‹ Mémoires du maréchal de Berwick. Ebauche de l'Eloge historique du maréchal de BerwickChapitre 5 sur 14 · B58 [^%^] MÉMOIRES · texte numérisé non relu

B58 [^%^] MÉMOIRES

/crètement, donna, pour le tirer de prison, à M. le duc du Maine, la principauté de Dombes (i\ H passa .

ensuite en Angleterre, d'où en i()88 il revint en France. avec la Reine et le prince de Galles, ainsi que je Tai marqué ci-devant. Le roi Très*Chrétien, à la prière de la Reine, le fit duc, et lui redonna toutes les entrdes qu'il avoit eues auparavant. Etant passd en Irlande à la tête des troupes auxiliaires, il y fit voir que si jamais il avoit su quelque chose du . métier de la guerre, il Tavoit alors totalement o^blié• Le jour de la Boyne, étant avec lui le matin , lorsque les ennemis passèrent la rivière à Slane, il me dit qu'il falloit les attaquer^ mais, à force de chercher un champ de bataille, il donna le temps aux ennemis . de déboucher, et de se former dans la plaine^ après quoi j'ai mar([ué ([u'il ne fut plus possible de les charger. U ne montra en Irlande ni capacité, ni résolution,' quoique d'ailleurs on assurât qu'il étoit trèsbrave de sa personne. H avoit une sorte d*esprit qui ne consisloit pourtant qu'à tourner tout en ridicule , à s'ingérer partout, à tirer les vers du fiez, et à donner des godens. U étoit noble dans ses manières, généreux, et vivant très-honorablement. U aimoit Je gros jeu , et jonoit très-noblement. Sa figure étoit fort mince, et Ton ne peut comprendre comment il a pu être un homme à bonnes fortunes. Après la mort de Mademoiselle, il s*est marié avec la fille du maréchal de Lorges , dont il n'eut pas d*enfans. Le roi d' Angleterre lui avoit donné la Jarretière.

Tirconel m'avoit laissé le çommandemeut (général

(i) Fitjrc» les N«inoircs de mademoiselle de Montpensier , tome 4o ^ 43 de celle s^ric.

du royabmé èni son absence : sur quoi ayant envie

d'étendre mes quartiers au-delà de la rivière de Shannon, je passai au pont de Banaker avec toute ma cavalerie, sept ixitainons, et quatre pièces de canon. Tattaquai le château de Blir : mais , par la maladresse de mes canonniers, qui ne purent jamais attraper le château, je me vis obligé de lever le siëge \ car le gë«nëra] Douglas ayant rassemblé un très-gros corps des ennemis, vint au secours, et je ne crus pas devoir hasarder une action avec des forces si inégales. Je me relirai donc à deux milles en arrière, dans un très-bon poste, d'où ensuite je repassai le Shannon.

Peu de temps après j*eus avis que milord Churchill avoit débarqué pr^ de Kinsale avec huit mille hommes : il assié^'ea cette place, la prit en peu de jours, et de là marcha à Cork. J'avois cependant ramassé sept à huit mille hommes, et je m^avançai du côté de Rilmalock pour tenter le secours; mais toutes, les troupes ennemies de ce côtë-là l'ayant joint, je me trouvai si inférieur en nombre, que je me contentai de l'observer; et quand son expédition fut finie, nous nous retirâmes tous dans nos quartiers. Le duc de Grafton, fils du roi Charles ii, vice-amiral d'Angleterre, qui étoit venu volontaire avec Churchill, fut tué à Cork.

Pour ne point interrompre les faits militaires, j ai omis plusieurs particularités d'intrigues et de cabales que je vais ici présentement dire en deux mots.

Dès l'arrivée du Roi à Dublin, plusieurs Irlandais conçurent de la haine pour milord Melford, écossais, premier ministre et secrétaire d*Etat : le duc de Tirconel, qui voyoit avec peine le grand crédit de c«

