‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 28 sur 59 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Je nie remis en roiite : c'étaient des bois, des steps , tout ce que la nature a dé plus sauvage ; mais je rencontrais a chaque pas des ofBciers qui allaient en mission ; ils mie donnaient des nouvelles de mes amis, de Tarmée: j'oubliais les lieux que je parcourais; je discourais sur les chances probables de la guerre; ils me parlaient de la valeur des troupes , dé la prodigieuse activité de l'empereur. Elle était en effet inconcevable: les mouvements, l'administration, les mesures de sûreté et de prévoyance, il embrassait tout, il suffisait a tout. £es instructions données a M. d'Hautpoult en sont un exemple. Elles méritent d'être conservées.

„L'officif r d'ordonnance d'Hautpoult se ren- „dra a Ostrowno, et de la a Besxenkowicxi. Il „verra a Ostrowno si le village est réhabité et 9,s'il a un commandant de place pour le réor- „ganiser; il verra k Besscenkowiczi si les ponts ,,sont faits, et si on a substitué un pont de ray^deaux au pont de chevalet qui ne résisterait ,,pas aux premières crues de la rivière; il verra y,si on travaille k la tête du pont; il verra l'hô- »,pital , la manutention , les magasins ; et enfin, >,si le pays commence a se réorganiser. Il me 9,rendra comj[>te des troupes, qu il rencontrera, >,goit cavalerie, soit "artillerie, soit infanterie, »,8oit équipages militaires. Il verra a Be^aent^kowicki le quatrième régiment des chasseurs t,de la garde etlebataillon de Hesse-Darm^tadt,

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^auxquels ] ai ordonné de rester Ik en position ^jusqu'à nouvel ordre: il doit y avoir. aussi plu- ,^8ieurs pièces d'artillerie; il niudra avoir soin „que tout cela soit en position , et qu'on tra- ,,vaille à la téte'du ]K>nt9/afin de la tenpiner. ,,I1 s'informera si on a des nouvelles des Cosa- ,,ques; et» s'il est nécessaire , il restera un jour „a Besxeukowicxi, afin de toutvokrret de faire „8a dépêche. Il m'écrira de cet endroit, en „ayant soin de remettre sa lettre à la première ,,estafette qui passera a Besaenkowicxi. Il con- ,vtinuera sa route sur Poloxk, d'où il m'expé- „diera sa seconde dépêche ; il verra* les fônc- , ,,tionnaires de la ville, l'hôpital et la jmanuten- „tion. n me fera connaître combien de prison^ „niers a faits le duc de Reggio a ces différentes ^affaires qui viennent d'avoir lieu; combien de „l)Iessés; tout ce qu'il pourra apprendre sur ,,cette aÂEaire et sur la situation du corps du ,,duc de Reggio. Le duc de Tarente ayant pris ,,Dûnabourg, l'offiicier d'ordonnance d'Haut- ,,poult s'informera si la communication ent^e „les deux corps s'est opérée. Il prendra toutes ^ „les informations qui pourront me faiire con- „naitre la nature des forces opposées au duc de „Beggio; il restera avec ce maréchal, auquel „il remettra la^ lettre ci-jointe , jusqu'à ce^ que „c^lui-ci ait attaqué l'eunemi , éclairci la nve „droite et opéré sa communication avec Du- ,piabourg. . '

,,Nàpoléon.^^

Mais toute cette vigilance ne remédiait pas au mal. Les traînarde se multipliaient a vue d œil; iU encombraient nos derrières- Je rendis

compte a Tempercur, que je rejoignis au, bivouac a trois lieues en deçà de Sniolensk, du triste tal>leau que je n'avais cessé d'avoir sous les yeux dans mon voyage. „Cest la suite des y,long|i68 marches; je frapperai un grand coup „et tèut le monde se ralliera. Vous venex de „Wilii*:ciue fait JBlogendorp ? il se berce dans „8on indoli^nce? Il n a pas de femme avec lui?" Je n'en savais rien, je ne puis rien répondre. Napoléon reprit: ,,S'il a sa femme , il faut ,,qu elle rentre en France , ou du moins qu'il ,,la renvoie eh Allemagne, sur les derrières. ,,Berthier va lui écrire." On apporta des pa-

{)iers cju'on venait de traduire : les uns étaient es récits de ces victoires où quelques poignées de Cosaques nous avaient tous battus ; les autres des proclamations, des adresses où Toh nous signalait comme une troupe de missionnaires.

„voyea, me dit Napoléon; vous, ne vous doutiez „pas que nous fussions des apôtres: voila pour- ,,tant que nous venons damner les Russes. Ces ^pauvres Cosaques , ils vont devenir idolâtres.

^ 9,Mais en voici bien d une autre ! tenex lises ; «,c'est du russe tout pur. Le pauvre Platon ! „Tout est de même force dans ces tristes cli- „mats.** Je lus-: c'était un long amphigouri dont le patriarche assaisonnait une relique du saint Serge qu'il o&ait a l'empereur Alexandre. Il le terminait par ce paragraphe : „La ville de ,;Moscou, la première, capitale de Tempire, la ,,nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ, comme

' „une mère, dans les bras de ses fils aélés; et, „k travers le brouillard qui s'élève , prévoyant ,,la gloire brillante de sa puissance, elle chante t,dans ses transports: Hosanna^ béni &oit celui

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„quî arrive ! Que l'arrogant, relïronté Goliath „apj>orte des limites de la France l'effroi mor- ,,tel aux confins de la Russie ; la pacifique re- „ligion, cette fronde du David russe abattra tySoudain la tête de son sanguinaire orgueil. 9,Cette image de saint Serge^ antique défenseur „du bonheur de notre partie, est offerte k votre ^majesté impériale/*

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