‹ Mémoires du Général RappChapitre 80 sur 143 · août · texte numérisé non relu

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Francou, dont la valeur fut quelque temps après si fameuse, Martin, Couture, Rochette, Schiltz, Le- pont, Bennot, Soude, Paris, Belochio, tous sous-officiers de troupes légères, le carabinier Richida, le ■ tambour Breigneir, percent jusqu’au centre de leurs colonnes et les livrent au fer de nos soldats.

Des troupes fraîches prennent la place de celles qui sont défaites, et s’établissent dansle bois ; nos braves s’élancent sur les pas du lieutenant Joly Delatour, les abordent et les culbutent. L’ennemi néanmoins ne perd pas courage ; il se reforme, et se présente une troisième fois : mais, toujours vaincu, toujours taillé en pièces, il cesse enfin ses attaques.

Dès le lendemain il se jette sur Stries, Heiligenbrunn, et s’empare de Langfuhr. Nos avant-postes se replient sur deux blockaus, situés à droite et à gauche du village. Les Russes les suivent et se disposent à donner l’assaut ; mais les Polonais tirent si bien et si juste, qu’ils les forcent à la retraite. Ils reviennent en forces, ils couvrent, ils inondent les gorges du Jesch Kent ha 1 ; ils menacent Ileiligenbrunn, ils débouchentpar Stries; toute ma ligne est en feu. Ces manœuvres ne laissaient aucun doute sur leurs intentions ; il était palpable qu’ils avaient des vues sérieuses sur Langfuhr : je résolus de les prévenir et de marcher à leur rencontre. Je rassemblai mes troupes, la gauche au village, le centre dans les ravins de Zigangenberg,

et la droite s’étendant jusqu’à Ohra. Vingt-quatre pièces de canon, conduites parle général Lepin, se placent à égales distances des deux ailes ; elles ouvrent aussitôt le feu : les redoutes de l’ennemi, ses masses, son camp de Pitzkendorf, tout est sillonné par nos boulets ; nous démontons deux de ses pièces. Les Polonais, les Bavarois, les Westphaliens, et deux cent cinquante chevaux, commandés par le général Farine, débouchent en même temps. Le brave Szembek,déjà aux prises avec les Russes, les chassait de Diwelkau ; dès que nos soldats aperçoivent cette déroute, ils s’échauffent, ils s’animent, ils fondent sur les redoutes de Pitzkendorf. Les alliés, refoulésdans leurs ouvrages, essaient en vain de se défendre ;;le jeune Centurione à la tête de ses hussards franchit tous les obstacles, et tombe percé de coups. A la vue de cet excellent officier moissonné dans un âge aussi tendre, la soif de la vengeance allume tous les courages : infanterie, cavalerie, se jettent pêle-mêle sur les redoutes. Le trompette Bernardin, le chasseur Olire, le maréchal des logis Boucher, s’élancent au milieu des Russes ; le lieutenant Tirion, accueilli par un coup de feu, va droit à l’officier qui les commande, et le fait prisonnier. Dès lors ce n’est plus un combat, c’est une boucherie, c’est un carnage ; tout périt sous la baïonnette, ou ne doit la vie qu’à la clémence du vainqueur. Tandis que nos soldats

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s’abandonnent au feu de leur courage, unenuée de ; Cosaques fond sur eux, et menace de les tailler en pièces ; mais le général Cavaignac 1 s’ébranle si à propos avec la cavalerie, les troupes chargent avec tant d’abandon, l’adjudant-commandant de Erens, les chefs d’escadron Bel et Zeluski, les capitaines Gibert, Fayaux, Vallier, Pateski et Bagatho, déploient tant d’intelligence et de conduite, que l’ennemi i culbuté se disperse dans le plus affreux désordre.

La canonnade s’échauffait de plus en plus. Les Russes occupaient toujours le Johannisberg, le pla- ( teau en avant de Pitzkendorf, et assaillaient Langfulir avec violence. Je détachai contre eux un bataillon de la Vistule, soutenu par les Napolitains que commandait le général Destrées, ayant sous ses ordres le général Pepe 2 que les événements sur- i

1. Le général Cavaignac (Jacques-Marin) était le frère du conventionnel Jean-Baptiste Cavaignac. Il entra au service en 1792 et lit toutes les campagnes de la Révolution ; i ilétait général de brigade pendant la campagne de 1812. A . Moscou il commandait la cavalerie du 11e corps, protégea la retraite et vint s’enfermer dans la place de Dantzig avec 1 les 1800 hommes qui lui restaient. Le général Eugène Ca- ] vaignac qui fut chez du Pouvoir exécutif en 1848 était son frère.

