‹ Mémoires du maréchal de Berwick. Ebauche de l'Eloge historique du maréchal de BerwickChapitre 3 sur 14 · H [^^^} MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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gardes du corps , pour être maréchal des logis de la cavalerie. Au mois de février, le Roi partit pour Brest, où il m avoit déjà envoyé, et où le roi Très- ChrëtieBavoitiMt équiper une escadre de trente vaisseaux de guerre, commandés par M. de Gabaret, Le Roi mit à la voile au premier bon tent; mais il fut obligé de rentrer dans le port, ayant été abordé et endommagé k ia hauteur de Camaret par un autre vaisseau de guerre. Dès que le vaisseau fut radoubé, nous remîmes à la voile, et nous ai*rivâmés à Kinsale le 17 mars. Tirconel vint au devant du Roi k Cork, ou il fut créé duc ; il rendit compte de Tétat des affaires, et du nombre de troupes qu'il avoit levées. Les peuples montrèrent partout une joie extraordi^ naire, n*ayant jamais vu de roi dansée royaume depuis Henri n. Le Roi se rendit à Dublin , où il con^ voqua un parlement, afin de trouver les foiids pour la guerre.

Avant l'arrivée du Roi, Tirconel avoit envoyé M. Richard Hamilton, lieutenant général, avec quelques troupes, pour tâcher de réduire le nord : j'eus ordre aussi de m'y rendre, pour servir sous lui en qualité de maréchal de camp. Après que je Veus joint, nous nous avançâmes à Colraine, poste très-considérable , que les rebelles abandonnèrent à notre approche , dans la crainte d'être coupés par un détacher ment qui avoit passé la rivière un peu au-dessus. De là nous marchâmes , le 1 5 avril , au pont de Clady, sur la rivière de Strabane, dont les rebelles, au nombre de dix mille, vouloient défendre le passage : \\ ny avoit point de f^ué, et de l'autre côté du pont, qui éloit rompu , les ennemis avoient placé de Tin-

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fanterie dans im bon retranchement. Nous n'avions mené avec^nous que trois cent cinquante hommes de pied» et environ six cents chevaux^ le reste de notre petite armée ëtoit resté près de Strabane. Notre infanterie s'approcha du pont rompu, et à coups de fusil cbassa les ennemis de leur retranchement. Ha* miltott). jugeant À propos de profiter da désordre qui paroissoit parmi les rebelles, ordonna qu'on passât la rivière à la nage. Dans l'instant nous nous y jetâmes tous à cheval, et nous arrivâmes sur l'autre bord, avec perte seulement d*un officier et dé dens cavaliers noyés : Kn&nterie en même temps trouva moyen avec des planches de passer sur le pont, et s'élant saisie des retranchemens, se mit à tirer sur le gros des rebelles qui ëtoient en bataille à mi-côte ; ce qui, joint à Taction hardie que nous venions de &ire, jeta Tépouvante parmi eux, de manière qu'au lieu de venir nous charger au sortir de Teau , ils s'enfuirent tous. Nous les poursuivîmes pendant cinq milles, mais il n'y eut pas moyen d'atteindre leur cavalerie; pour rinfanterie, nous en tuâmes environ quatre.cents sur ]a place : le reste, à la faveur des marais, trouva moyen de se sauver. M. de Rosen , que le roi Très- Chrétien avoit donné au R<n pour être son général, étoit arrivé à Strabane pendant l'action avec quelques troupes -, et voyant que les rebelles qui lui étoient opposés se retiroient, il passa pareillement la rivière à la nage, sans aucune opposition. Le Roi , qui s'étoit avancé vers cette frontière, ayant su la déroute, fut conseillé de s'approcher en personne de la ville de Londonderry, où les rebelles s'ëtoient retirés, ne doutant pas que sa présence ne les déterminât à se

