‹ Mémoires du Général HugoChapitre 85 sur 95 · N- II L · texte numérisé non relu

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Instruction de ia Ju/nte suprême de Sévi44e^ pour résister à l'Invasion des Français.

PakU royal de l'AlcaBar de SéviUe , 8 juin 1808.

Nous ne pouvons douter un moment des efforts que les Espagnols réunis , de toutes les provinces , feront pour arrêter et déjouer les mauvais desseins des Français , et quMls ne sacrifient même leur vie dans cette occasion , la plus importante , et même sans exemple dans l'histoire , tant pour la chose en elle-même que pour les moyens horribles que l'ingratitude et la perfidie des Français ont employés pour entreprendre et poursuivre notre asservissement , qui est encore aujourd'hui le but de leurs efforts.

1 "* Avant tout , évitons tous combats généraux , et soyons convaincus que, sans nous procurer aucun avantage , sans même pouvoir nous en faire espérer , nous y serions exposés aux plus grands hasards. Les motifs de cette résolution sont nombreux , et tels , qu'il suffira, pour les découvrir , d'avoir l'usage de son intelligence.

2"* Une guerre de partisans est le système qui nous convient ; il faut embarrasser et ravager les armées ennemies par le manque de vivres , détruire des ponts , former des retranchemens dans des situations avantageuses » et prendre d'autres moyens semblables. La situation de l'Espagne» ses montagnes nombreuses, et les défilés qu'elle présente » ses rivières et ses torrens , et même la distribution de ses provinces, tout nous invite à chercher nos succès dans ce genre de guerre.

3* Il est indispensable que chaque province ait son général , de talens connus , aussi expérimenté que le permet notre situation ; il faut que sa loyauté héroïque inspire une entière confiance , et que chaque général ait sous ses ordres des officiers de mérite, surtout d'artillerie et du génie.

4"* Gomme l'union combinée des plans est l'âme de toute entreprise bien concertée , et ce qui , seul , peut promettre et faciliter le succès , il paraît indispensable qu'il y ait trois généralissimes , qui agissent l'un avec l'autre; l'un commandera dans les quatre royaumes de l'Andalousie , de Murcie , et de la basse Estramadure ; l'autre , à Valence , dans l'Aragon et la Catalogne ; une personne du plus grand crédit étant envoyée dans la Navarre , dans les provinces de la Biscaye , Montanas , les Asturies , Rioja et le nord de la vieille Gastllle, pour le projet dont il sera parlé ci-après.

5* Chacun de ces généraux et généralissimes formera une armée de vétérans , de soldats et de paysans réunis , et se placera de manière à faire des entreprises, à

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secourir les points les plus exposés , en conserTânt toujours des eommuoicatioDS fréquenies avec les autres généralissimes, pour que tout soit fait d'un commun accord, et qu'ils puissent se donner des secours mutuels.

6^ Madrid et la Manche exigent un général particulier , pour te concerter et exécuter les entreprises que demande la situation locale. — Son' seul objet doit être d'inquiéter les armées ennemies , de leur enlever ou couper les vivres , de les attaquer par le flanc ou par derrière , de ne leur laisser aucun instant de repos* Le courage des hahitans est bien connu» et ils' s'empresseront d'embrasser im pareil projet, s'il esi oon-^ duit comme il doit rèlreu Dans la guerre de la succession, l'ennemi entra deux fois dans rintérieiir du royaume, et même jusque dans la capitale , et ce fut la cause de sa défaite , de sa ruine entière et de son défaut total de succès.

7"* Les généralissiaies du Nord et de l'Est bloqueront les entrées des provinces placées sous leurs ordres» et viendront au secours* de tou^s ceux qui seront attaqués par l'ennemi , pour empêcher autant que possible tout pillage, et préserver les habitans des ravag.es de la guerre; les montagnes et; les défilés en graad nombre qui sont sur la frontière de ces provinces, favoiriseal de tels projets.

