‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 29 sur 59 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

L'alFaîre de Smolensk eut .^ieu. On se battit, on se canonna avec violence* Les Russes;, pris d'écharp et d'enfilade, furent défaits. Ils ne purent défendre ces murs tant de fois témoins de leurs victoires et les évacuèrent; mais les

gonts , les édifices publics , étaient la proie des ammes. Les églises surtout exhalaient des torrents de feu et de funiée-v Les dômes, les flèches et cette multitude de tourelles qiii dominaient l'incendié , ajoutaient encore au tableau et produisaient ces émotions mal définies qu'<Mi ne ûrouve que sur le champ de bataille. Nous entrâmes dans la place. £lle était a moitié consumée , d un aspect sauvage , encombrée de cadavres et de blessés qu'atteignent déjà Içs flammes. Le spectacle était affreux. Quel cortège que celui de la gloire!

Nous avions besoin de détourner nos regards de ces scènes de carnage. Les Russes fuyaient,' la cavalerie s élança sur leurs traces; elle attei-

Snit bientôt l'arrière-garde. Korff voulut tenir, fut accablé. Barclaj accourut avec ses masses, nous reçûmes des renforts; l'actioh devint terrible. Ney attaquait en tête, Junotparle flanc; l'armée ennemie était coupée, si le duc se fût porté en avant. Fatigué de ne pas le voir paraître, Murât courut a lui: „Que fais- „tu? que n'avances -tu? — Mes Westphaliens „chancellént. — Je vais leur donner l'élan." Le roi de, Naples se lette a la tête de quelques .

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escadrons, charge, culbute tout ce qui s'oppose a son passage. ,, Yoilk ton bâton de mfarécnal à ,,moitié gagné; achève, les Russes sont perdus/^ Junot n'acheva pas; soit lassitmde, soit défiance, le brave des braves sommeilla au bruit du ca« non ; et Ténnemi, qui àcqourait pour maintenir ses derrières, se reporta sur la ligne. La mêlée devint affreuse.; le l;>rave Gudin perdit la vie, et l'armée russe nous échappa. ISapoléon vi* sita les lieux où Ion avait combattu. „Ce n é- „tait pas au pont, c'est la», cest au village où* „deyait déboucher le huitième corps qu'était „la bataille. Que faisait Junot?" Le roi deNa-

Îdes chercha a atténuer sa faute. 'Les troupes, es obstacles , tous les lieux communs d usage furent employés. Berthier , qui avait toujours aimé le duc, s'intéressa pour lui; Caulincourt eh fit autant. Chacun plaida de son mieux en faveur d'urf brave a qui on ne pouViiit reprocher qu'un instant d'oubli. Mais noils avions gerdu de trop grands avantages. Napoléon me t appeler: „Jûnotvienttle manquer pour tou- „ jours son bâton de maréchal. Je vous donne „lè commandement du corj^s v^restphalien : vous ^parlez leur langue , vous leur donnerez l'ex- „eniple, vous les ferex battre." Je fus-flatté de cette marque de confiance^ et le lui témoignai; mais Junot était couvert de blessures, il s'était signalé en Syrie, en Egypte, partout; je priai l'empereur d'oublier un moment ' d'absence en faveur de vingt ^ns de courage et de dévouement. „I1 est cause que l'armée „russe n'a pas mis bas les armes: cette affaire „m'empêcherà peut-être d'aller à Moscou. Met- „tex-vous ^ la tête des Westphaliens.** Le toji

dont il prononça ces dernières paroles était' déjàbienradouci/ Les services de l'ancien aidede-camp atténuaient l'inaction du huitième ,,corps. Je repris: „7otre majesté vient de me ^,parler de Moscou. L'armée ne s'attend pas a „cette expédition. — Le vin est versé, ulaut „le boire.. Je viens de recevoir de bonnes nou- „velles : Schwaraenberg est eiï Wolhinie ; la ^Pologne s'organise, j'aurai toute espèce de se- „coui:s.** '

Je quittai Napoléon pour fidre part au prince de Neuchàtel et au duc de Vicence'dé la, disgrâce dont Junot était menacé. „Je souffre, me „dit le prince, de lui voir ôter ses troupes; ,ymais je ne puis disconvenir qu'il n'ait fait ,, manquer la plus belle opération de la cam* „pagne. Yoilkàquoi tiennent les succès de la „guerré, aun oubli, une absence d'un instant : „vous ne'aaisissez pas l'occasion a là volée; elle „disparaît et ne revient plus. Personne n'a plus „de courage, de capacité. Il joint aux qualités „du militaire les colmaissances les plus éten- ,,dues> il est intrépide , spirituel, aimable et „bon. Il s'est oublié pendant une heure; il „s'est préparé bien des ennemis. Au reste, je ^, verrai avec Caulincourt.** Ils agirent si bien "l'un et l'autre que Junot conserva son commandement; j'en fus fort aise, d'abord parce que cela lui évitait un affront, et qu'ensuite je ne me souciais guère de ses soldats. Malheureusement la fatigue avait Succédé a l'impétuosité du jeune âge. Il ne montra pas a la bataille de Moskowa cet élan , cette énergie dont il avait tant de fois donné l'exemple; et l'affaire de

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Veréia mit le comble au mécontentement de Napoléon.

