î décembre
' mitraille protégeaient. A défaut de pièces, on rei-bourt à l’audace ; la charge bat ; le 48e, conduit t par l’intrépide Barbanègre ’, se jette tête baissée ;ur les masses ennemies, et les renverse. La nuit . approchait, elle les déroba à nos baïonnettes. Nous i- ramassâmes une multitude de pièces embourbées 5ur la route.
le Nous avions en vue des masses formidables, i mais elles n’osaient nous attendre ; elles fuyaient ;’une vers Golymin, l’autre vers Pultusk. Je suiit iis la première avec la division de dragons que J 'Empereur m’avait confiée; le maréchal détacha Daultanne2 pour couvrir les derrières du 5° corps, Jju’il savait s’être porté sur Pultusk. Le dégel était ,i complet depuis deux jours, ce qui, dans la saison, i est rare en Pologne. Le terrain que nous parcourions est un fond d’argile entrecoupé de marécages ;
1ms chemins étaient affreux; cavalerie, infanterie, irtillerie, se perdaient dans ces fondrières; personne ne pouvait s’en tirer qu’avec des peines inouïes; il fallait deux heures pour faire une petite 'S
1. Barbanègre (Jean-Baptiste); né le 22 août 1 772, à 'ontacq, dans le Béarn. Devenu général de brigade en 1807, l’est lui qui dans la célèbre défense d’IIuningue résista du Il juin au 27 août 181a, avec une poignée d’hommes à 10,0000 Autrichiens.
2. Daultanne, général de division, gouverneur de Varsovie après le traité de Tilsilt, en juillet 1807. Né en 1759 à 'Val réas (Vaucluse), il est mort en 1828.
lieue. Des officiers, des soldats restèrent enfoncé J dans la boue pendant tout le temps que dura l bataille de Pultusk b Ils servaient de point de min à l’ennemi.
La 3e division avait à peine débouché du village qu’elle fut prévenue par ses éclaireurs qu’une massi] considérable de cavalerie couvrait à quelque dis tance une colonne d’artillerie et d’équipages. L général Friant les fit observer par des détache ments de troupes à cheval, bien convaincu qui cette nuée de Cosaques se dissiperait dès qu’clli verrait paraître l’infanterie. En effet, ils s’enfuirent nous primes de l’artillerie, des munitions, des voi tures, des caissons de toute espèce. Le général, sa] tisfait de ces avantages, allait asseoir sa position di nuit, lorsqu’une canonnade terrible se fit enten dre ; c’était le maréchal Lannes qui chassait le> Russes de Pultusk. Nous eûmes notre tour le len demain2; ils occupaient un bois, nous voulions le;: en déloger : nos colonnes s’avancèrent, les volti geurs étaient en tète, et l’infanterie disposée der rière psr échelons. L’ennemi opposait une vive résistance; il nous aborda, nous chargea à la baïon i
L 26 décembre 1806.
2. Il s’agit ici du combat de Golymin qui cuL lieu b I même jour de la bataille de Pultusk, c’est-à-dire le 26 dé ' cembre. C’est donc par erreur que Itapp en reporte la date fc au lendemain.
nette; mais nos bataillons le refoulèrent sur ses masses. Nous restâmes maîtres du champ de bataille ; il était couvert de cadavres et de sacs ; les Russes les avaient jetés pour être plus alertes. L’infanterie était débusquée, la cavalerie s’avançait ; j’allai à sa rencontre et la culbutai : mais les voltigeurs répandus dans les marais nous accablaient de balles; j’eus le bras gauche fracassé.
J’avais été blessé quatre fois dans nos premières campagnes aux armées du Rhin, sous Custine, Pichegru, Moreau, Desaix ; deux fois sous les ruines le Memphis, et dans la haute Egypte sous les murs leïhèbes ; à la bataille d’Austerlitz et à Golymin : e le fus encore quatre fois, comme on le verra par a suite, à la Moskowa.
De Golymin je fus transporté à Varsovie. Napoéon y entra le 1er janvier ; il me fit l’honneur de renir me voir. « Eh bien, Rapp, tu es encore blessé, > et toujours au mauvais bras. » C’était la neuvième blessure que j’avais reçue à ce bras sculenent, qu’il appelait le bras malheureux. « Cela « n’est pas étonnant, Sire ; toujours des batailles ? » — « Nous finirons, répliqua-t-il, quand nous aurons quatre-vingts ans. »
MM. Boyer et Y van1 me pansèrent en sa présence, juand il vit que la fracture était réelle, il dit à ccs nessieurs : « 11 faut lui couper le bras; il est déjà t. Chirurgiens de l'Empereur.
» trop malade; il pourrait eu mourir. » M. Boyei lui répondit en riant : « Votre Majesté veut aller » trop vite en besogne ; le général est jeune, il est >> vigoureux, nous le guérirons. » — J’espère bien, » lui répliquai-je, que ce n’est pas la dernière fois » que vous me martyriserez. »
Napoléon partit bientôt de Varsovie pour la bataille d’Eylau, et établit son quartier général à Osterode ; c’est là que je reçus l’ordre d’aller prendre le commandement du gouvernement de Thorn, pour achever de me rétablir. J’expédiai des vivres, de l’artillerie, des munitions pour presser le siège de Dantzig.
