CHAPITRE II
Campagnes de Hollande, du Rhin et de Marengo.
Les emplois d'officiers dans l'armée étaient dévolus précédemment à la noblesse; elle les abandonna pour émigrer, et pendant quelque temps rien n'était pour nous plus frappant à observer que l'ignorance de plusieurs des généraux que nous eûmes en remplacement de ceux qui nous avaient quittés. J'étais sergent d'infanterie, et de service un jour à Péronne, chez le général Calendini, brave soldat italien, qui se servait d'une carte générale de l'Europe pour manœuvrer sur la Sambre. Il me demanda d'y chercher sa route, et se montra fort contrarié de n'y pas trouver les petits chemins.
Bientôt après, je passai dans l'artillerie, dont le service et les travaux me convenaient davantage. Sur ces entrefaites, l'armée autrichienne, qui s'était emparée de nos places du Nord et marchait sur Paris, nous livra bataille presque aux portes de Guise, où elle fut enfin arrêtée, battue et forcée à la retraite. Le soir même de cette affaire, le général Lacour, chef d'état-
major, me lit amener un cheval de prise, et me dit : « Pars au galop, crève le cheval, s'il le faut, et porte cet ordre à Jacob, à douze lieues d'ici ; tu y suivras le mouvement de sa division, et tu m'en rendras compte ». Le courageux exemple que ce général avait donné peu de temps auparavant, avait puissamment contribué à la glorieuse défense des lignes de Wisscmbourg, par le général Hoche (26 décembre 1793), cl lui avait valu le grade de général de division. L'opération dont je lui portais l'ordre réussit; j'eus occasion de m'y faire remarquer. Le général me prit en amitié et me garda pour aide de camp. Il ne. savait que lire et signer; mais il était bel homme et d'une bravoure admirable. Il avait été longtemps maître cordonnier d'un régiment d'infanterie.
La division Jacob dut, quelques jours après, effectuer le passage de l'Ourthe, petite rivière profonde et fort encaissée qui couvrait la position des Autrichiens. Tandis que cette troupe descendait en colonne par bataillons vers la rivière, j'étais à chercher un point guéable. Je Je découvris. L'attaque fut vive et la division passa (18 août 1794). Cette circonstance heureuse détermina les représentants du peuple Alquier, Ducos et Lacoste, à m'appeler momentanément près d'eux, et à me faire donner le brevet do lieutenant- adjoint du génie; ensuite, ils m'envoyèrent comme tel faire la campagne d'hiver à l'armée du Nord, qui marchait à la conquête de la Hollande.
L'hiver de 1794 à 1795 fut des plus rudes; il favorisa notre entrée en Hollande, en gelant les fleuves, les fossés pleins d'eau, et jusqu'à la mer du Tcxel, où noire cavalerie s'empara de la Hotte hollandaise en J arrivant sur la glace jusqu'au pied des vaisseaux.
Lorsque nous étions à La Haye, deux de mes camarades du génie et moi, MM. Bontemps et Ferrus, nous filmes attachés à l'état-major du général Vandamme. Celui-ci nous amena, un jour, au bord du grand Canal, pour attendre un hateau chargé d'émigrés que Ton amenait d'Ostende pour les exporter hors du territoire occupé par l'armée. Nous désirions soulager la détresse affreuse de ces malheureux compatriotes. Je retrouvai dans le nomhrela comtesse de Neuilly que j'avais vue plusieurs fois à Versailles. Elle était à peine reconnaissante lorsqu'elle sortit du bateau, portant à la main un seul petit mouchoir qui contenait tout son bagage ; elle avait les pieds gelés et pouvait à peine marcher. Sa fille, âgée de seize ans, toute engourdie par le froid, glissa sur la planche, et tomba dans les eaux noires et fangeuses du Canal. La glace s'étant brisée , elle disparut à nos regards ; nous la croyions perdue , mais en nous précipitant après elle , nous parvînmes à la retirer; nous lui donnâmes un de nos manteaux, et tout mouillés encore, nous la conduisîmes avec sa mère à notre demeure, au palais du Stathouder, pour leur donner des soins, des vêtements, des passeports et de l'argent. Notre collecte, à laquelle chacun voulut contri-
MÉMOIRES DU r.KNÉHAL LE JE UNE.
buer, mit dans leurs mains vingt-cinq louis en or. Vingt-cinq ans plus tard , je retrouvai ces deux dames ensemble au bal chez M. de Bourrienne, à Paris, où elles étaient rentrées à la suite de la Restauration.
