Q2 MEMOIRES
de bataille se présentaient avantageasement sur le chemin qull devait tenir.
t â** Je composais ma colonne des quatre ba* taillons de guerre de Royal-Etranger et de Royal- Irlandais, d'un fort détachement du 64*» d'un bataillon du 96* et d'un autre du 5i% que l'on m'avait envoyés de Madrid pour renfort, des deux détachemens d'infanterie légère, des trois escadrons vrestphaliens et des hussards hollandais. Je composais mon parc de six pièces de quatre, d'une de huit, d'un obusier de six pouces et de leurs caissons approvisionnés. Des mulets en bon nombre devaient me suivre chargés de cartouches et de caisses remplies de munitions pour l'artillerie; j'avais pour artilleurs des Français et des Espagnols. »
Les bruits de l'approche des forces réunies de Yillacampa et de l'Empecinado, moiitant ensemble à dix mille hommes d'infanterie et dix-huit cents chevaux , me firent sentir la nécessité de me porter au plus tôt à leur rencontre , de prendre une position qui rendit nos fronts égaux et me permit de disputer valeureusement le terrain. Mes forces réunies le jour de la revue que j'en passai à Grajanejos, en me portant au-devant de l'ennemi, s'élevaient à trois cent soixante sabres, trois mille baïonnettes et quatre-vingts artilleurs et soldats du train*
^ .trémité d*tin plateau en arrière d'Alcolea ^^inar, me parut le meilleur emplacement .our les forces que je conduisais; mes flancs s'y trouvaient à la fois appuyés et couverts par un escarpement inattaquable ; on ne pouvait arriver à mon front que par la grande route , et mouj canon la découvrait dans toute sa portée; mes derrières étaient libres et je pouvais , au besoin , favoriser la retraite de mes pièces et de ma cavalerie, en faisant marcher mon infanterie sur la lisière des bois qui se trouvent à gauche de la route ; dans ce cas je me rapprochais des âS* et 76* de ligne, que M. le général comte Béliard avait placés en réserve et par échelons , tant à Alcala qu'à Guadalaxara , aux ordres des colonels Toussaint et Lamorandière , et à ma disposition.
Mon champ de bataille me permit la formation suivante , dont bientôt je vais donner les motifs.
Première ligne : trois bataillons dans Tordre mince (*), ayant entre eux Fintervalle ordinaire, et dans chaque intervalle, ainsi qu'à chaque extrémité de cette ligne , une pièce de canon ; seconde ligne, quatre bataillons en co-
{*) Savoir : deux de Royal-Étranger , commandés par mon frère , et celui du 96* de ligne. ^
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loDne d'attaque vis-à-vis les intervalles et derrière les ailes (*) ; une pièce de canon à chaque extrémité de cette ligne ; et à cinquante toises en arrière , les trois escadrons westphaliens en bataille sur trois rangs, c'est-à-dire un escadron vis-à-vis chaque intervalle des colonnes d'attaque.
Réserve. — Les hussards hollandais seulement , faute de pouvoir en mettre davantage , mais au reste considérés , en cas d'événement , comme devant couvrir le ralliement de la première ligne.
Mon infanterie légère et deux compagnies de voltigeurs en avant de mon front et sur les flancs de la route , partie jetée dans les broussailles , partie appuyant les deux bouches à feu dirigées sur cette communication.
L'ennemi ne pouvait tourner cette position qi('en prenant le chemin de Mirabueno , village dont je n'étais pas très éloigné , et dont je faisais garder le défilé ainsi que celui d'Algora , par des détachemens peu nombreux , mais assez forts par leur position. Il pouvait également prendre le chemin qui, de Villa Seca, con-
(*) Savoir : deux de Royal-Irlandais, un du,5i* de ligne , et le détachement du 64*9 compté aussi pour un bataillon. .
duil à Jadraque, et ce débouché était observé par le poste de Mirabueno. Or , dans les deux cas , )e pouvais , en arrivant à temps y défendre avec succès la longue côte escarpée qui touche ces deux points.
Déjà les troupes et l'artillerie étaient passées depuis quelque temps , lorsque nous vîmes paraître des éclaireurs à cheval. Comme ils s'arrêtèrent à m'observer, je détachai sur eux une reconnaissance bien montée et qu'ils attendirent j aussitôt qu'à l'uniforme et aux casques , ils eurent pensé que nous étions des troYipes alliées de la France. Ces éclaireurs appartenaient effectivement à l'armée d'Aragon , qui faisait suivre Villacampa d'un côté par le général Abbé , et d'un autre par le général polonais Sklopiski.
