DU MARÉCHAL OB BERWICK. [1690J
pour faire une entreprise sur F Angleterre. L'occasion se Irouvoit favorable , car le maréchal de Luxembourg avoit f;ag»ë en ] landre la bataille de Fleuras, et le comte de Touryilley «pi venoit de battre les flottes ennemies, ëtoît actuellement à Tanere aux Dunes; de manière que le passage en Angleterre étant sans dilEculté ni opposition , il y avoit lieu de présumer qae le Roi pourroit aisément se rendre maître de ce royaume. Cela aaroît aussi obligé le prince d'Orange à abandonner l'Irlande, pour accourir au plus pressé : mais M. de Louvois , ministre de la guerre , qui , par opposition à M. de Seignelaj, ministre de k mariné, ëtoît contraire en toot au rôi d'Angleterre, s'opposa si fortement à ce projet, que le roi Très-Chrétien, persuadé par ses raisons, n'y voulut pas consentir.
Je reviens à llrlande. Dans le combat de la Boyne nous ne perdîmes qu'environ mille hommes, et il n'y eut que les troupes de M. d'Hamilton et les miennes qui combattirent : Hamilton y fut pris; milord Dongan, le chevalier de VaudrayCr, le comte d'Hocquinconrt, fils du maréchal du même nom, ei milord Carlingford , y furent tués. La perte des ennemis n'y fut que très-médiocre : La Caillemotte, frère du marquis de Huvigny , créé depuis vicomte de Galloway , fut tué au passage d'Old-Bridge; Schomberg fut tué par un exempt et quelques gardes du corps, lesquels le prirent, à cause de son cordon bleu, pour le prince d'Orange.
Les ennemis furent plusieurs Jours sans venir à Diïblin; ce qui fit courir le bruit en Flandre, et
même dans toute l'Europe, que le prince d'Orange
(1) Il avoit eï« moD gouverneur. (iVoto du maréchal de Berwick,)
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avoit été luë. U est yrai que, la veille du combat de
lâ Boyne, il avoit ëté frappé légèrement d'un coup de canon qui lui effleura le haut (Je Tépaule. A la fin les ennemis se mirent en marche, et de Dublin ils vinrent à Limerick. Le même jour qu'ils y parurent, les troupes françaises se retirèrent à Galloway. Nous laissâmes M. de Boisselot, français, capitaine aux gardes du roi Très -Chrétien, et maréchal de camp, pour commander dans la yille avec toute notre in&nr terie irlandaise , qui montoit à environ vingt mille hommes, dont pourlaut il n'y avoit pas plus de la jnoitié qui fût armée. Nous tînmes la campagne avec notre cavalerie , qui pouvoit faire trois mille cinq cents chevaux. Nous campâmes d*abord à cinq milles de Limerick, en deçà de la rivière de Shannon qui la traverse, afin de garder la communication libre avec la viUe. . Cela nous réussit parfaitement, et jamais les ennemis n*osèrent tenter de Tinvestiride notre côté, ni même d'envoyer aucun parti en deçà de cette rivière , qui n'est guéabie qu'en quelques endroits» La place n'avoit pour toute fortification qu*un mur non terrassé, avec quelques méchantes petites tours sans fossés. Nous avions fait une sorte de chemin couvert tout autour, et une espèce d'ouvraj^e à corne palissadé devers la grande porte ^ mais les ennemis ne Fattaquèrent point par là : ils ouvrirent la tranchée au loin sur la gauche, ils dressèrent des batteries, firent une brèche de cent toises, et puis sommèrent la garnison de se rendre. Les Irlandais n'y voulurent point entendre^ de manière que le prince d*Orange fit donner Fassaut général par dix
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mille hommes. La trauçhée ji'ëtant qu'à deux toises des palissades, et ii*y ayant point de fossés, les ennemis forent sur le hânt de la brèche avant que Ion eût Talarmc de Tattaque. La décharge d'une batterie que Boisseiot avoit pratiquée en dedans les arrêta un peu; mais bientôt ils descendirent dans la ville* Les troupes irlandaises s'avancèrent de tons côtës, et ensuite chargèrent les ennemis avec tant de bravoiire dans les rues, qu'ils les rechassèreïit jusque sur le haut de la brèche., où ils voulurent se loger. Le brigadier Talbot, qui se trouvoit alors dans Touvr^ge à corne avec cinq cents hommes, accourut par dehors le long du mur, et les chargeant par derrière les chassa, et puis rentra par la brèche, où il se posta. D^ns cette action les ennemis eurent deux mille hommes tués sur la place; de notre côté, il n'y en eut pas quatre cents.