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soumettre. En efiet, ayant joint M. de Roseii, il se

mit en marche par Saint-Johnstown , et arriva devant Londonderry sans en avertir Hamilton. Le malheur voulut que celui-ci ayant envoyé, aussitôt après notre action, sommer les habitans de se rendre, ilé lui avoient répondu qu'ils enverroient des députés dans deux jours pour traiter j mais qu ils demandoient que les troupes ne s*approchassent pas plus près de leur ville que Saint-Johnstown; ce qn*IIamilton leur promit. Voyant donc paroitre le reste de Tarmée devant leur ville, les rebelles s'imaginèrent que l'on vouloit les surprendre, et que la promesse de M. d'Uamilton n*avoit été que pour mieux en venir k bout; de manière que lorsque le Koi les fit sommer ils ne répondirent qu'à grands coups de canon : ainsi, comme nous n'avions rien de prêt pour un siège , nous nous retirâmes un peu en arrière , et le Roi s'en retourna k Dublin, afin de tâcher de former une armée suffisante pour opposer ù celle que le prince d'Orange se préparoit à envoyer en Irlande, sous le commandement de M. de Schomberg. M. de Rosen avoit eu d'autant plus de tort de persuader au Roi de faire devant Lon^ donderry la démarche que je viens de marquer, qu'il avoit su et approuvé l'accord de M. d'Hamilton. Le Roi en partant avoit laissé le commandement de l'armée à messieurs de Maumont et d'Hamilton, ayant emmené avec lui M. de Rosen. Après le départ én Roi, nous résolûmes de nous approcher de Londonderry pour la bloquer, en attendant que nous pussions avoir ce qui étoit nécessaire ponr le siège. Maumont, Hamilton, Pusignan et moi, nous nous avançâmes a^ec quatre cents hommes de pied, le régiment de cava-

lerie de Tirconel, et celui de dragons de Dungan, faisant environ sept cents chevaux : nous primes nos quartiers près du fort de Cullmore , 'au-dessous de Derry (Londonderry), sur la même rivière. Le commandant de ce fort se rendit d*abord, quoique nous n'eussions pas de quoi le prendre.

Nous avions laissé à Saint-Johnstown trois bataillons et neuf escadrons;* comme aussi à deux milles de Derry, du côté de Saint-Johnstown , quatre bataillons aux ordres du brigadier Ramsey. Le brigadier Wauchop ëtoit de l'autre côté de la rivière vis-à-vis de Derry, avec deux bataillons, qnelqne cavalerie, et quelques petites pièces de campagne.

Nous avions envoyé ordre à Ramsey d'envoyer deux cents hommes de pied, sous les ordres du colonel Hamilton, occuper le village de Pennibom, à un mille de la viUe da côtë de Cullmore , à deux milles de notre quartier, et à trois de celui de Ramsey. Les ennemis, qui virent passer cette petite troupe à la vue de la ville , sortirent dessus, au nombre de quinze cents fantassins et de trois cents chevaux. Le colonel Hamilton se posta dans les haies et maisons de Pennibom, et nous envoya avertir de venir promptemcnt à son secours : malheureusement notre cavalerie ëtoit au fouiprage, de manière que nous ne pûmes nous servir que d'une garde de quarante roadtres, avec lesquels nous allâmes au grand galop à Pennibom. Nous trouvâmes que l'infanterie des ennemis s'étoit mise en bataille vis^-vis de la nôtre, et que leur cavalerie ëtoit à leur droite, sur l*Estran : nous formâmes dans l'instant notre cavalerie, qui, par l'arrivée de (]iiclques dragons, se trouva de deux troupes de quarante

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maHre^ chacnne ; nom chargeâmes la cavalerie ennemie, que nous culbutâmes, et que nous poursuivîmes le long de r£stran, jusque fort près de Ja place. L'inianterie ennemie voyant cette déroute, se retira^ et nous ne les inquiétâmes que de loin par quelques coups de fusil. Notre perte ne fut pas considérable, quoiqu en allant à la charge nous eussions essuyé tout le feu de linfanterie ennemie/ Maumont y (ai tnéy aussi bien que le major TaaflT, frère du comte de Carlingford et du général Taaff, et six ou sept cavaliers ou dragons: de tout ce que nous étions, il n y en eut pas un qui ne fût, on lui-même ou son cheval, blessé. Cette action arriva le avril.

