LB COLONEL ALPHONSE AU MARÉCHAL
fl Depuis mon numéro deux, cher papa, beaucoup de molifs d'espérance sont venus se joindre à tous ceux que je yous annonçais après mon entrevue avec le duc de Richelieu ; je comptais vous envoyer aujourd'hui le duplicata de ma lettre du 25, mais je préfère vous répéter dans celle-ci ce que je vous ai déjà mandé et y ajouter de nouveaux détails ; c'est pour moi une manière plus agréable de causer quelques instants avec vous que de me recopier ; il me semble être plus près de vous que quand je ne fais que le métier de copiste.^. J'ai retrouvé la France entièrement changée à mon arrivée ; la raison et les idées vraiment libérales ont repris la place de la terreur et de Tesprit de parti où je l'avais laissée ; tout avait été préparé et ménagé par ma mère pour qu'à notre retour un nouvel effort plus fructueux fût tenté pour votre retour en France ; rien n'avait été négligé, et si on ne vous l'a pas écrit en détail, c'était de peur de nuire au succès ; aujourd'hui que Topinion publique est le guide du ministère, j'espère pouvoir vous écrire toutes nos démarches et ne vous rien cacher. Ma première démarche a été auprès du duc de Richelieu ; j'en ai été fort satisfait de toutes manières, et de réelles espérances m'ont été données, depuis que j'ai été admis à une audience de M. le duc d'Angoulème; il m'a accueilli avec bonté et
intérêt, m'a dit positivement que peut-être le moment n'était pas encore venu de vous écrire de prendre patience; que dans peu ceux qui en pays hospitalier avaient été constamment Frattçais seraient rendus à leur patrie, qu'il me promettait d'en parler de nouveau au roi, et qu'enfin il ne dépendrait pas de lui que bientôt le passé ne fût entièrement oublié; enfin, cher papa, ses expressions et sa réception vraiment bienveillante né peuvent laisser de doute sur votre prochain rappel. Au reste^ comme votre position, mêlée avec celle de beaucoup d'autres, rend votre retour une affaire d'État, j'ai cru devoir frappera toutes les portes et utiliser de toutes manières l'intérêt que mon retour pourrait inspirer; j'ai eu hier une audience de M. de Gaze par l'intermédiaire d'Adrien, qui y a mis intérêt et chaleur ; ^e ministre, que je croyais le moins bien disposé, m'a également bien reçu, il m'a confirmé toutes les espérances que j'avais déjà et m'a mis à même de pouvoir vous assurer que dans peu nous serions réunis... Je dois voir demain le ministre delà justice. Je n'ai pas encore pu voir le ministre de la guerre, il est à la campagne; j'espère qu'il sera de retour la semaine prochaine. Croyez, cher papa, que je saurai intéresser à votre position toutes les personnes qui peuvent contribuer à en changer la rigueur. . . Indubitablement votre retour est fixé au mois d'octobre ou de novombre^ époque à laquelle les troupes étrangères évacueront la France. Ce moment difficile est attendu avec inquiétude, et si, comme je n'en doute pas, il est calme,tou8 les proscrits seront rappelés àcette époque. »
• iO juio.
LE COLONEL ALPHONSE DE GROUCnT AU MARÉCHAL.
