CHAPITRE XIX
Le cantonnement de Jadraque rétabli. — Réflexions additionnelles sur la difficulté de pacifier mon gouvernement — Opinion sur les guérillas.
L'évÉNEMEiïT de Jadraque justifia TopinioD que toujours j'ayais eue de Timpossibilité d'un dépôt sûr pour les blessés et les prisonniers après une affaire. Le couvent de cette ville était fortifié de manière à tenir long ^ temps contre des coups de fusil ; mais il n'avait pas encore de vivres , et la garnison , eût-elle eu le temps d'en ramasser à la hâte, pour quelques jours, avant l'arrivée de l'ennemi, pouvait succomber , si, poussant mes recherches loin d'elle , je ne revenais pas assez tôt pour la tirer d'embarras. Qu'on ajoute à cela l'insouciance de certains ofSciers qui , trop occupés d'eux-mêmes, préfèrent une bonne maison en ville à la nécessité indispensable de s'établir au milieu de Jeur troupe, dans un lieu fermé, où souvent l'on manque de paille; qui s en trouvent coupés
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lors d'une surprise , et dont, alors le seul pavti est de rendre honteusement leur épée, pendant que leurs braves subordonnés se font tuer glorieusement. Ici je ne prétends faire aucune application , les éyénemens deVilla-Castin et d'Arevalo pouvaient se renouveler , et donnent lieu à cette réflexion.
Le nombre de blessés qui était résulté de cette attaque , où les retranchemens avaient été assaillis vivement et à plusieurs reprises , joint à celui déjà existant , m'imposa l'obligation de mettre ce couvent eu état de résister mieux en-* core. J'y fis emmagasiner des vivres , des médicamens et des munitions ; j'y laissai des officiers de santé et une garnison de huit cents hommes , après quoi je vins me fixer à Brihuega , pour me trouver à portée de soutenir cet hôpital , forcément établi aux avant-postes , et attendre ce que l'ennemi allait entreprendre, a la suite de tant de chocs infructueux. Il se borna pendant quelque temps ^ des démonstrations, plutôt dans l'intention de contenter la junte et de me fatiguer , que dans celle de me combattre. Aussi me bornai-je à de petits mouvemens , tantôt sur Guada|axara ou Torija , tantôt sur Jadraque^ : aussitôt il regagnait les montagnes.
On ne se fait point une idée de toutes les difficultés que présentait toujours la pacification
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de mon gouyeraeinent : elle ne lenaît cependant qu'à la destruction de TËmpecinado, laquelle eût infailliblement entraîné la dissolution de la junte; mais cette destruction n'était pas une opération aisée : on a vu que , par l'élonnanle activité du chef ennemi , par la renaissance et Taccroissement de ses forces, par les secouï^s imposans qu'on lui prêtait de toutes parts , j'étais obligé à des mouvemens contin^els. Mais , pourrait- on m'objecter, vous ne poursuiviez peut-être pas «assez le cours de vos succès ! Cela est vrai , et c'est en cela que la destruction était impossible, par beaucoup déraisons dont quelques-unes ont déjà été déduites , teHes que ia dispersion des vaincus et Tindispensable nécessité de mettre les blessés, ainsi" que les prisonniers , en sûreté après chaque affaire. Ajoutonsy Timportance de ne pas trop m'éloigner d<î mes établissemens , dans la crainte de les exposer aux contremarches et aux coups de main de l'ennemi.
TJne colonne , dont l'unique objet eût été <le poursuivre continuellement l'Empecinado, se fût souvent trouvée en déikut, comme moi, à la suite de ses combats , par le manque de refiséîgnemehs et d'individus pour en donner : on a dû croire que je n'avais pas toujours et des uns et'des autres, quoique je parlasse le langage d^
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pays; qua)'««ft$6.i e0>l)eaiijc(wp d'endoeits ^ .dçé personnes auxquelles i je raôdaif d£s;jâer;vtcâ;; que des^ affid^d*)' saurs' et^bJea. {la^ié&^xcmrisâBecd; IesvîMage$; que des i^telIigiîpGes très .€£iûteu8es mè fiisseat Ouvertes^ et-près* dedoa Jaaa Maxt tin et dân^iles bureaux ^de la jjULn^ cela, )e ne'ig»Tai:;'^B(>«(vent t\^n\ je n-étais pas toujours pi^vigdu^à^'t^ipsy j« ne rec&Tcaif pas b^^ lessiviez, ^Ut«s tes^ notes* qu'on madre£4 sait. M • ' •' •' •::^'- -: '- ^ ■"•- .. • . . . : ;:, (Jette i^on^^ iiùii*«lle;^:4ïppèa;j^s cpinbats^, âbandoA»!^" Jdts^'blôSsësi'piM^ siikfre phcs iaciléf ment retl&éUGii9^iKm'»â^is doute! et ,.ne.pduTant dèë lérs'^^raînéHîà^sîB'Suîte desiniBlbeareux sour vent intraè!âporta:bl6s ^ ellèiiiAtJaeiventte sur Lss dépots ycislns bt «ùrâ^ la^T^oursuite eût coosésr (^vief&meùt * été iiiterrbtn^e.^ Maïs }e .sqppqsa^ contre t6u9e Vraisemblance, JCf^BcetXe colonne eût'pdssépa¥: dessus oes-diffis^uJtésvet, jqu'£^ biiWê^} èllê^!eÛtiporté4f3recbli^'^% réserve de mh^sidhçi^i j'*e%' d^MtnuRftiqns>: si ellg* pas»sAH'ié^'V'ag^' èV^à^a^çsiit^ beaucoup au'-^delâj^, die d^vfenâît tr^Fp faible, parce que l'Ëmpec}nà^' s^'uniis^sai t ' ^à^'la division^ ide 'Cuença , ou se troiÈ^àit dans Varmée dje^filadke; si elle.pcfdrsàiTait en llf agod ^^ïl fâitàtt qu'elle fut en état dé'seinesûrer avec don Juau Martin , renforcé par Vfllaèainpa. Déh Juan' se-serait bien gardé ,
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ayant à ses trousses une pareille-. colonne, de se )eter dans la province de Madrid , où Ton eut concentré contre lui tous les moyens offensifs ; mais il se serait dispersé selon sa tactique , et aurait rendu inutiles le zèle , la valeur et Tintelligence de rofficier^énéral chargé de le poursuivre.