No^us apprîmes, quelques jours après, Tirrup-tion de Tormasow. Nous étions inquiets , nous discourions de ces longues pointes, des dangers auxquel» on s'expose en s'éloignait outre mesure de sa ligne d'opérations. Sarïs doute Napoléon nous entendit. Il vint k nous , parla beaucoup de la manière dont il avait assuré ^ ses derrières, des corps qui formaient nos ailes, et de cçtte chaîne de postes, qui se liaient depuis le Niémen jusqua\ix lieux oii nous nous trouvions: „Torma6ow, nous dit-il, a mis „tous les enfants de Varsovie en l'air. Us le ^voyaient déjà fonctionnant a Prague ; mais le „voila renvoyé plus vite qu'il n'était venu," Il rentra dans son cabinet , et se mit à dicter avec indifférence, mais assex haut pour que nous n'en perdissions pas un mot, des instructions pour le duc de Bellune.

Napoléon au major-gënéraL

Dorogobaj, le s6 août 181 a.

„Mon cousin, écrîvea au duc de Bellune de ,,8e rendre de sa personne a Wilna, afin d'y „voir le duc de Bassano et d'y prendre con- ,,naissance des affaires et de l'état des choses; „que |e serai aprèsdemain a Wj^eama, c'est-a- „aire a icinq marches de Moscou; qu'il est „possible que, dan&.cet état de choses, les ^communications viennent a être interceptées; „qu'il faut donc que quelqu'un prenne alors „le commandement et agisse selon les circon- ,^stances ; que j'ai ordonné qu'on dirigeât sur „Minsk le cent-vingt-neuvième régiment, le

|,régiment illyrîenj le régiment vvestphalien, ;,qui était a Kœnigsberg , et les deux régiments ,^saxons; que j'ai en outre placé entre Minsk „et Mohilew la division Dombrbwski, forte- ^,de douae bataillons et d'une brigade de cava- „lerie légère ; qu'il est important que son corps „s'apprôche de Wilna , et qu'il se dirige selon „les circonstances, afin d'être à même de sou- „tei>ir Smolensk, Witepsk, Mohilew et Minsk; „que la division Doinbrowski doit être suffisante ,,pour maintenir les communications de Minsk „par Orsaa jusqu'à Smolensk , puisqu'elle n'a a ^contenir que la division russe ' du général „Heatel qui est a Moxjr, forte de six a huit „mille hommes, la plupart recrues et contre ,,laquelle, d'ailleurs, le général Schwartxen- ^,berg peut opérer; que les nouveaux renforts 9,que j'envoie a MinsK pourront aussi subvenir y,a tous les inconvénients; et dans tous les cas, „le mouvement du duc de Bellune sur Minsk ,,^et Orsaa, et de la sur Smolensk, me i)araît „propre a maintenir tous les derrières ; que „j'aL quatre mille hommes de garnison a Witepsk „et autant a Smolensk; que le duc de Bellune, „prenant ainsi position entre le Dnieper et la „i)wina, sera en communication facile avec „moi, pourra promptement recevoir mes ordi*es „et se trouvera en mesure de protéger les y,communications de Minsk et die Witepsk, „ain$i que celles de Smolensk sur Moscou;, „que je suppose que le général Gouvion Saint- „Cyr a suftisamment des deuxième et sixième >,corps pour tenir en échec Witgenstein, et n'en »,avoir rien a craindre; que le duc de Tarente „peut se porter sur Riga pour investir la place;

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„enfin, que f ordonne aux quatre demi-brigade^ „deTnarche, formant i>eut mille hommes, qui ^faisaient partie de la division Lagrange , de ae ^diriger sur Kowno: qu'ainsi ce ne serait que „dans le cas oii le général Gouvion Saint -Cyr ,,serait battu par le général Witgenstein et „obligé de repasser. la Dwina que le duc de ,^6ellune devrait marcher a son secours d'abord ; „(^ue, ce cas excepté, il doit suivre sa direc- 9,tion sur SmolensK.

„Surce, etc.

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