‹ Mémoires du maréchal de GrouchyChapitre 8 sur 26 · LB COLONEL ALFH0N6E 1 SON PÈRE · texte numérisé non relu

LB COLONEL ALFH0N6E 1 SON PÈRE

■ Je reçois après une bien réelle inquiétude de vos nouvelles, cher papa; votre lettre du 14 juin vient de m'ètre remise et j'en suis bien heureux; que de gratitude et de remecciment ne vous dois-je pas, cher papa, de vous être autant occupé de mon avenir depuis notre pénible séparation; mon cœur vous en porte une bien réelle reconnaissance et ne croira pouvoir l'acquitter qu'en nous réunissanthientôt. C'est ii quoi je travaille ici journellement et avec assez de probabilité de succès.

« Quoique je suppose^ cher papa, que mes

dernières vous sont parvenues et que vous partagez maintenant mes bien réelles espérances, je vais encore

vous répéter ce que je vous ai dit dans toutes mes précédentes. J'ai été bien reçu, bien accueilli de tout le monde ; dès les premiers jours on m'a donné des espérances, depuis le jour de mon arrivée chaque jour la position est devenue meilleure. Ne voulant pas m'en tenir à des paroles^ j'ai essayé de tous les moyens possibles^ frappé à toutes les portes, et, profitant de votre heureuse position de ne pas être jugé, j'ai remis un mémoire, qui a été soumis au conseil des ministres, tendant à ce que vous soyez assimilé à la seconde liste. La réponse a été affirmative que vous y apparteniez de fait, et que cette translation n*était point nécessaire ; que vous étiez même hors de ligne, que dans peu vous rentreriez et même un des premiers de la seconde liste. J'ai été porté à cette demande par la connaissance que Ton allait s'occuper de faire rentrer cette liste, qui, d'après l'ordonnance, a été bannie, mais laissée à la disposition du roi. Le gouvernement n'ose point encore prendre un parti décisif à l'égard des proscrits; il attend le résultat du congrès d'Aix-la- Chapelle, et en outre a été un peu inquiété par la dernière conspiration des ultra-royalistes, dont je ne vous parlerai point en détail^ sinon pour vous faire observer que ces mêmes ultra, qui imprimaient la terreur, avaient toutes les places quand je fus vous rejoindre en 1816. Aujourd'hui, accablés par Topinion publique plutôt que contenus par le gouvernement qui n'a jamais eu jusqu'ici qu'une marche incertaine, et quoique possédant encore toutes les places, ces mêmes ultra conspirent pour reprendre le pouvoir que To-

pinion leur a ôté. Au reste^ le gouvernement a commencé à 8*occuperde8 exilés; quarante-six conven* tionnels, dont les votes n'ont pas compté, parmi lesquels est Cambacérès, ont reçu la permission civile de rentrer après le congrès d'Âix*Ia-Cbapelle. Il a déjà fait un pas à l'égard de la deuxième liste. Le général Dejean vient de rentrer. Son frère avait accepté la place d'administrateur général de la guerre il y a un an sous cette condition; on y a adjoint la grâce de M. ClaiSy qui, je crois, doit cette faveur à ce qu'il n'est connu de personne. Ce premier pas en amènera certainement un second, et je ne doute pas, d'après les assurances qui m'ont été données^ que vous ne soyez en tète du premier travail qui aura lieu au plus tard au mois d^octobre ou novembre. Je ne dois point vous laisser ignorer, cher papa, que ces heureux changements dans votre position sont dus à l'intercession de M. le duc d'Angoulème : il y a mis un intérêt et une générosité bien grande, il a demandé votre rentrée au roi, au ministre^ et c'est à lui qu'elle est due, car elle est positivement décidée, mais ajournée après le con* grès. Ainsi donc, cher papa, arrangez vos affaires pour pouvoir rentrer au printemps prochain; je prends ce long délai, et pour vous éviter une navigation d^hiver et pour être plus sûr du moment où j*obtien» drai l'autorisation nécessaire, car je ne perdrai pas un jour pour l'avoir et vous la porter moi-même aussitôt que je Taurai reçue, p

Au mois de septembre 1818, un journal américain,

VAurara publia un long 'article ayant pour titre : Bataille de Waterloo y par un combattant de Waterloo.

