‹ Mémoires du Général RappChapitre 72 sur 143 · décembre · texte numérisé non relu

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» dispensable ; il faut que je surveille l’Autriche, ? » et que je contienne la Prusse. — J’ignore ce que » feront les Autrichiens ; leur souverain est votre » beau-père: mais pour les Prussiens, vous ne les » retiendrez pas, nos désastres sont trop grands;

» ils en profiteront. » Napoléon se promenait les mains derrière le dos ; il garda un instant le silence, et reprit : « Quand ils me sauront à Paris,

» qu’ils me verront à la tête de la nation, et de » douze cent mille hommes que j’organiserai, ils » y regarderont à deux fois avant de me faire la » guerre. Duroc, Caulaincourt et Mouton partiront i » avec moi, Lauriston ira à Varsovie, et toi tu re- » tourneras à Dantzig; tu verras Ney à Wilna,

» tu t’arrêteras avec lui pendant au moins quatre » jours ; Murat vous joindra, vous tâcherez de ral- » lier l’armée le mieux qu’il vous sera possible.

» Les magasins sont pleins, vous trouverez tout en » abondance. Vous arrêterez les Russes ; tu feras » le coup de sabre avec Ney, s’il est nécessaire. | » Il doit avoir actuellement la division Loison, qui » compte au moins dix-huit mille hommes de trou- » pes fraîches ; Wrède1 lui amène aussi dix mille » Bavarois; d’autres renforts sont en marche. Vous

1. Le prince de Wrède, feld-maréchal bavarois, se distingua dans les rangs de la Grande Armée pendant les campagnes de 1805 à 1809. Il commandait avec Deroi, pendant la campagne de Russie, le corps auxiliaire bavarois.

» prendrez des cantonnements. » Napoléon partit. Je reçus des ordres du major général, epii me dit dans une lettre ce que l’Empereur m’avait déjà dit de vive voix; il me remit en même temps une lettre particulière de ce prince, où il me répétait: « Fais tout avec Ney pour rallier l’armée à Wilna, » restez-y quatre jours au moins ; tu te rendras » ensuite à Dantzig. »

Je partis le lendemain : le froid était si vifque, quand j’arrivai à Wilna, j’avais le nez, une oreille et deux doigts gelés. Je descendis chez le général Hogendorp1 et me rendis de suite au logement du maréchal Ney; je lui fis part des ordres de Napoléon et de la conversation que j’avais eue avec ce prince au moment de son départ. Le maréchal fut bien étonné des forces qu’il lui supposait, il me dit : « J’ai fait tout à l’heure battre la générale, je n’ai » pu réunir cinq cents hommes : tout le monde est » gelé, fatigué, découragé; personne n’en veut plus. » Vous avez l’air souffrant ; allez vous reposer, de- » main nous verrons. » Le lendemain je me rendis chez lui : le roi de Naples venait d’arriver avec

1. Hogendorp (Dyik de), d’abord ambassadeur de Hollande à Saint-Pétersbourg, puis ministre de la guerre en 1806 sous Louis Ronapai te, alors roi de Hollande. L’Empereur, auquel il était sincèrement dévoué, le nomma, en 1811, général de division, puis en 1812, son aide de camp. 11 fut successivemeut gouverneur de Kœnigsberg, de Wilna et de Hambourg.

la Garde; nous causàni >s beaucoup de notre situation. Ney opinait pour la retraite ; il la jugeait indispensable. « Elle est forcée ; il n’y a pas » moyen de tenir un jour de plus. » Il n’avait pas achevé, que le canon se fit entendre : les Russes arrivaient en forces; on se battait à une denai-lieue de là. Tout à coup, nous vîmes les Bavarois qui rentraient en désordre ; ils étaient pêle-mêle avec nos traînards : la confusion était au comble ; ainsi que le disait Ney, il était impossible de rien faire avec nos troupes. Le roi de Naples vint à nous : il se flattait encore d’opposer quelque résistance ; mais les rapports qu’il reçut des hauteurs de Wilna le détrompèrent. Il ordonna sur-le-champ le mouvement rétrograde, et se porta sur le Niémen. « Je » vous conseille, me dit ce prince, départir sans » délai pour Dantzig, où votre présence va deve- » nir nécessaire. Le plus léger retard peut vous » faire tomber dans les mains des Cosaques : ce » serait un accident fâcheux qui ne serait profita- » ble ni à l’armée ni à l’Empereur. »

Je suivis ce conseil; je louai deux juifs, qui me conduisirent jusqu’au Niémen. Mes équipages, qui avaientheureusementéchappé aux désastres, étaient déjà partis.

Nous arrivâmes bientôt à cette funeste hauteur où fut abandonné ce qui nous restait de matériel. Il nous fut impossible de la monter : nos chevaux

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL RAPT 'épuisaient en vains efforts, nous les aidions, nous ;s excitions; mais le terrain était si glissant, si apide, que nous fûmes obligés de renoncer à l’enreprisc. Je délibérais avec mon aide de camp sur î parti qu’il convenait de prendre. Mes Israélites ie proposèrent de suivre un chemin de traverse, ni avait d’ailleurs l’avantage d’être plus court ; ils ie dirent que je devais m’en rapporter à eux, u’ils répondaient de moi. Je les crus; nous parimes, et le lendemain au soir nous étions au delà u Niémen. Je souffrais horriblement; mes doigts, aon nez, mon oreille, commençaient à me donner e l’inquiétude, lorsqu’un barbier polonais m’indiua un remède un peu désagréable, mais qui me éussit. J’arrivai enfin à Dantzig : le roi de Naples ae suivit à quelques jours de distance; Macdonald, ue les Prussiens avaient si indignement trahi, enait après. « Ce n’est que par miracle, me manda-t-il, que moi, mon état-major et la sep- , tième division, n'avons pas été détruits : nous ■ étions livrés, nos jambes nous ont sauvés. » Il ne remit ses troupes, qui furent incorporées avec elles que j’avais sous mes ordres. Des Russes pâlirent presque immédiatement. Le général Bacheet eut avec eux un engagement des plus vifs. Ils e répandirent autour de la place, et le blocus comnença.

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