‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 45 sur 59 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

J'allai occuper les lignes de la Lauter . Vingttrois ans auparavant nous les avions défendùesî* mais alors elles étaient en bon état , la rive gauche du fleuve était gardée; nous avions quatre-vingt mille combattants , un corps de réserve , et Tarmée du Haut-Rhin nous soutenait. Rien de tout cela n'existait plus.' Les-lignes n'offraient que des ruines: les digues et les écluses qui en faissaient la principale force étaieht presque entièrement détruites, et les places qui les appuyaient n'étaient ni armées ni même a l'abri' d'un coup de main. Nous .

comptions a peine quinae mille hommes d'infanterie répartis en troi? divisions , aux ordres des généraux Rottembourg, Albert et Grand- Jean. Deux m^Ue chevaux conmiandés par le comte Merlin composaient toute notre cavalerie. De Weisseribourg jusqua Huningue d'une part, et jusqua la Belgique de l'autre, la frontière était complètement dégarnie. Dans cet * état de choses, GeHnersheim devenait une position importante ; défendue par une garnison! considérable et vingt -quatre bouches a feu, elle ne pouvait être emportée que de vive force- Je ne désespérai pas du succès , et je fis , dès' , que la nouvelle des hostilités me fut ])arvenue, une reconnaissance générale , dans laquelle je m'emparai d'Hann , d'Anweiller , et de tous les villages de la Queich. Le chef d'escadron

Turckheim enleva au galop celui de Gottenstein et les postes bavarois qui i occupaient.

Le 21 au milieu de la nuit, toutes les dispositions étaient faites , et déjà les colonnes d'attaque se mettaient en marche, lorsqu'on annonça le désastxe de Waterloo. Elles furent aussitôt rappelées. Je sentais bien que l'ennemi ne tarderait pas a franchir le fleuve; je me hâtai de prendre les mesures administratives que les circonstances exigeaient, et de mettre en état de défense les places qui étaient sous mon commandement. Je jetai un bataillon d^ ligne dans Landau , où je fis entrer les caisses du^pays. Mais déjà, comme je l'avais

Ï^révu, les troupes de la coalition avaient passé e Rhin^Oppenheim et a Germisrsheim, et s'étaient partout répandues ; nos soldats furent obligés d'en venir aux mains pour arriver a / leur destination. IVous nous retirâmes derrière la Lauter; et le bruit de l'invasion du Haut- Rhin par la grande armée sous la conduite de Schwartzenberg m'ét^nt parvenu au même instant, je fis partir en poste deuxliataillons pour renforcer les garnisons de Neuf-Brisach et de Scbelestadt*

Les Russes, les Autrichiens, les Bavarois, les Wurtembergeois , les Badois , et une foule d'autres nations, réunis au membre de plus de soixante mille hommes, sous les ordres du pvince royal aujourd'hui roi de Wurtemberg, débordèrent aussitôt le faible corps que j'avais sous mes ordres.

j'avais d'abord eu le dessein de défendre l'Alsace pied a pied , en me repliant vers les Vosges, la Meurthe, la Moselle et la Marne:/

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mais fappiris que rarmée de la Moselle, qui.

m'appuyait par sa gauche , s'était dirigée vers le nord; que des colonnes ennemies occupaient déjà Sarrebruck et inondaieùt la Lorraine : ce mouvement n'était donc plus possible. D'un autre côté , une décision j)réci]>lté , dans les circonstances aussi imprévues, pouvait avoir les plus graves conséquences. Je temj^orisai, dans l'espérance de recevoir des ordres pour régler mes mouvements. Mais, depuisi la dépêche qui me donna connaissance de nos revers, je n'en reçus aucune jusqu'à la rentrée de Louis XVIII dans la capitale.

Dans la àoirée du 24 , la Cavalerie wurtembergeoise attaqua mes avant-postes ; les 7« chasseurs et 11« arogons prirent les armes, fondirent sur les assaillants, et les taillèrent en pièces. Le lendemain, l'armée continua son mouvement de concentration. Je m'établis en avant de la forêt de Uaguenau, la droite a Selts, le centre î Surbourg , et la gauche k cheval sur la route de Bitche , que Tenrierai avait déj^ investie.

