Il mourut le 6 avril
peu. L’expédition de Borgfeld avait amorti leur courage; ils se retranchaient, ils se fortifiaient, ils n’étaient plus occupés que de mesures défensives. Cependant, comme il fallait bien donner quelque signe de vie, ils cherchaient de temps à autre à surprendre mes avant-postes. Fatigué de ces attaques insignifiantes, je voulus leur rendre les insomnies qu’ils nous causaient. Ils avaient audessus de Brentau un signal qui m’en fournissait les moyens ; il ne s’agissait que de l’incendier : j’en confiai le soin à deux officiers dont l’intelligence et la résolution m’étaient connues; c’étaient les chefs de bataillon Szembek et Potocki. Ils sortent de Langfuhr par une nuit obscure, et marchent longtemps sans être aperçus. Des coups de fusil leur apprennent enfin qu’ils sont découverts ; alors ils fondent sur l’ennemi et le renversent. Potocki s’avance sur Brentau, et disperse une infanterie nombreuse qui s’oppose à son passage. Une quarantaine d’hommes se jettent dans une espèce de blockaus. Un voltigeur les suit et les somme de mettre bas les armes ; il reçoit la mort. Les Polonais furieux inondent aussitôt la redoute et exterminent tous les Russes qu’elle renferme.
Pendant que ces choses se passaient au village, Szembek s’emparait du signal d’alarmes. Il le livre aux flammes, et descend aussitôtdansla plaine ; il culbute, il taille en pièces les postes qui se trou-
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vent sur son passage, et pousse jusque sous les murs d’Oliwa, où il lance quelques obus. En même temps le brave Devillain, maréchal des logis au huitième, balaie, avec une douzaine de hussards, toute cette partie de nos avant-postes. Il charge
Sortie de Dantzig.
avec tant de résolution, qu’il étonne les Cosaques et les enfonce. Le succès l’enhardit ; il se répand sur la droite, reconnaît, fouille le bois, et ne joint nos troupes qu’au moment où elles se retirent.
Cependant tous les signaux étaient en feu. L’armée russe courait aux armes et s’attendait d’un ins-
tant à l’autre à se voir attaquée ; elle passa dans cette attitude le reste de la nuit et la journée du lendemain. Nous lui rendîmes en masse les alarmes qu’elle nous avait données en détail.
L’horizon politique devenait chaque jour plus sombre. La Prusse avait jeté le masque ; elle nous faisait la guerre par insurrection. Cet événement ne pouvait être caché aux soldats ; les Russes avaient trop intérêt de les en instruire. Aussi ne mis-je aucun obstacle à ce qu’il fut divulgué. Aussitôt les séductions recommencèrent. On croyait le moral de nos troupes ébranlé. La disproportion des moyens d’attaque et de défense, l’argent, les promesses, tout était mis en œuvre pour les engager à la désertion. On offrait une prime à la honte : je pouvais bien en proposer une à la fidélité. J’annonçai deux cents francs de gratification pour quiconque livrerait un homme convaincu d’embauchage. Cette mesure eut son effet. La plupart des émissairesque les assiégeants avaient dans la place me furent signalés. D’après nos lois ils avaient encouru la peine de mort, mais les hommes sont en général moins méchants que malheureux. Presque tous étaient des pères de famille qui avaient cédé à la nécessité. Je les livrai à la risée de nos soldats, je leur fis raser la tête, et les renvoyai. Cette mesure les retint chez eux ; j’en fus délivré sans recourir aux exécutions.
La garnison paraissait peu inquiète du surcroît 1 d’ennemis qu’on lui annonçait. Cependant j’étais bien aise qu’elle jugeât par elle-même de quoi elle était encore capable. Nous touchions aux fêtes de Pâques. La température était douce, le ciel sans nuages. J’indiquai une revue ; elle eut lieu à la face de l’armée de siège. Dès la pointe du jour les habitants, les malades mêmes couvraient les hauteurs de Langfuhr ; ils se répandent sur les glacis, les avenues, et couronnent tous les revers de la plaine qui sépare Stries d’Oliwa. Les troupes ne tardent pas à paraître. Sept mille hommes suivis d’une artillerie nombreuse, tous en tenue magnifique, viennent successivement se ranger en bataille. Ils manœuvrent, ils défilent avec une précision dont rien n’approche. Les Russes, étonnés de tant d’assurance, n’osent nous troubler : formés eux-mêmes en bataille, ils contemplent nos mouvements sans y mettre aucun obstacle. Cependant l’occasion était belle, aucune arme n’était chargée ; j’avais spécialement défendu qu’on fit usage de cartouches. La baïonnette seule devait les punir s’ils étaient assez téméraires pour se permettre la moindre insulte. Cette mesure était peut-être un peu audacieuse, mais il fallait exalter le courage du soldat et le convaincre du mépris que méritait la jactance étrangère.