novembre
aiguë que la crainte de décourager les soldats fi |i seule capable d’étouffer ses plaintes. Il mourir! i cinq jours après: honneur à sa mémoire!...
La compagnie franche devenait chaque jour plu audacieuse. Les tranchées, les palissades étaien des obstacles illusoires; elle pénétrait partout. A> milieu d’une nuit épaisse, elle se glisse d’arbre e arbre le long de l’allée de Langfuhr, et s’approch sans que les Russes l’aperçoivent. Elle saute aussi tôt dans leurs ouvrages, tue les uns, chasse les au très et les suit jusque dans Kabrun. Le brave Su rimont, l’intrépide Rozay, Payen, Dezeau, Gonipe et Francou, se précipitent dans la redoute et l’em portent. Une centaine d’hommes furent passés ai fil de l’épée, les autres ne durent leur salut qu’> la fuite.
Nous faisions à l’ennemi une guerre de surprise j et d’audace; il nous en faisait une de ruses et d< proclamations. Ses batteries n’arrêtaient pas, e nos magasins étaient détruits. Nos troupes, exté nuées, harassées de corvées et d’insomnies, n’a vaient pour réparer leurs forces qu’un peu de paii et une once de viande de cheval, si toutefois oi 1 peut appeler ainsi les débris d’animaux qui, rebu tés par la cavalerie, rebutés par les charrois, tour naient la meule jusqu’à ce que, devenus incapable! . de se soutenir, ils étaient traînés à la boucherie : C’est à des hommes si las de combattre et de souf
frir que les Russes promettaient le repos et l’abondance. Tous les genres de séduction étaient employés: l’or, l’argent, les menaces, la colère du prince, la voix de la patrie, étaient offerts et invoqués. Le duc se joignait à ses émissaires; il écrivait, priait, protestait, circonvenait les chefs 3t les soldats. La désertion se mit dans les troupes étrangères, bientôt elles refusèrent tout service. Les Bavarois, les Polonais eux-mêmes, trop convaincus de nos malheurs, craignaient de faire de leurs armes un usage sacrilège et se tenaient dans l’inaction. Nous étions réduits aux seules forces nationales, c’est-à-dire à moins de six mille hommes; et nous avions plus de deux lieues d’étendue à défendre. Je résolus de faire connaître à l’Empereur la situation fâcheuse où nous étions. La chose n’était pas aisée; l’Allemagne entière était en inhsurrection; la mer était couverte de croisières ennemies. Mais aucun péril, aucun obstacle n’étonnait le capitaine Marnier; il part pour cotte expédition aventureuse, capture un bâtiment, convoie avec la flotte anglaise et lui échappe.
Leduc de Wurtemberg semblait avoir le projet de tout séduire. Je ne fus pas moi-mcme à l’abri de ses tentatives. Il exaltait ses ressources, dépréciait les miennes, parlait de la France, de la Sibérie, et me proposait de rendre la place. Ces menaces, ces propositions s’adressaient mal ; je le lui
témoignai, et il n’en fut plus question. Des moyen , plus convenables furent mis en œuvre; les feu furent doublés, et le bombardement, toujours pli terrible, ne discontinuait ni le jour ni la nuit. L ville, le Bichofsberg, les redoutes Frioul, étaiei écrasés. Soutenus par un feu d’artillerie si form : dable, les Russes imaginent de nous enlever. Il s’avancent munis de haches, d’échelles, et fonder li sur la batterie Gudin. Le capitaine Razumski 1 commandait ; il les accueille par des décharges mitraille, et les renverse. Ils se remettent néai moins, et tentent l’escalade; mais, accablés pal une fusillade meurtrière, ils se dispersent à la vu du major Deskur, et laissent armes et échelles dar les mains des braves capitaines Zbiewiski et Pu pocki. Ils essaient, avec aussi peu de succès, de s rendre maîtres de la batterie Fitzer, dans l’allée d Langfuhr. Le colonel Plessmann, le capitaine Re nouard et l’adjudant Stolling leur opposent une ri sistance qu’ils ne peuvent vaincre: trois fois il reviennent à la charge, trois fois ils sont défaits i Cependant les redoutes Frioul étaient dans u état déplorable: sans parapets, sans fougasses, ai câblées par les obus et la mitraille, elles ne pr< sentaient plus aucun moyen de défense; je les fjJ évacuer. La plus grande partie des fortification était encore intacte; mais nos vivres touchaient leur terme. Le temps des glaces était arrivé. Il ai
lit fallu vingt mille hommes pour m’opposer aux TOgrès du siège, garder les forts, l’inondation, et iaintenir libre le cours des eaux. La lutte était op inégale ; c’eût été verser le sang pour le seul aisir de le verser.
Je crus trouver un moyen qui conciliait mes evoirs et l’humanité. Je calculai le nombre de jurs que devait fournir ce qui nous restait de Insistances; je proposai de suspendre les hostilift's et de remettre la place à cette époque, si le curs des choses n’en disposait autrement. Le conïil adopta cet avis à l’unanimité. Les négociations siuvrirent, le feu cessa. Le général Heudelet et 1 colonel Richemont se rendirent au camp, et armèrent une capitulation où la faculté de rentrer c France nous était spécialement garantie. Une jrtie de ces conventions était déjà exécutée; les jisonniers russes avaient été rendus, les forts li- \és, lorsque j’appris que l’Empereur Alexandre r usait sa ratification. Le duc de Wurtemberg r offrait de remettre les choses dans leur premier éit. C’était une dérision. Mais que faire ? nous mvions plus de vivres; il fallut se résigner. Il Igla les choses comme il l’entendit, et nous prîtes le chemin de la Russie L
.D’après l’aclede reddition qui fut signé le 29 novembre t‘ ’atifié le môme jour par le duc de Wurtemberg (Voir à luu du volume les pièces justificatives), trente-deux jours
Touchés de nos malheurs, les auxiliaires eussen voulu les partager. Les Polonais brisaient leurs armes ; les Bavarois juraient de ne jamais les tour ner contre nous. Mais le devoir fait taire les affec • tions. Il fallut se séparer. Le général de Radziwi et le colonel Buttler, si distingués l’un et l’autri par leur caractère et par leurs actions, les recon duisirent dans leur patrie.
Ainsi finit, après un an de combats, une dé J fense pénible, où nous eûmes à lutter contre tou les fléaux, tous les obstacles, et qui n’est pas uni des moindres preuves de ce que peuvent le cou rage et le patriotisme des soldats français.
étaient donnés aux troupes françaises pour l’entière éva cuation de Dantzig et la remise de la place. Le 23 décem bre tout était disposé pour remettre la place dans la jour née du lendemain lorsque le général Rapp fut prévenu pa le duc de Wurtemberg que l’Empereur Alexandre ne vou , lait ratifier la capitulation du 29 novembre que sous la cor j dition expresse que la garnison resterait prisonnière d guerre et serait conduite comme telle en Russie. C’éta une violation des plus coupables des lois de la guerre, jf mais perfidie ne produisit plus d’indignation parmi le troupes qui avaient si justement compté sur l’exécutio d’un traité solennel et le brave Rapp protesta de toutes se forces contre la conduite des alliés; mais on ne tint aucu compte de ses protestations et il fut emmené prisonnie avec ses héroïques soldats.