‹ Mémoires du maréchal de Berwick. Ebauche de l'Eloge historique du maréchal de BerwickChapitre 10 sur 14 · DO MARÉCHAL DB B£HWICK · texte numérisé non relu

DO MARÉCHAL DB B£HWICK

pareillement la tété du village ; et comme je tâchoîs

(le m'y maintenir, dans l'espérance que M. de Luxembourg, àqni j'avois envoyé, ieroit avancer du secours, je me trouTai à la fin totalement coupé* Alors je voulus tâcher de me sauver par la plaine; et ayant 6të ma cocarde blanche, Ton me prenoit pour un officier des ennemis : malheureusement le brigadier Churchill, fri^re de milord Ghùrchill, présentement duc de Marlborough , et mon oncle , passa auprès de moi, et reconnut un seul aid^ de camp qui m'étoit resté 5 sur quoi, se doutant dans l'instant que j'y pourrois bien être, il vint à moi, et me fit son prisonnier. Après nous être embrassés , il me dit qu'il étoit obligé de me mener an prince d'Orange. Nous galopâmes long-temps sans le pouvoir trouver^ à la iin nous le rencontrâmes fort éloigné de l'action, dans un fond où- Ton ne voyoit ni amis ni ennemis. Ce prince mé fit un compliment fort poli , à quoi je ne répondis que par une profonde révérence : après m'avoir considéré un moment, il remit son chapeau, et moi le mien; puis il ordonna qu'on me menât à Lewe. J'ai raconté toutes ces circonstances , à cause que dans le monde on les avoit tournées tout autrement, et qu'on avoit fait sur cela des contes fort éloignés de la vérité.

Après ma prise, le maréchal de Luxembourg rattaqua, et se rendit maître de la plus grande partie du village , d'où il pensa néanmoins être encore rechassé; mais enfin à force de troupes il vint à bout d'en chasser totalement les ennemis, et alors, moyennant le feu de notre infanterie, il fit entrer sa cavalerie dans les retranchemens. Après nombre de charges, les ennemis furent entièrement battus et mis en fuite. Le

38ft [1693] MÉMOIRES •

prinoe d*Orai|ge et rëlecteur de Bavière «e fetirèmn avec partie dn débris à Tirlanont et Lowvain. Le

prince de Nassau, stathouder de Frise, les généraux Ginckie et Talmash, passèrent par Lewe, et gagn^ rent la Hagueland. Je marchai avec^ces derniers jusqu'à Sichem, d*o& Ton m'enyoya à Malines, et puis à Anvers. . ..

Les ennemis perdirent à cette bat^Ue près de vingt mille hommes, et nous «u moins huit mille. Mont^^ chevreuil, lieutenant général, nôlord Lucan et Ligneville , maréchaux de camp , sept brigadiers de cavalerie , et nombre d'autres ofEciers, furent tués de notre côté.

On ne doutoit pas qu'après une victoire si complète le maréchal de Luxembourg ne se rendît maître de tous les Pa;^s-Bas^ mais on fut surpris de voir qu'il ne fit aucun naouvement : il prétendoit n^étre pas en état, faute de vivres, de pouvoir maircher en avant. Mais il étoit facile de répondre que le pays étoit plein de subsistances , et que la consternation étoit si grande, que s'il eût seulement £uit avancer un corps considérable, on auroit de toutes parts apporté les cle& et des provisions. Bruxelles, Louvain, Malines, Lierre, n'attendoient que de le voir paroitre, ou une semonce, pour se soumettre. Je pub rassurer, car pendant que j'y étois Von venoit me demander ma protection.

Cette inaction des Français donna le temps au prince d'Orange de rassembler une armée, tant du débris de la sienne que d*un renfort d'Allemagne el des troupes de M. de li^rtemberg , qu*il fit revenir de Flandre. Avec cette armée il vint se poster auprès de Bruxelles^ et M. de Luxembourg avec la sienne

DU MARÉCHAL DE fiEEWICK. [1698] 3^3

m ^ôdcnpa, pendant le mois'd'août, quli donfier à ses troupes aboncfance de vivres et de fourrages dans le Brabant et le pays de Liëge.

Après la bataille M. de Luxembourg m^ayoit répété, afin que , selon le cartel, on me renvoyât au bout de quinze jours ; mais quoique de son côté il eût relâché sur leur parole tous Ifis ofliciers généraux ennemis qui ëtoient priso^iers, toutefois on me gapdoît k Anvers : sur quoi la fortune ayant voulu que le duc d'Ormont ne pût, à cause de ses blessures, profiter du congé comme les autres, M. de Luxent bourg fit déclarer aux ennemis quil retiendroit ce duc jusqifà cè qif on m*éât renvoyé; U somiAa ausn le lieutenant général Scravemore et le reste des officiers de revenir à Namur. Cela produisit son effet, et je Tetotimai joindre notre armée au camp de Nivelle. Le prince d^Orange avoit certainement dessein de m'envoyer prisonnier en Angleterre, où Ton m'auroit gardé étroitement à la tour de Londres, quoique cda eût été contre toutes les règles de la guerre; car quoiqu*il prétendit que j^étois son sujet, et par con** séquent rebelle, il ne pouvoit me traiter comme tel du moment que je n'avois pas été pris sur les terres de son obéisssuace : nous étions sur les Etats du roi d*Espagne, et j^avois Thonneurde servir de Heute* nant général dans Tarmée du roi Très - Chrétien ; ainsi le prince d'Orange ne pouvoit jamais y être regardé que comme auxiliaire.

