‹ Mémoires du Général Lejeune (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Guadarrama. — Benavente. — Astorga. Valladolld.

Les Anglais , espérant nous inquiéter dans Madrid , et voulant encourager et exciter les populations voisines à nous opposer de la résistance, avaient envoyé quelques partisans par Zamora et Salamanque, pour nous faire croire à l'approche de leur armée, tandis qu'elle se portait en force, sur sa gauche, à Vaîladolid et Palencia, vers le maréchal Soult, à plus de cinquante lieues sur notre flanc droit, afin de menacer, par cette route, nos communications- avec la France.

L'Empereur, averti de ce mouvement, m'ordonna d'aller pousser une forte reconnaissance dernière l'armée ennemie , par Avila et dans la direction de Toro , et de lui rapporter autant de renseignements que possible sur les mouvements de l'armée anglaise.

Je partis le 19 décembre. Le ciel avait été jusque-là très chaud et pur comme en été; tout à coup, le temps devint froid, la neige couvrit la terre et j'eus

de la peine à traverser les montagnes du Guadarrama , où se trouvaient échelonnées deux de nos divisions do cavalerie : celle de Caulaincourt , et celle des dragons de Lahoussaye. Ce général me donna dixhuit cents dragons , à la tôle desquels je m'acheminai sur Fontiveras, où j'arrivai sans bruit à minuit. Je fis reposer les chevaux pendant une heure, en m'enlouranl de vedettes, dans la crainte d'être surpris ou dénoncé par quelques-uns de ces adroits Espagnols si habiles à nous compter; après quoi, je partis au trot pour aller cerner PaIacios,à l'embranchement île la route qui va de Salamanque à Valladolid, sur laquelle j'espérais surprendre quelques détachements de l'armée ennemie, faire des prisonniers et savoir des nouvelles. Nous arrivâmes à Palacios un peu avant le jour, par une neige épaisse qui tombait à gros llocons et nous aidait à cacher notre marche.

Après avoir posé militairement mes gardes autour de Palacios et sur la grande place de ce bourg, et recommandé aux troupes de garder de silence, j'entrai chez l'alcade qui venait de s'éveiller au bruit des pas de nos chevaux, quoiqu'il fût amorti par la neige. Cet homme, fort inquiet, se hâtait de sortir lorsque j'arrivai, et je le retins au logis; il s'empressa de me demander à quelles troupes il avait l'honneur de parler, .le profitai de son incertitude, et je répondis en espagnol : o Comment, vous ne reconnaissez pas vos amis? » A ces mots, il s'épanouit de joie, en s'éerïant : « Ah! vous êtes Anglais? « Aussitôt, je lui

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fis signe de parler bas, en disant : « Silence, silence! les Français ne sont pas loin; ils nous poursuivent. Depuis les environs de Madrid, nous cherchons à rejoindre l'armée anglaise que je croyais trouver ici; indiquez-moi la route qu'elle a prise? » De suite, il me dit : a L'arrière- garde du général Ward éiait hier ici avec la division Hamillon , qui est partie pour Mcdina; ils suivent le général en chef Moore , qui marche aujourd'hui sur Valladoltd avec les divisions Frazer, Spencer et Beresford , pour soutenir la Romana. Mais, hàlez-vous de partir, parce que dix-huit cents cavaliers français sont arrivés à -minuit à Fontiveras, et ils seront ici d'un instant à l'autre ». « Mon cher alcade, lui dis-je, je vous félicite de votre adresse à être si promptement informé , et je vous remercie de ces détails dont je vais proiiler. Mais les instants sont précieux : dites-moi combien Ward avait encore de monde? combien Hamilton? » A ces mots, il m'arrêta, en me disant : « J'ai reçu cette nuit un messager du quartier- général qui a tout vu; je vais le chercher; il saura vous en dire plus que moi sur tout cela. » Le malin alcade désirait m'échapper pour aller dans la rue, afin de s'assurer si nous étions bien des Anglais ; j'insistai donc pour qu'il envoyât chercher l'estafette par sa servante et elle partit. A peine avais-je eu le temps d'échanger encore quelques paroles , que l'estafette , très effrayée et presque morte de peur en entendant des cavaliers qu'elle croyait reconnaître pour des Français , accou-

rut toute tremblante chez l'alcade. Dès qu'elle parut, l'alcade lui dit : « Ces Messieurs sont Anglais ». Le messager, en apercevant mon shako et mon pantalon écarlate, me prit aussi pour un Anglais, et, dans sa joie, il me baisa les mains et répondit à toutes mes questions en m'indiquant clairement la position du général Baird, celle du général Hilf , le nombre de chevaux, de canons, de bataillons, la direction qu'il leur avait vu prendre, etc. , etc.. et en ajoutant que par celte belle manœuvre les Français allaient recevoir une terrible frottée.