Cet article était quasi injurieux pour le maréchal de Grouchy^ qui répondit immédiatement par la réfutation qu'on va lire, imprimée à Philadelphie en anglais et en français :

Voici le texte français :

f Vétéran dans Tarmée française, et attaché au maréchal Grouchy, je n'eusse pas différé jusqu'à ce jour à réfuter un morceau relatif à la bataille de Waterloo, publié dans un des numéros de VAuroray du mois de septembre dernier, si, éloigné de Philadelphie lorsqu'il parut, j*en eusse eu connaissance avant mon retour récent dans cette ville, et si, à sa lecture, je n'eusse été agité par deux sentiments opposés dans leurs effets: un froid mépris qui porte à dédaigner de répondre à toute production enfantée par la perversité, et uniquement à dessein de nuire, et cette indignation dont on est saisi, en voyant outrageusement blesser les intérêts de la vérité, de la justice, et de l'honneur de l'un de ses camarades. L'indignation l'emportant sur le mépris, je me propose de relever chacune des assertions erronées et des raisonnements captieux doi^ se compose principalement cet écrit: je serai soutenu dans eetle tâche facile, mais longue, en raison des nombreux détails dans lesquels j'aurai à entrer, par la pensée qu'il n'est pas de poursuite plus noble pour l'honnête homme que de confondre la calomnie et de faire triompher la cause du juste et du vrai.

f Is combattant de Waterloo auteur de l'écrit auquel celui-ci sert de réponse^ commence par se demander pourquoi il a été publié dans les journaux un article explicatif de quelques-unes des causes de la perte de la bataille de Waterloo^ et s'étonne qu'on Tait fait paraître sur une terre étrangère, longtemps après les événements auxquels il a trait.

«C'est précisément parce que nous habitons un pays éloigné du théâtre de ces événements, et où par conséquent l'opinion n'est influencée par aucune considération personnelle, où Ton ne sacrifie ni aux idoles du jour, ni à celles qu*on espère devoir relever et où un public éclairé, et exempt de passion, n'appartient a aucun parti, que l'écrit qui a mis en mouvement la bile de M. le combattant de Waterloo a paru. Quelques articles de papiers publics qui assignaient des causes inexactes aux désastres de cette fatale campagne y donnèrent lieu. La réputation est une propriété à laquelle personne n'a le droit d'attenter : repousser les atteintes qu'on essayait d'y porter était un devoir pour les a^iis de l'homme attaqué, aussi bien que pour lui-même : mais certes il n'avait point à le remplir, M. le combattant, à l'occasion du morceau publié !e 1 1 septembre : il n'est offensant pour qui que ce soit, car rendre compte que l'attaque de Wavrés n'avait point complètement réussi n'était pas entacher la renommée militaire du général Vandamme, aux talents et aux services duquel le maréchal Grouchy rend un constant hommage (quoiqu'il croie avoir à s'en plaindre), et improuver quelques-unes des dispo-

BÎtions d'un grand capitaine^ n'est maaquer si au respect oi à la reconnaissancç qu'on lui doit. Mais probablement qu'en s'instituant le cheyalier de camarades qu'on n'attaquait pas, et le champion de Napoléon, auquel l'auteur de l'article du 11 septembre n'avait pas cessé de payer le tribut d'une admiration d'autant plus vraie qu'elle ne fut jamais, ou ayeugle ou intéressée, M. le combattant a cru se populariser, 86 donner de l'importance, et rattacher quelques individus à ses opinions envenimées. Quoi qu'il en soit de ces motifs, ne point convenir que Napoléon ait commis des fautes, et ne pas admettre qu'il ait pu se tromper dans le choix des mesures et des hommes qu'il a adoptés, est parfaitement dans le rôle de ceux qui, n'ayant à se prévaloir ni de faits d'armes éclatants ni de services connus, n'ont dû qu'au hasard heureux de l'approcher, leur éphémère élévation. Vainement aujourd'hui veulent-ils persuader que Tauréole de gloire d'un grand homme^ en les éclairant un moment, les a tirés pour toujours de leur obscurité militaire : cet éclat d'emprunt, ne reposant sur 4ftcun titre réel, n'a servi qu'à mieux faire ressentir leur présomptueuse impéritie. Pour nous, qui goûtons peu la doctrine de l'infaillibilité en plaçant Napoléon au rang des hommes extraordinaires qui font époque dans les annales du monde, nous pensons que toutes ses campagnes, et notamment la dernière, n'ont point été marquées par des dispositions également habiles ou heureuses; nous nous honorons de ne point partager l'opinion de M. le combattant, quant aux rapports,

