‹ Mémoires du Général RappChapitre 33 sur 143 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

L’Electeur de liesse voulait aussi traiter; mais l’Empereur était si courroucé contre ce prince qu’il ne reçut pas son envoyé. « Quant à celui-là, dit-il » il a fini de régner. »

Magdebourg 1 ouvrit ses portes au maréchal Ney: on apporta avec les clefs une petite cassette qui renfermait des objets précieux appartenant, disaiton, à cet Electeur. Ils avaient été trouvés dans la place.

Colberg, Custrin, Stettin, capitulèrent. Le grandduc avait détaché la cavalerie légère de Prentzlow; elle se présente inopinément devant la place. Le

1. Capitulation de celte place le 8 novembre 1806, (y. note P- 92.)

jour baissait. Le général Lasalle annonce que des troupes le suivent, que l’armée prussienne a capitulé. Il somme, menace, intimide le gouverneur; il l’amène à des ouvertures. Le général Belliard arrive, brusque la négociation, et déclare que si dans une heure la place n’est pas rendue, il l’inonde de projectiles. Les Prussiens prennent l’alarme; ils imaginent que l’armée, que le parc, que tout est prêt à les foudroyer, et livrent leurs murailles à nos hussards. Custrin fit encore mieux. Nos troupes faisaient leur mouvement pour franchir l’Oder; elles rencontrent, chemin faisant, quelques centaines de Prussiens qu’elles dispersent. La place tire sur elles, des boulets tombent dans nos rangs. Le général Gudin lui signifie que si elle ne cesse pas un feu inutile, elle sera incendiée sur l’heure. Le gouverneur effrayé propose des arrangements; on refuse, on répond qu’il n’y en a point à faire: il insiste; mais le général avait continué sa marche, il n’y avait personne pour le recevoir. On court avertir le général Petit, qui se trouvait à une assez grande distance : le parlementaire s’obstinait toujours à faire des arrangements. «A quels » arrangements voulez-vous que j’entende? lui ré- » pondit gravement le général: mes instructions » sont précises ; si la place n’est pas rendue dans » deux heures, j’ai ordre de la foudroyer. On pré- » pare les batteries; quatre-vingts mortiers ou

» obusiers vont tout à l’heure vomir le fer et la » flamme sur vos remparts. Yoici le colonel d’artil- » lerie (c’était au contraire celui du quatre -vingt- • » cinquième de ligne qui arrivait) 1 vous allez voir » si j’exagère. — Vos pièces sont-elles placées, colo- » nel, vos dispositions achevées? — Tout est prêt, » général; je n’attends que vos ordres. — Suspen- » dez un instant, monsieur apporte des paroles de » paix. Vous le voyez, dit-il à l’officier prussien, » votre ville touche à sa ruine ; évitez-lui des mal- » heurs qui ne changeront pas la face des affaires. » Abattue ou debout, nous n’en pousserons pas » moins nos avantages: la capitulation ou le siège, » peu m’importe ; choisissez, mais choisissez vite. » Je ne veux, du reste, traiter qu’avec le gouver- » neur. » Celui-ci parut bientôt sur l’Oder.

Le général Gauthier alla recevoir le gouverneur et le conduisit dans une maison voisine ; le général Petit les joignit, et la capitulation fut signée1. Quatre mille Prussiens, qui regorgeaient de vivres et de munitions, mirent bas les armes devant un régiment d’infanterie qui ne les sommait pas, qui ne pouvait aller à eux. De tels hommes avaient droit de nous demander de repasser le Rhin : notre voisinage était trop dangereux.

Napoléon envoya Duroc au roi de Prusse ; mais personne ne croyait à la paix.

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