Le feld-maréchal-ïieutenant comte de Werneck
ncral Belliard se rendit aux avant-postes: nos troupes occupèrent les hauteurs, afin d’être en mesure contre les supercheries. Mais la nuit approchait ; Ilohenzollern, qui, la veille, avait trouvé la capitulation inévitable, profita des ténèbres pour l’éluder; le général Miskiéry suivit son exemple : ils s’échappèrent avec la cavalerie et quelques fantassins ; ils faisaient partie du corps qui avait mis bas les armes. On pouvait croire qu’ils étaient liés par les actes de leur chef ; il n’en était rien cependant : ces messieurs le crurent du moins, puisqu’ils rejoignirent les débris de l’archiduc, avec lequel ils se jetèrent sur le territoire de Prusse. Nous les atteignîmes à Gunderhausen ; nous les sommâmes d’exécuter la convention. Le prince de Schwartzenberg alléguait des ordres, voulait éclaircir des doutes, écrire, s’expliquer, en un mot gagner du temps.
Les Prussiens à leur tour criaient à la neutralité ; ils demandaient que la ville ne fût pas attaquée, que la colonne ennemie put l’évacuer. Un personnage à rabat vint, sous l’escorte des officiers de l’archiduc, nous menacer de la colère du roi Guillaume. Le général Klein n’était pas homme à se payer d’une mascarade : il envoya au grand-duc ce magistrat à livrée autrichienne, et fit sonner la charge. Le prince de Schwartzenberg accourut tout décontenancé : il ne croyait pas que le général fût
si proche. Il prétendit aussi que nous ne devions pas violer le territoire de la Prusse, proposa de le respecter et de ne pas occuper Gunderhausen. Klein lui répondit de prêcher d’exemple, qu’il l’imiterait. On avançait toujours, et cependant Schwartzenberg ne se décidait pas. Murat, fatigué d’être pris pour dupe, ordonna de cesser ces discussions et de marcher. L’arrière-garde ennemie prit alors le galop, et nous céda la place. Nous la poursuivîmes pendant quelques lieues, sans pouvoir l’atteindre. Il était nuit : nous primes position. Nous nous remîmes en marche à la pointe du jour ; mais l’archiduc avait tellement précipité sa fuite, que ce ne fut qu’à Nuremberg que nous atteignîmes la queue de ses équipages. Un piquet d’avant-garde les chargea, et fit mettre bas les armes au bataillon d’escorte. De là, |l poussa en avant, et s’engagea dans un chemin • mise, à travers l’artillerie et les bagages, pous- | iant, culbutant quelques centaines de dragons qui i cherchaient vainement à se rallier. Le gros des Autrichiens nous attendait dans une position avant ageuse. Nos chasseurs furent contraints de plier, •es hussards, les carabiniers accoururent: tout fut ulbuté1. L’archiduc lui-même faillit être pris. Ce it le coup de grâce du corps qui s’était échappé Ulm. En cinq jours, sept mille braves parcouruont un espace de quarante-cinq lieqcs, détruisi- I. Combat de Nuremberg, 21 octobre 1803.
relit une armée de vingt-cinq mille hommes, lui enlevèrent sa caisse, ses équipages, s’emparèrent de cent vingt-huit pièces de canon, onze drapeaux, et firent douze à quinze mille prisonniers. De tout ce qu’avait ramené l’archiduc, à peine restait-il quelques milliers de malheureux dispersés dans les bois.
Cependant le général Klein persistait dans ses réclamations : Werneck lui-même insistait sur la foi jurée. Ils exigeaient que les officiers compris j dans la capitulation vinssent se constituer prisonniers. Le général français adressa ses plaintes à l’archiduc, ou, en son absence, au général commandant l’armée autrichienne ; mais le désordre était tel, que le parlementaire fut obligé de courir jusqu’au fond de la Bohème pour trouver un officier qui put recevoir ses dépêches. La réponse se fit longtemps attendre : elle arriva enfin. C’était une lettre du général Kollowrat, qui lui transmettait la correspondance qui suit :
Au Lieutenant-Général de Sa Majesté impériale et royale , comte de Hohenzollern.
« Monsieur le Lieutenant-Général,
» Vous m’avez soumis la lettre du lieutenant- » général Werneck. Je vous répondrai que, selon
•» les lois de la guerre et les droits des nations, je » trouve très illégales les prétentions du général j> français.