relations o« jugement émis par les Anglais, les Allémands, et même quelgues Français qui trouvent leur intérêt à déprécier leurs compatriotes absents et pèr* sécutés. Nous gémissons de l'entendre proclamer à dessein de nuire à Tun de ses chefs, la véracité et le mérite de tels écrits, et nous avons besoin pour pouvoir nous expliquer cette odieuse partialité, de nous rappeler qu'il s'est trouvé des êtres disposés à porter aux paroles des plus mortels ennemis de la France, une si aveugle confiance, qu'ils ont contribué à en rendre victime le grand homme qui en éleva le plus la grandeur et la gloire. Enfin, nous nous indignons de voir M. le combattant mettre constamment en avant^ pour décrier le maréchal Grouchy, les rapports de l'étranger, tandis qu'il garde le plus absolu silence sur les bulletins officiels publiés par ordre de Napoléon , dont aucun ne renferme une charge^ ou un reproche, quant à sa conduite : plus juste que ses modernes séides, ce grand capitaine n'a pas cherché à rejeter sur celui qu'il avait placé hors de mesure de les prévenir, les Auses de ses derniers désastres; s'ils eussent dû être imputés au maréchal Grouchy, pourquoi no l'aurait-il pas dit ? S'il n'avait point exécuté ses ordres, pourquoi l'aurait-ii tu? et comment l'assertion de toutes les personnes qui l'ont approché après la bataille de Waterloo, celle de l'un de ses aides-de-camp, et de celui des membres de sa famille maintenant aux États-Unis, constateraient-elles qu'il n'est pas sorti de sa bouche un mot d'improbation à l'égard du maréchal Grouchy? Un tel silence de la part de

rhomme le plus éminemment intéressé à déverser le Uâme sur qui l'aurait mérité^ dit if^sez ce qu'on doit penser des déclamations mensongères de ceux que leurs passions haineuses portent à continuer aujourd'hui le rôle qui, pour le malheur de la France, servit trop utilement leur médiocrité et leur tint lieu de talents. Ajoutons encore qu'au nombre des motifs qui nous engagèrent à publier l'article du 11 septembre, se plaçait le désir de fournir aux écrivains amis de la vérité une pièce officielle propre à jeter autant de lumière que l'est la lettre du maréchal Soult au maréchal Grouchy ; d'ailleurs celui des chefs de l'armée qui pouvait donner les renseignements les plus précieux (le maréchal Ney) n'existe plus, et, quoique sa manière de juger des causes de nos revers se trouve indiquée dans sa lettre au président du gouvernement provisoire après Tabdication, néanmoins le maréchal Grouchy étant aussi dans le nombre des généraux à même de contribuer à éclairer l'opinion^ nous avions été d'autant plus portés à faire connaitre sa façon de voir, que pour ne blesser aueun amour* propre, et par un sentiment de respect pour le malheur d'un chef illustre, il s'était constamment tu sur les mobiles de cette sanglante catastrophe^ et avait dédaigné de repousser des inculpations personnelles, évidemment dirigées par la malveillance ou Tanimosité, puisqu'elles n'étaient appuyées d'aucune espèce de preuve ; mais la patience de ses amis n a point égalé la sienne, aucunes des notions qu'ils tiennent de lui ne demeureront ensevelies, elles deviendront le patrimoine de l'histoire .

« Après avoir déduit les causes de la publication de l'article qui parulrle 1 1 septembre, nous allons passer à l'examen de la valeur de chacun des reproches faits au maréchal Grouchy ; nous rendrons ensuite un compte succinct de ses opérations, le 17 et le 18 juin^ et nous hasarderons quelques idées sur ce que nous pensons que Napoléon aurait dû faire.

a Le premier tort imputé au rédacteur de l'article du 1 1 septembre est d'avoir justifié la conduite du maré^ chai Grouchy j le jour de la bataille de Waterloo^ conduite qui n'a été^ dit-il, que légèrement blâmée^ et de garder le silence sur sa conduite antérieure^ qui Va été, l'est et le sera unanime^nent^et justement etc .D'abord il y a erreur, quant à cette prétendue unanimité; car nous avons sous les yeux nombre de relations anglaises, allemandes et françaises, et dans la plupart nous ne trouvons aucune charge contre le maréchal Grouchy. Ensuite qu'est-ce qu'entend M. le combattant par la conduite du maréchal Grouchy antérieure au 18 juin? Est-ce de celle qu'il a jtenue le jour de la bataille de Fleurus qu'il veut parler ? Le succès de cette journée,à laquelle il prit une glorieuse part, ne permet pas de croire qu elle ait encouru sa censure. C'est donc sa conduite le 17 juin qu'il attaque. Mais elle a été bien courte, cette journée, pour qu'il ait commis tant de fautes 1 Elle n'a commencé pour lui qu'à midi et demie, heure à laquelle il reçut l'ordre de prendre le commandement des corps d'armée des généraux Yandamme et Gérard, de découvrir la direction de retraite de l'armée prussienne^ de la poursuivre et de compléter sa défaite.