Cependant, nous étions très pauvres en Hollande. Nos traitements étaient payés en assignats qui n'avaient point cours dans le pays, et la caisse de l'armée n'y ajoutait en numéraire que huit francs par mois, quel que fût le grade. J'étais obligé de faire vendre mes rations de vivres pour avoir de quoi payer le ferrage de mes chevaux ou ma blanchisseuse.
Cet état de pauvreté n'avait rien de comparable à celui dont mon père souffrait alors à Paris, et je fus peu de temps après assez heureux pour pouvoir lui envoyer quelque soulagement. Le gouvernement hollandais, fort riche en numéraire, était disposé à nous traiter avec libéralité, et le général en chef obtint que les municipalités échangeraient, à chaque officier line somme d'argent égale à celle qu'il recevait en assignais pour son traitement d'un mois. En peu de mois, j'eus réuni quatre mille francs et les envoyai a mon père. Ce petit paquet d'or dut lui paraître un immense trésor, dans le temps où un pain valait, je crois, cinquante francs en assignats.
L'ordre d'attaquer l'ennemi nous arriva dans l'été de 1795, et je fis partie du corps d'officiers du génie chargé de préparer les travaux du passage du Rhin.
Nous louâmes à grands frais, en Hollande, de forts bateaux, qui furent apprêtés pour recevoir des pou-
trelles, des madriers, des tabliers de ponts, et tous les agrès nécesaïres pour établir en peu d'heures plusieurs ponts. Cette flotte, de plus de cent voiles, remonta le Rhin au moyen du vent et d'environ six cents chevaux de halage.
Nous arrivâmes sur la frontière du duché de Berg, et le 6 septembre 1795 trois superbes ponls de bateaux, avec leurs mats, leurs cordages el leurs pavillons flottants, furent jetés pendant la nuit, au-dessous de Dusseldorf. L'armée de Jourdan , réunie sur la rive gauche du Rhin, protégeait l'établissement de ces ponts par une vive canonnade, et des bateaux plats manœuvres à rames jetaient en même temps l'avantgarde sur la rive droite.
Ni la profondeur de l'eau, ni le fou, ni les retranchements chaudement disputés par l'ennemi, ne nous arrêtèrent; toutes ses positions furent enlevées, et nous entrâmes le même jour h Dusseldorf. La division Lefebvre, qui marchait en tète, soutint vaillamment le nom qu'elle avait reçu de Colonne infernale, et prit une grande part à celte victoire qui nous établissait sur la rive droite du Rhin.
Dans la retraite, qui suivit bientôt, je fus envoyé au delà de Bamberg, pour préparer des moyens de faire passer la Redritz h une arrière- garde cui.sidérallie commandée par l'adjudant- général Ney J« découvris heureusement près du lieu le plus commode plusieurs baes que je mis bouta bout, et plusieurs trains de grands bois flottants que je plaçai côte à côte; je
MKHOIRES DU COÉFUL LEJEtSE. 2
18 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL LEJEtiNE.
