‹ Mémoires du maréchal de Berwick. Ebauche de l'Eloge historique du maréchal de BerwickChapitre 12 sur 14 · DU MARÉCHAL DB B1SR1¥IGK · texte numérisé non relu

DU MARÉCHAL DB B1SR1¥IGK

Vendôme , au mois d'août, détermina les Espagnols à signer; et l'Ëmperear, ijoi, selon la coutume ordinaire de ]a cour de Vienne , ne se dëcidoit jamais qu'après ses alliés, accepta pareillement, après quelques contestations, les conditions que le prince d'Orange avoit réglées pour lui.

. Le roi d'Angleterre eut la mortification de voir Insurpateur reconnu pour roi -, mais il ne s'en prenoit qu'à son mauvais sort, et au besoin ^ue la France avoit de la paix, sans en conserver Acun ressentiment contre le roi Très-Chrétien, dont il ayoit reçu tant de marques d'amitié. Par le traité de paix, il avoit été stipulé que le prince d'Orange paieroit régur lièrement à la reine d'Angleterre son douaire : mais quand la France en demanda l'exécution, milord Portland soutint que le maréchal de Boufflers lui avoit promis qu'en faveur de cet article le roi d'Angleterre sortiroit de France. Boufflers avoua que Portland lui en avoit parlé, mais qu'il ne s'étoit engagé à rien. Quoi qu'il en soit, la France ne crut pas devoir recommencer la guerre pour ce douaire ^ et la Reine tfen a jamais rien touché.

L'on fit une grande réforme dans les troupes irlandaises, que l'on réduisit à huit régimens d'infanterie et un de cavalerie. Les gardes du corps furent réformés; et l'on me donna un régiment d'infanterie, dans lequel cent cinq gardes furent incorporés comme cadets, avec haute paie.

[1698J Ma femme, que j'ayois épousée en 1696, mourut au mois de janvier de cette année. £lle étoit attaquée de la poitrine ; et je Tavois menée à Pezénas en Languedoc, dans l'espérance que l'air de ce pays

[l^l MÉMOIftBS

pourroit rétablir sa santë. Elle ctt>it fille du comte de Clanricard, de Tancienne et illustre famille desBourke en Irlande

[1699] Je fis ini voyage en Italie, poumon plaisir uniquement : j*allai à Turin ^ de là , par la Lorabardie, à Venise; et ensuite, par Lorette, à Rome. Le cardinal de Bouillon, qni y ëtoit chargé des affaires de la France, me logea ches loi.

La duchesse de Bracciàno, qui depuis a pris le nom de princesse (fes Ursins (^), ëtoit aussi alors à Rome , et j'allois tons les jonrs la voir, Payant connue en France* Elle ëtoit brouillëe à outrance avec le cardinal de Bouillon : j'en dirai en peu de mots l'origine, afin de faire voir que souvent les plus grandes querelles ne viennent que de sujets très-lëgers. Le doc de Bracciàno ëtant mort, le cardinal ,^ui ëtoit Tert ami fle la duchesse , courut chez elle , afin d'empêcher que la justice n'y put mettre le scellé \ car c'est à Rome an privilège des cardinanx que les gens de justice ne peuvent entrer dans les maisons où ils sont. Madame de Bracciàno fit servir un grand dîner dans son antichambre pour le cardinal, lequel n'en voulut pas, prétendant devoir manger avec elle au chevet de son lit. 'Elle eut beau représenter que, le corps de son mari étant encore dans la maison, ce seroit contre la bienséance, il s'en tint très-ofFensé, et le soir s'en retourna chez lui à jeun. Peu de jours après , madame

(i) Il mVa reste an fils, qui naqait le ai octobre ci à qui en 1716 cédé lu dochtf de Liria en Espagne. Il s*eft marié la même année à don« CathnriiM de Portugal, aasar et nniqne héritière dn duc de Vecigoas. ( iVbte tlu marédutl dm Berwiek,) — (a) M U/m: Anne de La TfénMoUle , veaye da prince de Chalaîs , avoit époasrf le due de Bracciàno» chef de la nialson dca Drains.

de Bracciano "vmlttt faire tendre ses appartèmeito ^dé

violet , ainsi qu VI le prëtendoil qu'il ëtoit permis à la maison des Ursins : le cardinal, piqué de ce qui s'ëtoit passé auparavant, s*y opposa fortement, soutenant que c*ëtoit une distinction iihiquémènt réservée aux cardinaux. L'affaire fut décidée en faveur de madame de Bracciano^ et depuis non-seulement ils ne se sont plus vus» mais ik ont cherché Tun eft Taulre à se faire tout le mal possible.