2. Pepe (Florestan), né en 1780 en Calabre, était lieutenant en 1799 quand les Français entrèrent à Naples; il prit ; du service dans la légion italienne et suivit Joseph Napoléon en Espagne qui le fit nommer général de brigade; pendant la campagne de 1812 il conduisit à Dantzig une di-

venus dans sa patrie ont depuis rendu si fameux. Le brave Szembek commença l’attaque ; elle eut lieu avec beaucoup d’ensemble et d’impétuosité. Les Russes, culbutés à coups de baïonnette, renversés par des charges meurtrières, cherchent leur salut dans la fuite. Les Polonais les pressent

Iavec plus d’audace : le tambour Hhade en saisit un par sa giberne, l’arrache des rangs et le désarme. Le capitaine Fatezinski oublie qu’il est blessé ; il s’élance dans une maison qu’ils occupent, tue leur chef, et fait trente prisonniers.

Les Napolitains ne sont pas moins impétueux ; ils se pressent à la suite des fuyards, les poussent et les fusillent. Le général Pope, le colonel Lebon, les commandants Balathier, Sourdet, les capitaines Chivandier et Cianculli, dirigent, excitent leur courage, donnent à la fois le précepte et l’exemple.

Sur le flanc opposé de la montagne, la mêlée n’était ni moins opiniâtre ni moins sanglante. Au signal convenu, le colonel Kaminski avait marché sur les Russes et les avait débusqués ; il les chas-

vision napolitaine; plus lard, Murat, aux derniers jours de son règne, lui avait conféré le grade de lieutenant-général. Pepe mourut à Naples en 1851. 11 avait deux frères qui servirent comme lui sous le drapeau français ; l’ainé, Ga. briel arriva au grade de colonel, et le plus jeune, Guillaume était général.

sait devant lui, la poursuite était ardente. Des ren forts surviennent, l’ennemi veut faire tête à l’o rage ; mais les Polonais le pressent avec impétuo site : Roseizensky, Drabizclwsky, Doks, Zaremba Zygnowiez, que suivent des hommes dévoués, fon dent sur lui, et le taillent en pièces.

Nous étions maîtres du Johannisberg. Le temp était affreux, et l’ennemi fuyait au loin. Je fis son ner la retraite ; elle s’exécuta dans l’ordre le plu parfait. A six heures tout était tranquille. Mais le: Russes ne tardent pas à reparaître. Ils attaquen à la fois le belvéder, les hauteurs d’Heiligenbrunn et engagent une fusillade des plus vives; néanJ moins ils ne peuvent obtenir le plus léger avantage Le colonel Kaminski et le commandant Szembel déploient un courage, une habileté qui les décon i certent. Ils se retirent, mais en même temps dem bataillons soutenus par une cavalerie nombreuse] se portent sur le village de Stries. Kaminski accourt pour le défendre. Aussitôt les Russes revien- i nent à la charge ; ils escaladent les hauteurs, ils assaillent le belvéder, poussent, pressent leurs attaques. Toutes leurs tentatives échouent contre lesJ excellentes dispositions du major Deskur, et la bravoure des chefs de bataillon Johman et Robiesky. | Ce n’était pas la première diversion qu’ils ten- : taient. Déjà ils avaient replié nos avant-postes de- J puis Sehidlitz jusqu’à Ohra attaqué de L ont et en j

lanc, le major Schneider ne se soutenait dans ce aubourg qu’à force de courage. Tout à coup il aperoit une colonne nombreuse qui s’engage imprulemment dans la grande rue : il la charge, il la mitraille , il l’anéantit. Le général Ilusson survient j^vec la réserve. Nous reprenons l’offensive ; en un nstant le bois, le village, sont enlevés, et les Ruses mis dans le plus affreux désordre. Le chef de lataillon Boulanger en désarme huit ; un sergent >lessé d’un coup de feu, le brave Vestel, trois ; le ous-officicr Cornu délivre un des nôtres, et fait nettre bas les armes à l’escorte qui le conduisait.

