LETTRE DU GÉNÉRAL RAPP AU DUC DE WURTEMBERG
Du 14 juin 1813.
M. le colonel Richemont m’a communiqué la lettre dont Votre Altesse Royale l’a honoré le... de ce mois. J’ai vu avec peine que les propositions très conciliantes faites, en mon nom, par M. Richemont, n’ont point été admises, et que des discussions se sont entamées sur des points qui me semblaient ne devoir donner lieu A aucun débat.
En général, je dois faire observer à Votre Altesse Royale que l’armistice n’a pas été demandé par l’Empereur Napoléon, ce qui suppose que tous les articles doivent être entendus à l’avantage de l’armée française ; mais, puisque l’on méconnaît les intentions du traité, je ne vois d’autre moyen pour remplir le but de Votre
Altesse Royale et le mien, que de lui proposer de lais ser, quant aux limites, les choses dans l’état où elles sont, et d’informer les commissaires nommés par l'ar ticle 9 et 12 de l’armistice, des difficultés qui se sont élevées ici sur l’exécution de l’article 6. Je prie donc Votre Altesse de nommer, conjointement avec mot deux officiers qui seront chargés de se rendre auprès de ces commissaires, et qui rapporteront bientôt U : solution que nous devons attendre.
Je consens pareillement à ce que l’article relatif aus . subsistances ne soit réglé que provisoirement, c’est-à I dire que si Votre Altesse Royale ne voulait pas prendre , sur elle dé faire livrer trente mille rations de vivres c 1 compter du jour de l’armistice, ainsi qu’elles me sont nécessaires d’après l’état de la garnison, le colone Richement pourra régler avec MM. les commissaires ! russes, les quantités qui devront nous être fournies, èj valoir sur ce qui sera définitivement réglé par les commissaires de l’armistice, auxquels on en référera comme pour l’article des limites.
L’officier qui a apporté l’armistice aurait pu se char ger de faire connaître au quartier général impérial les1 discussions qui se sont élevées, si ses instructions ne l’obligeaient à retarder son départ jusqu’après la première distribution qui doit être faite à la garnison par les soins du général commandant le blocus.
J’aurais beaucoup désiré qu’on s’entenditpour l’exécution du traité, car j’ai lieu de craindre que l’on ne tire du retard de cet officier des inductions fâcheuses sur la bonne intelligence que l’armistice suppose entre nous, ce dont j’aurais été d’autant plus contrarié, qu'il me semble que Votre Altesse aurait pu accéder aux propositions du colonel Richemont ; ce que j’aurais
très certainement fait en sa place, sans pour cela craindre aucun reproche de mon souverain.
Signé : Comte Rapp.
RÉPONSE
Sulmin, le 15 juin 1813.
J’ai reçu la lettre que Votre Excellence m’a faitl’honneur de m’écrire en date du 44 juin, et je dois lui avouer avec franchise que je ne puis trop m’expliquer les motifs des mésentendus qui existent relativement à l’exécution littérale des articles de la trêve.
Ce traité ayant déterminé des bases fixes pour éviter tout sujet de contestation, il me semble qu'il serait infiniment plus simple et plus naturel de s’y tenir entièrement. J’avoue à Votre Excellence que c’est avec une véritable peine que je consens m’en écarter d’après sa proposition. Il me semble que, par cet arrangement qu’elle désire, nous outre-passons d’une certaine manière tous deux nos pouvoirs, et qu’il vaudrait mieux de régler entre nous le rayon de neutralité d’après le sens littéral de l’armistice. Cependant, pour éviter toutes discussions ultérieures, je consens, d’après sa proposition, délaisser les choses sur le pied actuel; j’ordonnerai même aux chefs de mes avant-postes de s’entendre avec les vôtres pour faire quelques arrangements qui pourront lui être agréables relativement à mes vedettes et ù mes piquets, pour empêcher toute collision entre nos troupes légères.
Pour ce qui concerne l’article des subsistances, la commission rassemblée à cet effet a déjà commencé ses séances, et j’espère que M. le colonel Richemont sera bientôt en état de pouvoir lui annoncer que cet article a été définitivement réglé.
Quant à ce qui regarde les deux officiers que Votre Excellence voudrait envoyer auprès des commissaires destinés à régler définitivement toutes les difficultés qui paraissent naître relativement aux stipulations de la trêve, je dois vous observer, monsieur le comte, que je n’ai point le pouvoir de leur accorder les passe-ports nécessaires : l’article des subsistances, qui sera réglé incessamment, permettra, dans peu de jours, à M. le capitaine Planat de se charger de cette commission.
Veuillez vous persuader au reste, mon général, qu’accoutumé, depuis vingt-cinq ans de service, à remplir avec une parfaite exactitude les ordres de mon souverain, j’aurais agi d’une manière bien différente si j'avais consenti aux propositions qui m’ont été faites par M. le colonel Richemont, et qui s’écartaient si essentiellement des articles d’une trêve dont les expressions simples et naturelles ne laissent aucune latitude à la moindre discussion.
Votre Excellence me trouvera au reste toujours prêt à faire tout ce qui pourra lui être agréable et qui s’accordera avec mes devoirs. Je saisirai de même avec empressement toutes les occasions où je pourrai la convaincre que rien n’égale la très haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être, etc.
Signé : Alexandre, duc de Wurtemberg.