Au mois de septembie, le maréchal de Luxèm*bourg, pressé par les ordres "de k cour, résolut d'attaquer Charleroi. Il vint pour cet effet se camper dans les plaines de Fieurus^ et le maréchal de Ville-

roy fat détaché pour en £ûre le sïégfi : M. de Vanban y arriva, et en eut la direction. Après la tranchée

ouverte, M. de Luxembourg me détacha avec dixsept bataillons et quelque cavalerie pour aller camper auprès de Mons, non-senlement pour convrir le pays, mais aussi dans la vue d*ayoir une téte d*armëe à-portëe de se rendre diligemment en Flandre, si les ennemis y vouloient marcher.

Charleroi fut pris dans un mois de temps (0,tnaigré la belle défense que fit M. de Castillo, depuis marquis de Villadarias^ et nous allâmes fiuir notre campagne à Courtray.

Î1694J Je servis en Flandre dans Farmée de monseigneur le Dauphin, qui avoit som^ lui les maréchaux de Luxembourg, de Villeroy, de Joyeuse et de Boulllers. Mais le premier, par une distinction particulière, commandoit aux trois autres, lesquels prenoient le mot de lui chacun à son tour, comme nous le faisions d'eux. Nous passâmes Ja campagne à consommer les fourrages aux camps de Saint-Tron^ de Tongres et de Vignaniont ; les.ennemis en &isoient autant de leur côté.

Vers le mois de septembre, les ennemis ne craignant plus d'entreprise de notre part, vu la saison avancée, formèrent le dessein de profiter de la position où ils se trouvoient, et de se porter en Flandrë ; ils n'avoienl que seize lieues à faire pour gagner TEscaut entre Tournay et Oudenarde, au lieu que, par le tour qu*il nous ftlloit faire, nous en avions le double : cela leur faisoit juger avec raison qn'y arrivant plus tôt que nous, ils forceroient aisément nos

- (1) Le 1 1 iiGlobri'.

lignes de Gomines, ët se plaçant au milieu de notre pays , iU en tireroient de grosses subsistances et contributions. La confiance qu ilsavoient dans ce projet, qui ne pouvoit naturellement manquer de réussi r» fut cause qu*il échoua; car, se croyant sûrs de leur &it, ils marchèrent fort lentement. Dès que nous apprîmes quils avoient décampé, nous passâmes la Sambre auprès de Namur^ nous la repassâmes à Mierbe- Poitrine 9 et par les marches les plus vives nous arrivâmes à Toumay avec toute notre infanterie , ou du moins tous nos drapeaux , en raéme temps que les ennemis arrivoient à Port et ËscanafTe , ou ils avoient dessein de faire leurs ponts sur FEscaut.

Monseigneur lé Dauphin , qui avoit pris les devants avec la cavalerie et huit ou dix bataillons, avoit été joint au pont d'Ëspierre par M. de La Valette, lieu* tenant général, qui commandoit dans les lignes avec une douzaine de bataillons. U se mit en bataille à la vue des ennemis, et mit contre eux en batterie quelques pièces de campagne. La surprise du prince d'Orange, qui croyoit ne trouver que M. de La Valette, fut si grande , qu*il ne jugea pas à propos de rien hasarder ce jour-là. Le lendemain, nous allions joindre monseigneur le Dauphin, qui n'étoit qu'à trois lieues de nous^ mais les ennemb s'étant remis en marche pour Oudenarde, nous allâmes camper à Courtray. Le prince d'Orange fit un détachement qui pritHuyj et ainsi finit cette campagne.

[1695] Cet hiver, mourut le maréchal duc de Luxembourg (v), universellement regretté des gens de guerre. Jamais homme n'eut plus de courage, de

(t) Luxembourg : 11 mourut le 4 janvier, à l'âge de soizante-tnpt ans.

Jd6 [t^^] MÉMOIRES

vivacité, de prudence et dliabUeté-, jamais homme n'eut plus la confiance des troupes qui ëtoient à ses ordres ; mais rinaction dans laquelle on ravoil vu rester après plusieurs de ses victoires Ta fait soupçontfer de ii*avoir point envie de finir la guerre , ne droyant pas pouvoir faire la même figure à la cour qu'à la téte décent mille hommes. Quand il étoit question d'ennemis, nul général plus brillant que lui^ mSiis du moment que Faction étoit finie il vouloit prendre Hes aises, et paroissoit s'occuper plus de ses plaisirs que des opérations de la campagne. Sa figure étoit aussi eictraordinaire que son humeur et sa cohvëi^bn étoient agréables. Sa grande familiarité lui avoit at* tiré ramilic des olficiers^ et son indulgence à ne point trop se soucier d'empêcher la maraude Tavdit fait adorer des soldats, qui, de leur côté, éè piqnôiént d*étre toujours lenr devoir quand il avoit besbih de leurs bras.

Le maréchal de Villeroy fut nommé général de Farmée de Flandre , à la place de M. de Luxembourg; et je servis avec lui. Notre armée étàtit infériëtire à celle des ennemis , M. de Villeroy resta avec une partie derrière les lignes de Comines*, et le maréchal de Boufflers, avec le reste, derrière les lignés èntre la Lys et l^Escaut. Le prince d'Ôrange laissa auprès d*Ou- denarde l'électeur de Bavière avec moitié de son armée, et s'avança avec le reste à Rousselaér, à uae lieue de Comines. Son intention étoit de nous faire croire qu'il vouloit nous attaquer, afin qne notfs'nous fissions rejoindre par Bou(Bers; et alors, par une contre-marche , de se porter diligemment sur Namur. Lorsque le maréchal de Villeroy vit arriver le prince

Page 1