S"" La destination du général de la Naiarve ^ de la Biscaye , et du reste, de ce départemetat , est la plus importante de toutes; il sçra asisi^^lé par les généraux

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du Nord et de l'Est , ayec les troupes et autres secours dont il aura besoin. Son unique emploi sera de fermer l'entrée de l'Espegûe aux troupes françaises fraîches , et de harasser et détruire^celles qui retournent d'Espagne en France par ce point. Les rochers qui héris-^ sent ces prorinees seront d'un extrômo avantage pour un semblable dessein ; et ces entreprises, si elles sont bien concertées et exécutées , ne manqueront pas dei réussir. Il en sera de même des différens points par lesquels les troupes françaises qui sont en Portugal pourraient entrer en Espagne, oq par lesqueU lee troupes- françaises pourraient entrer par le Roussilloo dans la Catalogne; car il y a peu è craindre pour l'Aragon , et même on ne pense pas qu'ils s'échappent du Portugal , à cause des proclamations qu'on a répandues dans ce royaume , et parce que ta haine qu'on y por*- ' tait aux Français , s'est augmentée sans bornes , par suite des maux innombrables qu'on a eu à y souffrir d'eux, et de la cruelle oppression qu'on y a subie.

9^ En même temps , il serait très bon que les généra-» lissimes fissent publier et répandre de fréquentes proclamations parmi le peuple, et enflammassent son courage et sa loyauté , en lui montrantqu'il a tout à craindre de rhorrible perfidie que les Français ont employée contre l'Espagne , et même contre le roi Ferdinand YII ; et- que s'ils régnaient sur nous, tout serait perdu, soa-* vcrain , monarcliie , propriété , Kberté , indépendance et religion ; et qu'ainsi il est nécessaire de sacrifier notre vie et nos biens à ta dé^se du roi et de la patrie ; et quand même notre sort nous condamnerait (ce qui ,

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nou8 TespéroDs , n'arrivera pas}* à devenir esclaves , devenons-le en combattant et en mourant comme des braves, et ne nous soumettons pas lâchement au joug» comme des agneaux» ainsi que le dernier gouvernement aurait eu Tinfamie de le faire, et que l'esclavage ne couvre pas l'Espagne d'une infamie et d'un deuil éternels. Les Français n'ont jamais dominé sur nous , ni posé le pied sur notre territoire. Nous avons souvent régné sur eux » non par la ruse , mais par la force des tftmes ; nous avons tenu leurs rois prisonniers , et fait trembler leur nation. — Les Espagnols sont toujours les mêmes , et la France , l'Europe et le monde entier verront que nous ne sommes pas moins forts ni moins braves que nos plus illustres ancêtres.

lo* Toutes les personnes bien élevées des provinces, devront exciter la composition , l'impression et la publication fréquente de discours succincts , pour soutenir l'opinion publique et l'ardeur de la nation ^ et réfuter en même temps les infâmes journaux de Madrid, que la bassesse du dernier gouvernement a permis et permet encore de publier dans Madrid même, et a fait circuler au dehors ; ces personnes en découvriront les faussetés et les contradictions continuelles;il faut qu'elles couvrent de mépris les misérables auteurs de ces jour* naux , et qu'elles étendent quelquefois leurs remarques à ces charlatans , gazetiers français , et même au Moniteur. Qu'elles déploient. et publient à la face de l'Espagne et de toute l'Europe, rhorreur de leurs mensongeset la vénalité de leurs louanges ; car ils offrent une ample matière h un pareil travail. Que tous ces esprits pervers

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tremblent devaDt l'Espagoe ; que la France sache que les Espagnols ont pénétré à fond ses desseins , et que c'est pour cela qu'ils la détestent et la couvrent d'exécra* tion , et qu'ils mourraieat plutôt que de se soumettre à un joug inique et barbare.

11* On aura soin d'expliquer à la nation et de la con« vaincre que , lorsque nous serons délivrés , comme nous comptons Tétre, de cette guerre civile à laquelle les Français nous ont forcés , et que , placé dans un état de tranquillité , notre roi et seigneur Ferdinand VII aura repris le trône , les Certes seront assemblées sous lui et par lui , les abus seront réformés , et que l'on fera de^ lois telles que les circonstances et Texpérince les dicteront pour le bien et le bonheur publics. Les Espagnols savent faire tout cela , et nous les avons faites aussi bien que d'autres nations , sans quVi soit nécessaire <(ue de vils Français viennent nous instruire, et que , suivant leur usage , sous le masque de f'amitié et de souhaits pour notre bonheur, ils cherchent, car c'est là le seul but de leurs complots » à violer nos femmes, à nous assassiner, à nous priver dfe notre liberté , de nos lois, de notre roi, â étouffer et détruire notre sainte religion , comme ils Tônt fait jusqu'à présent , et comme ils le feront toujours-, tant que durera cet esprit de perfidie et d'ambition qui les domine et les tyrannise.

Par ardre d& U^. Jvwt» suprême j

Juan Rauthkfa Vakbo^

Sôorétairé,

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