‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 2 sur 59 · CHAPITRE ir · texte numérisé non relu

CHAPITRE ir

Beaucoup de gens dépeignent Napoléon comme un nomme violent, dur et emporté:

c'est qu'ils ne l'ont jamais approché. Sans doute , aosorbé comme il l'était par les affaires , contrarié dans 9ps vues, entravé dans ses projets , il avait ses impati^œs et ses iiiégahtéa. Cependant il était si bon , si généreux , qu'il se Mt bientôt calmé: mais, loin de l'apaiser, les confidente de ses ennuis ne faisaient qu'exciter «^ sa colère. „Votre Majesté a raison, lui disais ent - ils : un tel a mérité d'être fusillé ou destitué, renvoyé ou disgracié.... Je savais depuis long-teiûps q« il était votre ennemi. II faut des exemples ; ns sont nécessaires au maintien de la tranquillité. "

S'agissait-il de lever des Contributions sur le pays ennemi, Napoléon demandait, je suppose, vingt millions: on lui conseillait d'en exiger dix de plus. Les contributions étaient-elles accpitr tées, „II faut, lui disait-on , que Votre Majesté ménage son trésor, qu'elle fasse vivre ses troupes aux dépens despays conquis, ou les laisseen subsistance sur le territoire de la confédération.^*

Etait - il question de lever deux cent mille conscrits, on lui persuadait d'en detoiander trois centmille ; de liquider un créancierdontle droit était incontestable, on lui insinuait des doutes sur la légitimité de la créance, on lui feisait réduire a moitié, au tiers, souvent a tien, le montant de la réclamation,

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Parlait- il de faire la guerw» , on aj^plaudissait à cette généreuse résolution : la guêtre seule enrichissait la France^ il fallait étonner le monde, et rétoqner d'une manière digne de la grande .nation,

Voil^ comment, en provoquant, en encourageant des vues, des entreprises encore incertainep, on Ta précipité dans des guerres continuelles. Voila comment on est parvenu a imprimer a son règne un air de violence qui n'était point dans son caractère et dans ses habitudes : elles étaient tout -a -fait débonnaires. Jamais homme ne fut plus enclin a l'indulgence , et \ plus sensible a la voix de Thumanité. Je pourrais en* citer mille exemples : je me borne au suivant,

.George etseg complices avaient été condamnés, Joséphine intercéda pour MM. Polignac, Murât pour M., de Rivière : ils réussirent l'un et l'autre. Le jour de l'exécution, le banquier Schérer accourut tout en pleurs k Saint-Clond : il demadada à me parler. C'était pour que je sollicitasse la grâce dé son beau-frère , M. de Russilloii, ancien major suisse, qui se trouvait impliqué dans cette affaire. Il était accompagné de <ruelques uns de ses compatriotes , tous parents du condamné. Ils savaient bien , me dirent-ils, que le major avait mérité la mort; mais il était père de famille, il tenait aux premières maisons ;du canton de Berne, Je cédai , et n'eus pa« lieu de m'en repentir,

-Il était sept heures du matin ; Napoléon, déjà levé, était dans «on cabinet avec (Jorvisart 2 ^je me fis annoncer, „Sire, lui dis- je , il n'y a pas ,,long- temps qxie Votre Majesté a donné sa mé-

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„diation aux Suisses, Elle saitquetous n'en ont „pas été- également satisfaits , les Bernois sur- ,,tout . . . Il se présente une occasion de leur prou- ^ver que vous êtes grand et généreux:- un de „leurs compatriotes doit être exécuté aujourd'- „hui; iUientàce qu ily ademieux danslepays, ,,et certes la grâce que vous lui accordere» fera yysensation , et vous v attachera beaucoup de „monde. — Quel est cet homme? Comment ^s'aiipelle-t-il? — Russillon.'* A ce nom, il devint furieux. — „I1 est^plus dangereux , plus . ,, coupable que George ntamel — Je sais tout ce „que Votre Majesté me fait l'honneur de me ,,dii:e^mais les Suisses, mais sa famille, mais i „ses enfants, vous béniront. Faites. lui grâce, ,,non pas pour lui, mais pour tant de braves „gens qui ont asses gémi de ses sottises. — „Éntendea-vous?'* dit-il en se tournant vers Corvîsart. En même temps, il ni'arrache la

{)étition, l'approuve; et me la rendant avec a même impétuosité, ,, Envoyés au plus vite ,,un fourrier pour qu'on suspende l'exécution.** On. peut aisément se figurer la joie de cette famille, qui n^e témoigna sa reconnaissance par la voie des papiers j)ublics, Russillon fut enfermé» avec ses complices , et obtint plus tard sa mise eii liberté. 11 a fait, depuis le retour du roi , plusieurs voyage» a Paris , sans que je Taie vu. Il a pensé que j'attachais assea peu d'importance a ce petit service ; il a eu raison.

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