J’étais de nouveau maître du Johannisberg et de .angfulir, mais ce succès ne pouvait être durable ; es Russes, revenant continuellement à la charge ivec des troupes fraîches, devaient finir par l’emporter. D’ailleurs ces deux positions étaient si éloignées qu’ellfes ne pouvaient ni me nuire ni m’être tien utiles. Je donnai en conséquence l’ordre de I es évacuer, si les alliés se présentaient en force. Jais l’audace avait fait place à la réserve. Ils craignent de s’éloigner des hauteurs; ils n’osent pren- Ire possession d’un village abandonné. Impatients téanmoins de s’en rendre maîtres, ils engagent me action générale pour s’emparer d’un poste que avais résolu de ne pas défendre. Les troupes rennent les armes ; la flotte les soutient. Toute 1a ligne est attaquée ; quatre-vingts canonnières

tonnent de concert, foudroient NeufahrwasslJ Schell-Muhl, New-Sottland, Ohra, Zigangendoi deviennent la proie des flammes. L’ennemi se r pand comme un torrent dans laplaine ; ilrenvers incendie tout ce qui s’oppose à son passage. J’a cours au milieu de cet affreux désordre. Mais dé les Russes deviennent moins impétueux ; ils échoue devant une poignée de braves que commande major Poyeck, et laissent les avenues de Kabri jonchées de morts. Je les fais suivre : le bouilla Gibert accourt avec ses chasseurs ; le capitaii , Maisonneuve se joint à lui ; ils poussent, ils ébra lent cette multitude en désordre, et la jettent da i Schell-Muhl /Elle serallie aux troupes qui occupe i le village, et soutient, sans se rompre, les décha ges meurtrières du capitaine Ostrowsky ; mai tournée presque aussitôt par le capitaine Marnie un des plus braves officiers de l’armée français!; elle fuit, elle se débande, elle cherche un refu; jusque sous les décombres des bâtiments qu’elk. livrés aux flammes.

La mêlée n’était pas moins vive à Langfuhi: assaillis par douze mille Russes, nos postes htent, se débattent au milieu de ces épaisses colonés. Le sergent Szhatkowsky eut besoin de tout sa bravoure pour échapper aux Cosaques. Occupa une construction en avant du village, il avait él, lui terizième, enveloppé par ces troupes irrégul ■

•es; il rallie aussitôt ses travailleurs, fait face d’un ijté, attaque de l’autre; il marche, il combat touours, et se dégage enfin sans perdre un homme.

Les Russes humiliés se portent au village. Deux liaisons que j’avais mises à même de résister à un ;oup de main en défendaient l’entrée : ils les tourîent, ils les pressent, ils les escaladent; mais une usillade meurtrière les renverse et les force à s’éoigner. Pour surcroît de maux, les Napolitains graissent et les attaquent. Le colonel Lebon, le •olonel Degennero, pressent, rompent la cavalerie, •t pénètrent dansLangfuhr. Elle revient à la charge, dus nombreuse] et plus fière ; elle profite des obs- ,acles, saisit l’à-propos, et s’élance sur nos batailons épars dans les rues. Une mêlée sanglante a lieu : le brave Paliazzi tombe percé de dix coups le lance; les capitaines Nicolaü, Angeli, Degennero,

: sont couverts de blessures et forcés d’évacuer le [champ de bataille. En vain l’intrépide Grimaldi,

I en vain les lieutenants Amato, Legendre, Hubert, Pouza, Gômez et Zanetti, veulent faire tète à l’orage; le nombre l’emporte : nous sommes forcés à la retraite... Quelques braves, engagés trop avant, ne peuvent suivre et sont coupés : loin de se laisser abattre, ils s’exaltent à la vue du danger et se rallient autour de l’adjudant-major Odiardi. Ils avancent, ils tournent, ils rétrogradent, et gagnent enfin les maisons crénelées. Déjà elles étaient as-

saillies pour la deuxième fois : les alliés, furieux, se jettent sur les palissades ; ils les arrachent, el semblent devoir triompher de tous ces obstacles; mais, couchés dans la poussière à mesure qu’ils se. découvrent, ils désespèrent bientôt du succès : ne pouvant les emporter, ils les livrent aux flammes. Nos braves ne sont point ébranlés : les uns conti- . nuent la fusillade, les autres éteignent le feu ; et : l’ennemi n’est pas plus avancé.