Cette position, n'était que provisoire:, elle* était troj) étendue ; je ne l'avais prise que

Sour ne pas me porter tout a coup en arrière e la ville , et laisser pénétrer les alliés entre cette place et Saverne , que le lieutenant-général Desbureaux occupait avec un bataillon de ligne, des partisans et quelques lanciers. •

Le général Rottembourg était chargé de surveiller le Rhin en arrière et sur la droite* Je n'avais pu lui laisser qu'une brigade, que l'avais portée k Selta;- encore fus-je obligé de

retire^ le 40« au moment où les Autrichiens

{paraissaient. Il ne lui resta que le 39«, dont e deuxième bataillon formait les avant-postes et la reserve. Le l*"^, une compagnie de sapeurs et huit pièces de canon composaient le corps de bataille pour une ligne de plus d'une demi-lieu d'étendue. La position, sans être mauvaise par elle-même ^ n'avait rien de rassurant. La petite ville /de Seltx, appuyée au Rhin, est située sur les deux rives de la Seltabach. Cette rivière est assez bien encaissée sur une étendue d'environ deux cents tois«s ; mais plus loin elle est partout guéable , et les bois qui la bordent en fiàvorisent encore le passage. D'un autre côte, je craignais un débarquement, que Tennemi pouvait facilement effectuer en arrière de la droite, et auquel je n'eusse pu m'opposer que faiblement, attendu, que toute Tattention devait se porter sur le front; qui, comme je l'ai dit, s^étendait fort loii>.

Dans cette alternative , le général Rottembour^ se décida a ne faire observer le Rhin que par des patifouilles , et envoya une compagnie pour garder les gués, depuis le moulin de Seltz jusqu'à Nideradern. Il plaça son artillerie sur une petite éminence de la rive droite, k gauche de la ville , et ce qui lui restait de soldats se , porta en avant pour soutenir le deuxième bataillon, qui occupait les avant-postes et le bois.

A onze heures, l'ennemi ayante réuni ses masses , commertça l'attaque par un fèu de mousqueterîe bien nourri , qu il appuya avec huit pièces de canon. La résistance des nôtres fut opiniâtre , et pendant long-temps il ne put

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la vaincre; mais a la fin cette petite avant-garde fut contrainte de se replier aans le bois. Elle s y maintint avec un courage héroïque, et résista long -temps aux efforts .de huit a neuf mille hommes , que soutenait une artillerie nombreuse. EriHn, après quelques heui?es de la pins belle résistance , cette j^oignée de bra-» ves se retira dans le plus grand ordre , et vint se réunir au premier bataillon. * '

Enhardi par ce succès , Tennemi fit descen-.

dre ses masses. Il déboucha par la grande route, se dirigea sur Seltz , dont il croyait s emp^irer sans difficulté. Nous le laissâmes arriver sous le feu de nos batteries ; dès qu elles purent jouer, une décharge épouvantable porta la mort dans se» rangs. Rassuré par le nombre, il continua néanmoins/d avancer , et le combat se rétabli^ avec plus de vigueur qu'auparavant. Mais, toujours contenus par la valeur de nos soldats, et foudroyés par l'artillerie française , les Aur trichiens finirent par céder, et se retirèrent en désordre dans le bois. Leurs mouvements dès lors devinrent incertains, et ils hésitèrent longtemps sur ce qu'ils avaient a faire. Nos pièce» continuaient de porter la mort au milieu de leurs colonùes. L'attaque n était pas plus périlleuse que rinaction ; ils marchèrent en avant, et parvinrent a s'emparer de la partie de la ville située sur la rive gauche. Mais ce triomphe leur coûta cher. Quelques obus lancés sur les maisons dont il étaient maîtres les contraignirent a les quitter , et a regagner précipitamment leur premier asile; nos batteries redoublèrent leur feu, et firent essuyer aux fuyards une perte immense.

Cette attaque ne fut pas la seule dans la-

Îuelle ils échouèrent. Dès le commencement e l'action, ils s'étaient avancés , par la grande route de Weis»embour^ a Haguenau , sur Surbourg, qu'occupait un bataillon du 18* , commandé par le colonel Yoyrol. Ce yilla^ fut vaillamment défendu: pendant plus de deux heures l'ennemi ne put y pénétrer; mais il déploya enfin des forces si considérables , que, dans la crainte de voir toî^rner Ik position , le général Albert la fit évacuer. Nos soldats se replièrent derrière la Saare , où ils se réunirent . au reste du régiment. Assaillis en cet endroit par l'élite de l'armée autrichienne, ils restèrent mébranlable. Lassés de tant d'attaques infructueuses, convaincus qu^ils ne parviendraient pas a forcer des hommes qui paraissaient décidés a mourir à leur poste , ni a s'emparer des avenues, de la forêt , les alliés se décidèrent enfin a la retraite. *

Nous avions trois cents hommes tués ou blessés : les Autrichiens , de leur propre aveu, en avaient perdu deux- mille et avaient eu deux pièces de canon démontées.

Nos troupes avaient a peine pris quelques heiu*es de repos , lorsque je fu» oblige de les remettre en marche. L'armée alliée du Haut- Rhin s'avançait sur Strasbourg; cette nouvelle m'était parvenue pendant l'action. Je n'avais pas un instant k perdre. Je me dirigeai sans délai sur cette place, et l'événement a fait voir si cette mesure était juste.

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