‹ Mémoires du Général RappChapitre 49 sur 143 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

Cet incendia, cette terre qu’avaient tant de fois foulée les légions polonaises au retour de leurs glorieuses expéditions, nous remplirent d’une nouvelle ardeur : l’armée s’abandonnait à la puissance des souvenirs. Nous nous précipitâmes à la suite de l'ennemi ; mais la pluie tombait par torrents, le froid était devenu sévère ; c’étaient les boues, les fondrières de Pultusk : nous n’avions ni abri ni aliments. Si du moins les Russes eussent osé nous attendre ; mais ils gagnaient le Borystbène, ils se jetaient sur la Dwina, ils fuyaient, dévastaient : ce n’était pas une guerre, c’était une lutte à la course. Ils n’avaient plus ni ensemble ni communications ; nous avions perdu l’espérance d’une ba-

taille. A force de vitesse, l’armée ennemie parvint cependant à se rallier ; elle se réfugia dans les ouvrages qu’elle avait élevés à Drissa 1 ; mais elle se vit bientôt menacée dans ses retranchements et sa retraite : elle n’osa courir cette double chance et s’éloigna. Elle était perdue si elle eût tardé quelques heures ; toutes les dispositions étaient faites pour la prendre en flanc et lui intercepter la route : un coup de main la sauva . Des corps avancés ne se gardaient pas avec assez de vigilance ; Wittgenstein les surprit : Napoléon crut que les Russes marchaient à nous ; il arrêta ses colonnes : ce retard les sauva ; ils avaient fait leur mouvement quand nous arrivâmes à Beszenkowiczi. Le roi de Naples les suivit ; il les atteignit, les culbuta à Ostrowno2, les chargea encore à quelques lieues plus loin, et dispersa toute l’arrière-garde. Au reste, voici son rapport : je l'insère parce qu’il peint la manière de ce prince, qui ne méritait pas de mourir ailleurs que sur le champ de bataille3.

« Je mis en mouvement le premier corps de la » réserve de la cavalerie et deux bataillons d’in- » fanterie légère : la division Relzons suivit le

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