J'appris par quelques habitaus » et après avoir écrit à ces généraux, que l'ennemi, croyant notre mouvement d'accord , venait de se jeter , une partie vers Gobeta , et l'autre au-delà du Tage. La neige qui tomba pendant toute la nuit dans cette contrée ^ et plus encore dans les montagnes élevées, qui séparaient ma position des quartiers de ces généraux , ayant effacé tous les chemins, rompit complètement nos communications, et leurs colonnes n'attendirent pas que l'hiver tlevint plus rude pour se retirer.
J'en fis autant de mon côté, mais plus lentement, car )e ne fus prendre position qu'à Algora, où je séjournai, observant à la fois le débouché de Siguenza et la grande route de Saragosse. J'en fis autant à Grajanejos , où j'acquis la certitude que l'Empecinado était retourné de l'autre côté du Haut-Tage, dans la province de Guenca.
Je dois ici consigner quelques observations.
On voit , m'a-t-on objecté quelquefois , dans votre petit ordre de bataille des dispositions inusitées.
Pourquoi , m'a-t-on dit , cette ligne dans l'ordre mince , sans autre appui aux extrémités que deux bouches à feu?
Pourquoi la formation de la seconde ligne , non seulement en colonne d'attaque , mais avec des escadrons à cinquante toises en arrière et vis-à-vis les intervalles , plutôt que sur le même alignement qu'elles?
Pourquoi enfin cette cavalerie, toujours en bataille sur trois rangs, plutôt qu'en masse?
Je conviens que presque tous les ordres de bataille des anciens et des modernes nous présentent les lignes appuyées par des masses de cavalerie; mais je dirai que cette disposition générale , si elle est passable pour un pays couvert, ne me le paraît que là, et que partout
ailleurs , excepté dans une position escarpée , comme celle que j'occupais, et qui d'elle-même fortifie les ailes, des masses d'infanterie me semblent des appuis plus solides. Celles-ci me paraîtraient même préférables, si, dans les grandes manœuvres et les petites guerres, on habituait le fantassin à se voir chargé dans tous les ordres, mince et serré, en marche et de pied ferme , de flanc et de front : on y perdrait sans doute quelque chevaux ; mais ce léger désavantage serait bien récompensé.
Ma première ligne était en bataille dans Tordre mince , et assez en arrière sur le plateau , ne pouvant la masquer, pour n'être pas en butte à tous les coups tirés d'en bas , c'est-à-dire affaiblie avant d'entrer en action : elle était dans cet ordre , ne pouvant prendre l'oflensive , et afin de n'en avoir point à changer si l'ennemi arrivait de front sur le plateau : elle n'avait aux: extrémités qu'une bouche à feu pour appui, parce que la nature escarpée du terrain la rendait inattaquable de flanc.
J'avais également formé ma seconde ligne de manière à pouvoir soutenir le choc de tout ce qui aurait culbuté la première. Le passage de lignes , d'après l'ordonnance française , est une manœuvre très jolie à voir exécuter pendant là paix ; mais elle est excessivement dangereuse à
opérer deyant un ennemi TÎctorienx ; et je lui aurais , en cas de nécessité , préféré la manière espagnole , par demi-masses , si mes bataillons français l'eussent connue.
Or, je suppose que ma première ligne, après avoir convenablement soutenu le feu , se fût trouvée si vigoureusement assaillie qu'on l'eût mise en désordre; ce désordre n'était -il pas de nature à entraîner toutes les petites masses qu'une seconde ligne dans l'ordre mince eût dû former par le doublement de ses sections ? Et le désordre étant arrivé à ce point, eût-ce été, avec ma faible réserve que j'aurais pu y porter un remède efficace ? je ne l'ai pas pensé.
Je me suis dit, en réfléchissant aux conséquences que pouvait avoir la perte de cette petite bataille, conséquences dont la moindre était de me rejeter sur Madrid : Disposons de manière à profiter du désordre qui accompagne toujours le succèsdel'ennemi.offrons-luiuneseconde ligne que rien ne puisse entraîner ; il est difficile que l'infanterie communique son désordre à des masses bien établies; établissons donc des colonnes d'attaque par masses; il est de plus impossible que l'infanterie en désordre entraîne une bonne cavalerie (et la mienne avait cette précieuse qualité) ; mettons donc des escadrons entre et vis-à-vis les intervalles, mais à cin-
quante toises en arrière , pour laisser libres ces intervalles
Or donc , on sait que si le corps qui charge ne se débande pas beaucoup pour poursuivre , après avoir enfoncé ce qu'il avait en tête, il ne peut tirer un grand parti de son succès.