Pendant cette conversation, le colonel des dragons qui était entré avec moi se chauffait au brazero, sans rien dire, et il ouvrit sa redingote pour secouer la neige dont il était couvert. L'alcade s'aperçut alors que cet officier portait une croix de la Légion d'honneur, et, en me la montrant après l'avoir touchée, il me dit : « Pero, seftor officiai, questa cruz no es inglese ! » (Mais , seigneur officier, celte décoration n'est pas anglaise!} Je répondis : « Si, si, goddam; c'est la croix instituée pour la victoire d'Aboukir, de Nelson; ne voyez-vous pas que le ruban est de la couleur du pavillon de l'Angleterre? » Cette réponse ne parut pas le convaincre, et, en Rapprochant de l'estafette , il lui jeta ces mots à l'oreille : « Creo que son Franceses ! » (Je crois que ce sont des Français!) J'avais entendu , et , sans affectation , je me plaçai entre eux deux en cherchant à détourner leur attention. Mais le messager commençait à balbutier, et l'ai-

cade, devenu de plus en plus inquiet et investigateur, lui jeta vivement ces deux mots, prononcés à voix basse ; « Son Franceses! » (Ce sont des Français!! Alors, cessant de feindre et élevant la voix, je leur dis : « Oui , nous sommes Français , et vous allez ajouter par la force aux détails que j'ai obtenus par la ruse n. Ce messager n'était autre qu'un misérable qui faisait pour les Anglais le métier d'espion. Il était maigre, sec et noir, comme nous nous figurons devoir être un huissier à verge, et semblait n'avoir vécu depuis longtemps que de quelques gousses d'ail. Ses pieds nus dans ses espadrilles de ficelle grise, ses guêtres lacées et collées sur ses tibias décharnés, sa culotte de cuir étroite ouverte aux genoux, sa ceinture large et pendante imitant un peu de ventre, sa veste brune trop courte, son mouchoir rouge roulé en corde, entourant, sans le cacher, le sommet de la tête; son toupet tondu et ses longs cheveux reliés en catogan, ses sourcils épais et contractés par la frayeur, ses yeux étineelanls et ses dents brillantes, en faisaient une de ces figures comiques, basses et hideuses, qui appellent la corde ou la bastonnade. Son mouvement de terreur indiquait assez qu'il s'attendait à la recevoir. II se jeta à mes pieds pour me demander grâce. Je le lis relever; mon affaire était de tirer parti de lui , et non de le maltraiter; mais sa léte était tellement troublée, quo je ne pus en obtenir d'autres détails; et l'alcade aussi, fort intimidé, cherchait à éluder mes questions. Sur ces

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entrefaites, mes dragons arrêtèrent le général espagnol Don José Valdès et quelques traînards qui se sauvaient de Palacios, où ils avaient couché, se croyant en sûreté, et m'amenèrent ces prisonniers. Je les fis causer séparément; et quoique les réponses du général et de ces soldats fussent assez évasives, j'acquis la certitude que je me trouvais derrière l'armée anglaise, qui avait réuni tous ses moyens pour attaquer notre aile droite. Je compris la nécessité de donner promptemunt de l'inquiétude à l'ennemi pour l'affaiblir, et en présence de ces prisonniers, j'ordonnai à l'alcade de faire préparer des vivres pour vingt mille hommes et quatre mille chevaux qui allaient arriver dans la journée et dont nous étions l'avantgarde. Il ne nie convenait point de m'emharrasser des prisonniers, qui pouvaient me servir pour transmettre à l'ennemi la fausse nouvelle que je voulais répondre; je leur rendis la liberté de continuer leur route, et, pour mieux les tromper, je recommandai devant eux au colonel et à l'alcade de presser les apprêts des vivres. A pari, ensuite, je prescrivis au colonel de ne rester, après mon départ, que quelques heures pour reposer ses chevaux et de rejoindre sa division. J'échangeai mon cheval de poste fatigué contre la monture du général Yaldès qui était reposée; je fis monter sur le cheval de l'estafette un jeune guide qui croyait conduire un Anglais, et je partis au galop par la route la plus courte pour retrouver l'Empereur.

Je n'étais pas sang inquiétude en traversant ainsi, sans escorte, un pays où l'on avait assassiné depuis peu de jours le colonel Marteau , le capitaine Ménard et i!eux ou trois autres officiers isolés qui remplissaient des missions. Mais , plein de confiance dans mon costume qui prêtait à l'erreur, et dans mon adresse à parler cinq ou six langues étrangères , je ne consultai que mon désir de servir notre cause, et il me donna la présence d'esprit , la gaieté et l'activité nécessaires pour me tirer d'affaire. Le plus difficile était de près? ser les postillons aux relais de poste, pour me donner promptement des chevaux avant que la foule des curieux ne se trouvât assez forte pour oser m' arrêter. Jamais, peut-être, l'affreux juron des Anglais n'avait rendu d'aussi grands services que dans cette circonstance, où, avec de l'or et goddam, tout marchait à souhaits. Cependant, un embarras assez grave devait me retenir à dix ou douze lieues de là. Le jour avançait, la nuit devint noire, mon guide, ne reconnaissait plus le chemin; il n'y avait pas de relais de poste aux chevaux dans le village où j'entrais, et je n'avais de ressource à espérer qu'en allant trouver l'alcade qui était le cabaretier de l'endroit. Je me présentai à lui comme officier anglais , et je lui adressai mes demandes. Avant d'y répondre, il fixa sur moi un regard inquiet et scrutateur, et ne rompit le silence que pour me dire : « Nous n'avons pas de a chevaux. Vous êtes Français ; et si je vous laissais « partir maintenant, vous seriez probablement assas-