Une fumée épaisse nous dérobait les deux maisons ; j’ignorais si nos troupes les occupaient encore, ou si les alliés s’en étaient rendus maîtres. Des rapports l’annonçaient : je résolus néanmoins de faire une tentative; mais les balles parties des maisons tombaient à flots sur nous; je conclus qu’elles étaient perdues. Une circonstance rendait la chose vraisemblable : la fusillade avait cessé et l’incendie était flagrant. Je répugnais cependant à croire qu’elles eussent été rendues. Je les fis de nouveau reconnaître : les alentours de ces deux postes étaient jonchés de cadavres vêtus de capotes blanches; abusés par la couleur du costume, les officiers que j’avais expédiés se persuadèrent que les Bavarois avaient péri : tous l’assuraient, tous en étaient convaincus. La perte d’aussi braves gens était pénible, et méritait bien de ne pas être admise sur des apparences. Je chargeai un de mes aides de camp, le capitaine Marnier, de savoir au juste ce qu’il en

■tait : cette mission ne pouvait pas lui déplaire; 1 avait, à la bataille d’Uclès, sommé une division ■spagnole de mettre bas les armes, et l’avait ameîée; les lances des Cosaques ne devaient pas l’ar- •èter. A la pointe du jour, il sort de Kabrun avec mit hommes qui demandent à le suivre; il se lorte à la course vers la maison de droite. Aussitôt es barrières s’ouvrent, le poste se joint à lui, et ait sa retraite malgré les Russes qui accourent pour 'enlever.

Restait celui de gauche; mais le plus difficile ;tait fait. J’avais la certitude qu’il existait encore; e donnai des ordres pour qu’il fût secouru. Un baaillon s’avance : à peine l’eurent-ils aperçu, que es admirables soldats placent leurs blessés au miieu d’eux, et fondent sur les alliés. Plusieurs sont itteints : le brave Dalwick reçoit une balle qui lui racasse l’épaule gauche; mais il n’en continue pas noins de combattre avec courage. La mêlée devient le plus en plus sanglante. Les bavarois, qu’éhauffe le noble dessein de sauver leurs compatriotes, et qu’enflamme encore l’exemple de deux offiiers intrépides, l’adjudant-major Seiferlitz et le ieutenant Muck, se précipitent sur l’ennemi, le ompent, et dégagent enfin cette poignée d’hommes tlévoués. Ils firent une espèce d’entrée triomphale : hacun voulait les voir, voulait les féliciter ; on s’onretenait de leur constance, on vantait leur rési-

gnatiou. Seuls, abandonnés à eux-mêmes, sans vivres, sans munitions, consumes par la soif, suffoqués par l’incendie, ils avaient bravé les menaces, repoussé les sommations, et rejeté avec dédain les : insinuations de l’ennemi. C’était surtout le capitaine Fahrebeck qu’on accablait d’éloges; on admirait son sang-froid, on exaltait son courage; sa fermeté, sa prudence, étaient le sujet de toutes les conversations, le texte de tous les entretiens. Il était naturel que je témoignasse à ces braves combien j’étais satisfait : je mis à l’ordre du jour les périls qu’ils avaient affrontés, les dangers qu’ils avaient courus, et j’établis les blessés dans mon hôtel. Chaque jour je les visitais; chaque jour je m’informais de leur situation et m’assurais que i leurs besoins étaient satisfaits. Un officier qui avait toute ma confiance, M. Romeru, était en outre chargé | de leur prodiguer les soins, les consolations que je ne pouvais leur donner moi-même.

Dès que l’ennemi fut maître de Langfuhr, il mit la main à l’œuvre : c’étaient ouvrages sur ouvrages; il ne discontinuait pas. Son dessein était de me resserrer de plus en plus, et de me contraindre à m’enfermer dans la place : ce projet était admirable ; il ne s’agissait que de l’exécuter ; la chose était moins facile. J’avais couvert le front d’Oliwa et celui du Hagelsberg par un camp retranché formidable; neuf ouvrages le composaient : la lunette

