H18T0E1Q0B. XXV
La santë de Charles IV , maigre l'excellent tempâtunent de ce monarque, commençait a éprouver quelqueii atteintes qui don^ naient des inquiétudes au Prince de la Péhx ; Godoy songea à se ménager Un appui dans ITiéritier présomptif lui-même. Un mariage lui parut le moyen le plus sûr et le plus facile. Sa belle-sœur la princesse Marie Louise de Bourbon, pouvait, par sa naissance, prétendre à l'alliance d'un souverain } en la faisant épouser au prince des Asturiés^; il associait , en quelque sorte , le jeune prince à sa fortune du moment ^ afin d'être à même de partager un jour sa puissance fûtu:i:*ê^. Charles IV approuva les projets de son favori, et se chargea de proposer lui-nlême cette union à Ferdinand , veuf depuis quelque temps. Celui-ci reconnut les manœiivres de Godoy , résista avec respect aux pWères et aux ordres du roi son père , et refusa un mariage qui l'aurait fait , entrer dans la famille de son ennemi.
quis d'Ajerbe et' qudques autres partisans du prince. Le conseil ne se réunissait point , mais ii communiquait par une correspondance en chiffres.
^9ipp^ BYi^qpém mtf %fnt9Aiyç jf le prinq^ des i^i^turî^v^ €ooseiyy|^ |^ fï^s ^mîs et sentit hden ^u li ne j^ouri^^it pf^) ]^tA^ lo/ig-^tçmp$ PQrtÇ^ ! l?s de»seîii$ «de- Godoy , appsyçV p*r 1^ ypl^mé^ du roi,- sie d^cidaià
iixiplpirer la. piroteoti$9 40 NapoJé^i* /len lui df^i^]idant.ki|^£^i]>4'u$ier dç& prmces&as dr
fia famille. Ifaipiïassadc^rrdê FraiiceàMà^ drid i^t l'intfX'inçdiairg d^ cette nagooiatioii^ doçt) rhfeureus^: mm poi«y!ait! sauinenFEsh pagni^v çt sufBre ft la poJitîqiQ» de Napb^ léon. Qsielq^es seçcètea (jwe fusseat les der 9^^hei^ du priiiçft, eUegi)!«ehappèroiit poinÊ asui agpn^ de G«(^oy. ; .
. . iQ^l^inçi comprit qu'il &llait, pptirla sûreté de (^£ajv0ur, que Iç prince dçs Asturies suc-* cpxPihàtv II sp (îppyait ççrtaiiu dç Famitié puissani^ de l'emper^jur; il résolut de. tout o$er. , -, ÎEeJf ^^4? principe du fameux événement de l^Ësçurial qui., en mettant au grand jour leâ divisions intérieures de la f^ymiille royale d'Espagne , accéléra la ruine du Prince de la Paix, et le développement des projets de Napoléon. ^
On avait nourri, dan$ l'esprit de Charles IV, de funestes préventions contre jion fils aané.
On le lui ^vait repré^ntë cooubç jc^^^^le 4l'oi|2>^f f ^ à lit fQp«;^ ^}fi^ sei4imen& d'mi jSls
.. Un SQÎr (la ÊimiUe royalie habitait FEscuml)^ f:4t9i!t eitfrie aept «t ibuit heures (le ay j9£t»b9C^ 1^7 ) ^ Charles IV migoit Jtoe liettré aiioiiyxae^ciu lui d^çmce Ferdinand CQmme cbef c|'aiiiej4^Qii6psratiQn tcaxnée catotre soa trône et contre sa vie. La frayeur est crëdule: saisi d'^fFroi et de col^, le roi apnelle anssitQt.lei^ ministres secrétaires d'état, assemble ses gardes , se met à leur tète , s'ar ^^ance Tërs les âppartemens de Ferdinand , s'en fait ouvrir les portes, reste sourd à toutes lès quei^tion^ de son fils , lui depaande sajaépi^ pmm toute repons^ietlefait garder à vue, comme un criminel^ dans une cham^ bre suBltement transformée en prison (*).
Pamu.tpus les papiers saisis dans le cabinet du prince des. Astwries , il ne s'en trouva , au grand étonnement de Godoy,
(*) Les amis connais' du pdnee tarent toua arrêtés, daM le niémetèmpf> par wéte du roi*.
