LETTRE DU DUC DE WURTEMBERG A SON EXCELLENCE LE COMTE RAPP
De mon quartier général, le 12 juillet 1813. (Arrivée le 14, quoique le duc ne fût qu’à deux lieues de Dantzig.)
Général,
Un courrier qui vient de m’arriver du quartier général, m’apporte l’ordre de suspendre les fournitures qui ont été faites jusqu’ici à la garnison de Dantzig. Le corps de volontaires qui se trouvait sous les ordres du major prussien Lutzow ayant été attaqué, pendant la durée de la trêve, sans le moindre motif, on m’annonce que c’est la raison qui a causé cette détermination, qui doit avoir son cours jusqu’au moment où cette affaire sera réglée définitivement.
En communiquant les ordres ^ue j’ai reçus ù Votre Excellence, je la préviens en même temps que cette affaire, qui sera probablement bientôt réglée, ne change cependant point les autres articles de la trêve qui doit subsister dans toute sa teneur.
J’ai l'honneur, etc.
Signé : Alexandre, duc de Wurtemberg, général de cavalerie.
RÉPONSE
Dantzig, le 14 juillet 1813.
Monsieur le Duc,
Depuis les arrangements convenus [entre nous par suite de l'armistice, j’ai vu avec beaucoup de peine que Votre Altesse Royale ne les remplissait pas avec l’exactitude qu’exigent de pareilles conventions.
J'ai aperçu, dans le retard de toutes les livraisons, une guerre sourde qui détruisait par le fait l’esprit de l’armistice. Malgré mes continuelles réclamations, on a laissé arriérer une grande partie des fournitures; vous n’avez pas même acquitté le courant, et c’est dans cet état de choses que je reçois, aujourd’hui 14, la lettre de Votre Altesse, en date du 12 juillet, qui me prévient qu’elle a ordre de suspendre les fournitures. Cette cessation a effectivement lieu depuis quatre jours, c’est-à-dire depuis le 10; et comme notre correspondance peut nous parvenir en deux heures, je ne cacherai point à Votre Altesse avec quels sentiments je dois apprécier la différence de la date et de l’arrivée de votre dépêche.
Les conditions d’un armistice, Monsieur le Duc, lient également les deux parties ; et dès que l’une d’entre elles se permet d’en annuler une des clauses principales et des plus essentielles, l’armistice est dès lors rompu, et elle se met en état de guerre contre l’autre : et c’est ainsi que je considère, dès à présent, la déclaration que vous me faites ; et quoique Votre Al-
I ,esse m’annonce que les autres articles de la trêve -ubsisteront, elle sentira que je ne puis recevoir de i pareilles modifications que par les ordres de mon souverain. Il ne me reste donc plus qu’à la prier de me faire savoir si les six jours qui doivent précéder la reprise des hostilités courront du 12 à une heure du matin, ou du 14 à midi.
Je dois lui déclarer, au surplus, que je la rends responsable de la rupture d’un armistice conclu entre nos • souverains, et que je ne puis entendre à aucune ex- 1 plication évasive qu’après la réception de tous les vivres qui me sont dus.
Signé : Comte Rapp.