d’Istrie occupait le point culminant des hauteurs qui dominent le fort et la gorge du Hagelsberg ; elle é:ait flanquée par les batteries Kirgencr et Caulaincourt. On choisit ensuite, parmi les mamelons qui se trouvaient entre ces ouvrages et l’allée de Langfuhr, ceux qui étaient le plus avantageusement situés, et on les fortifia. Voici quelle était la disposition de ces redoutes : en partant de la droite de Caulaincourt, la redoute Rom mf, la batterie Grabowsky, la redoute Deroy, la batterie Montbrun. Enfin, pour compléter cette ligne de fortifications, et la prolonger jusqu’à la Vistule, on établit encore deux batteries : l’une, dite de Fitzer, au travers de l’allée de Langfuhr ; l’autre, connue sous le nom de Gudin, était un peu plus éloignée; elle s’appuyait à une inondation artificielle qui s’étendait jusqu’à la digue de gauche de la Vistule, et formait la droite de toute la ligne, qui renfermait encore deux batteries placées de l’autre côté du fleuve. Tous ces ouvrages étaient palissadés, munis de logements et de magasins à poudre. Je fis en outre construire deux camps de baraques : l’un de quatre cents hommes, vers l’extrême gauche, derrière Kirgener; et l’autre, pour cent cinquante, derrière Montbrun. La partie de cette ligne qui s’étend de Montbrun jusqu’à Gudin fut liée par une espèce de chemin couvert ; celle qui se prolonge sur la gauche était suffisamment garantie par les difficultés

du terrain; je pensai d’ailleurs qu’il fallait se ménager la faculté de prendre l’offensive dans une portion de ces ouvrages.

Ohra fut également mis en état de défense. Une masse de maisons qui communiquaient entre elles, et dont les portes, les croisées, avaient été fermées avec soin, des parapets, des palissades, qui n’avaient d'issue qu’une langue de terre comprise entre deux flaques d’eau assez profondes, formaient un retranchement avancé, connu sous le nom de première coupure d’Ohra\ la deuxième, située à deux cents toises en arrière, était composée des mêmes éléments, et s’appuyait à un grand couvent de jésuites qui avait été crénelé. Les hauteurs et les gorges qui pendent vers le faubourg furent fortifiées; les redoutes dont elles furent revêtues mirent l’ennemi hors d’état de nous tourner, et devinrent bientôt fameuses sous le nom de batteries et d’avancées Frioul.

Pendant que nous exécutions ces travaux, l’ennemi venait fréquemment s’exercer contre nos avant-postes : Schidlitz, Ohra, Stolzenberg, étaient tour à tour l’objet de ses attaques. Repoussé sur tous les points, il tente une surprise sur Heubude; mais il se jouait à plus fin que lui : le commandant Carré, vieux militaire plein de vigilance et de ruses, aperçoit ses colonnes, réussit à les mettre aux prises, et se retire sans perte d’une position critique.

Tout honteux de cette mystification cruelle, les Russes se flattent de prendre leur revanche à Kabrun. Ils l’entourent, ils l’escaladent; mais, accueillis par une fusillade meurtrière que dirige le capitaine Nazzewski, ils s’éloignent, et laissent les [fossés remplis de morts. Ils se portent de nouveau 1 sur Schidlitz : mis en fuite une première fois, ils reviennent à la charge avec une vigueur, une im- Ipétuosité nouvelle ; mais l’adjudant-major Boutin, les capitaines Kléber et Feuillade exaltent si bien

Iaos soldats, qu’ils se jettent sur les alliés et les enfoncent.

La flotte n’était pas non plus oisive : le 4, dès la pointe du jour, elle reparaît en ligne ; elle avait échoué la surveille dans deux attaques consécutives, et dépensé en pure perte plus de sept mille coups de canon. La honte, la soif de la vengeance, tout l’excitait à combattre : ce fut l’explosion d’un volcan. Les frégates et les canonnières tonnent à la fois, et nous couvrent d’un déluge de projectiles ; mais, loin de s’effrayer, nos batteries redoublent de calme et de justesse. Officiers et soldats, tous s’élèvent au-dessus du danger et 11e songent qu’à la victoire. Un canonnier chargé de l’écouvillon a le bras emporté; le capitaine Pomerenski s’en empare et fait le service. Le sergent Yiard sert une pièce qui tire à boulets rouges, et pointe comme au polygone; le lieutenant Milewski ajuste, surveille