XlTlII PRÉCIg
aucun qui justifiât ses aJccusations. En ju^ géant le fils de son roî , d après son propre cœur, il s etfiTît trompé. Il le savait offensé ; il l'avait crû afcërë de vengeance (*).
A la nouvelle de l'outrage fait- à Ferdinand qui , par cela même qu'il était l'ennemi du favori , était aussi l'ami du peuple , un soulèvement eut presque lieu dans Madrid. Le prince arrêté , ses juges rassemblés , son procès devenait inévitable , et la responsa«
(^) Les papiers trouvés chez Ferdinand et inventoriés par le magistrat chargé d'instruire le procès, se réduisaient à:
i"* Quelques pages écrites de la main du prince » et adressées au roi son père, contre l'administration du Prince de la Paix;
a* tin autre écrit de lui, oh il déduisait les motifs qui Pavaient porté à refuser la main de leil cousine de son père, et à solliciter celle d'une parente de Napoléon;
3* Une lettre datée de Talaveyra, sans sigQdApre, en réponse à diverses demandes du prince ;
4"" Un alphabet en chiffres servant à son Altesse dans sa correspondance avec ses conseillers; -
5** Un autre alphabet en chiffre^ji qui avait servi à la défunte princesse des Asturies , pour correspondre avec sa mère , la reine de Naples.
6** Et enfin un billet, sans signature et sans intérêt politique, d*un. ancien serviteur du prince.
tniitë dliwa MGoaeâion entièrement dénuée de preuves, allait retomber, tout entière, 9ur4a tête de l'audacieux Prince de la Paix. On peut facilement se faire une idée de Tétat d'agitati£>aoù)se trouvaient la cour, l'armée, le peuple , et fiiiittout le favori menacé par le coup qu'il a vait^dingé lui-même.
Cependant, dans sa prison, Ferdinand était livré aux réflexions les plus pénibles. L'attentat récent de Godoy lui prouvait assez qu'aucune barrière n'était capable d'arrêter son audaice. Le meurtre juridique de l'infant don Carlos, offrait un sanglant pr é^ cèdent dans l'histoire d'Espagne , sur lequel la mémoire du Prince ne devait pas se reporter sans effroi. L'incertitude des crimfes dont il était accusé, ajoutait encore à-l'indé^i' cisioa de son esprit ; enfin , dans cet était de perplexité , il se décida à couper court à toutes les calomnies.
On apprit donc ce que , sans son aveu , pu n'aurait jamais su : qu'il avait écrit à Napoléon, pour lui demander la main d'une princesse de la famille impériale ; ensuite , qu'il avait nohimé le duc de l'Infantado généralissime, pour le cas oii quelqu'un vien-
drait à lui disputer la^fiucoessioti^ si le roi Charles IV venait à mourir.
Malgré l'inyèstigatiàn des papiers et les déclarations du prinbe^ par lesquelles son innocence était si clairement démontrée, le Prince, de la Paix ' voulait ®e r T^trapcher , contre Fanimosité du pèbple espiag{l(il', der-* rière le nom saCré du spiiverain^ içt couvrir du (cianteaû royal Taitt^At^t dç; àan amhi^ tion.r II osa faire ^ujblie^., dansla gaz^ette de Madrid^ du 3i octobi'e 1 807, un décret ré- . digé SOU3 le non^ de Charles IV, par lequel il dénojiçail; à l'j^spagne et rà l'Europe lès qrimes prétendus dtlnt Ferditiand était; a£:<^ cusé. Comme plusieurs secrétaires du roi ont attesté que le Prince dé la Paix fut, luizuêm[e , Tauteur et le rédacteur de cet arliçle^O i il ne sera pas inutile de. le rapporter ici textuellement,
c Dieu qui Teille sur tous ses enfans ne permet pas c la consoiiimation des faits atroces dirigés contre des « victimes innodentés. C'est par le secours de sa toute f pubiance que \!tA été sauvé de la plus affreuse catas-
' (^) Oh en trouva la minute , écrite en entier de àat main, parmi les papiers saisis lors dès éyénémens d'Aranjuezv
UISTOKIQITE. XXXr
