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(l'Orange à Rousselaer, il proposa au Roi de l'attaquer-: ce qui se pou voit exécuter facilement, et avec apparence^ de succès^ car pendant que nous Taurions attaqué de front le maréchal de Boufflers pouvoit, en une marche de nuit , passer la Lys auprès de Courtray, et se trouver à la pointe du jour sur les derrières des ennemi^ Le^pomte de La Mothe, qui étoit à Ypres,avec un corps de troupes, devoit arriver en même temps sur leur droite : de manière qu'il y avoit apparence que nous les aurions écrasés dans ce tron^ où ils s*ëtoient fort mal k propos enfournés, et d*oà il ne s^en seroit échappé aucun s'ils eussent été battus.
La cour, persistant dans la résolution de demeurer sur la défensive, ne voulut point consentir à la proposition. Le prince d Orange, étant resté quelque temps à Rousselaer, décampa au mois de juin, et se porta tout d'un coup devant Namur, qu'il avoit fait investir par le comte d'Athlone. Le maréchal de BouiEers eut toutefois le temps de s-y jeter avec quelques rëgimens de dragons. Nous restâmes arec Tannée entre Tournay et Courtray , jusqu'à ce que le siège fût entièrement formé \ après quoi le prince de Vaudemont étant demeuré auprès de Deinse, avec trentei^batail* Ions et soixante escadrons, pour nous obsèrver, le maréchal de \ illeroy résolut de l'attaquer. Pour cet ed'et, nous marchâmes de nuit; et quoiqx^ nous eussions la Lys à passer, et huit lieues à faire, nous arri^ vâmes sur lui presque avant qu'il en fût informé : on attaqua et prit deux bataillons prussiens qui se trouvèrent campés en avant. Le prince de Vaudemont ne jugeant pas la paf^e âoutenahle], se détennina à la retraite : elle lui eût été très-difficile , j'oseSkiéme dire
impossible, d autant que toute notre gauche ëtoit dëjà arrivée sur son flanc droit, et quavec ^'infanterie j*ëtois déjà à mille pas des ennemis, derrière le village d*Âr8ene. Tavois dëtachë M. de Surville, brigadier, avec tous les grenadiers, et je Je suivois avec quarante bataillons, quand tout à coup un ordre supérieur me ût faire halte; -et par là les ennemis, que nous pouvions joindre et charger, nous échappèrent. La conséquence de les avoir battus auroit été la levée du siège, quils n'auroient pu continuer ^ carj outre que nous serions devenus supérieurs en nombre, surtout lorsque les secours qui nous venoient d^Alle* magne nous auroient joints, nous pouvions sans coup férir obliger le prince d'Orange à abandonner son entreprise, en nous mettant entre Bruxelles et Namur^ et par là lui coupant les vivres.
Vauderaont retiré à Gand, nous fûmes attaquer Dixmude, qui ne tint que peu de jours : la garnison, Composée de huit bataillons, fut prisonnière (i;. De là nous fûmes à Deinse, où il y avoit deux bataillons , qui se rendit sans résistance Le commandant de la première de ces villes eut la téte coupée, et celui de la dernière fut cassé, avec infamie : ce que tous deux méritoient, pour ne s*étre pas défendus autant qu ils le dévoient.
Ces expéditions faites , nous marchâmes à Bruxelles, derrière laquelle ville le prince de Vaudemont se plaça. Le maréchal de Villeroy écrivit à Télecteur de Bavière, qui y éloît arrivé du camp devant Namur, pour lui faire savoir qu'il avoit ordr;e du Roi de bombarder cette capitale des Pays-Qas^^ en représailles de
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ce que la flotte des alliés faisoit sur les côtes de France^ mais que si Son Altesse Electorale youloit promettre qa*à ravenir on ne feroit plus rien de pareil, il n'exëcuteroit pas les ordres qu'il avoit. L'électeur lit d'abord réponse quil enverroit au prince d'Orange pour savoir ses volontés ; mais comme le maréchal de Villeroy loi manda qu^il ne ponvoit accorder de délai , et qu'il falloit sur-le-champ une réponse positive, rélecteur déclara qu'il n'étoit pas en son pouvoir de donner sa parole snr cette affaire : sur quoi, les batteries étant faites, nous bombardâmes la ville pen-» dant deux fois vingt-quatre heures ij, et nous y jetâmes force boulets rouges. Jamais on ne vit un spectacle plus afireux, et rien ne ressembloit mieux à ce que Ton nous raconte de Tembrasement de Troie. On estime que le dommage causé par cet incendie montoit à vingt millions.