Comme ami commun, je crus que je pourrois peutêtre les raccommoder , d'autant qu'il n y avoit réellement aucun sujet valable d'être ennéïnîs irrëëtineiliables. Ten parlai à labbé de La Trëmouillè, deptfis cardinal , et frère de la duchesse. Il me témoigna que cela lui feroit grand plaisir, d'autant que, malgré la brouillerie de sa soeur, il ne lâissoit pas 'que d'âlter très*«ouvent chez le cardinal. Je n*eus pds grande peine à faire convenir les parties de se raccommoder et de se voir, à condition dè n'entrér dans aucun éclaircissement. Il n'étoit donc plus question qiie de la première visite. Le cardinal , qui nMdtellëment etoit l'homme du monde le plus glorieux, et qui se targuoit encQj;e plus de sa naissance que de sa dignité, insista sur ce que là duchesse eût à lui faire 'la première visite. Malgré 'tdut ce que je liii pus i&ë, l'assurant que je ne pouvois proposer pareillfe chosfe ; que les démarches de civilité envers les dames ne tiroient jamais à con^uénce, et que les hommes se fidsôietithdnnetir de edinmender àlieiirégtttd, il li*en voulut point démordre, et je desÉtii de tfMiilkr davantage à leur réconciliation.

La duchesse, plus brouilléel^ue jaittais avec le car-

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dinal, remiia cid et terre pùm M <^re j et il n*y donna qne trop d*occasion par sa condoite dans Taf-

iâire de l'archevêque de Cambray, qu'il soutint hautement, quoique le m Xrè%;Çhrëtien ne Teut envoyé

Rome que pour en soQii^iler la condamnation. Le Roi , fiché de son procédé , y envoya le prince de Monaco à sa place, et le rappela. Il ne voulut pas obéir, sous prétexte qa*étant absent de Rome, ilperdroit le décanat dn sacré collège, prêt à vaquer. Le Roi, irrité de sa désobéissance, loi fit faire son procès, ût saisir tous ses revenus, disposa de la charge de grand aumônier de France, et lui ordonna de remettv^ cordon de Tordre. Mais comme tont le reste nest pas démon sujet, je nen dirai pas davantage, §inQn que la duchesse de Bracclano eut plus de part que. personne à échaulFer la cour contre le cardinal, qui ne cesaa depuis de faire des folies. Au resté, son. apologie a été imprimée ; on peut Ta consulter.

Ma curiosité ne me porta pas à aller à Naples : ainsi, après avoir resté six semaines à Rome , je retournai en France par les Ëtats du grand duc, par Gènes et par Turin.

[1700] Je me remariai au mois d'avril avec mademoiselle de Bulkeley , fille de madame de Bulkeley , dame d'honneur de la reine d*Angletenre ^ et de M. Bulkeley, frère de milord Bu^eley. Je restai tranquille cette année.

Charles u, roi d'Espagne, mourut le premier du mois, de novembre , et déclara par son testament le duc d*Anjou, second fils du Dauphin, son seul et unique héritier. Il avoit depuis long-temps consulté en secret la cour de Rome sur cette aâaire^ et ce fut

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ravis dlnnoceat xa qu'il se détemina^ espérant

par là empêcher les guerres, et conserver en son entier toute la monarchie d'Espagne -, car il ne pouvoit slmaginer que toute l'Europe réunie pût ou voulût même empêcher ou troubler cette succession, du moment que la France la soutîendroit; et d'autant plus que, par le choix qu'il faisoit d'un cadet de la maison de France, et par la dénomination des autres successeurs en cas que celui-ci mourût sans enfans:, il prévenoit la jonction des deux royaumes sous un seul chef.

Dès que Tambassadeur d'Ëspa^pie eut reçu ordre de la régence de porter ce testament au roi Très- Chrétien, il courut à Versailles-, mais il fut bien surpris de n'avoir pour réponse qu'un Je verrai. En eûet, le Roi balançoit fort sur le parti qu'il avoit à prendre, ou d'accepter le testament, oudea'en tenir au traité de partage qu'il avoit peu auparavant conclu avec le roi Guillaume et la Hollande : le premier flattoit plus sa gloire, et la tendresse d'un grandpère; mais le dernier étpit plus avantageux pour la France, attendu que, moyennant la cession de l'Espagne, des Indes , des Pays-Bas et du Milanais à l'arcbiduc, le Guipuscoa de voit appartenir à la France, et les royaumes de Naples et Sicile au duc d^Anjou et à ses héritiers. Enfin, après quelques jours de conseil, le Roi déclara à ranibassadeur d'Espagne qu'il acceptoit le testament, et aussitôt le duc d'Anjou fut salué roi : tous les Etats de la monarchie d'Espagne le reconnurent, et ce nouveau monarque partit à la fin de l année pour Madrid.