« siné par les paysans qni sortent d'ici. N'entrez pas « dans cette pièce où sont encore beaucoup de gens ii qui vous feraient un mauvais parti; montez dans « celle où je vais vous conduire ; j'y porterai des ali- « ments, et reposez-vous sans crainte jusqu'à ce que « je vous prévienne ; je donnerai l'orge à vos montures a et je vous procurerai un guide ».

Que faire? que faire? me disais-je. Il est aussi dangereux de partir que de rester. S'il faisait clair , si je connaissais le pays, si je pouvais m'orienter! !... Les chants des hommes établis dans la salle voisine n'étaient point faits pour me rassurer; ils vociféraient l'hymne patriotique de l'indépendance nationale : Vivir in cadenas, mejor es morir! (Plutôt mourir que vivre dans les fers !) D'autre part, la démarche de l'alcade me paraissait être loyale, et, sans hésiter longtemps, je lui dis : « Vous voyez que j'ai la force de « vendre chèrement ma vie; votre figure d'honnête « homme m'inspire de la confiance, et je me fie à «vous n.Peu d'instants après, mon hôte m'apporta de ce beau pain d'Espagne, du cerocles au piment rouge, et du Rancio du val de Penas; Je bus quelques rasades, je m'étendis sur une natte de paille à côté de mon sabre, je songeai à l'importance do ma mission, et, me recommandant à Dieu, je m'endormis accablé de fatigue.

A trois heures du matin, je vis poindre une petite lumière à travers la serrure, et j'entendis ma porte s'entr'ouvrir doucement; c'était l'alcade qui, en m'aper-

cevant aux aguets et levé sur mon séant, me fit signe de garder le silence, et, en approchant, il me dit : « Tout est prêt ». Il refusa son salaire et finit par accepter une pièce d'or, me conduisit à mes chevaux, recommanda à mon nouveau guide de bien conduire cet officier anglais, me tint l'étrier, et, en me serrant la main avec l'expression d'un homme qui se loue intérieurement d'une bonne action, il me fit ce salut cordial des Espagnols : « Va usted con Dios » [que Dieu vous accompagne). Vers midi, j'avais traversé San-Vincent, et j'étais au milieu des montagnes, àVatdéa. Le curé du village se trouvait, avec quelques paysans, dans la rue, au relai de la poste; ils m'accablèrent de questions pendant que l'on sellait un cheval. Je me donnai pour un parlementaire anglais, envoyé pour un échange de prisonniers. Cette version avait assez de succès: mais le malin curé, plus défiant que les autres, tournait autour de moi, et, s'étant aperçu qu'une aigle en or était sur ma sabretache, il me dit en la montrant : « Seïior, las aquilas non son reaies (les aigles ne sont pas royales;. Pourquoi portez-vous cette aigle, si vous êtes Anglais? » « C'est le sabre d'un officier français que j'ai fait prisonnier, lui dis-je, en tirant !a lame; voyez comme elle est bonne, quoiqu'elle ne soit pas de Tolède ». Et tandis que je la brandissais en riant et en me vantant de ma prouesse, mais avec l'intention de tenir ces indiscrets à dislnnce, les chevaux furent bridés, et je partis, fort heureux de quitter le curé, trop habile

connaisseur en armoiries impériales et royales. Le bruit qui se fit ensuite derrière moi me prouva que je venais de l'échapper belle. Une tempête affreuse vint encore rendre mon voyage difficile, et je ne pus arriver qu'après minuit à Fonda San-Raphaël, au pied du Guadarrama.

Pendant mon absence, l'Empereur avait appris, le 22 décembre, par les rapports de ses maréchaux, que les Anglais opéraient sur sa droite la manœuvre hardie dont il était informé, Aussitôt, il était parti pour Madrid, et s'avançait avec ses troupes du centre pour leur couper la retraite. Je trouvai toute la garde impériale à San-Raphaël. La tourmente avait été, ce jour-là. terrible sur la montagne, et elle avait entraîné des hommes et des chevaux dans les précipices, où ils avaient péri. Les grenadiers, accablés de fatigue, dormaient sur la terre glacée, où ils étaient entièrement recouverts d'une couche de deux pouces de neige et de verglas, à coté de leurs feux presque éteints par la grêle et la pluie qui ne cessaient de tomber. Dix mille hommes , sans abri , entouraient une petite chapelle et une ou deux maisonnettes du desservant; c'était le pèlerinage de San-Raphaël, où l'Empereur avait été forcé de s'arrêter pour rallier son monde, dispersé et retardé par la tempête. Je mis pied àterre à la porte de la chapelle, et l'on m'introduisit chez l'Empereur, qui était debout à travailler devant ses cartes.