% De Bruxelles, nous nous mimes en marche pour tenter le secours de Namur ; et ayant été joints par les détachemens venus d'Allemagne, nous allâmes par la grande chaussée.
Après avoir passé le défilé des Cinq-£toiles , comme nous commencions à . camper sur la Méhaigne, nous vîmes paroître de l'autre côté un gros corps de cavalerie. D'abord nous crûmes que ce pouvoit être l'armée d'observation du prince d'Orange, qui vouloit nous disputer le passage de la rivière ; mais nous aperçûmes bientôt que cela n'étoit point suivi. C'étoit M. de La r orest, qui venoit avec trente escadrons nous reconnoitre. M. le maréchal de Villeroy prit tout ce qui se trouva de cavalerie dans le camp, car la.pliiji
(0 Le bombardement commença le i3 août.
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glande partie ëloit allée au fourrage ; et passant à Boneff, il i^ttaqua La Forest, qui songeoit déjà à se
retirer. Il fut poussé et suivi jusqu'auprès du camp ennemi, d'où il sortit beaucoup d'infanterie pour faciliter la retraite de La Forest : sur quoi nous jugeâasès aussi à propos de nous retirer à notre camp , craiute que toute l'armée ennemie ne sortit sur nous, ayant plus de deux lieues de chemin à faire. Nous ne fumes pas suivis. Dans cette action nous ne perdîmes cfu'une centaine dliommes, et IKL de La Forest en perdit au moins quatre cents.
Le lendemain, nous allâmes reconnoitre le camp des ennemis , que nous trouvâmes de toutes parts bien postés et retranchés; de manière qu'il fiit déterminé qu'on ne pouvoit les attaquer avec espérance de réussir. Nous ne restâmes que trois jours dans ce camp ; car ayant appris quelHamur setoit rendu nous décampâmes aussitôt, et regagnâmes nos frontières. A . la fin d'octobre, les ennemis ayant commencé à se séparer pour entrer en quartiers d'hiver, nous en fîmes autànt. Le maréchal de BoulHers avoit fait une belle défense, tant dans la ville que dans le château. Ce dernier étant entièrement ouvert, il soutint l'assaut général ^ et quoique les ennemis fussent déjà entrés dans la place , il les rechassa avec une perte considérable de leur part : mais à la fin , ne voyant phis d'espérance d'être secouru , et ne croyant pas qu'il fût raisonnable d'exposer à un second assaut la garnison fatiguée et dimi|iuée considérablement, il demanda à capituler. Le prince d'Orange lui accorda volontiers toutes les
(t) àTétoit rendu: La ville fut prise le 4 aoûi, et le cbAtean le 9 septembre.
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conditioiis les plus honorables, telles que mëritoient sa dignité , son mérite personnel , et ce qu'il venoit de
jEaire : mais après que la garnison fut sortie il fit arrêter le maréchal, sous prétexte que, contre le droit des gens^ on retenoitles.huit bataillons pris àDixmude, au lieu de les renvoyer, selon le cartel, au bout de quinze jours après qu'ils eurent été réclamés. A la vérité lipus avions tort, et le tout venoit de la faute de M. de Montai, qui avoit fait la capitulation de Dixmude; car s'il y avoit stipulé le mot d'à discrétion, au lieu de celui de prisonniers de guerre , il ny auroit eu aucune difficulté. Le maréchal de Bouiilers fut mené à Ma^ëstricht, où on le garda jusqu'à ce que le Roi eût promis de relâcher les susdits huit bataillons: sa détention lui donna occasion d'entamer quelques propositions de paix, qui deux ans après produisiirent les conférences publiques qu'il tint avec milord Portland.
[i6q6] Le roi Jacques avoit sous main concerté un soulèvement en Angleterre , où il avoit fait passer nombre d'o£Giciers : ses amis y avoient trouvé le moyen de lever deux mille chevaux bien équipés , et même enrégimentés, prêts à se mettre en campagne au premier ordre -, plusieurs personnes de la première distinction s'étpient aussi engagées dans Fafiairej mab fous unanimement avoient résolu de ne point lever le masque , qu'un corps de troupes n'eût premièrement débarqué dans l'île. Le roi Très-Chrétien consentoit volontiers à 1^ fournir ^ mais il insistoit qu'avant de &ire l'embarquement les Anglais prissent les armes, ne voulant point risquer ses troupes sans être sûr d'y trouver un parti pour les recevoir.
