CHAPITRE PREMIER
Je n’ai pas la prétention d’être un personnage historique : mais j’ai approché longtemps d’un homme dont on a indignement travesti le caractère, j’ai commandé à des braves dont les services sont méconnus ; l’un m’a comblé de biens, les autres m’eussent donné leur vie : je ne dois pas l’oublier.
Je servais depuis plusieurs années ; je donnais obscurément quelques coups de sabre, comme cela
se pratique quand on est subalterne. Je fus à la fin assez heureux pour être remarqué par le général Desaix. Notre a^ant-garde en désordre était vivement ramenée. J:accourus avec une centaine de hussards ; nous chargeâmes les Autrichiens, et nous réussîmes à les mettre en fuite. Nous étions presque tous couverts de blessures, mais nous en fûmes bien dédommagés par les éloges que nous reçûmes. Le général daigna m’engager à prendre soin de moi, et me fit délivrer l’attestation la plus flatteuse que jamais soldat ait obtenue. Je note cette circonstance, non parce qu’elle me valut les épaulettes, mais parce qu’elle me concilia l’amitié de ce grand homme, et qu’elle fut l’origine de ma fortune. L’attestation était ainsi conçue :