Les Hollandais faisoient diiEculté de le reconnoitrc. T. 65. a6

4oft ['7<>o] MÉHOIBBI

Le Roi son grand-père, de concert avec l'électeur dë Bavière, oocie du jeune roi, et gouverneur des Pay»- Bas, fit entrer, à même heure et k même jour, le^ troupes de France dans toutes les places de Flandre, et se saisit des troupes hollandaises qui y ëtoient en garnison. Le Roi déclara en même temps qu*il les re- Ucheroit dès Tinstant qi;ie les Etàts-génératttf reconnottroient le rôi dlËspagne; ce qu% firent an pins tôt, aussi bien qiie le roi Guillaume : et alors le Roi fit relâcher les troupes hollandaises, faute des plus grandes, car par là il mettoit les ennemis en état de lui faire la guerre ; an liën cfue s*il les aToit gardées jusqu'à ce qu'il eût eu d'autres sûretés que des paroles, il auroit prévenu tout le sang que cette fameuse querelle a fait verser dans leis quatre coins de l*£urope. ^

L'Empereur, qui avoit publiquement protesté contre le testament du feu roi d'Espagne, se préparoit à la gnerré : il résolut de la conimencer par lltalie, dont la possession Ta toujionrs beaucoup plus flatté qu'aucune autre partie de l'Europe. Le roi Très-Chrétien, pour s'opposer à ses desseins, envoya au secours du Milanais quarante bataillons et autant d'escadrons, commandés par le comte de Tessé , et le t'Ont àox or* dres du prince de Vaudemont, gouverneur du pays. U engagea le duc de Savoie à joindre ses troupes avec celles des denx couronnes, dont il fut déclaré généralissime; il fit en même temps solliciter les princes d'Italie de faire entre eux une ligue pour le maintien de la tranquillité de leur patrie, contre tous ceux qui entreprendroient de la troubler. Dans ces

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entrefaites, le roi d^Angleterre (<) résolut de m^envoyer à Rome pour y faire un compliment au aou- Yeaa pape Clémeot xi, qui avoit succédé cette année à Innocent xn, et veUler à ses intérêts dans cette nouvelle scène des affaires de TEurope. J avois aussi ordre principalement d'offrir, de la part du roi d'Angleterre, mes services au Saint-Père , pour commander Farmée que k France le pres^oit de lever; et le roi Très-Chrëtien souhaitant fort que mon offre fût acceptée, ordonna au cardinal de J^son de faire sur cela tout ce .qu^il ponrroit.

[i 701] Je partis de Sainl'-Germain an mois de janvier, et me rendis d'abord à Turin, où j'eus plusieurs conférences avec le duc de Savoie sur les af- ■ faires d'Angleterre. Le prince d'Orange venoit de proposer un acte au parlement pour exclure de la couronne tout catholique, et établir la succession dans la famille d'Hanovre. Cétoit un tort manifeste que Ton fais(nt à plus de quarante princes dont le droit étoit antérieur; et la duchesse de Savoie étàit la première lésée , comme héritière immédiate de cette couronne « après les enfans du roi d'Angleterre. Je représentai au duc de Savoie que son silence dans cette occai^ion ponrroit être regardé comme un consentement, et qu'il ne pouvoit convenir ni à son honneur ni à ses intérêts d'acquiescer à un acte qui détruisoit les droits incontestables de sa famille. D'abord il me fit dé grandes diflicultés, Jtant sur ce qu'il s'àttiroit par là de très-puissans ennemis, que ^ur l'inutilité de la chose eu soi-même : mais lui ayant repré-

(1) ifot é^AngUtam : Jacques 11.

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sentë qnc le roi Très-Chrëtien approuveroit fort les démarches qu'il feroit sur cela , et que j'avois ordre de le lui dire de sa part , il ooasentit à ma propondoii^ et ordonna à son ministre à Londres de fidre une protestation publique contre cet acte. En effet , ce ministre alla au pariemeut avec un notaire, et en fit la signification. Cela n*empécha pourtant pas Tacte de passer; et la princesse Sophie; 4tihnirièred'iIaMtire> fut déclarée héritière de la couronne, en cas que le prince d'Orange et la prince&se de Danemarck mourussent sans enfans. ■ : • .