• Depuis quelque temps je différais de VOUS
écrire, espérant presque journellement ayoir de nou- Telles espérances à tous faire partager pour notre prochaine réunion. J'en suis toujours au mênft point, et quoique mes démarches de tout genre ne se soient pas ralenties il y a dans ce moment un moment d'inaction, quant au succès complet de ce que je me propose^ qui tient plutôt à la nature d'un nouTeau gouvernement représentatif qu'à un changement de dispositions ; elles sont toujours les mêmes, c'est-à-dire bonnes etgMi^rtées à votre rappel. Le grand embarras estJa manière possible et loyale et la manière individuelle dont ehacun des proscrits devra être traité; il n'échappe pas à l'esprit du gouvernement que ce serait une fausse mesure que de faire rentrer des individus qui pourraient rester intérieurement mécontents ; espérons qu'il aura dans peu la force et le courage de montrer dans cette occasion et de la grandeur d*âme et de la générosité, que le parti des ultra ne veut pas lui ac* corder. On est d'ailleurs dans ce moment occupé de deux circonstances qui absorbent entièrement l'attention publique et la responsabilité ministérielle : les nouvelles élections pour un cinquième de la chambre, et l'évacuation du territoire français par les puissances alliées. Un emprunt a été fait et couvert de suite par
tesFrançais, pour accélérer d'uQ an le départ de ces vrais eanemis de noire malheureuse patrie. Tout an* nODcajju'au 1*' septembre ils commenceront à évacuer un sol souillé de leur présence, et je ne doutepas que, si ce m'ornent que des ennemis de leur patrie s'efforcent de faire envisager comme critique, se passe avec calme et satisfaction, an débarras d'un tel fardeau, je ne doute pas que le ministère qui a provoqué une mesure aussi nationale ne a'emprease d'y ajouter comme un nouveau titre de plus à la gratitude de la nation et des familles, le rappel de tous les proscrits, victimes, la plupart si innocentes, de Tesprit de parti et des circonstances. Tous mes efforts se bornent donc en ce moment àtâcher que vous soyez un des premiers rappelés, car je ne doute pas et ce serait on ne peut plus maladroit d'en agir autrement. »
13 Jii»M.
LE COLOKEL ALPHONSE DE CBOOCHY ID HiBÉCBiL.
« Depuis notre séparation, cher papa, je suis sans nouvelles de vous ; moins qu'un autre je puis m'habituer à une telle privation ; j'ai passé si doucement une année d'exil auprès de vous que, même celle que les circonstances me forcent à passer loin de voua à Paris, me paraît déjà bien longue et ennuyeuse ; au sentiment bien pénible d'âtre ainsi privé de la douceur de pouvoir communiquer avec vous vient se joindre l'inquiétude que ma correspondance, quoique bien exacte et bien
fréquente, ne voas parvienne pas exactement; mon cceur en souffrirait doublement, et par le besoin qu'il a de communiquer souvent avec vous^ cher papa, et les espérances chaque jour croissantes d'une réunion qui^ j^espère, ne passera pas le terme que vous m'avez fixé vous-même en restant une année loin de vous. Cette incertitude de l'arrivée de mes lettres me force à vous répéter toutes mes démarches depuis mon arrivée à Paris, ou plutôt succinctement ce que je vous ai déjà mandé dans mes précédentes lettres. Au reste, je ne dois pas plus me fatiguer de les écrire que je ne me fatigue de les faire. J'ai vu à mon arrivée M. le duc d'ÀDgouIème et en ai été accueilli d'une manière trèsbienveillante ; il m'a promis de parler au rot, de vous écrire de prendre patience y et qu'il ne tiendrait pas à lui que tout fût bientôt oublié ; j'ai vu ensuite tous les ministres, qui tous m'ont bien reçu et donné des espérances. Le résumé de leurs promesses a été que le moment n'était peut-être pas encore venUy mais qu'au moment du départ des alliés les Français que le malheur des circonstances avait éloignés et qui étaient restés Français en pays étranger, rentreraient, et que certainement v(ms seriez du nombre; j'ai surtout été très^ontent du ministre de la police. Quoique restées en apparence au même point, mes démarches directes ou indirectes n'ont pas cessé. J'ai retrouvé d'anciens camarades et amis^ qui me servent journellement et dont rififluence, quoique faible, finira par obtenir aussitôt que possible ce que nous désirons si vivement. La circonstance de n'avoir pas été jugé m'est fort utile
en ce moment et bfttera probablement votre retour de beaucoup ; au reste, cher papa, il est des détails et des espérances journalières que je ne puis par discrétion et par intérêt de votre cause tous mander; soyez seulement assez confiant dans ma tendresse pour vous, pour être persuadé que je ne perds pas une occasion et une circonstance faTorable, que je ne doute pas de votre rentrée d'ici à un an, et que ce n'est qu'à en hâter le moment et peut-être la manière que je travaille maintenant. »