les siennes, coule une canonnière, en endommage d’autres, et les force d’évacuer le champ de bataille. Le capitaine Loppigé, le sergent-major Zackowski, le sergent Radzmiski, le caporal Multarowski, donnent les exemples les plus admirables de sangfroid et d’intelligence. Le capitaine Henrion, le lieutenant Hagueny, le capitaine de frégate Rousseau, les marins Despeistre, Coste, les caporaux Davis, Dubois, s’attachent aux pièces, et ne cessent de combattre que lorsque l’ennemi a pris la fuite. La flotte, convaincue de l’inutilité de ses efforts, i gagne le large, avec la satisfaction d’avoir tiré neuf mille coups de canon pour nous tuer deux hommes : elle nous avait aussi démonté deux pièces; mais elle avait perdu deux canonnières; neuf autres étaient fortement endommagées, et ses frégates criblées d’obus et de boulets.

Nous eûmes bientôt un ennemi plus redoutable à combattre. Tout à coup la Vistule s’enfle ; elle franchit, elle rompt les digues et s’échappe avec impétuosité. La place, les fortifications, deviennent la proie des flots. Les ponts sont emportés, les écluses anéanties, et les chaussées entr’ouvertes ; les < eaux, désormais sans obstacles, s’engouffrent dans les fossés et sapent les bastions. Celui de Bœren, celui de Braunn-Ross, étaient en ruines, et il était à craindre qu’on ne pût maintenir l’inondation lorsque la Yistule rentrerait dans son lit: mais le ;

génie ne s’oublia pas dans cette circonstance désastreuse; à force d’habileté et de constance, il parvint à rétablir les brèches ; et, quand le fleuve s’abaissa, l’inondation, alimentée par les branches qui sillonnent le Werder, n’éprouva qu’une variation de niveau presque insensible.

C’était maintenant le tour des Russes: ils avaient profité des embarras que nous causait la crue des eaux; ils avaient élevé batteries sur batteries, et le 15 novembre ils en démasquèrent une vingtaine, armées de pièces du plus gros calibre. La flotte vint aussi s’essayer devant nos forts. Des masses d’infanterie étaient prêtes à donner l’assaut dès que les palissades seraient détruites. L’action s’engage: trois bombardes, quarante canonnières, vomissent le fer et la flamme sur Neufahrwasser. Loin de les abattre, le danger enflamme nos soldats ; ils jurent de vaincre, ils jurent de punir les agresseurs. Les troupes de ligne s’attachent aux pièces ; l’artillerie les pointe comme à la manœuvre; elle endommage, elle démâte une foule de canonnières. Tout à coup une explosion terrible se fait entendre : un boulet a pénétré dans la sainte-barbe, et le sloop a disparu. La même détonation se répète. On se félicite, on s’encourage; on brûle d’imiter les braves qui tirent avec cette admirable justesse. Trois embarcations deviennent presque en même temps la proie desflots, et la première lignese retire toute couverte

de débris. La deuxième prend sa place sans être plus heureuse ; et les divisions se succèdent ainsi de trois heures en trois heures sans que le feu se ralentisse. Enfin, rebutée des obstacles que lui opposaient le courage de nos soldats, les excellentes dispositions du colonel Rousselot,et la vigilance du major François, elle se retire et va réparer ses avaries. Douze heures de combat, vingt mille coups de canon, avaient abouti à nous tuer ou blesser une demidouzaine d’hommes, et à nous endommager trois affûts. Ce fut la dernière tentative. Quelques mois plus tôt elle eût été infaillible ; mais à la guerre il faut saisir Fa-propos.

Les troupes obtinrent plus de succès. Elles attaquèrent nos postes en avant d’Ohra, et s’emparèrent de celui de l’Étoile sur les hauteurs à droite du village. Le major Legros ne leur laisse pas lp temps de s’y établir; quatre compagnies d’élite, sous la conduite des capitaines Yalard et Aubry, s’y portent sans délai. Elles surprennent, elles taillent les Russes en pièces. En vain ils reparaissent avec des troupes fraîches; culbutés, mis en fuite, ils se dispersent, sans néanmoins perdre courage. Ils tentent un nouvel effort; mais, accueillis par une fusillade meurtrière, ils se débandent et tombent sous le feu de deux compagnies placées dans le village de Stadtgebieth, qui les anéantissent.

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