J’étais alors la providence des généraux prussiens. Ils m’écrivaient, ils me priaient d’intercéder pour eux. Blücher lui-même ne dédaignait pas de solliciter la grâce de Sa Majesté l’Empereur et Roi d’Italie. Il devait d’abord être conduit à Dijon comme1 on l’a vu ; mais il avait mis bas les armes ; qu’importait qu’il fût à Dijon ou ailleurs? O11 lui permit de se retirer à Hambourg, il s’y ennuya bientôt, et demanda à se rapprocher de Berlin. Voici sa lettre:
« Monsieur i.e général,
» Votre Excellence se rappellera peut-être que » j’ai eu l’honneur de faire votre connaissance, il
» y a quelques années, à votre passage à Munster; » et les témoignages d’attention que vous avez » bien voulu me donner alors me font espérer que » la situation malheureuse dans laquelle je me » trouve actuellement ne vous sera pas absolument » indifférente. J’ose ainsi m’adresser à Votre Ex- | » cellence pour vous demander votre intervention » près de Sa Majesté l’Empereur des Français, Roi » d’Italie, afin qu’elle ait la grâce de me faire dé- . » livrer des passe-ports pour moi, mes deux fils . » officiers, et le reste de ma famille, pour pouvoir » nous retirer dans les environs de Berlin ou dans » la Poméranie, sur une de mes terres. Ayant i « perdu tout par le sort des armes, il m’est imi » possible de faire face aux dépenses que le séjour » d’une ville où tout est aussi énormément cher
> qu’à Hambourg exige. D’ailleurs je suis malade,
> et je sens que ce ne sera que dans le sein de ma » famille, et menant une vie très retirée, que je
> pourrai rétablir ma santé.
' » Ces raisons et la générosité de Sa Majesté l’Em-
> pereur me font espérer qu’elle daignera bien » soulager mon sort pénible en me permettant de
J» choisir mon séjour; et la protection que Votre I Excellence voudra bien m’accorder à ce sujet joindra les sentiments de la plus vive reconnaissance : à ceux de la plus haute considération, avec les- I quels j’ai l’honneur d’ètre
» De Votre Excellence
» Le très humble et très obéissant serviteur » Blücher, lieutenant-général. »
Hambourg, le 15 novembre 1806.
L’Empereur refusa: mais le général doit se rap peler la manière dont je le traitai; il peut dire s les Français savent respecter le malheur.
A la reddition de Dantzig, je fus nommé gouverneur, avec le rang de général en chef1.
Napoléon arriva dans cetteplace le29 mai 1807 il y passa deux jours. Il comptait en tirer des ressources immenses, en argent surtout. Je reçus 1er ordres les plus sévères de faire rentrer les contri butions, qui s’élevaient à vingt millions, et qui fu-
1. Après la victoire d’Eylau, le maréchal Lefebvre s’étah porté sur Dantzig avec son corps d’armée composé d( 16,000 hommes pour en faire le siège. La ville, entouréf de fortifications, était défendue par une garnison de 18 00( Prussiens, 3,000 Russss et une nombreuse milice bourgeoise Après avoir soutenu un siège de deux mois etdemi, et cinquante et un jours de tranchée ouverte, le général prus sien Kalkreuth capitula le 24 mai 1807. Toute l’arlillerif , de la place, composée de 800 pièces, les magasins et le matériel restèrent à l’armée française qui prit possession; de la place le 26, et le 28, l’Empereur conféra au marécha Lefebvre, le titre de duc de Dantzig, avec une dotation de 100,000 francs.
rent portées à une trentaine en denrées par le traité que je fis avec cette ville quelque temps plus tard. J’avais carte blanche; j’étais autorisé à tout pour effectuer ce recouvrement : mais il était impossible; il m’a causé bien des ennuis. Tantôt c’était une mesure de sévérité, tantôt une autre. La population, les citoyens les plus riches et les plus influents étaient tour à tour menacés. J’ai constamment éludé ces ordres violents ; j’ai évité aux Dantzickois toutes sortes de déboires. A la paix, ils devaient encore dix-sept millions.
Napoléon assista aux batailles d’Heilsberg, de Friedland L Huit jours après son départ il m’écrivit :
« M. de Talleyrand se rendra à Dantzig; il y » restera avec vous pendant quelque temps. Vous » le recevrez et vous le traiterez en prince. Vous » connaissez toute l’estime et tout l’attachement » que j’ai pour ce ministre, etc. »
Il eût évité bien des malheurs s’il ne se fût jamais brouillé avec ce diplomate.
Après le traité de Tilsit 2, Napoléon m’envoya des instructions particulières. Il m’annonça la paix, i et m’ordonna d’exercer une surveillance sévère sur
L 14 juin 1807.