» En conséquence, je déclare, que vous et les » troupes avec lesquelles vous êtes rentré ne pou- » vez être compris dans la capitulation. Je vous » ordonne donc, ainsi qu’à elles, de continuer à j) servir comme auparavant. »
Signé : Ferdinand.
Et plus bas : Morvalii,
Major et aide de camp.
Égra, le 23 octobre 1803.
Au moyen de cette pièce, la capitulation n’était ipas une capitulation. Ilohenzollern fuyait sans forfaire à l’honneur. Il s’étonnait qu’on voulût lui faire rendre en masse des soldats qu’il perdait aussi bien «en détail. Sa lettre était curieuse ; la voici :
A M. le Feld-Maréchal comte de Werneck.
« Mon très cher camarade,
« Je ne puis vous cacher ma surprise sur la proo) position de me rendre avec la cavalerie qui était » de votre corps. Lorsque je vous ai quitté, vous
» aviez refusé toute capitulation, en ma présence; » et pour moi, je pensais au moyen de ramener, » coûte que coûte, la cavalerie à l’armée, si vous, » avec l’infanterie, ne pouviez vous tirer d’af- » faire. J’ai essayé, j’ai réussi. Je ne conçois pas de » quel droit je pourrais être prisonnier de guerre, » n’ayant pas été présent à vos arrangements, aux- » quels jamais, par ma personne, je n’aurais pu » me prêter. Maintenant que depuis hier je suis » séparé de vous, il ne m’appartient plus de rem- » plir vos ordres : je les reçois de Son Altesse Royale » notre général en chef.
» J’ai l’honneur d’être votre très humble et très » obéissant serviteur.
» Signé : le lieutenant-général de IIohenzollern,
Conseiller intime. »
Napoléon était content de lui, de l’armée, de tout le monde; Il nous témoigna sa satisfaction par la proclamation qui suit 1 :
« Soldats de la grande armée !
» En quinze jours nous avons fait une campagne. » Ce que nous nous proposions de faire est rempli :
1. Datée du quartier général impérial d’Elcliingen le 21 octobre 1805.
» nous avons chassé de la Bavière les troupes de la » Maison d’Autriche, et rétabli notre allié dans la » souveraineté de ses Etats h
» Cette armée qui avec autant d’ostentation que » d’imprudence était venue se placer sur nos fron- » tières est anéantie.
» Mais qu’importe à l’Angleterre ! Son but est » rempli : nous ne sommes plus à Boulogne, et son » subside ne sera ni plus ni moins grand.
» De cent mille hommes qui composaient cette » armée, soixante mille sont prisonniers : ils vont » remplacer nos conscrits dans les travaux de la » campagne.
» Deux cents pièces de canon, tout le parc, qua- » tre-vingt-dix drapeaux, tous leurs généraux, sont » en notre pouvoir. Il ne s’est pas échappé de cette » armée quinze mille hommes.
» Soldats ! je vous avais annoncé une grande ba- » taille ; mais, grâce aux mauvaises combinaisons » de l’ennemi, j’ai pu obtenir les mêmes résultats » sans courir aucune chance ; et, ce qui est sans » exemple dans l’histoire des nations, un si grand » résultat ne nous affaiblit pas de plus de quinze » cents hommes hors de combat.
» Soldats ! ce succès est dù à votre confiance
1. Napoléon fit présent aux Bavarois de 20,000 fusils autrichiens pour l’armée et les milices ; et à l'Electeur de Wurtemberg de 6 canons autrichiens.
» sans bornes dans votre Empereur, à votre pa- » ticnce à supporter les fatigues et les privations » de toute espèce, à votre rare intrépidité.
» Mais nous ne nous arrêterons pas là. Vous êtes » impatients de commencer une seconde campagne.
» Cette armée russe que l’or de l’Angleterre a »> transportée des extrémités de l’univers, nous al- » Ions lui faire éprouver le même sort.
» A ce combat est attaché plus spécialement » l’honneur de l’infanterie française ; c’est là que : » vase décider, pour la seconde fois, cette question,
» qui l’a déjà été une fois en Suisse et en Hollande,
» si l’infanterie française est la première ou la se- » conde de l’Europe.
» 11 n’y a pas là de généraux contre lesquels je » puisse avoir de la gloire à acquérir. Tout mon » soin sera d’obtenir la victoire avec le moins » d’effusion de sang possible : mes soldats sont » mes enfants. »