Le mouvement combiné de plusieurs cqlonnes paraissait deoc le seul parti à employer. Sans doute l mais i moins? d'une surprise, aucune d'elles n'eût trouvé les troupes de la junte. Une dispersîpn ou uue tf!tl:^ite ^ 30U3 la protection d'une armée espagnole v 1^ >9^^ ^sa^uvées de leur destruction. Ilji'en pouvait être autrement des autres guérillas « de ces partis formés sans ordres, souvent. battiis» se relevapt toujours , sans cesse en mouvement ,. mal ^ propos méprisés parce qu'ils étaient vêtus sans cette uniformité hrillanie, /{ui ne dctvi^ît.étre propre qu'aux corps r^uliecs;,de ces partis, la plus redoutable espèce de troubles, pou pgur figurer en ligne, mais pour .empéclser^VopiDion de prendre l'essor vers une .d5^naQtie, étrangère, pour isoler des. armées et les affamer au sein de l'abondance, pour troubler leurs communjbçations , inquiéter leurs postas et.pblig^ les généraux en chef à détacher des, diyisîous entières ^ et celles- ci à s'affaiblir par leur dissénwiation.
Les armées espagnoles tenaient la campagne
et défendaient les forteresses : leurs efforts furent constamment malheureux. Alors les guérillas remédiaient à leurs revers , en ce qu'occupant le royaume , elles obligeaient les jeunes gens , les disperses^ les déserteurs, à rejoindre des corps ; elles forçaient les Français à se retrancher partout et à ne se présenter en force nulle part ; elles suivaient et enlevaient les convois venant de France , avec rinexpérience du genre de guerre que leurs escortes allaient faire; elles s*attachaient aux convois de prisonniers , ou pour recueillir ce qui pouvait s'en échapper , ou pour attaquer les escortes , quand elles trouvaient une occasion ou un défilé favorable. Les guérillas étaient donc la seule partie redoutable de la nation, pour tout ce qui n'était point masse ou corps de résistance : dans l'état exalté de l'opinion, on pouvait, on devait peut-être dans beaucoup de provinces, les considérer comme la nation armée.
Les généraux de la junte suprême firent toujours une grande faute quand ils appelèrent à eux ces espèces de corps; car, outre que cet appel mécontentait les guérillas, et les affaiblissait en y causant de la désertion , il nous rendait un service* important. Le défaut d'instruction de ces troupes , et leur tenue volon-
taire , lés rendaient, sur un champ de bataille ,
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peu <}irf%ere«rcfs : pour les Vîqu^ ré^K&ieââ qui leur élafîeot '(apposés ; mais leurréunioa a l'armée acliver déliTrail'4e» ptoVince» dd rennieïi*! local ^ et le senh cr^iint par. le gewre dfc ^erre q^il'tl y faiàâit,;/miaDt aust .Emoçaîà qu'à leurs partiaâôs;' En.- l'absence 'oi»;pa« «tfélpignemeift des guérillas ^ tout chaDg'eatt arapta^cufiéœent de fece : lesieon^jafiuaicaUpns sert^uYr^ient, les autoritéâ et le plèuple ob^ss^exit aux autorilés royales, teâ impositions s'acquittaient, et Tabondance renaissait partout.-
La seule époque où les gueriB'as purent être rétinies avec fruit aux armées insurgées, fut celle de la concentratÎQn des forces françaises : employée alors selon le genre de soti iiistitulion, cette espèce d'ennemis devenait la meilleure troupe légère; l'armée qtiî se concentrait était comme bloquée par eux ,• personne ne pouvait se» écarter sans être tué ou pris ; ils la devan*çaient pour paralyser les réqùisitians de transport et de subsistances; ils la flanquaient pour qu elle n'en pùl obtemr Feiécution qu'à l'aide de forts détachemens; ils la suivaient pour ramasiser les traînards et les paresseux , ou pour dépouiller les pillards. On les trouvait enfin partout quand on craignait -de les rencontrer, on ne les trouvait nulle part quand on les recherchait en force.
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Il eût donc fallu détruire les guérillas pour parvenir à Tentière conquête de la Péninsule , afin que leur disparition permit de s'occuper uniquement des forces régulières. Mais cette destruction présentait Timage de l'hydre fabuleuse, parce que le gouvernement insurrectionnel avait reconnu quel appui lui prétait cette espèce de troupe , et ne négligeait rien pour en multiplier et pour en compléter les cadres.
FIN OU TEXTE DES MBMOinES DU SECOND VOLUME.