« Ah! vous voilà ; j'étais inquiet de vous, me dit-il.

M'apportez-vous de bonnes nouvelles ? » Je lui donnai tous les détails que j'avais pu recueillir sur la manœuvre du général Moore et colle de la Romana. Ce rapport, et ceux qu'il avait reçus par d'autres voies, le confirmèrent dans l'intention de presser sa marche pour surprendre les Anglais. Il se fit raconter le subterfuge au moyen duquel j'avais pu obtenir ces renseignements et revenir ensuite jusqu'à lui sain et sauf. Après qu'il eut ri comme un enfant de la terreur que j'avais causée à l'alcade, au messager et aux prisonniers de Palacios, et après qu'il m'eut demandé des détails sur la nature de la route et du pays que j 'avais parcourus, il quitta l'air gracieux et séduisant qui lui était naturel, reprit sa gravité impériale, et me dit. avec sa voix de commandement : « C'est bien ! allez vous reposer ».

Me reposer! cela n'était pas aisé. Il n'y avait pas un seul mètre carré à l'abri de la pluie qui ne fût envahi par des las de dormeurs. J'allai donc à la porte de la chapelle, au milieu des soldats endormis et ronflant, me tenir debout devant celui des feux qui était le moins éteint; là, tout en me chauffant assez mal et en regardant tristement brûler les tisons, ces images de nos rêves de bonheur qui brillent comme eux au premier abord et n'ont pas plus de durée, et en les voyant s'éteindre sous la pluie, je resserrais avec humeur ma ceinture pour me dissimuler mon appétil, lorsque je senlis derrière moi qu'une main touchait les miennes pour leur faire saisir quelque chose. Je

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me retournai vivement-, et j'aperçus ce bon Josserand, le maître d'hôtel de l'Empereur, qui venait nie réconforter, a Chut! chut! me fit-il; prenez ceci que l"Em- « pereur m'ordonne de vous porter; mais ne vous « monfrez pas, parce que malheureusement l'Era- » pereur ne peut pas en envoyer autant à tout le « monde ». J'étais trop poli pour refuser de quoi souper ; je priai Josserand d'exprimer ma reconnaissance à l'Empereur, qui daignait songer à moi malgré ses hautes préoccupations, et je reçus en cachette le flacon de vin de Bordeaux, le pain et le morceau de pâté de foie d'oie ou de canard de Toulouse ou de Strasbourg, je ne sais lequel ; mais, certes, c'était du meilleur que Sa Majesté avait la bonté de m'envoyer. Je tournai le dos au feu qui, en m'éclairant, aurait pu faire des jaloux; je ne vis plus les tisons qui me rendaient trop soucieux, et, tout en faisant honneur au précieux cadeau qui diminuait vite, je sentais renaître ma confiance dans la Providence, toujours généreuse, toujours indulgente à pardonner nos ingratitudes, et j'étais honteux de l'avoir accusée.

Une heure après, et bien avant le jour, on donna le signal du départ en silence ; et sans l'appel du tambour ou de la trompette, on le transmit de proche en proche. Chacun, en grelottant, brisa et secoua les glaçons dont il était couvert, fut rejoindre son cheval ou son rang, et la colonne se mit en route. La pluie ne discontinuait pas de tomber, les chemins étaient presque impraticables, et nous n'en avions

trouvé d'aussi fangeux qu'en Pologne et en Champagne. Ce mauvais état des chemins apportait beaucoup de retard dans notre marche. L'ennemi venant d'être prévenu du départ de l'Empereur de Madrid, se hâta d'abandonner son projet d'attaque, et commença son mouvement de retraite sur La Corogne. Sans ces retards, l'armée anglaise aurait été prise entre deux feux, et il lui eût été très difficile de n'y être pas détruite. Le 25, nous étions à Tordesillas, sur le Douro, où nous poussions vivement son arrière-garde, et le 26 nos avant-postes traversaient le torrent de l'Esla pour entrer à Benavente. La nuit avait été assez belle, et les eaux de cette rivière ayant baissé momentanément, notre cavalerie put la traverser à gué; mais à peine fûmes-nous passés, que la pluie recommença. Les vedettes anglaises se retiraient à notre approche, et au moment où nous exécutions une charge pour entrer, à leur poursuite, dans Benavente, plusieurs escadrons anglais se présentèrent en bataille et firent bonne contenance, pour laisser à d'autres escadrons le temps de nous tourner et nous couper la retraite. Lefebvre-Desnouettes était à la téte des chasseurs delà garde impériale; et se trouvant enhardi par la valeur des soldats qu'il commandait, il ne tint pas assez complc de cette manœuvre, et prit trop tard le parti de rebrousser chemin. Les Anglais nous entourèrent dans notre fuite. Lefcbvre-D es nou elles fut blessé et pris avec une centaine des siens, et je fus du petit nombre de ceux qui purent