Crainte de nouvelle attaque, nous augmentâmes Je .poste de Penuibom jusqu'à cinq cents hommes de pied : toutefois, le a5, les ennemis sortirent vers les neuf heures du matin* avec sept à huit mille hommes, et nous attaquèrent vivement. Le combat dura toute la journée^ mais comme nous avions été chassés de toutes les haies, et réduits aux dernières maisons du village, nous courions risque d*étre totalement battus, si Ramsey, à qui nous avions envoyé, ne fût arrivé vers les sept heures du soir avec ses troupes. Il commença d abord par attaquer les rebelles par derrière ; ce qui les ût retirer av.ec précipitation dans la ville. Nous ne perdîmes pas beaucoup de monde dans cette action, quoique très-longue. Pusignan, maréchal de camp, y fut blessé, et mourut peu de jours après^ Pointy, brigadier français, y fut blessé, mais il en guérit. Je reçus une grosse contusion à Tépine du dos, qui me fit grand mal : j'en fus quitte pour quel-

ou MÀKËCHAL D£ BK&WICK.. [1689] S/^i

q«es indsioiis. Cest Panique blessure que j'aie eue

de nia vie.

Les eimemis coatinuèrent à faire des sorties considénibles« et il ne se fiassoit f»as de jour que nous n'eussions quelque action.

Comme on nous a voit mandé de Dublin qu'on nous euvoyoit de l'artillerie , nous crûmes qu'il ëtoit à propos de prendre à l'avance les postes près de la ville qui pourroient en faciliter le ^iëge. Pour cet effet, le 6 mai , Ramsey attaqua avec ses troupes un moulin à vent qfti ëtoit sur une hauteur à demi portée du canon de la place, derrière laquelle ëtoit un fond où il devoit se camper. Les ennemis se défendirent avec une grande bravoure; et à la fin toute la ville étant sortie sur lui, il fut poussé, et obligé de se retirer. Ramsey y fut tué avec environ deux cents hommes^ plusieur» officiers de distinction furent pris. Wauchop prit le commandement des troupes de Ramsey, et résolut de tenter encore de s'emparer du moulin. Les ennemis, qui en voyoient la conséquence, l'avoient enveloppé d'un grand retrancbement : nos loupes ne purent jamais le forcer, et nous y perdîmes encore plusieurs officiers , et au moins cent soldats.

Voyant l'opiniâtreté , le nombre et la bravoure des rebellfs, nous rassemblâmes toutes nos troupes, consistant en douze bataillons et quinze ou seize escadrons. Nous nous campâmes ra-à-vis du front de la place, derrière un rideau à une bonne portée de carabine, et nous laissâmes de l'autre côté de la rivière les deuv bataillons qui y étoient. Quelques jours après, arrivèrent six pièces de gros canon; il y en

avoit trente dans la ville. Nous n'aviona en tout que cinq à six mille hommes^ les assiégés en avoient plus

de dix mille , bien armés.

M. deRosen arriva pareillement avec des ingénieurs et artilleurs français, pour commencer les attaques. Conyne la besogne ne me plaisoit pas, non jdus que le nouveau général, et que Ton avoit dessein d'envoyer un détachement pour observer les rebelles d'Inniskillin , dont le ni>mbre s'augmentoit, j'en demandai le commandement, et Tobtins. Je partis le ai juin du camp avec quatre cents chevaux #n dragons , et me rendis à Cavanparck sur la rivière de Shabane : de là ayant appris qu'il y avoit à Donnegal trois cents rebelles qui faisoient des magasins, j'y marchai de nuit , et les attaquai ât la petite pointe du jour : ils y furent battus, et contraints de se sauver dans le château. Je brûlai les magasins et la ville , el me retirai à mon camp avec quinze cents bœufs, vaches ou moutons.

