainement nous n'étions pas en force pour attaquer cette division , surtout après un succès; mais le dépit et l'indignation de Royal- Etranger, qui, depuis sa création, n'avait pas encore reçu l'habillement neuf qu'il attendait ^ et qu'on venait d'enlever, presque à sa barbe , animaient tellement son courage , que je ne doutais pas qu'il ne se tirât très bien du combat inégal que j'allais engager : les deux bataillons de ce régiment n'ayant pas , ce jour-là , plus de cinq cents baïonnettes avec moi.
Je fis sur-le-champ mes dispositions pour surprendre à mon tour l'Empecinado dans Yal de Saz. En conséquence, M. Moutard eut ordre d'entrer dans le bois , et d'arriver à couvert sur le village , pour y pénétrer au pas de charge ; M. Bosâut , commandant le a* bataillon , de descendre aussi à couvert par les haies élevées qui bordent le chemin , et de profiler de la surprise que son apparition causerait , pour tourner le village , afin d'y entrer parle côté opposé
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à M* Moutard; les grenadiers de ce bataillon durent suivre la cavalerie dans le passage de la vallée.
Je profilai d'un angle rentrant pour descendre dans cette vallée avec les Westphaliens, sans être aperçus, afin de passer à temps le ruisseau, de monter sur le plateau opposé , et de couper l;oute retraite à FEmpecinado,
Tous ces mouvemens s'exécutaient avec rapidité, quand quelques vedettes ennemies, postées sur le chemin de Yal de Saz à Brihuega , ayant vu reluire les armes de notre côté, donnèrent Talarme. La cavalerie de FËmpecinado fiiortit précipitamment du village pour arriver au plateau , et mieux reconnaître. Pendant que l'infanterie ennemie rappelait de toutes parts , M. le commandant Moutard , qui avait pris ta route la plus courte, tombe comme la foudre sur TEmpecinado ; M. Bossut pénètre au même instant dans Yal de Saz, et, de chaque côté, la baïonnette fait son terrible office.
Nous vîmes alors beaucoup d'hommes s'échapper dans le plus grand désordre; et aucun n'allait se soustraire à nos coups, si le ruisseau de Yal de Saz, encaissé et bourbeux, eût été moins difficile à franchir. Malgré cela , nous pressâmes nos chevaux et gravîmes la côte , nonobstant sa roideur , à travers toutes les espèces de difficul-
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tés. Le plateau était couvert de vignes, où , ne pouvant manœuver en ordre, nous chargeâmes individuellement et dans toutes les directions , du mieux que nous pûmes , et en faisant éprouver à Fennemi de très grandes pertes. Aux vihgnes succédèrent des bois ; et l'ennemi , les ayant gagnés précipitamment, devint maître du che<*> min qu'ils couvrent, et qui mène au moulin d'Archilla, où il y a un petit pont sur le Tajuna , rivière extrêmement profonde dans presque tout son cours depuis les usines de Bri* huega. Les Westphaliens furent arrêtés par la mousqueteric des tirailleurs réfugiés dans ces bois^ et il leur fallut attendre la jonction defs grenadiers du capitaine Jacquot, sur lesquels nous avions pris beaucoup d'avance : ce retard donna à l'ennemi le temps de descendre, de traverser la vallée du Tajuila, et de se jeter dans les forêts qui couronnent le plateau , entre cette rivière et le Tage. Ces forêts sont très épaisses; elles sauvèrent les débris de la colonne d'infanterie échappée par ce point-là; sa cavalerie, ayant encore pris la fuite sans croiser le sabre , B éprouva aucune perte. Pendant que nous poursuivions ainsi ce qui s'était jeté de notre côté , du leur , les faibles bataillons de Royal- Etranger n'avaient pas lâché prise, et tuaient tout ce qui tombait dans leurs mains. L'infan-
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terie , qulk talonnaient , avait aussi traversé le plateau dans le plus grand désordre , et n'avait pu franchir le Tajuûa qu'au léger pont de bois qui conduit aux gorges boisées de Yelamos de Arriba.
Cette belle affaire » dans laquelle don Juan Martin perdit plus de cinq cents morts et une soixantaine de prisonniers, ne nous coûta qu^un seul Westphalien. Elle mit sa division dans une déroute complète , et permit à Royal-Etranger de reprendre beaucoup d'effets d'habillement, mais déjà tout dénaturés. Lorsque ce régiment nous réjoignit, je fis descendre les voltigeurs jusqu'au moulin , mais avec défense de pousser au-delà , l'ennemi ayant rallié quelques centaines de fantassins sur une butte escarpée , d'où , pour nous attirer à lui, il nous vomissait les plus sottes injures. L'attaque de cette butte ne nous aurait conduit qu'à lui donner le plaisir de nous tuer à son tour , sans résultat pour moi et sans dangers pour lui , des hommes trop pré« cieux pour d'autrea occasions. Je lui laissai prendre^ dans les bois , la direction qu'il voulut, ayant besoin de déposer mes prisonniers à Brthuega , et de savoir ce qui s'y était passé»
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