De Tnriû, j'allai à Modène, où j'eus pluêienvs ceoversations avec le duc de ce nom sur les affaires présentes. Je lui fis voir le danger évident pour l'Italie, si la guerre s*y allumoit ; car, outre les petits désordres et les dégâts inévitables, lespetitasouveninssetroiiveroient à la 'merei du vainqueur, quel qu'il f&t; qu'ainsi il éloit de leur intérêt commun de s'unir ensemble, pour tâcher de prévenir la guerre. A la fin, après Ivi avoir &tl ludtre beaucoup de crainte, je l'engageai à me dire qu'il féroit ce que le Pape voudroit, et qu'il me prioit d'en assurer Sa Sainteté de sa part. De là je me rendis à Rome , où d'alK>rd j'eus quelque difficulté sur le cérémotual,^ car je prélen.* dois qu'on me donnât un tri>ottret à l'audience Pape, ainsi qu'on l'avoit fait à feu M. de Turenne, et ainsi que le prétendoient les grands d'Espagne, k qoi pour le moins je ne me evoyois point infiérieur. Après quinze joum de négociation, j'acceptai un mezzo termine : savoir, qu'après avoir fait mes génuflexions ordinaires et baisé la mule du Pape,, il m embrasseroit, et , se levant de son fauteuil, il se pro-

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neneroit «vee moi dans sa galerie et dans ses appar-

temens. A la première audience que j'eus , après Tayoir assuré du respect et du zèle du roi d'Angleterre ponr le Saint^iëge, je lui dis qué pour en donner nne preuve ce prince m'avoit èhargë de lui offrir mes services, et que même il trouveroit moyen de lui envoyer des troupes irlandaises. Le Pape me répondit par beaucoup de eomplimens et de marques de teor dresse , mais il n^entra nullement dans la proposition que je lui fis. Il ëtoit timide, et naturellement irrésolu; il voyoit bien la nécessité d'avoir des troupes , pour n^étrepas exposé aux insultes des deux parties ; mais il craignoit d'irriter l'Empereur, pour qui les Italiens ont toujours de grands égards : et quoiqu'on ne loi proposât pas de se déckrer contre ce prince, mais seulement contre' ragresseur, il ne vonlnt jamais prendre d'autre parti que celui de lever quelques mau- ^ vais rëgimens, qui lui coûtèrent beaucoup d'argent, sans aucun profit. Il trouva même moyen, par cette conduite, de désobliger la France et l*£mpire , et dans la suite de le payer bien cber. Il me dit plusieurs fois , en plaisantant, que les prêtres n'étoient guère capables de régler les affaires militaires ^ il me pria même de vouloir examiner si les deux généraux qu'il yenoit de nommer étoîent habiles : en effet , ces deux mes^ sieurs vinrent me trouver, et j'appris d'eux leurs services. Le premier se nommoit le comte Massimo, goUyemeur du château Saint- Ange : il avoit autrefois servi en Flandre dans un emploi subalterne ^ mais depuis le siëge de Dunkerque il s'ëtoit retiré en Italie. Le second étoit le comte Paulucci, frère du cardinal du même nom, qui ne put se vanter que d^avoir été

capitaine de cavalerie pendant un au ou deux dan» TEtat de AGIan, en temps de paix.

Le cardinal de Janson, qui ëtoit cbargë des affaires de France à Rome, fit de son côté tout ce qu'il put pour déterminer le Pape; mais il n'en put jamais Yenir à bout. Après six semailles de séjour, j'appris que te roi d* Angleterre ayoit eu une attaqœ d'apoplexie , et qu'il devoit aller aux eaux de Bourbon^ sur quoi je pris ineonûuent congé du Saint-Père, et m'en retournai en toute diligence en France.

Je trouvai le Roi un peu mieux, et l'accompagnaî à Bourbon; mais ces eaux, au lieu de lui faire du bien, lui ayant causé un crachement de sang, Ufut «ddigé de les quitter, et de regagner Saint-Germain*

La guerre paroissant inévitable en Italie , le Roi y envoya le maréchal de Catinat, avec une augmenta-? . tion de troupes; mais cela n'empêcha pas le prince Eugène, général de l'Empereur, d'y descendre pap le Trentin, à la téte d'une armée de soixante mille hommes.

Tout étoit tranquille sur les frontières d^Alsace f mais comme les Hollandais fidsoient de grands pré*

paratifs en Flandre, le maréchal de Villeroy fut nommé pour commander sur la Sarre et la Moselle , et le maréchal de Boufflers fut envoyé en Flandre , où j'eus ordre d'aller servir. De part et d'autre, on ne fit aucun acte d'hostilité; chacun ne songeoit qu'à voiturer du canon et des munitions de guerre dans les placesi, et à y &ire des magasins de vivres : quand nos partis se rencontroient, les officiers se faisoient de grands complimens, car le Roi ne vouloit point absolument être l'agresseur.

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