4.icopfa6«.Me» peuples y nés flfjcto» tout le monde* connaît ma religion éfc la ^réfolecité^deéiiii conduite; tous joue cMrjij^ent et me donnent ces marques de Ténération qu'exigeiil le respect cTuA p6l% ti raflâour de ses enfans. Je vivais tranquille aifts^jBÎntde* ma famille « dans la confiance (^/ce bonhei^rA l^fqu'uod main inconnue m'apprend et me dévoile le plus ^rue plan, et le jJus Inattendu qui se tramait da^jUDon proprepalais , et contre mf perso^ae^ M^ vie. qui a été si souvent en -danger, étqii une chai^ge pour mon successeur qui , préoccupé , aveugle et abjuraqt tous les principes de religion qui lui étaient imposés avec le soin et l'amour paternel, avait adopté un plan pour me détrôner. J'ai voulu m'en imposer sui^ la vérité de eefait^ l'a^j^ant surpris dans mon apparleiQeDiy î^ai ima sous ses yeux ^les ehiflBres d'intelli* gençes et circonstances qu'il recevait de» mal^eillans. J'ai appelé à l'examen le gouvernei\r lui-même du conseil ; je l'ai associé aux autres ministres ppur qu'ils prissent avec la plus grande diligence des informations. Tout s'est fait; il en est résulté la connaissance de différons coupables, dont l'arrestation a étéd^rétée*< Iia.prison démon fiU est son habitation. Cette peine est venue accroître celles qui m'affligent ; ipais comn^e elle est la plus sensible, elle est aussi la plus importante à guérir : en cons^équencç , j'ordonne que le résultat en soit public; je ne veux pas cacher à mes sujets l'authenticité d'un chagrin qui sera diminué» lorsqu'il sera accompagné de toutes
« les preuves requises avec loyauté ; je vous fais con-
XXXII PEéCIS
ft aatftre mes intentioâs' pour fue ions Wfiissiez ûir> « culer dans les formeft cooTenables.
- « Moi, le Roi.
» San Lorenzo, le 3o octobre 1807.
Contresigné :
Le Gouverneur par intérim du Conseil rcy al de CasUlle.
En même tefaips , le prince de Masserano, ambassadièur d'Espagne à Paris , recevait Fwdre de préisenter à Napoléon une lettré de Charies IV, par laquelle il faisait connaître à l'empereur, comme à son fidèle allie , que Ferdinand avait confire contre la souveraineté de son père , et contre la vie de sa; mène ; et , qu'ainsi , il était résolu de l'exclure de sa succession à la couronne', pour y appeler un autre de ses fils.
Ce décret publié dans la gazette de Madrid, et, successivement, dans toutes les gazettes de l'Europe , produisît comme un coup de tonnerre au milieu du monde Européen.
Au premier mouvement , mêlé d'horreur et d'étonnement , succéda un cri de pitié, lorsque la trame de cette ténébreuse machination fîit entrevue. Une révolte était à craindre en Espagne. Voici l'expédient que
HISTOAIQUE. XXXIII
s(m génie infernal suggéra au Prince de la Paix , pour se tirer de cette circonstance difficile.
Le roi avait fait venir a l'Ëscurial les mi *• nistres et le gouverneur du conseil; là, en leur présence , il avait reproché à Ferdinand la lettre que celui-ci avait écrite à Napoléon, et par laquelle il sollicitait l'intervention d'un prince étranger, aiï milieu de dissentions intérieures- Ferdinand , avec justice, s'était reconnu coupable. .
^Le Jeune prince ignorait l'épouvantable accusation dont le favori l'avait flétri à la face
d^ l'ËUTQpe; gardé à. vue, dans àon appartement, il n'avait aucune connaissance du &tal décrçt publié dans la gazette de Madrid. Le Prince de la Paix imagina de lui Élire signer des lettres , par lesquelles il se reconnaissait coupiable, selon son aveu ; mais, le crime n'étant pas spécifié , le prince infortuné se trouva avoir avoué le forfait dont son emii^mi Vav^it accusé.
Tel fut le tissu de cette procédure machiavélique , à laquelle les annales anciennes et modernes n'avaient rien ofifért de comparable.
Le décret suivant :^ ptlhlié sou& le nom du roi Charles IV, mit fin à cette iniquité politique; mais non à l'indignation qu'elle etcita en Espagne^ et qu*elte excitera un jour chez la postérité.
