‹ Mémoires du Général HugoChapitre 72 sur 95 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Poursuite de Tennemi. — Destruction de ses moyens de passage. Appel beureu]| de la junte aux juntes voisines. — Plan de d^reqse. *~ Colonnes de l'armëe d'Aragon. <— Dispersion des colonnes ennemies. — Chaussure des Espagnols pour la guerre.

Je marché sur Budia le^endemain , mais par an chemiQ sur lequel on ne pouyaif m'attendre que par un grand hasard. Nous traversâmes rapidement ce bourg et prîmes le chemin du pont de Pare|a sur le Tage. Arrivés près de la montagne qui fermerait totalement la vallée de Budia, sanâ une fente de quelques toises de largeur qui donne aux eaux de cette vallée , une issue vers la plaine, où elles se jettent dans le fleuve; arrivés, dis-je, sur ce point d'une bizarre conformation , nos voltigeurs s'engagea rent avec des tirailleurs en^nemis postés sur les crêtes. Il me fallut gravir la côte par les deux flancs pour doçûner la position , et me rendre inaitre du revers qui tqmbe. presque à pic sur

le village de Duron. Quelque cavalerie paraissant en bataille dans les oliviers, je fis passer la mienne sous la protection du feu des voltigeurs, à travers Tétroit passage ; alors les tirailleurs de l'ennemi se retirèrent le long des rochers pour arriver avant elle au pont de Pareja. Nous en prîmes quelques-uns qui nous rapportèrent que dé)à don Juan Martin était à Montiel, province de Cuenca de l'autre côté du fleuve. La cavalerie de TEmpecinado, en voyant défiler la nôtre au galop, profita du temps que celle-ci mit à franchir quelques obstacles qui la séparaient d'elle, pour gagner le même pont; une partie passa à la nage près du monastère de Duron.

L'ennemi remettait encore une fois le Tàge' entre nous! Par quels nioyens pouvais-) e donc' espérer de le tenir éloigné de mon gouvernement , au moins assez de temps pour y 'ramener l'esprit public, substituer une - autre ' influence à celle de l'Empecinado ,. étendre les rapports de Fadministratibn au détriment de celle delà junte, et laisser respirer les habîtans depuis trop long-temps courbés sous le joug de l'anarchie, ou sans cesse placés entre nos chocs sanglaûs et continuels? Ce résultat, je ne pouvais l'atteindre par des garnisons qui auraient absorbé ma colonne ; je n'avais ' pu

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Tobtenir par des combats victorieux qui restaient sans fruit pour la tranquillité de mou gouyernemeut. Mais tandis que je n'avais que peu de chose à craindre du côté des provinces de Ségovie et de Madrid , la facilité de franchir le Tage ou par ses ponts , ou par ses gués nombreux, donnait à FEmpecinado les moyeùs de me harceler sans cesse dans les environs de ce fleuve ; les gués allaient disparaître sous les pluies d'hiver , mais trois ponts restaient. Je fis sauter une arche de celui de Pareja , malgré le feu des nombreux tirailleurs embusqués pour sa défense : il ne me restait plus que les ponts d'Aunon et de Trillo ; je fis aussi , et avec grand regret , sauter ce dernier , et je résolus de conserver Tautre pour déboucher à volonté sur la rive gauche du Tage.

Aunon est un gros village, situé à la jonction de deux vallées étroites , à environ une demilieue du fleuve : on traverse ce village pour arriver au pont. De Tautre côté du pont, le chemin tourne brusquement à gauche sur une rive étroite qu'il occupe souvent tout entière : il monte et descend enfin avec roideur entre l'eau et des rochers à pic très élevés et couverts d'arbres qui l'ombragent. Ce chemin continue ainsi sur la rive, et quelques-unes de ses parties basses se trouvent fréquemment ca-

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chées par la moindre crue : alors on n'est garanti ées dangers des abîmes voisins, que par quelques faibles pilotis qui supportent un fascinage couvert de pierres, sur lequel il faut que le voyageur ose s'abandonner. Plusieurs digues transversales retiennent les eaux pour des moulins bâtis sur la rive droite , et soutiennent des nappes larges et profondes. On s'enfonce dans ce chemin pittoresque sans voir souvent à plus de cinquante pas devant soi , et presque toujours à l'ombre, jusqu'au points où , après avoir cheminé dans l'eau , on tourne encore brusquement à droite , et l'on passe entre des rochers qui semblent avoir été ouverts exprès pour conduire à Sacedon, bourgade distante d'une forte portée de fusil, et , comme je l'ai dit , célèbre par ses eaux minérales.

Par la suite je n'ai rien négligé pour me rendre seul maître de cet important passage," par la construction d'une grosse tour carrée , à deux étages et voûtée , sur la rive droite et appuyée au pont même, ainsi que par l'établissement d'un garde fou , crénelé de huit pieds de haut , couvert d'un blindage contre les feux de la montagne , et s'étendant jusqu'à l'arche centrale.

La rupture des ponts de Trillo et de Pareja , la perte considérable essuyée à Val de Saz par

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don Juan Martin , mirent ce général hors d'état de rien entreprendre pendant plus d'un mois avec le reste de ses forces ; il employa ce temps à les recruter dans toutes les provinces de son commandement , pendant que la junte cachée dans les cavernes, réclamait, à grands cris , Tappui des juntes provinciales voisines.

Ses appels ne furent pas sans effet, et je ne tardai point à recevoir de toutes parts Tavis que des forces plus considérables que celles que j'avais combattues jusqu'alors, allaient m'attaquer avant peu. J'en prévins M. le conitç Béliard , qui , de son côté , recevant de pareils rcnseignemens , ordonna toutes les mesures propres à me soutenir : Il me demanda par écrit quel serait mon plan de défense si l'orage tombait effectivement sur moi; et je le lui envoyai à peu près conçu de la manière sùi* yante :

a i"" J'avais résolu de n'évacuer aucun de mes postes, de les laisser tous à la garde des dépôts des S""' bataillons et des compagnies franches d'infanterie; de ne point attendre que l'ennemi vînt les enlever successivement à ma barbe , ou me forcer à combattre dans des positions défavorables ; conséquemment de marcher à lui. Pour mon plan, plusieurs champs

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