se sauver en arrivant jusqu'au torrent; mais, dans ce court intervalle, les eaux avaient de nouveau grossi ; il était devenu infranchissable autrement qu'à la nage. J'étais bon nageur, et je n'hésitai pas à y lancer mon cheval en lui rendant la bride et ne le tenant plus que par les crins. Le tourbillonnement de l'eau faillit me faire perdre la tête, et j'arrivai sur l'autre rive transi de froid et tout étonné de m'y trouver encore vivant. Quelques chasseurs se noyèrent, et une centaine, aussi heureux que moi, purent échapper aux coups de sabre, aux balles et aux flots qu'il avait fallu affronter pour n'être ni pris ni tué. Mais, hélas ! quel singulier gîte et quels épisodes pénibles m'attendaient au pauvre village où j'aillai rejoindre le quartier-général et chercher du repos et du feu pour me sécher! Les maisons y étaient abandonnées de leurs habitants, et remplies de troupes auxquelles le grossissement du torrent avait barré 3c passage. Tous les abris étaient pleins d'hommes et de chevaux, et j'eus à batailler longtemps, et plus même qu'avec les Anglais, pour conquérir sur les privilégiés de la garde impériale un faible espace où je pusse établir mes chers chevaux à couvert contre la pluie. Dans ces guerres si rapides, le soin de nos chevaux était pour nous une grande affaire ; car, sans eux, la victoire souvent nous eût été infidèle. En arrivant à la chaumière où le quartiergénéral s'était arrêté, j'y trouvai le repas abondant que la sollicitude du major-général faisait presque toujours trouver à ses aides de camp.

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Encore tout mouillé, mais un peu réchauffé par un bon repas, je me mis à chercher un coin non occupe où je pusse m'étendro et m'endormir; je découvris la plus horrible de toutes les cachettes; c'était le coin du poulailler, où l'hôte de la maison plumait ses volailles, ses excellentes galtinas. Là, sur un tas de plume et de duvet, sur le sang desséché de ces pauvres poulets, j'étendis une planche, et sur cette planche, assez mal soutenue, je m'enveloppai de mon manteau, et je dormais déjà comme un bienheureux, lorsque la porte de mon réduit fut renversée. Réveillé en sursaut par ce bruit, je me levai sur mon séant, et portant alors à faux sur ma planche, je la brisai, et je tombai dans les plumes qui s'élevèrent en nuage autour de moi. Celui qui entrait était un officier suisse, l'un des deux frères Stoffel, qui sortaient du service espagnol et servaient d'interprètes au quarlier-général depuis très peu de jours. Tout aussi maltraité que moi par la pluie, mais moins aguerri, il cherchait aussi une place pour se reposer; tenant une chandelle à la main, et très préoccupé de son affaire , il ne faisait aucune attention au pauvre chrétien que sa bruyante arrivée avait fait culbuter dans un tas de plumes infectes; et moi, j'étais fort irrité de voir s'évanouir mes espérances de repos par la rupture de ma planche; je lui dis donc avec humeur : « Que cherchez-vous? » A la nature du gîte affreux où il me trouvait, il me prit, sans doute, pour un des derniers valets de l'armée, et il me répondit d'un ton

assez brusque : « Je cherche un lit ». « Vous voyez qu'il n'y en a pas ici , lui dis-je , et vous m'avez fait briser le seul moyen que j'avais de dormir ». Il parut être si grossièrement insensible à cet accident, que je n'hésitai pas à me lever et à lui dire : « Monsieur, lorsqu'on entre chez les officiers français, on ôte son chapeau ». Soit qu'il comprit ou ne comprît pas, il resta couvert, et, dans l'impatience que me causait son impassibilité, je jetai son chapeau dans l'escalier, en le poussant lui-même vers sa coiffure , et en relevant la porte pour la fermer sur lui; tout en trébuchant sur les marches, il me cria dans son accent allemand : « Fous êtes un prutal! » et il disparut. Resté seul dans l'obscurité, j'eus grande peine à rétablir ma couche, et, tant bien que mal pourtant, je retrouvai le sommeil et avec lui les rêves de bonheur, non interrompus par les suites que pouvait avoir cette boutade.

