CHAPITRE XVII
Cependant le vieux Kaminski avait pris le commandement de l’armée russe, il avait porté son | quartier général à Pultusk. Ses généraux se cou- ! centraient, tout annonçait le projet de se porter en deçà du fleuve. Napoléon accourut pour les déloger ; il visita le camp retranché d’Okuniew, reconnut la rivière, la position des Russes, et la plaine | qu’il fallait franchir pour arriver à eux. Couverte de bois, d’abatis, de marécages, elle était presque ! aussi difficile à emporter que les redoutes derrière lesquelles s’abritaient les Cosaques. L’Empereur l’examina longtemps et à plusieurs reprises : des ; bouquets de bois lui masquaient la vue ; il se fit apporter une échelle, monta sur le faîte d’une chau-
mière, observa la disposition des lieux, les mouvements qui s’opéraient à l’autre rive. « C’est bien, » nous allons passer ; faites venir un officier. » Le sous-chef d’état major du 3e corps se présenta, et écrivit sous sa dictée les dispositions suivantes:
« La première division passera dans l’ile, et se » formera le plus loin possible de l’ennemi.
» Tout ce qui appartient à la 3e division restera » dans la tête du pont ; ne devant participer en rien » à l’attaque, elle demeurera en réserve.
» On formera des bataillons avec les huit com- » pagnies de voltigeurs, ce qui, avec le bataillon » du 13° léger, formera trois colonnes; ces trois » colonnes se porteront dans le plus grand silence » sur les trois extrémités du canal, et s’arrêteront » au milieu de l’ile , de manière à être hors de » portée de la fusillade; elles auront chacune der- >: rière elles trois pièces de canon.
» Chaque colonne détachera ses pièces, escor- » tées par une compagnie de voltigeurs ; ces com- » pagnies commenceront la fusillade, se couvrant » par les haies. Pendant ce temps les officiers d’ar- » tillerie placeront leurs batteries, et tireront à » mitraille sur les bataillons et les troupes que » l’ennemi ne manquera pas d’opposer au passage.
» On jettera les ponts sous la protection de cette » artillerie.
» Les trois celoines passeront; et du moment où
» elles seront placées de l’autre côté, trois piquets » de chasseurs à cheval, chacun de soixante hom- » mes, passeront pour charger l’ennemi, le gagner » de vitesse, et faire des prisonniers.
» Le 17° régiment passera immédiatement après, » se mettra en bataille, laissant entre chaque ha- » taillon un intervalle de vingt-cinq toises, en ar- » rière desquelles seront placés trois escadrons de » cavalerie légère; le reste de la division passera » après et se formera en arrière. »
Nous nous portâmes sur les hauteurs qu’occupait l’ennemi ; nous l’attaquâmes par la droite, nous l’attaquâmes par la gauche : il ne put supporter le choc, tout fut culbuté. Les troupes avaient déployé une valeur sans exemple; Napoléon applaudit à leur courage. Il fit appeler les généraux Morand et Petit, auxquels il dit les choses les plus flatteuses; il voulut que les corps qui venaient de combattre prissent quelque repos, et détacha la division Friant à la poursuite de Russes. Nos voltigeurs les atteignent àNasielsk, se jettent sur leur gauche, les coupent, les culbutent, leur prennent trois pièces de canon1. Ils les suivent au milieu des bois, la fusillade s’engage, nous éprouvons une vive résistance; nous n’avions pas d’artillerie, nous ne pouvions débusquer des colonnes que les lieux et la