Ayant été joint quelque temps après par un régiment dé cavalerie, par un de dragons, -et par quatre bataillons venus de Dublin, je résdus de m'approcher d*InniskiUin, afin de miens observer les mouvemens des rebelles. J'allai donc le 6 de juillet camper à Trelick, à neuf milles d'Inniskillin ; le i3, je m'avançai avec un détachement, pour reconnaître le pays et la ville. Les ennemis sortirent sur moi avec deux cents hommes de pied et cent chevaux : je les attaquai , et poussai la cavalerie jusqu'aux retranchemens qu'ils avoient faits auprès de la ville, et même sous le feu du canon d'un fort qu'ils avoient bâti. Nous fîmes main-basse surTinfanterie, dont il ne s*é-

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chappa que cinq ou six hommes : nous primes un capitaine , un lieutenant, et deux drapeaux.

Peu de temps après, je fus fait lieutenant général.

Le général Kirck étant arrivé avec une petite flotte dans le lac Foyle , où la rivière de Derry se décharge , M. de Rosen m'ordonna de reTenîr, tant pour être plus à portée de Je renforcer, que pour m'opposer aux entreprises de Kirck. Etant donc revenu à Cavanparck, j'eus avis par M. de Rosen que Kirck avoit fait une descente à Ramulton avec huit cents &ntassins : sur quoi je m'y transportai diligemment avec ma cavalerie et mes dragons, faisant pour lors douze cents chevaux. Je fis tâter TinÊinterie ennemie par les dragons; mais il n*y eut pas moyen de la dëposter , d'autant qu'elle étoit soutenue par des frégates qui tiroient continuellement sur nous. Ainsi lafFaire se passa en escarmouches toute la journée , et le lendemaîn je me retirai à Cavanparck.

Le a8 juillet, les vaisseaux ennemis remontèrent la rivière , malgré l'estacade que Ton avoit faite auprès du fort de Cullmore, et qui fut brisée par le premier bâtiment qm passa. M. de Rosen voyant le secours entré dans la place, jugea à propos dé lever le siège, d'autant que le Roi pouvoit avoir besoin de • son armée pour faire té te à M. de Schomberg, qui étoit sur le point d'arriver en Irlande a^ec des forces cbnsidérables. L'armée décampa dans le commencement d'août, et retourna du côté de Dublin. Le Roi avoit ordonné qu'où me donnât partie des troupes, et l'artillerie, pour aller prendre Inniskillin \ mais Rosen n'y voulut point consentir, disant que je n'avois pas de quoi réussir dans cette expédition. Il est vrai qu6

noDS avions pea ou point de boulets poor notre car

non, ni presque aucune sorte de munitions de guerre ; mais pourtant comme le fort d inniskiilin n ëtoit que de terre , nous auric>DS pu l'emporter ; de plus, la ville dlnniskillin ëtok ouverte : ainsi nous nons en serions emparé, etparili aurions pent-étre obligé le fon à se rendre. Rosen me dit que s'il a voit trouvé TafTaire praticable , il y aoroit été luinnéme.

En revenant du nord« nous laissâmes une bonne garnison dans Charlemont. A* peine fus-je arrivé à Dublin, que le Roi ayant eu avis que Schomberg étoil débarqué dans le nord, m'ordonna de m'y avancer avec mille hommes de pied, et sixeents di^vans on dragons : il ëtoit question de retarder sa maiiciie le plus qu'il se pourroit , afin de donner au Roi le temps de former une nouvelle armée , car celle qui venoit de Derrj étoît réduite À peu de chose. Je me portai à Newry , où je restai pendant que Schomberg fit le aiégè de Carick - Fergus ; en quoi nous lui eûmes grande obligation, car s'il eût marché tout droit çn avant sans 6*amuser, il seroit arrivé à Dublin avant que le Roi eût été en état de s^opposer 4 lui. Je fis travailler à Newry, publiant que je vouloia défendre^ce poste. En effet, Schomberg ne s imaginant point que j'osasse rester dans cet endroit avec si peu de troupes , ne douta point*, ou que je n*onsse beaucoup de monde , on qne mon poste ne filt excellent. Etant donc veifà avec son armée camper à deux milles de INewry, il vint me reconnoitre avec quatorze escadrons. Je ùs. occuper tous les petits monticules (oar le pays en étoit plein) par des vedettes, et me tins au milieu sur une hauteur avec deux troupes seulement, fai-