les couvris de toutes les planches de clôture que contenait le village d'ObcrsUamf , et j'étahlis trois ponts : le premier pour l'artillerie et la cavalerie, les deux autres pour l'infanterie. I/arrièrc-gardc passa facilement, et le feu détruisit les ponts sitôt que l'ennemi parut. Pendant la courte durée de ces travaux, les malheureux paysans réclamaient à chaque instant mon appui contre les maraudeurs qui dévastaient leurs maisons, et je courus de très grands dangers contre ces soldats indisciplinés, dont quelques-uns se défendirent. Dans la dernière maison dont les habitants vinrent m' appeler à leur secours, plus de trente soldats se disputaient les vêtements mêmes des femmes et des enfants. J'étais seul contre tous; et ne pouvant les attaquer de front, il fallut manœuvrer. Je montai jusqu'au grenier, et là, mettant l'épée à la main, je forçai cette foule à descendre vivement devant moi. Je n'éprouvai point de résistance; mais lorsqu'après avoir fermé la porte sur le dernier, je remontais à la prière du paysan qui me disait : il y en a encore, une balle perça la porte et brisa la marche sur laquelle je mettais le pied. Je ne pus atteindre le coupable, qui courut plus vile que moi, et je retournai à mes ponts.
Le Directoire avait succédé à la Convention. Paris, qui s'était longtemps repu de sang, rougissait enfin de son horrible délire, et ses habitants reprenant avec ardeur leurs mœurs précédentes , étaient passés promptement d'un excès à l'autre, et devenus plus
que jamais avides de plaisirs. Les fêtes, les jeux, les bals se multipliaient, et chacun, en retrouvant ses amis, les embrassait comme au lendemain d'une catastrophe à laquelle ils avaient échappé. Lorsque je fus de retour, au lieu de me livrer à ces plaisirs , je donnai quinze heures par jour aux études les plus sérieuses pour me mettre au niveau de l'emploi que j'occupais; j'étais encouragé dans ces travaux par le général du génie Dejean, près duquel J 'avais fait la campagne de Hollande. Un jour, il me retint et me dit : « Je veux te faire dîner en tiers avec Moreau » : Pendant le repas, le général Dejean dit ii l'illustre général en chef, en lui parlant de ses campagnes d'Allemagne : « Pourquoi n'as-tu pas chassé les représentants du peuple qui te gênaient en commettant des cruautés dans ton armée? — Sans doute, repondit Moreau, j'aurais dû les faire pendre, venir ensuite à Paris, en faire autant à leurs complices, en délivrer la France et me mettre à la téte des affaires. J'en ai bien eu la pensée, mais l'exécution n'entrait ni dans mes goûts, ni dans mon caractère. »
Le ministre de la guerre avait alors fait venir a Paris une vingtaine d'officiers servant comme moi dans le corps du génie, sans être sortis de l'école de Mézières. Pour s'assurer de notre capacité, le ministre ordonna que nous fussions examinés par une commission.
Les émotions que cause un tel jour sont toujours fortes, et je ne le voyais pas approcher sans crainte.
Enfin, il arriva, et pour me rendre nu comité, j'endossai l'uniforme aux revers de velours noirs (uniforme distinctif des ingénieurs dans presque tous les pays), que j'aurais été désolé de quitter; je sortis par une pluie et une bourrasque des plus violentes qui agitaient toutes les enseignes dans les rues; le vent détacha la couronne de lierre, cette parure de Bacchus, qui flottait à la boutique d'un marchand de vin et la fit tomber à mes pieds ; je ramassai la couronne en acceptant cet heureux augure, et j'eus l'esprit plus tranquille en allant attendre mon tour. Je fus très inquiet en voyant que l'on me questionnait longuement et avec une persistance presque désobligeante, et lorsque j'allai le lendemain faire ma visite aux examinateurs, je demandai à l'abbé Bossut pourquoi il avait cherché à m'embarrasser. Il me répondit : « J'ai voulu connaître le fond du sac, ne vous en plaignez pas ».
Quelques jours après, le général Alexandre Ber- Ihier, que je n'avais pas l'honneur de connaître, m'invita à déjeuner et, dans ce tcle-à-tètc, il m'annonça que j étais maintenu dans le corps du génie avec mon grade de capitaine, et me proposa de m'emmener comme son aide de camp à l'armée de réserve qu'il allait commander. J'exprimai toute ma joie et ma gratitude au ministre, et en moi-même je remerciai la couronne de lierre qui m'avait tenu parole.