Le lendemain, l'armée continua sa marche sur Bonavente, que les Anglais s'étaient hâtés d'abandonner, dans la crainte d'y être enveloppés. Un spectacle douloureux nous affligea beaucoup en entrant dans cette ville. Les Anglais avaient des chevaux moins accoutumés que les nôtres aux fatigues et aux privations qui résultent de la guerre; un grand nombre de ces chevaux étaient blessés aux jambes ou au garrot, et ne pouvaient pas suivre ; ne voulant pas les abandonner k l'ennemi qui aurait pu les guérir et s'en servir, ils leur coupèrent impitoyablement les jarrets.

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L'aspect de cinq à six cents de ces beaux animaux ainsi mutilés, nous arracha presque des larmes. Les Espagnols eux-mêmes étaient indignés de celte cruauté; disposés qu'ils étaient à considérer leurs alliés comme des païens , ils regardaient ces mutilations de tant de chevaux comme des sacrifices offerts à des idoles.

L'Empereur entrait à Astorga le 1" janvier 1809, après avoir achevé glorieusement son année 1808 par les succès que ses armées remportaient de toute part, et le désordre jeté dans l'armée anglaise qui fuyait en toute haie vers La Corogne. Le maréchal Soult recevait l'ordre de les presser et de les jeter à la mer, Le quartier impérial s'arrêta quelques jours à Astorga pour diriger toutes ces opérations.

L'étrennc qui m'était réservée pour le lendemain 2 janvier, fut loin d'offrir un caractère aussi agréablement harmonieux que les chants de cette première journée.

J'étais de service, et seul au salon du quartiergénéral, lorsque M. Stoffel, le frère ainé de celui qui m'avait renversé dans la plume quatre jours auparavant, m'aborda très poliment et me dit : « Monsieur, les officiers étrangers au quartier-général avaient eu jusqu'à présent k se louer beaucoup des prévenances obligeantes qu'ils recevaient de vous personnellement; vous n'aviez jamais montré pour eux la hauteur arrogante dont la plupart de vos camarades, orgueilleux de leurs titres de famille, nous donnait lieu de

nous plaindre, et c'est avec chagrin que j'ai appris que vous partagiez leur manque d'égards envers nous. — Je vous comprends, Monsieur, lui dis-je, vous parlez ici pour Monsieur votre frère. — Oui, Monsieur, comme officiers étrangers, dont le courage ne vous est pas encore connu, nous ne pouvons laisser passer celle scène sans vous en demander la réparation. — Puisque vous parlez , Monsieur, de faire connaître votre courage, les excuses que je serais disposé à faire à Monsieur voire frère ne lui suffiraient pas. Je dois rester de service jusqu'à midi ; à une heure je serai à vos ordres. Mon frère, qui revient de Lisbonne, sera arrivé alors avec son régiment, et nous réglerons en famille. — C'est bien , Monsieur, me ditil ; je reviendrai à une heure a ; et il partit.

Quel ennui! me dis-je, alors; moi qui déteste le sot préjugé qui ne nous permet pas d'éviter le duel , me voilà forcé de m'y soumettre. La crainte de paraître un poltron est vraiment une pusillanimité blâmable, et c'est un véritable manque de courage que l'action de ne pas oser marquer sa répugnance pour un combat singulier, lorsqu'on a bien des fois dans la vie l'occasion de montrer sa valeur en bravant mille dangers. Le duel peut priver la patrie de ses utiles défenseurs? le duel rend-il respectable un coquin, adroit ferrailleur? rend-il méprisable l'honnête homme qui succombe sous le fer du spadassin? Je me posais ces questions, et je trouvais qu'il serait fort sage, dans toutes les querelles, de considérer les deux an-

tagonisles comme deux êtres dans l'état de malades d'esprit : l'un parce qu'il a eu assez peu de bon sens pour faire une insulte; l'autre, parce que l'insulte a blessé son esprit et l'a rendu malade; et, en admettant cette hypothèse, les témoins qui ont toute leur raison, qui peuvent juger sainement et impartialement la cause de la querelle , devraient être obligés , par l'honneur et par les lois qui s'en prendraient à eux, de pacifier et de concilier toutes les affaires. La société, la civilisation gagneraient sans doute à l'abolition de cet usage barbare de recourir au combat singulier pour réparer une offense par une offense plus grande, et quelquefois en donnant la mort à celui des deux qui est innocent. Je rêvais à celte faiblesse humaine, lorsque M. Stoffel arriva à l'heure indiquée.