DIT MARiCBAL DR BK&mCK. [1689] $47

sant jouer des fanfares par les trompettes. Cette contenance confirma Schomberg dans son opinion , et il se retira à son camp, jusqu'où je le suivis k une certaine distance. Il fit distribuer des munitions à son infanterie , dans l'intention de m attaquer le lendemain avec toute son armëe^ mais la nuit je me retirai à Dundalky d'où deux jours après, par ordre, je me rendis à Drogheda. Le Roi y ëtoit arrivé, et par les soins du duc de Tirconel il avoit ramassé une armée de vingt-deux mille hommes assez mal armés : il résolut de se porter en avant-, et en effet nous marchâmes à Afiane, à trois milles de Dundalk, où Schomberg étoit campé avec toute son armée, composée dé vingt mille hommes. Peu de jours après, le Roi mit Tannée en bataille dans une plaine à la vue des ennemis, pour leur offrir le combat; mais ils demeurèrent dans leur poste, et nous dans notre camp, jiisquà la fin d'octobre, que nous nous retirâmes en quartiers d'hiver. Schomberg en tlt autant, et abandonna Dundalk, où, par les maladies que causoit le mauvais air, il avoit perdu la moitié de ses troupes. Nous y établîmes un quartier considérable, aux ordres d'un maréchal de camp.

M. de Rôsen s'en retourna en France, à son grand contentement, aussi bien qu*à celui de tous les officiers de l'armée, qui ne pouvoîent le souffrir. H étoit de Livonie; il avoit commencé à servir en France dans le régiment du vieux général Rosen. Son colonel lui trouvant du courage et de Tesprit, le fit officier, et enfin lui donna sa fille en mariage; de là il trouva moyen de se pousser par les degrés, et parvint à être lieutenant général, et ensuite mestre de

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camp général de la cavalerie française. €*étoit un excellent officier , fort brave et fort appliqué, trèspropre pour être à la téte d'une aile, mais incapable de commander une armée, par la raison qu*il craignoit tonjours le» événemens ; et quoique très-civil dans la société, et très-noble dans sa manière de vivre, il ëtoit fort sujet à se mettre en colère, et même à un tel point qu'il en devenoit furient; et alors il n'étoit plus capable de rien écouter qne sa passion. H fut fait maréchal de France en 170^ *, et voyant qu'on ne vouloit pas le mettre à la tête d'une armée, il se retira à une terre qu'il avoit en Alsace, et y mourut en 17 14 » âgé de quatre-vii^-sept ans.

M. d'Avaux , ambassadeur de France , fut aussi rappelé. Le Roi nYtoit pas content de ses manières hautes et peu respectueuses : c'ëtoit d'ailleurs un homme d'esprit, et qui avoit acquis de la réputation dans les différentes ambassades qu^il avoit eues.

A la prière de la reine d'Angleterre , le roi Très- Chrétien envoya à sa place le duc de Lauzun , à qui il donna aussi le commandement des sept bataillons français qu'il avoit résdu de âire passer en Irlande. Le Roi avoit demandé au roi Très-Cbréden un secours de troupes, à cause que le prince d'Orange se préparoit à y venir en personne avec une armée considéraUe; mais ce petit nombre n*étoit pas suffisant, et fut cause que le prince d^Orange en mena plus qu'il n*avoit d'abord projeté. Milord Montcassel passa en France sur les mêmes bâtimens qui avoient porté les troupes françaises, et y conduisit cinq régimens d'infanterie irlandaise , que le Roi envoyoit en échange des troupes qu'avoit emmenées le duc de Lauzun.