Peu de temps après, nous partîmes pour Dijon et
pour Genève. Le Premier Consul nous rejoignit à Lausanne et se mit à la tête de l'armée.
La première mission que l'on me donna fut de porter des sacs d'or à des curés du Valais , pour payer les paysans qui devaient nous aider à traîner notre artillerie au delà des Alpes, et pour faire trouver des vivres et du vin à l'hospice de Saint-Bernard.
Avec des peines infinies, l'artillerie démontée pièce à pièce, la cavalerie et toutes les troupes passèrent la montagne sans éprouver de graves accidents. L'armée se trouva bientôt réunie dans la vallée d'Aoste, et elle marcha sans perdre de temps sur le fort de Bard, en battant devant elle les corps autrichiens qui en défendaient les approches.
La situation du fort de Bard ne nous permettait pas de passer outre sans en être les maîtres. Nous parvînmes à hisser des pièces do canon sur une montagne que les chèvres mêmes auraient eu de la peine à gravir; une balterie y fut promptement établie, et le fort fut canonné. On livra ensuite un assaut qui ne réussit pas. C'est à cette occasion que j'éprouvai une grande anxiété. Le général, en partant pour l'assaut, m'ordonna de l'attendre au quartier-général. Je fus désolé de cet ordre qui me privait d'une occasion de me faire connaître, et il me devint Irès difficile d'obéir aussitôt que j'entendis commencer la canonnade. Le sentiment qui m'agilait finit par l'emporter sur celui du devoir, et tout en tremblant d'être vu, je courus aux batteries. L'assaut
allait finir lorsque je pus arriver, le général me surprit près de lui, et se montra fort mécontent de ma présence; il me dit : « Puisque vous avez quitté votre poste, vous allez porter cet ordre et ramener celle compagnie qui s'est engagée dans un mauvais'pas ». La mission, en effet, était sévère, car il y avait peu de chances d'en revenir. Je partis, et j'approchai du fort en me glissant derrière des tas de pierres ; mais arrivé au point où cet abri n'existait plus, il me restait plus de cent pas à faire à découvert, sous le feu de deux cents fusils qui liraient presque ù bout portant.
Ici, j'avoue que j'hésitai un moment, car j'étais placé et blotti comme le lièvre sous le fusil des chasseurs qui s'approchent sans le voir. Mais ceux que je devais conduire ailleurs perdaient du monde, l'armée placée comme sur un amphithéâtre me regardait, et certes, piqué par l'honneur, je m'élançai en me disant : l'audace réussit; et en peu do bonds j'eus traversé l'espace. Le brave capitaine Bigi eut la mâchoire brisée à coté de moi. Aucun coup ne m'atteignit, et je conduisis la compagnie à l'abri de tout danger, emportant nos blessés. Peu d'heures après, le fort capitula, la route fut ouverte.
Dans ces nombreuses affaires, les missions à remplir sur les champs de bataille n'étaient pas toujours les plus périlleuses. J'eus à faire approcher une division qui arrivait par Lugano. Une tempête effroyable agitait les eaux du lac que j'avais à traverser, et ce
ne fut qu'à force d'or que je trouvai une barque et quatre pécheurs assez hardis pour me conduire ; encore se jetèrent-ils à genoux et en prières tout en ramant jusqu'à Lugano. Dans d'autres lieux aussi, les brigands infestaienL les routes et menaçaient la vie des officiers qui voyageaient isolés pour des ordres.
Au nombre des missions que j'eus à remplir après la prise de Pavie, fut celle d'aller coopérer à la construclion des ponts de bateaux sur le Pô, de hâter le travail, et de revenir de suite pour prévenir le général en chef dès qu'ils seraient terminés.