J'étais bien . malgré moi , sous l'empire tyrannique du point d'honneur, et, pourtant, j'allai gaiement avec M. Sioffel sur la place où le régiment de mon frère était arrivé. De retour du Portugal, mon frère avait dû conduire sa compagnie ailleurs, et je ne le trouvai point. « Qu'à cela ne tienne, M. Stoffel, lui dis-je; rejoignons votre frère, vous serez témoin pour deux, et j'ai confiance en moi-même »■ Nous trouvâmes le frère qui attendait hors des remparts. Il tombait depuis deux jours beaucoup de neige , la terre en était couverte à plus de quatre pouces d'épaisseur, et nul endroit ne présentait un sol convenable pour l'escrime. En cherchant, nous ren-

Iràmes en ville par la brèche où se trouvaient encore les débris de l'assaut, et nous ne pûmes trouver une aire un peu dégarnie de neige que dans les souterrains d'un hôpital dont le canon avait ouvert et brisé les murs. Plusieurs corps morts, entièrement dépouillés, gisaient là, sur les dalles de pierre, en attendant la sépulture , et des amas de blé en désordre claient en partie répandus sur le sol arrosé du sang de ces cadavres. Fatigués de chercher et fort impatientés d'en finir, nous nous mimes à écarter deux ou trois de ces hideux spectateurs qui nous auraient gênés ; nous balayâmes une aire convenable avec des branches de quelques fagots qui se trouvèrent sous la main. En repoussant ainsi le sang et le grain qui recouvraient les tombes que notre combat allait profaner, nous mettions à jour les tristes inscriptions qui s'y trouvaient gravées, et je sentis un moment mon cœur se glacer à l'aspect de ces deux noms : Ludovico, Francisco, etc., qui étaient aussi mes prénoms. Maïs, redevenu promptement supérieur à ce sentiment que j'attribuai plus au dégoût, qu'à la crainte , nous mîmes habit bas pour croiser le fer ; le frère aîné restant seul spectateur et portant nos vêtements que nous ne pouvions poser par t£rre sans les salir.

Je n'étais pas d'humeur à laisser traîner les choses en longueur, et j'attaquai vivement un adversaire qui, en reculant avec prudence, attendait le moment de me saisir à découvert. Je ne lui en laissai pas le loisir;

et déjà il avait fait dix pas en retraite, lorsque je le pressai contre la muraille en saisissant son bras droit dans ma main gauche, lui appuyant la pointe do mon sabre sur la gorge. Nos deux figures se touchaient presque. Je ne me sentis point ce courage féroce qu'il aurait fallu avoir pour enfoncer la lame dans ce cœur qui ne m'avait point offensé. Cependant, ayant à craindre une surprise, je sautai en arrière pour mo remettre en garde. Une seconde fois , et de la même manière, mon adversaire se trouva collé sur le mur, dans la partie la plus sombre du caveau^ loujours menacé de la même manière. Répugnant encore à le percer, je Jui demandai : a Le faut-il? » Ses yeux animés étaient menaçants, et la terreur l'empêchait de répondre. Je ne pouvais me résoudre à le sacrifier ; je commençais néanmoins à me défier de son frère qui était derrière moi, et je lis un bond en retraite jusqu'à ma première place; là, en essuyant mon sabre, mes mains et ma figure qui étaient tachés de notre sang, je leur dis : « C'est assez pour ce moment; si vous n'êtes point satisfaits, nous nous reverrons n; et je les quittai. Ce ne fut que longtemps après que j'appris combien ma franche audace m'avait servi dans cette circonstance, où j'avais eu, sans m'en douter, affaire à un très habile brelleur. Nous n'avions reçu l'un et l'autre que de très légères, mais nombreuses égralignures. Cette scène n'avait duré que peu de temps, et ne nous empêcha pas, une heure après, de paraître à la revue que l'Empereur

passait des deux divisions Loi son et Laborde, qui venaient nous rejoindre à Astorga. Personne ne s'aperçut môme de nos démêlés.

Dans celte journée, un de mes amis, le général Franceschî , très habile sculpteur, qui avait été avec moi soldat dans la Compagnie des Arts et était devenu général de brigade, avait une affaire brillante avec les troupes de la Romana. qu'enveloppait l'armée du maréchal Soult; il fit quinze cents prisonniers à Mansilla.

Les Anglais essayèrent de tenir dans Sa position de Prieras et de Villafranca; mais ils en furent délogés par le général Merle, le 3 janvier. Durant les six jours précédents, l'ennemi avait perdu dix mille prisonniers espagnols et plus de quinze cents Anglais. IVous perdîmes à celte dernière affaire un homme très intéressant, une des fleurs de l'armée par sa bello figure, son esprit distingué, son courage chevaleresque , et le beau nom de Golbert auquel il était destiné à ajouter une haute célébrité. En parcourant les avant-postes, au milieu des tirailleurs, pour attaquer l'ennemi, il reçut une balle au front. Ce jeune général fut vivement regretté; il laissait un iils et deux frères de son nom. Sa veuve, M"" de Colbert, était la lï lie du comte de Canclaux, général du génie, dont j'avais eu beaucoup à me louer dans les campagnes précédentes.

En entrant à Villafranca, nous eûmes encore le triste spectacle de cinq cents beaux chevaux égorgés.

Le 15 janvier, les Anglais, après avoir vu sauter leurs magasins à poudre de La Corogne, soit volontairement, soit par accident; après avoir commencé en toute hâte à embarquer leurs blessés, nous livrèrent une grande bataille devant La Corogne, avec l'espoir d'être moins pressés dans l'opération difficile de leur embarquement.