favori, contribua sous main à faire ëclater les murmures publics, et enfin fit présenter au Hoi un placet an nom de la nation irlandaise, ^nr demander Tëloignement de Melford. Le Roi, dans les eirconstancea présentes, ne crut pas pouvoir le refuser à une nation qui soutenoit si noblement ses intérêts, et à laquelle il eapéroît ak>r» airoir Tobiigatiôn de son rétablissement sur le trône d'Angleterre. Melford fut donc en^ voyë en France , et de là à Rome , pour y résider auprès du Pape , comme ministre du Roi. Le chevalier Nagle, irlandais, et proeurenr général , «ut , à la sollicitation de Tireonel, la cbai^ de secrétaire d'Etat. C'ëtoitun très-honnéte homme, de bon sens, et trèshabile dans son mëtier, mais nullement versé dans les afiaires d'état. Le brigadier Luttrel avoit été.uii' dès principaux bente'fieux dans tonte cette affaire , jet montra dans la suite de quoi il étoit capable ; car après la bataille de la Boyne le duc de Tirconel étant redeyenu vicè-roi dlrlande par la retraite du Roi , Luttrel ne cessa d^ parler contre Tirconel /et d^ezciter Xtiat le monde contre Inî < il snt si bien animer les prînci* paux de la nation, qu'un jour Sarsfu^ld me vint trou- "ver de leur part; et après m'avoir fait promettre Je secret il me dit qu'étant convaincus de la perfidie de Tirconel , ils avoient résolu de Tarréter , et qu'ainsi il me proposoit de leur part de prendre sur moi le commandement du royaume. Ma réponse fut courte : je lui dis que je m'étonnois qu-ils osassent me faire une tdle proposition; que tout ce que Ton pouvoit Êiire contre le vice-roi étoit crime de lèse-majesté, et que parconséqueut s ils ne cessoient de cabaler je serois leuren- . nemi , et en avertiroisje Roi et Tirconel* Mon discours»

DU MiRÊCHAL 0& BBEWICK. [1690] 36 1

fil Mi|nrenloi», eC empéelia Feséendon de leurs desseins. Après le dëpart de Tirconel pour la France , Sarsiield, Simon Lattrel, frère du brigadiier, et le bri- (pdftv DoringtiD, me vlnrenC trouver à Limerick de k part de l'assemblée générale de la nation , pour me dire qu'ils avoient lieu de soupçonner que Tirconel ne représente roit .pas suffisamment à la cour de France . kur» besoins, et qu'ainsi ih me prioient de vouloir Men prendre des mesures pour le faire moi-même. Je leur répondis que je m'étonnois qu'ils osassent faire de pareilles assemblées sans ma permission \ que je leur défendoift d'en faire à Tavenir, et que le iendemai» je léur ferois savoir mes intentions sur ce dont ils m'avoient parlé. En effet je convoquai cbez moi tous les principaux seigneurs, tant ecclésiastiques que laïques, et tous les officiers militaires, jusqu'aux co- Ipnels inclus, lé leur fis un discours à peu près cômme lu- veille; mais, pour montrer que je ne désn*oîs que le bien, je dis que je voulois bien avoir la complaisance pour eux d'envoyer en France des personnes de leur goât^ pour représenter au vrai ieur état et leurs besoins : je proposai Févéquede Cork, les deux frères. Luttrel , et le colonel Purcell. Tout le monde approuva dans l'instant mon cboix, et dans peu de jours je fis partir mes députés : j'envoyai aussi le brigadier Maxwéll, éeossoîs, pour expliquer au Roi les raisons que j'avois eues pour faire cette députation , et pour le supplier de vouloir bien ne pas laisser revenir le brigadier Luttrel ni le colonel Purcell, les deux plus dangerenx'brouillons, que j'avoi» cboisis exprès pour kfS éloigne'r. Ces messieurs étant à bord soupçonnèrent que Maxwell pouvoit être chargé d'instructions

sur leur sujet, et proposèrent de le jeter dans la mer^ mais ils en furent empochés par rëvêque et Taîné Luttrel : le premier étoit un prélat d'une piété distinguée-, et le second, d'un esprit liant, m'a toujours paru un honnête homme. Malgré ce que Maxwell put représenter, le Roi permit à ces messieurs de retourner en Irlande. Tirconel y consentit, mais il eut dans la suite lieu de s'en repentir. Comme ils craignoient d'être mis en prison, ils firent insinuer au Roi que les Irlandais s'en prendroient à moi du traitement qu'on leur feroit; et ce fut cette considération qui détermina le Roi à leur permettre de s'en retourner en Irlande.

[1G91] Pendant cet hiver il ne se passa rien de considérable; et je ne fus occupé que de la visite du pays et des postes , du rétablissement des troupes, et de l'approvisionnement des magasins.

Vers le milieu de janvier, le duc de Tirconel revint en Irlande ^ et le Roi ne voulant point me laisser dans un pays si plein de troubles, m'ordonna de repasser en France ; ce que je fis au mois de février. A peine fus-je arrivé, que le roi Très-Chrétien partit pour le siège de Mons : j'eus l'honneur de l'accompagner comme volontaire. Le Roi souhaitoit fort aussi d'y aller, mais on le fit prier sous main de ne le pas proposer. Dans ce même temps le prince d'Orange étoit à La Haye, où il y avoit un congrès de nombre de princes des plus considérables de la ligue , lesquels concertoient les moyens de pousser plus vigoureusement la guerre : cette entreprise, faite pour ainsi dire à leur barbe, les surprit et les mortifia. Le prince d'Orange assembla aussitôt son armée \ mais comme elle étoit de beaucoup inférieure à la nôtre, il n'osa s'a-

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