Chercher les bateaux, les trains de bois, les madriers, les cordages, les ancres, etc., etc., les conduire aux points convenables, construire ces ponts sous une pluie battante, fut un travail de soixante heures. Le 5 juin, à minuit, tout fut achevé; mais mes chevaux avaient disparu. Cependant, il était pressant de faire encore deux ou trois lieues pour porter à Pavie un avis si impatiemment attendu. La faim , la pluie, la fatigue, augmentée par la profondeur des boues dans les terres labourées, avaient épuisé mes forces. Accablé sous le poids de mon manteau trempé d'eau, j'étais défaillant, j'allais succomber dans la plus profonde obscurité; mes forces n'étaient plus soutenues que par la crainte de retarder nos succès, lorsqu'un canonnier ii cheval vint à passer près de moi. Je le sollicitai vainement de me tirer d'embarras en me prêtant son cheval. 11 était aussi fatigué que
moi, et il allait me quitter sans me secourir, lorsqu'enfin les Jeux louis que je lui offris parvinrent à le déterminer à me prendre en croupe jusqu'au quartier-général.
Le 6 juin, avant le lever du soleil, toute l'armée traversa le fleuve sur nos ponts et atteignit l'ennemi.
Lorsque je parvins avec ces troupes sur les bords de la Scrivia, elle était débordéu: il fallait attendre; mais les moments étaient précieux, et sitét que nous pûmes supposer qu'il n'y aurait plus d'eau que jusqu'à la ceinture, nous essayâmes de la franchir. Le courant était encore si rapide, que les chevaux mêmes n'y pouvaient pas tenir. Alors, j'eus l'idée de faire enlacer par les bras nos hommes l'un à l'autre, et de passer ainsi par pelotons entiers. Cette manœuvre nous réussit, le beau soleil nous sécha, le bain avait augmenté notre appétit, l'absence de vivres n'altéra pas notre gaieté, et nous arrivâmes à propos pour assister à jeun au combat de Marengo.
La nécessité de laisser des garnisons derrière nous, à Turin, à Milan, à Pavio, à Tortone, etc., avait considérablement diminué notre armée, et nus rangs étaient à peine le tiers de ceux de l'ennemi: mais les succès précédents doublaient notre énergie. Nos trois divisions Lannes, Victor et Chambarlhac attaquèrent donc avec résolution l'immense ligne des Autrichiens. Vers les trois heures de l'après-midi, nos forces commençant à s'épuiser, le Premier Consul consentit à la retraite. Elle se fit avec autant d'ordre
que sur un champ de manœuvres; mais nous perdions du terrain et beaucoup de monde, et déjà nous avions recule de près de deux lieues.
Le Premier Consul, assez inquiet sur l'issuo de la journée, m'envoya pour faire presser le pas à la division Desaix qu'il attendait. Déjà le désordre se mettait dans nos rangs, lorsque je rencontrai ce général à une demi-lieue du champ de bataille.
Ses troupes marchaient gaiement comme pour arriver au bal; il les déploya dans des champs de vignes en approchant de l'ennemi, et commença le feu devant une tête de colonne de huit mille grenadiers hongrois, dont les premiers bataillons s'arrêtèrent devant lui pour tirer presque à bout portant. C'est dans ce moment que le général Desaix fut tué. Les autres bataillons hongrois, au lieu de s'arrêter aussi pour conserver leurs distances et pouvoir manœuvrer, continuèrent à se serrer les uns sur les autres en se mêlant, et la colonne ne put se déployer.
Le général de cavalerie Kellermann s'aperçut de ce désordre, et sans perdre de temps à attendre d'autres avis que ceux de son inspiration, il saisit l'instant où les ennemis, agglomérés les uns sur les autres, ne pouvaient lui opposer aucune résistance, et, à la tète de quatre cents cavaliers qu'il commandait, il se précipita sur eux et les mit en déroute. Cette colonne de troupes d'élite jeta has les armes. I /armée autrichienne, qui était trois fois plus nombreuse que la nôtre, fut repoussée derrière le village
de Marengo. Le génie du Premier Consul lui montra le parti qu'il pouvait tirer de cette victoire et, le soir mi'me, il dicta ses lois au général Mêlas, qui consentit à abandonner l'Italie.
Le Premier Consul, et mon général, retournèrent à Paris ; je les y suivis.