DU MAKÉC^aàL DE BERWICK. [1690J

[1690] Yei» le commencemeiit de cette année, le Roi ayant eu avis que , dans la Tue d*ëtendre ses quartiers, M. de Schomberg avoit ddtaché le brigadier Woosely pour se saisir de Beiturbet, petit bourg dans vu pays alxindant et très-propre à son dessein , m'envoya de ces cAtës-là avec quinze cents hommes de pied et deux cents chevaux, afin d'observer les ennemi&y et de les dëloger s'il ëtoit possible. J'arrivai à Cavan, à cinq milles de Belturbet, le soir fort tard, et le temps ëtant fort mauvais : les trônpes furent logées dans la ville. Je chargeai le brigadier Wauchop, qui y avoit commandé pendant Thiver, du soin d'avoir des partis en campagne ; ce qu*il m'assura avoir déjà fidt, et qu'il seroit averti du moindre mouvement des ennemis. Toutefois le lendemain, à la pointe du jour, nous fûmes fort surpris d'entendre crier aux armes : en effet, les ennemis ayant marché la nuit étoient déjà à la vue des postes avancés. Je fis incontinent monter mes troupes sur une hauteur à la droite de la ville, et les rangeai en bataille un peu en avant d'une espèce de fort de terre où nous avions une garnison. Le dessein des ennemis, qui ignoroient pareillement mon arrivée , étoit de s'emparer de cette hauteur, et d'attaquer le fort; mais ayant aperçu plus de troupes qu'une simple garnison, ils se mirent en bataille. Us étoient au nombre de trob mille hommes de jHcd , et de trois cents chevaux. Je marchai à eux , je les attaquai, et les poussai de haies en haies jusqu'au penchant de la hauteur, qu'ils commençoient déjà à descendre assez en désordre : mab malheureusement le brigadier Nugent et beaucoup d'officiers de son régiment ayant été blessés, et se retirant, une terreur panique saisit

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jtoules nies troupes, et dans un mtant de iradiiqoeiirs nous devînmes Ysincus. Tonte âion infanterie s'enfuit

dans le fort, sans qu'il me fût possible de la rallier an dehors. Les ennemis ne poursuivicent point ma cavalerie, qui se retira à douze miUes ea arrière : ils ne restèrent qu^une demi-heure sur le champ de ba«taille , et se retirèrent à Belturbet. Dans cette occasion ils perdirent environ deux à trois cents hommes, et nous cinq cents. !Je restai quelques jours à Cavan, pour y donner des ordres nëcessûrés à la sûrétë de cette frontière, et puis je r^umai à Dublin.

. Le prince d'Orange débarqua au printemps dans le nord de llrlande ) sur quoi le Roi ayant rassembljé son année, s'avança au mois de juin à Dnndalk. !Les ennemis avaient quarante-cinq mille hommes, et nous n étions que vingt-trois mille. Cette grande disproportion nous détermina à tâcher d'occuper quelque poste pour arrêter le prince d*Orange, ou du moins le combattre avec môin» de déiarantage* H fut proposé de se camper sur les hauteurs au-delà de Dnndalk, attendu que Je pays ëtoit assez difficile ; mais comme les ennemis^ en.&isant un petit détour, pouvoient descendre dans la plaine derrière nous, il fut résolu de se placer derrière la rivière de Boyne, près de Drogheda. Le prince d'Orange nous suivit, et se campa vis-à^vis de nous le ag juin. Le lendemain, les ennemis partagèrent leur armée s le prince d*Orange , avec la moitié, remonta la rivière jusqu'à Slane, d'où ayant chassé deux régimens de dragons qui gardoient ce passage, il s'avança vers nous. Le Roi, qui vit cette manceuvre , marcha aussi de ce cdté4à avec la plus grande partie de Tarmée, et laissa, pour garder le