Profitant des hauteurs d'Elvina, leur position était favorable. Cependant, l'attaque du maréchal Soult fut si vive, qu'ils y perdirent encore trois mille hommes, leurs canons, leur général en chef, sir John Moore, homme d'un grand mérite; fort regretté en Angleterre, et plusieurs généraux, tels que lord Crawfort, David Baird, Stanliope et autres, qui furent tués dans ce violent combat. Le 16, la ville de La Corogne fut vivement canonnee; la plage était couverte des restes de l'armée anglaise qui travaillaient à regagner les navires; le feu des magasins incendiés élevait dans les différents quartiers de la ville de nombreuses colonnes de flamme et de fumée , qui se joignaient à celles de plusieurs explosions de magasins à poudre. De dessus les hauteurs où nous étions placés, on voyait au bord de la mer une activité et un désordre immense, el jamais fourmilière n'avait paru plus agitée. Enfin, le 17 janvier, lorsque le jour paruL, les voiles de la flotte étaient gonflées, et les navires, disparaissant polit à petit dans la brume, portèrent en Angleterre les tristes débris de leur armée.

Les magistrats de La Corogne obtinrent une capitulation, et le maréchal Soult y entra deux jours après. Oufre beaucoup d'artillerie abandonnée, l'on y trouva encore cinq cents chevaux anglais vivants que l'on n'avait pas eu la possibilité d'embarquer, et auxquels, peut-être, la fatigue d'être cruels avait sauvé la vie.

L'Empereur, ayant jugé , dès son arrivée à Astorga, que l'ennemi en désordre devant lui ne pouvait opérer aucun retour offensif contre les corps qu'il avait chargé de le poursuivre jusqu'à sa complète destruclion, quitta celte ville le 5 janvier, pour retourner, par Benavcnte , jusqu'à Valladolid , où il se proposait d'attendre la fin de la campagne. lin passant à Tordesillas, il retourna loger dans l'ancien palais des rois maures, transformé maintenant en couvent de religieuses bénédictines, li se lit présenter la supérieure du couvent, abbesse octogénaire , femme d'esprit et de tête, qu'il combla de gracieusetés, à laquelle il accorda tout ce qu'elle crut utile de lui demander, lui laissa pour la communauté des dons généreux, et remplit d'enthousiasme pour lui les soixante religieuses auxquelles un mois auparavant on l'avait dépeint comme un anthropophage.

Le 7, à Valladolid, l'Empereur voulut exprimer sa reconnaissance à des moines bénédictins qui avaient humainement sauvé la vie à plusieurs soldats, poursuivis dans les rues par des flots de peuple couvert du sang des Français qu'ils venaient d'assassiner.

Ces moines, remplissant leur mission évangélique et hospitalière en faisant revivre pour nous le droit d'asile de leurs autels, s'étaient exposés à la fureur du peuple pour lui soustraire ces victimes ; et l'Empereur, le maréchal Berthier et leur état-major, allèrent ostensihlement leur faire visite dans leur couvent, et leur accorder, en les remerciant, tout ce qui pouvait les intéresser. Ces démarches, ces victoires ramenaient îes esprits; et si l'Empereur avait pu n'être pas desservi par l'avidité de plusieurs de ses généraux qui spolièrent les vaincus , il aurait trouvé dans son cœur, bien plus encore que dans ses armes, les moyens de rallier à lui et de soumettre l'Espagne.

L'Empereur, ayant appris à Valladolid la complète disparition des Anglais, embarqués à LaCorogne, laissa ses ordres à l'armée et repartit pour Paris.

Avant do quitter Valladolid, le prince Berthier me conduisit chez l'Empereur, qui me faisait demander pour me remettre un duplicata de l'ordre qu'il avait envoyé au maréchal Lannes. II lui donnait le commandement en chef du siège de Saragosse, et il me chargeait d'inviter le maréchal à presser cette opération de tout son pouvoir; il me donnait en même temps la mission d'y contribuer comme officier du génie, en me plaçant à ce sujet sous les ordres de son aide de camp, le général Lacoste, commandant le génie du siège. Je partis de Valladolid avant l'Empereur. Ne pouvant prendre la route plus courte, qui étaitla moins sûre, je traversai Burgos, où mes

anciens amis étaient rentrés dans leurs demeures. Je traversai l'Elbe à Mïranda; je côtoyai la rive gauche de ce lleuve jusqu'à Tudela, où je trouvai le maréchal , qu'une légère maladie y avait retenu quelque temps; je lui remis ses dépêches; je lui donnai des nouvelles de l'armée , et je le précédai de quelques jours devant Saragosse. Là. sous les oliviers et en vue des clochers de Saragosse , j'allais recommencer un autre genre de vie, également aventureux : celui d'assiégeant, dans l'événement extraordinaire que je vais raconter.

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