Le prince d'Orange voyant le mauvais succès de cette attaque, et que Télite de ses troupes y avoit péri, se détermina à lever le siège. U publia én Europe que les pluies continuelles en avoient été la cause ; mais je peux certifier qu'il n'étoit pas tombé une goutte deau de plus d'un mois auparavant, et qull ne plut pas de trois semaines après.
n ne restoit dans Limerick que cinquante barils de poudre lors de la levée du siège, et nous n'avions pas, dans toute la partie de l'Irlande qui nous ëtoit soumise, de quoi y en mettre encore autant.
Tavoîs proposé au duc de Tîrconel , dès que les ennemis furent placés et établis devant Limerick, de passei^e ShannÔQ avec nos trois mille cinq cents che^
vaux , dans Tintention d'aller détruire tous les magasins quils avoient sur leurs derrières, surtout à Dublin ; ce qui les aoroit iadubitablement obligés de décamper. Gomme les villes de ce pays étoieni: tout ouvertes et sans défenses, j'étois moralement sûr de réussir dans mon projet^ et quant au Ffil^ouf^ qjix'oa m'objectoit devoir é^re diflicile, la counojssaiiQB que j'avois du pays m'y ayoit fait pourvoir; am^ outre ÎV vance que j^aurois eue sur \e$ ennemis , je comptbis ga^^ner le nord, et rentrer dans nos quartiers par Sligo. Le duc de Tirconel, devenu posant et praintif , ne voulut point consentir à ma proposition, et peut-être y entra-t-il un peu de jalousie de sa part; car comme il ne convenoit pas à sa dignité de viceroi de devenir partisan, et que d'ailleurs il n'élit pas d'un âge ni d*une taille à &ire cette course, le tout auroit roulé sur moi.
Peu de temps après, ayant su qu'un grand convoi d'artillerie et de munitions de guerre alloit au camp devant Limerick, il détacha le brigadier Sarsfield* avec buit cents cbevaux ou dragons, pour l'attaquer: celui-ci tomba dessus, battit l'escorte, et brûla le convoi. Cette expédition pouvoit avoir été la cause du manque de poudre et de boulets où se trouvèrent les ennemis, et ce qui, joint à l'obstination et b la bravoure des Irlandais , détermina sans doute la retraite du prince d'Orange , qui repassa bientôt après en Angleterre.
Le duc de Tirconel crut qu'il étoit nécessaire qu'il allât en France pour y représenter le mauvais état des affaires, et faire sentir que, sans des secours trèsconsidérables, on ne pouvoit soutenir rklande. M. de
Digitizeu L.J ^1
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troupes françaises.
Il ne sera pas hors de propos de parler ici de M. de Lauzun, dau^anl quil n'enf sera phia question dans ces Mëiiiôîres. Son caractère est aussi extraordinaire qvrê sa vie a ëtë rotoiatiesque. U ëtoit në gascon, et d'une très-grande maison. U trouva moyen de se pousser à la cour, et d'y devenir favori du roi Louis xrv, ^ui le fit capitaine des gardes du corps, et crëa pour lui la charge de colbn'el gënëral des dragons. Nonseulement il traita les ministres et les courtisans avec la dernière hauteur , mais il poussa ses prétentions jusqu'à ne vouloir pas se contenter d'épouser en secret Bfademoiselle, fille de Monsieur (Gaston de France), à quoi le Roi avoit consenti; il vouloit abso- 1 aillent qu'il lui fût permis de célébrer le mariage publiquement, avec pompe, et en prësénce du Roi et de toute la famille royale. Les prinpes du sang firent leurs représentations , sur quoi le Roi lui défendit de plus songer à ce mariage : mais Lauzun, loin d'avoir pour sou m^tre et son bienfaiteur les ^ards convenables, s'emporta jusqu'au point de reprocher au Roi son manque de parole, et même de casser son épée en sa présence, lui disant qu'il ne méritoit plus qu'il la tirât pour son service. Le Rqî, malgré cette impertinence, lui offrit d'oublier le passé, et même de le faire duc , maréchal de France ët gouverneur de province, pourvu qu'il voulût ne plus prétendre à Mademoiselle; mais il refusa tout : de manière que le Roi, irrité Contre lui, le fit enferifier dans le qhâtean de Pignerol, où il a restë pendant nombre d'années, jusqu'à ce que Mademoiselle, qui lavoit épousé se^