‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 4 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Il y en a qui prétendent que Napoléon n'a jamais été brave. Un homme qui de simple lieutenant d'artillerie est devenu chef d'une nation comme la nôtre ne peut être dépourvu d'aucune espèce de courage. Au surplus, le 18 brumaire, le 3 nivôse, le complot a Arena, attestent s'il en manquait. Il savait combien il avait d'ennemis parmi les jacobins et les chouans: cependant presque tous les soirs il sortait âj>ied; il se' promenait dans les rues, se perdait au milieu des groupes, sans être jamais accompagné de plus de deux personnes.

C'étaient ordinairemeijt Lannes, Duroc, Bessières , qu quelqiies uns de ses aides-dé-camp, qui le suivaient dans ces courses nocturnes. Ce fait n'était ignoré de personne a Paris.

On n'a jamais bien connu dans le public l'affaire, de la machine infernale. La police avait prévenu Napoléon qu'on cherchait a attenter k sa vie, et lui avait conseillé de ne pas sortir. Madame Bonaparte, mademoiselle Beaiihamais, nnadame Murât, Lannes, Bessières, l'aide-decamp de service, le lieutenant Lebrun, au^ jourd'hui duc de Plaisance,, étaient au salon; le premier consul travaillait dans son cabinet. On donnait ce jour-lk l'Oratorio d'Haydn; les dames avaient grande envie de l'entendre, et nous le témoignèrent. On demanda le piquet d'escorte; et LaAnes se chargea de proposer k Napoléon d'être de la partie. Ce prince y con-

sentit; et trouvant sa voiture prête, il prit avec lui Bessières et raide-de-camp de service. Je fus chargé d'accompagner les dames. Joséphine avait reçu de Constantinople un schall magnifique, quellémettaitpour la première fois. „Per- „mettea, lui dis-je, que je vous en fasse Tobser- „vation, votre schall n'est pas mis avec cette grâce „qui vous est habituelle." Elle me pria, en riant, de le jilo jer a la manière des dames égiptiennes. Pendant cette singulière opérations, on entendit Napoléon qui s'éloignait. „Dépêchex-vous, ma „soeur, dit madame Murât impatiente d'arriver ^,au spectacle; voila Bonaparte qui s'en va." Nous montâmes en voiture: celle du premier cçnsul était déjà au milieu du Carrousel; nous la suivîmes : înais nous étions à peine sur la place, que la machine fit explosion. Napoléon n'échappa que par un singulier bonheur, Saint-Régent, ou son domestiqxie François, s'était placé au milieu ^ de la rue Nicaise. 'Un grenadier de l'escorte, qui les prit pour de véritables porteurs d'eau, leur appliqua plusieurs coups de plat de sabre

S ai les éloignèrent; il détourna la charrette, onaparte passa , et l'explosion se fit entre sa voiture et celle de Joséjmine. A cette explosion terrible, les dames jetèrent les hauts cris; les glaces furent brisées, et mademoiselle Beauharnais fut légèrement blessée à la main. Je descendis et traversai la rue Nicaise au milieu des cadavres et des panade murs que la détonation avait ébranlés. Le consul ni personne de sa suite n'avaient éprouvé d'accident fâcheux. Il était dans sa loge, calme, paisible, occupé k lorgner les spectateurs ; il avait Fouché a ses côtés. ^Joséphine!** dit-il dès qu'il m'aperçut.

Elle

, • du généi-^l Rapp* 17

Elle entrait a l'ii^tant niéme> il n'acheva pasi^a question, „Ces coquins, ajouta*t-il avec le „plus grand sangfroid, ont voulu me faire „sauter. Faites-moi apporter un imprime de „rOratori<) de Haydn/'

' Les spectateurs aj>prirent bientôt k cjuel danger il avait échappé, et lui prodiguèrent les témoignages du plus vif intérêt. Voila, je crois, des preuves de courage qui ne sont pas équivoques : ceux qui l'ont suivi sut le chainp de bataille ne seraient pas embarrassés dVn citer d^autres*

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