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DU MARKCHAl. DB BERWICK. [1690] 35 1

passage d*Old-ttrklge, huit bataillons amc ordres dé M. d^Hamîlton, lieatenant général, et Taile droite de

cavalerie aux miens. Schomberg, qui étoit resté visà-vis de nous, attaqua Old-Bridge, et s'en empara, malgré I9 résistance du régiment qui y étoit, et qui y perdit cent cinquantse homme» tués sur la place ; sur quoi Hamilton descendit avec les sept autres bataillons pour rechasser les ennemis. Deux bataillons des gardes les enfoncèrent^ mais leur cavalerie ayant trouTé moyen dé passer à un autre gué» et a'aTançâot pour fomber^suff notre in&nterie, j'y fis marcher notre cavalerie, ce qui donna le moyen à nos bataillons de se retirer ^ mais aussi il fallut que nous commençassions un combat fort inégal, tant par le nombre d'escadrons que par le terrain, qui étoit fort coupé, ei où les ennemis avoient fait glisser de l'infanterie. Nous ne laissâmes pas de charger et recharger dix fois) et à la fin les ennemis, étourdis de notre au^ dace, firent halte : nous nous reforipâmes devant eux, et puis nous n^us remîmes en marche au petit pas pour aller joindre le Roi, lequel, après avoir mis Tarraée en bataille pour charger le prince d'Orange, ^n fut. empêché par un marais qui sci trouva entre les deux armées : sur quoi, pour n'être pas enveloppe par cette partie des ennemis qui venoient de forcer k passage d'Old-^Bridge» il fit marcher par la gauche pour gagner le ruisseau de Duleck. J'arrivai avec ma cavalerie justement comme les dernières troupes du Roi passoient le ruisseau ^ mais celles du prince d'Orange, qui s'avançoient toujours, y arrivè- ' rènt presque en même temps; de manière qne je fus obligé de passer le défilé au grand galop, et en con-

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fusion. Non» nous ralliâves de Faotre côté, et tonte notre armëe 9*y rangea éh bataille. Les ennemis en

firent autant vis-à-vis de nous, mais n'osèrent nous attàquer. Après quelque peu de temps, nous nous remimea en marche, et fûmes suivis par partie, de l'armée ennemie : tontes les foîstfu'à quelque défilé nous faisions halte, ils en faisoient de même, et je crois ^ qu'ils étoieut bien aises de nous faire un pont d'or. A la véri^ cette inaction pouvoit Venir de la mort de Schomberg, qui avoit été tué dans la mêlée du c6të d'Old-Bridge, dans une des charges que nous y fîmes -, et Ton peut, sans faire tort au prince d'Orange, assurer ' que Schomberg ëtoit meilleur générai que lui. Quoi qu'il en soit, les ennemis nous laissèrent aller tninquillement. La nuit venue, nous Teçûmes ordre de marcher à Dublin ; ce que nous fîmes le matin. De là le duc de Tirconel nous ordomia de gagifer Limerick , •qui en étoit an moins à soixantemilles : diaqne colond fut chargé d'y conduire son régiment par où il jugeroit à propos^ ce qui fut exécuté, sans (|u il y eût que fort peu de désordre commis dans le pays. Les Français fidsoient f arrière-garde, cfdmmandée par M. de Surlaube , brigadier 5 car tous les autres Français avoient pris le chemin de Cork et de Kinsale, à dessein de s'embarquer. Le duc de Tirconel et le duc de Lauzttn se tendirent aussi à Limerick. Le Roi ayant vu que , par le malheureux succès de la journée de la Boyne, il ne pouvoit conserver Dublin, crut qu il convenoit mieux de laisser le commandement à Tirconel, et de s'en retourner en France, tant pour y solliciter des secours, que pour voir même s'il ne trouveroit pas jour à profiter de Tabsence du prince d'Orange

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