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Ni les uns ni les autres ne voulant se relâcher de leurs résolutions, de si belles dispositions ne pouvoient rien produire : ce qui détermina le roi d'Angleterre à nVenvoyer sur les lieux , pour tâcher de convaincre les Anglais de la sincérité des intentions de la cour de France » et les engager à prendre les armes sans attendre la descente, leur promettant que dans l'instant le marquis d'Ilarcourt, nommé gênerai de cette expédition, feroit embarquer ses troupes. Je passai donc déguisé en Angleterre. Je me rendis à Londres, où j'eus plusieurs conversations avec quelques-uns des principaux seigneurs : mais j'eus beau leur dire tout ce que je pus imaginer de plus fort/et leur représenter la nécessité de ne pas perdre une si belle occasion, ils demeurèrent fermes à vouloir qu'avant que de se soulever le roi d'Angleterre mît pied à terre avec uue armée. Pour dire la vérité, leurs raisons étoient bonnes; car il étoit certain que dès que le prince d'Orange auroit vu la révolte, ou qu'il auroit eu avis du projet (ce qui ne pouvoit demeurer longtemps caché, attendu les préparatifs qu'il étoit nécessaire de faire pour le transport), il auroit dans l'instant mis une flotte en mer, et auroit fait bloquer les ports de France -, au moyen de quoi les soulevés se trouvant obligés de combattre, avec leurs troupes levées à la hâte, contre une bonne armée composée de soldats aguerris et disciplinés, il étoit certain qu'ils auroient été bientôt écrasés.
Ne voyant pas dapparence de pouvoir faire changer de sentiment à ces seigneurs, et ayant d'ailleurs été informé, pendant mon séjour à Londres, qu'il s'y tranioit une conspiration contre la personne du prince
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d'Orange, je crus que ma principale mission étant finie, je ne devois pas perdre de temps à regagner la France, peur ne point me trouver confondu avec les conjurés , dont le dessein me paroissoit difficile à exécuter. Je retournai par le même chemin que j'étois venu -, et étant arrivé à une maison près de ia mer, où je devois avoir nouvelles de mon bâtiment, je me couchai sur un banc, et m^endormis. Au bout de deux heures, je fus éveillé en sursaut par un grand bruit que j'entendis à la.porte; et me levant, je vis entrer nombre de soldats armés de fusils. J'avoue que d*abord ma surprise et mon inquiétude furent grandes ; mais bientôt j'en fus quitte pour un peu de peur, car, à la lueur d'une lampe, je reconnus le maître de mon bâtiment, qui, crainte d*accident, . avoit par précaution mené avec lui une douzaine' de matelots bien armés.
Je m'embarquai tout de suite, et j'arrivai à Calais en trois heures de temps»
Ayant de là pris le chemin de Saint-Germain, je • rencontrai le roi d'Angleterre , que la cour de France avoit fait partir un peu trop précipitamment, nonobstant ce dont on ëtoit convenu avec moi, savoir; qu'il ne bongeroit pas jasqu*à ce qu^il eût de mes nouvelles. Ce prince continua sa route pour Calais, et m'envoya à Marly rendre compte de l'aflfaire dont j*ë^is chargé. Le roi Très^hrétien demeurant ferme i^ns sa première résolution de ne point faire d'embarquement jusqu'à ce qu'il eût appris un soulèvement formel en Angleterre, conclut que l'entreprise ne se feroit pas : toutefois, comme je lui fis part du projet qu'on m'avoit communiqué contre la personne
du prince d Orange, il ordonna que tout resleroit daj^s ht même état, afin d'être prêt à passer en Âuglehifi^ , m cas que «ûi la ooaveUe qoe depuis mon dépari il y fiU arrivé qaelqae éwéBemeni. Âhisi j'allai à Calais rejoindre le Roi : nous y apprîmes bientôt que U cçf^ùcation avoit été découverte, beaucoup de ecapablesar^éléS) et que tous les yaisse^m de ^[lierre qui se trouvoienl daos la Tamise avoient ordre de veuir aux dunes. La cour de France ne laissa pas de priei; le roi d'Angleterre de rester encore quelque %mfê 9Qr les côtes, quoiqu'il n*y eût pl^us de possi- Ulilé de rieu ent^prendre.
Il sera utile de dire en peu de mots ce qui regarde cette conspiration, quç le prince d'Orange a voulu impntec à son besnrpèce ^% au roi Très-€hi;étie9i. .