Décret du rai Charles JF, du 5 novemlfre i8o7,
c La .voik dé la nataseJâésanneJeiJbraa de la i^en* « geance; et , lorsque l'ioadvertaiice n^lame la pitié » « un père tendre ne peut 8*y refuser.
c Mon fils a déclaré les auteurs du plan horrible que « lui avaient fait concevoir les malveillans; il a tout t àéinontré en forme de droit, et tout conste avec V rexflpcrî'tude requise par fa loi pour dételles preuves. « Sun repeûlSr et ionéténnement lui ont dicté les re»r « montrances qu'il m'a adressées , et dont voici le « texte, »
« SiRB ET MON PkRE.
C Je me suis rendu coupable ; en manquant à votre
€ majesté» j'ai manqué .à mon père et à mon roi; mais
ff je m'eii rèpeUs » et je promets à votre majesté la plus
c humble obéissance. Je ne devais rien fbire sans le
« consentement de votre Majesté; maisT^j'ài été sur*-
c pris : j'alilévoiléi les coupables , et je prie votre ma-
t jesté de me pard(>nner et de permettre de baiser Vos
c pieds à votre fils* reconnaissant,
« Ferdinand.
« San Lorenzo, 5 novembre 1807.»
HISmUÏQtJE. xxtv
« Je suis prolbndéiiieét repentant de là grande faute
< (Jue j*ai commise contre le roi et la reine, mon père
< et niia ini^k^e ; aussi , avec fa* plus grande soumission , it je Vdtiy en démange pardon; aînd que de nion ôpi- « niâtreté II vbWs céïer la vérUé l'autre sôîr ; c'est pour- « quoi ' je' supplie YoWë 'majèslé/du plu^ pfofôlid de f mon c&UV V dié daigner intéresser sa médiation eiiveri « n^^ |>ère» afin 'qb^I Venitfé Isién permettre dlailer « bais^ les {Âéfls d'e sa târajesté à'^on'Ëls reconnals* < sant.
« San Lorenzo, le 5 ooi^^bre f8^7« » .
« En conséquence de ces lettres » et à la prière^ de « imon épouse nien-ainiée , je pardonne à moû filé » et i n renirerî( dans 'Éorà' ^râce , Hès 'que sa conduite vàk « d^im^ra^s'j^refilfès d'un vâ^jcaBle aJbciÀdèiûôùrdaû^' f çea procédés. * . :■ m [[
« J'otdomie aussiqne les mêmes jfuges » qui onft « entendu dans cette cause dès le commepceiuent » la « continuent • et je leur permets de ô adjoindre d'autres « 'èortêgùesVéniè eh 'ôi^t besoin /^ enjoins, tiès
«'qtt'e1Ie^serà*teitainèè;'de Me'soutàetire ïe jugement « qui. devra ^treiconfôrme à ta loi, 6el(mla gravlféde^ «délits et la qualité des personnes qui les auront « commis.
« Ils devront prendre pour bases , dans la rédaction « des chefs d'accusation ^ les réponses données par le
XXI YI PA£CI& r
« prince dans Tinterrogatoiro qu'il a subi ; elles sont c paraphées et signées de sa mafin, ainsi que les pa- « piers écrits aussi de sa main qui ont été saisis dans ses « bureaux»
n Cette décisioQ spra conimuni(]ué6 à n^ conseil-
« lers ^t .à. mes tribynauf , et oa^ fera drculer parmi
c mes peuples , afin qu'ils reconnaissent ma piUé ;et ma
« justice , et poyr soulager l'ajQOiictipff.où .il$ ont été
9 )etés par mon premier décret^, C^r i|s y.ypjaient 1q
c danger de leur, souverain et delejir pf^re quiles aime
€ comni^ ses propres enjOans, et..qui|esi pareillement
« aimé d'eux.
c Charles.
» San Lorenzo , le 5 novembre 1-807. »
Conformément à ce décret , les diverses personnes arrêtées; furent renvoyées devant le conseil de Castille. Don Simon de Viegas, fiscal du conseil , suivit l'accusation au nom du Prince de la Paix. Le conseil déclara l'innocence des prévenus.
Nonobstant cet arrêt , plusieurs des accusés furent éloignés de Madrid , par mesure de sûreté. Le duc de Tlnfantado et MM. Escôiquiz , Orgaz et Ayerbe furent exilés.