‹ Mémoires du Général RappChapitre 51 sur 143 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

J’avais quitté Dantzig et traversais la Lithuanie i ce pays était agreste, c’étaient des bois, des steppes un tableau indéfini de misère et de désolation Nous étions à cette époque de l’année où la nature étale ses richesses : cependant la végétation était faible, languissante : tout, dans ces fatales contrées: peignait le deuil, tout présageait les désastres qui devaient nous accabler.

La pluie n’arrêtait pas ; les routes étaient défoncées, impraticables ; on se perdait dans la vase, on succombait de lassitude et d’inanition : dix mille chevaux gisaient sans vie sur un espace que nous avions parcouru en deux jours; jamais mortalité aussi effrayante n’avait signalé le début d’une cam-

pagne. Nos soldats, chancelants sur ces terres argileuses, s’épuisaient en vains efforts; la plupart ne pouvaient suivre, ils traînaient ; les troupes alliées surtout avaient un nombre d’hommes prodigieux sur nos derrières. Il était facile de pressentir que l’issue de la guerre serait malheureuse : nous îvions pour nous la force et le courage, mais la nature prenait parti pour eux ; à la longue nous dorions succomber. Quoi qu’il en soit, j’arrivai à Wilna ; j’y trouvai le duc de Bassano, dont les pronostics étaient moins sombres ; le général Hogenlorp, aide de camp de Napoléon, que je ne conlaissais pas encore ; et ce général Jomini 1 qui, lepuis, déserta nos drapeaux. Les uns et les autres

L Jomini était colonel chef d’état-major du maréchal Ney tendant les campagnes de 1806 et 1807, ce qui lui valutle itre de baron. En 1808 il suivit le maréchal Ney en Espace. En 1810 il fut promu général de brigade et nommé dstoriographe de l’Empereur; c’est en cette qualité qu’il eçut au commencement de la campagne de 1812, la mision d’écrire l’histoire de la Grande Armée; gouverneur de Vilna et de Smolensk, il déploya la plus grande actiité pendant la retraite de Russie ; puis, après la bataille e Lutzen, il rentra dans l’état-major du maréchal Ney. lisen nonactivité par Napoléon, et aigri par cette mesure, omini après l’armistice de Plesswitz, quitta secrètement le rapeau français, passa du coté des alliés, et fut attaché à Empereur Alexandre qui le nomma lieutenant général, omini était Suisse de naissance; il était âgé de 90 ans lorsu’il mourut à Passy le 24 mars 1869 dans une villa qu’il abitait depuis son retour en France, en !8o6.

auguraient mieux que moi de la lutte qui s’éla engagée. Elle se présentait en effet sous des au; pices spécieux : la Pologne entière était en moi veulent : hommes, femmes, paysans, bourgeoi: gentilshommes, tous étaient animés du plus nobi enthousiasme; les troupes s’organisaient, les a< ministrations se formaient, on assemblait des re; sources, et on se disposait à refouler l’oppressio par delà le Borysthène. La diète de Varsovie éta ouverte1, cette nation, si longtemps battue par l’( rage, croyait enfin toucher au port : aucun sacrifie ne lui coûtait. Le discours du président ava excité des acclamations générales, partout il aval ■ été reçu avec transport. Je fus curieux de le lire M. de Bassano me le communiqua : « Il pourrai » être mieux, me dit-il, mais enfin il est passable. •] L’Empereur eût désiré qu’il fût plus fort de chosec et renfermât des phrases moins savantes. C’étai l’élan du patriote et non les mouvements compas \ sés de l’orateur qu’il fallait dans une si grave cii constance ; néanmoins il a produit son effet.

« Longtemps avait existé dans le centre de l’Eu » rope une nation célèbre, maîtresse d’une contré ! » étendue et féconde, brillante du double éclat d » la guerre et des arts, protégeant depuis des siè

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