Tai déjà dit qu'il y, avoit deux mille cbivaiu: de prêts à se mettre en campagne pour joindre le Roi à son amvée> Le chevalier Fenwick, maréchal de camp, devoit se mettre k leur téte { et on lui avoit envoyé de France noiubre d*oflBçiers pour qu'il s'en servit. Le chevalier Barkley, brigadier, lieutenant de ma compa^ie d^.gjirdes du corps, qui étoit du no^l>re» se tMtmnt u«k jouF ai^ c^lyiret à Londres avec {e sieur Potter , gentilhomme catholique, çelui-ci lui dit que , pour faciliter le soulèvement prémédité , il avoit imann pr<\iet quil crpyoit dçvo^r rendre 1;^ chose prwpie sûr«. U lui ^ipliqv^ tont^&t ^es aUé^ et venues du prince d'Qraugçi, et dit qu'il se feroit fort, avec une cinquantaine d'hommes, de battre les gardes, et de se saisir de sa personne. Q^rkley goû^ Is^ pfoposilien) tout fut içé^é entre çux, \^ homi;pies cîioisis, et le jQqr même pri^ pmr Foxécution : de manière
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qu'ils ne doutoienl plus de la réussite. Barkley, que je vis trois jours après mon arrivée à Loadres , m'en fit coofidenfee ; et quoique je ne trouvasse pas la chQSç aussi sûre qu'ils la faisoîent , je ne cnis pas être obligié en honneur de l'en détourner : mais Pendergras, un des conjurés, effrayé du danger, ou, pour mieux dire, dans la vue de la réèompense, alla découvrir ]e tout à milord Portland. Ainsi cette affaire manqua précisément sur le point qu elle alloit s'exécuter. Le prince d'Orange étoit prêt à sortir, ses carrosses arrivés; mais dans l'instant tout fut renvoyé, et les ordres furent donnés pour tâcher de'saisir les coupables, dont on prit plusieurs, qui furent condamnés et exécutés à mort. Porter, qui avoit tout imaginé et proposé, se voyant arrêté, et attiré par la promesse dn pardon, servit de témoin contre ses camarades eX ses amis ; tant il est vrai que la crainte de mourir peut quelquefois déterminer des gens jusqu'alors honnêtes à commettre des actions indignes.
Barkley se sauva ; et si j'avois tardé plus long-temps à partir de Londres, j'aurois couru grand risquç, car éà tous côtés on arrêtoit les passans. Le chevalier Fenwick, qui ignoroit totalement la conspiration ^ fut arrêté ; et quoiqu'il n'y eût pas de preuves sufli-r santés pour le convaincre d'avoir eu intention de sfi soulever, le parlement ne laissa pas de le condamner à mort, déclarant que cette manière de procès et de jugement ne pourroit servir d'exemple à l'avenir. La vérité est que le prince d'Orange avoit une haine personnelle contre Fenwick, et se servit de la disposition des esprits et de la conjoncture pour les déterminer, malgré les lois, à sacrifier cet homme à son
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ressentiment. La noblesse du comté 4e Lancastre fut plus heureuse; car quoiqu'ils fussent tous dans le
projet du soulèvement , et que pour cet effet ils eussent actuellement armé hommes et chevaux prêts à s'en servir, on ne put jamais les condamner,/faute de témoins. Le Roi demeura environ six semaines à Ga<^ lais ou à Boulogne, après quoi il retourna à SainN Germain j et j'allai servir en Flandre, dans! armée de M. le maréchal de Villeroy.
Il ne se passa rien de considérable pendant toute la campagne. On ne songea de part et d autre qu'à subsister^ et rarrière-saison venue, on entra en quartiers d'hiver.
[1697] Je servis encore cette année dans Tarmée de M. le maréchal de Villeroy. La paix ayant été faite en Italie, la cour en avoit fait venir toutes les troupes en Flandre, où elle en forma trois armées, sous les ordres des maréchaux de Villeroy, deÎBoulflers et de Catinat. Les trois faisoient cent trente-trois bataillons et trois cent cinquante escadrons. Catinat lit le siège d'Ath : la défense en fut très-médiocre ^ de manière qu'il ne dura pas un mois Après cette conquête, nos armées marchèrent en avant du côté de Ninove; mais le prince d'Orange, qui étoit beaucoup inférieur, demeura toujours clos et couvert auprès de Bruxelles. Le maréchal de BoulHers eut plusieurs conférences avec milord Portiand, et enfin la paix générale fut réglée; ce qui mit fin et à la campagne et à cette guerre (2). La prise de Barcelone par M. de
(i) La ville fat pribe le 5 juin. — (a) A cette guerre . La paix fat signée \ Riswick avec la Hollande le ao septembre, avec TEspagac et rAi>gkurrc le ai, et avec riiuipercur le 4 octobre.