Dans le cas où il se fût débandé, mes trois escadrons étaient là j>our tomber sur lui et Técharper avant qu'il eût pu se remettre en ordre ; et s'il ne se fût pas débandé , mes quatre colonnes d'attaque marchaient à lui ou s'opposaient , par un prompt déployement et un feu nourri, aux premiers progrès qu'il avait pu faire.
Pendant ce combat de la seconde ligne, la première se fût reformée sous la protection deç hussards hollandais dans l'ordre prescrit a la seconde; et cette formation achevée, les hussards se divisaient en quatre pelotons, et se plaçaient à cinquante toises en arrière de ses intervalles.
Malgré la distance qui déjà séparait ma première ligne de la seconde, j'avais prescrit au colonel de Stein de placer les escadrons à ses ordres à cinquante toises en arrière de cellesci, afin de les dérober davantage aux coups destructeurs de l'infanterie.
Enfin, pour répondre à la troisième question.
300 MÉXOIRES
)e dirai d'abord, qu'ayant peu de cavalerie, elle occupait peu de terrain , et qu'il m'était facile de la mouvoir : en second lieu , que dans les charges de cette arme ou sur cette arme , le premier rang agissant presque toujours exclusivement, les 2* et 3* ne servent qu'à y remplacer les vides , et qu'un quatrième devant être at- , tendu pour entrer en action, me paraît presque inutile; qu'alors il en est de même pour tous les autres formés en sus par le déployement en masse.
Je ne sais si l'on se contentera de ces raisons ; ce sont du moins les seules qui m'ont déterminé , eu égard aux forces respectives ainsi qu'à la position choisie ; et l'événement n'a voulu ni justifier mes dispositions, ni leur être contraire.
M. le comte Béliard ayant besoin des hussards hollandais, du bataillon du 5i*, et des autres troupes qu'il avait envoyées à Guadalaxara, les fit rentrer à Madrid , mais il me les' remplaça par deux bataillons , un du 55* et un du 56*.
Les trois semaines qui suivirent le mouvement sur Alcolea del Pinar ne furent point fertiles en événemens; l'ennemi fit néanmoins quelques légères apparitions, mais il se promena plutôt vers Sepulveda , dans la province de Ségovie, ainsi que vers Atienza et Maranchon,
DU GÉNÉRAL HUGO. 3oi
qu'il ne se rapprocha de mes postes. Le moindre mouvement menaçant de ma part suffisait pour le faire retirer fort loin ; et dans la saison toutes les marches étaient si ruineuses pour les soldats , dont la chaussure se détruisait en quelques heures dans les terres fortes , que )e n'en voulais point faire d'inutiles. En Tain, pour sub^ venir à l'entretien des souliers , j'accordais depuis loDg-temps aux chefs les peaux du bétail qu'on abattait pour leurs corps ; en vain le gouverne-? me^t lui-même était venu à leur secours par plusieurs gratifications de chaussures» no^s mouvemens avaient été si multipliés , que le soldat n'avait plus rien à sa masse, et faisait la guerre à ses dépens.
Sous ce rapport, l'ennemi avait d'autres ressources que nous ; car ses soldats se chaussaient eux-mêmes , soit avec l'alpargate , composé de ficelle de Sparto, soit avec l'abarca, morceau de cuir vert , attaché au pied et au bas de la jambe par des lanières : ces sortes de chaussures sont connues par tous les habitans de l'Espagne {*). J'ai vainement tenté d'en introduire l'usage dans, ma division, les soldats ne parurent pas pouvoir s'y habituer. Cependant l'une et l'autre
(*) F ayez plus haut, page 89 et 40.
3oa MÉifoiREs
espèces ne sont point à dédaigner , je ne dis pas en garnison, où Ton Teut briller, mais à la guerre , où il faut des choses convenables. L'alpargate est très léger, d'un bas prix, et d'an usageexcellent pendantla sécheresse, dans toutes sortes de terrains ; Tabarca , peu dispendieux ^ excellent pour des chemins gras et boueux , ainsi que pour traverser des torrens, attendu que Teau n'y peut séjourner , le mouvement du pied la faisant écouler de suite , ou par la pointe , ou par le talon; en second lieu, parce qu'attaché sur des pièces d'étoffe, au moyen de fortes lanières , que rien ne ronge comme les sous-pieds de nos guêtres, on ne risque jamais de se voir déchaussé dans les terrains fangeux.
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