Le prince Eugène
comme il l’avait prévu. Milloradowitz voulut i tercepter le quatrième corps ; mais il ue put y pél venir : cinq mille hommes d’infanterie, qui n’ vaient ni chevaux pour s’éclairer, ni pièces po se défendre, repoussèrent constamment les flots i soldats qui se précipitaient sur eux, firent tète toute cette avant-garde, et se dégagèrent. Davo suivait: l’ennemi se flattait de prendre sa reva che sur ce maréchal; mais l’Empereur y pourvu 11 se déploya à la gauche de Krasnoï, en gag quelques troupes, et fit ouvrir un feu d’artiller assez bien nourri. Kutusow, effrayé à la vue < quatorze à quinze mille hommes qui couraient ai armes, rappela ses corps détachés : le maréch passa et vint prendre part à l’action. Le but éta atteint; le feu se ralentit, et la retraite commenç. L’ennemi voulut la troubler ; mais le 1er de volt geurs de la Garde repoussa toutes ses attaques: cavalerie, l’infanterie, ni la mitraille, ne pure) l’ébranler; il périt sur place. Cette héroïque rési tance atterra les Russes ; ils cessèrent la poursuit' i Dès que nous étions hors d’un embarras, noi tombions dans un autre: nous avions osé, quatorn à quinze mille que nous étions, nous mettre en 1 gne devant les cent vingt mille hommes de Kuti sow ; nous étions sortis sans échec d’une position o nous eussions dù tous être enlevés; mais nossubsi; ! tances, nos derrières n’étaient plus à nous : M ins
vait été surpris, l’armée de Moldavie couvrait la 'érésina; Ney était encore en arrière : jamais notre tuation n’avait été plus terrible. Napoléon, que >tte complication des circonstances malheureuses onnait, expédia l’ordre de reprendre l’offensive et enlever Polotsk : le succès lui paraissait facile. Pour peu que le duc de Belluno y mette de l’élan, l’entreprise est immanquable; la qualitédes troupes qu’il commande la garantit. C’est Ney qui m’inquiète; que va-t-il devenir ? » Ce maréoal était en effet dans une position sans exemple; i fallait toute la valeur, le sang-froid et la persé- 1 rance de cet intrépide guerrier pour en sortir; il cait reçu dans la nuit du 16 au 17 la nouvelle ci combat d’Eugène et du départ de Davout : c double événement ne put l’ébranler. « Tous ces >Cosaques de la Russie, dit-il en l’apprenant, ne > m’empêcheraient pas d’exécuter mes instructions; je ne romprai pas d’une semelle qu’elles >ne soient remplies. » Il acheva ses dispositions ese mit en marche : six mille hommes d’infant ie, trois cents chevaux et douze pièces de canon imposaient toutes ses forces; il était harcelé par li troupes légères de l’ennemi qui voltigeaient s;- ses flancs; il marchait serré, prêt à recevoir Lut ce qui se présenterait. A trois heures, son lant-garde atteignit Katowa, et fit halte à la vue i corps de Milloradowitz. Le temps était brumeux ;
on n’apercevait de part ni d’autre quelles for on avait en tête : Ney franchit un ravin qui le parait des troupes ennemies, enfonce la premia ligne, culbute la seconde, et eût renversé 1mée entière si les ravages de l’artillerie ne l’e-| sent arreté. Il fut contraint de sonner la retrai ] mais son attaque avait été si impétueuse qui n’osa le suivre. Il alluma des feux de bivoul comme s’il eût eu dessein de s’arrêter la nuit : $ Russes l’imitèrent. Dès qu’il eut pris quelque d pos, il s’éloigna, résolu de mettre le Borysth e entre lui et des troupes trop nombreuses pourqil pût les forcer; il s’élança dans l’eau, sur la glJ et gagna la rive opposée : mais de nouveaux pél l’y attendaient.
Les Cosaques couvraient la plaine, ils nous clr] geaient, nous mitraillaient avec fureur. Ney, a ne pouvait répondre à cette canonnade meurtres précipitait sa marche, dispersant, culbutant, touiî qui osait l’attendre. Il gagnait un bois qui n’tl pas éloigné ; il allait l’atteindre, lorsqu’une béa rie se démasque et désorganise sa colonne. Le il dat chancelle, jette ses armes ; mais le maréJ lui rend bientôt son énergie : ses paroles, sa vx son exemple, enflamment les plus timides ; ont! lance, les pièces fuient, nous sommes maitredi bois. Mais ce taillis n’avait ni routes ni frayés i était coupé de tant de ravins, semé de tant d’is
îles, qu’on n’en sortit qu’avec des peines infinies : esque tout le matériel y resta. Les Cosaques en vinrent plus pressants; pendant deux jours ils ne ;sèrent de renouveler leurs attaques : mais euxunes avaient été obligés de faire un détour, leurs ;ces étaient en arrière, ils n’avaient pas d’artil- ;ic ; quelques voltigeurs en faisaient justice.
Ney touchait à Orsza ; la nuit était avancée; il archait en silence, il se flattait d’ètre enfin dé- Igé : tout à coup il aperçoit des feux de bivouac, découvre le camp d'une armée nombreuse. Il ne fait s’il devait se réjouir ou craindre, s’il voyait U Français ou des Russes, lorsque la fusillade le {3 de son anxiété : les reconnaissances sont acidifies à coups de fusil ; les détonations, les cris,
1 tambours, se mêlent, se confondent ; on eût dit ip nous allions avoir affaire à toute la Russie. Fuuix de voir le danger renaître au moment où il Dit en sortir, le maréchal veut s’ouvrir un passée ; il se précipite sur ces feux... mais le camp est Lert; c’est une ruse, un stratagème. Platow nous nit apparemment pris pour les siens ; il avait îh nous effrayer avec des ombres. Le duc dédai- §1 de suivre quelques Cosaques qui avaient servi iiettc fantasmagorie; il poursuivit sa route, et attcgnit le quatrième corps trois lieues plus loin.