« Napoléon ne lui prescrivit point de prendre une position pour couvrir le flanc droit de l'armée qui a combattu à Waterloo^ ainsi que cherche à le persuader l'auteur du pamphlet du 21 septembre ; un tel ordre donné par Napoléon, au moment où il se mettait en marche pour aller combattre les Anglais, sans savoir où ils recevrait la bataille^ et donné alors qu'il ignorait sur quel point s'étaient retirés les Prussiens qu'il ordonnait de poursuivre, eût été absurde.

« Toutefois, supposons^ pour un moment, qu'il eût enjoint au maréchal Grouchy de protéger le flanc dé son armée^ en prenant une position, ou en marchant parallèlement à elle : pourquoi ne l'aurait-il pas exécuté, cet ordre, si commode pour un homme que TOUS peignez comme négligent ou dénué d'énergie militaire? et quels motifs l'eussent porté à préférer de s'attacher à la piste du maréchal BlQcher, et à courir leB chances d'un combat inégal ?

• Une partie de l'armée prussienne avait, en se retirant le 16 au soir, paru se porter sur Namur : c'est dans cette direction,qui lui faisait tourner le dos à Napoléon, qu'a d'abord marché le maréchal Grouchy : il lui a rendu compte qu'il allait la prendre. Il l'a informé dans la nuit, du 17 au 18, qu'il était à Gembloux, et qu'il présumait devoir se diriger le lendemain sur Sarth-à-Yalin et Wavres. Napoléon ne l'eût* il pas rappelé, si c'était une direction différente, et parallèle à la sienne, qu'il voulait qu'il suivît ?

« Etablir que le maréchal Grouchy eût dû^ en entendant tirer le canon du côté de Waterloo, quitter la

poursuite du maréchal BlUcher et se porter immédiatement vers Napoléon, est une opinion admissible au premier coup d'oril^ mais qui cesse de pouvoir être soutenue dès qu'on sait que c'est entre onze heures et midi que ce canon a été entendu de l'armée du maréchal Chsouchy ; qu'alors il avait atteint Tarrière-garde du maréchal Bltlcher^ en position pour lui barrer le chemin ; qu'il venait de l'attaquer, et qu'il la culbutait sur Wavres, où^ d'après tous ses rapports, se trouvait réunie l'armée prussienne qu'il avait à combattre. Ne pas abandonner un ennemi à la poursuite duquel il était envoyé, au moment où il parvenait à se mettre en contact avec lui, était son devoir, était conforme aux règles de la guerre, et être derrière Tannée prussienne était faire pour celle de Napoléon la seule diversion qu'il fût à même d'opérer.

« Maig,répète sans cesse M.le combattant de Waterloo, pourquoi le rédacteur de la note du 1 1 septembre ne publie-t-il pas textuellement les ordres qu*il a reçus ?

« La raison en est simple : c'est qu'ils ne furent donnés que verbalement, et de la bouche de Napoléon, au maréchal Grouchy. La lettre que lui écrit le maréchal Soult^ le 18, ne le montre-t-elle pas, lorsqu'en parlant de sa marche sur Sarth^à-Valin et Wavres, elle s'exprime ainsi : Ce mouvement est conforme aux dispositions qui vous ont été communiquées ? Le major général n'eût pas manqué de dire : aux ordres que je vous ai transmis, ou dont vous êtes porteur, si le maréchal Grouchy avait reçu d'autres ordres que des ordres verbaux. Au surplus, la substance^ la teneur même de

ces ordres ne pouvait être rendae d^une manière plus fidèle et plus précise qu'elles ne Pont été dans l'article du 1 1 septembre et qu'elles ne le sont ici.

f Passons à ce que M. le combattant appelle des erreurs de fait.

a l"" Il chicane le rédacteur de cet article du 1 1 septembre sur ce qu'il avance que l'armée du maréclml Grouchy était de trente et quelque mille hommes, et demande avec ingénuité ce qu'il entend par trente et quelques mille hommes ; il s'éviterait cette oiseuse question, s'il voulait se rappeler que les corps placés sous ses ordres le 17, à midietdemi, s'étaient battus avec acharnement la veille et l'avant-veille, avaient nécessairement essuyé des pertes ; que le relevé des tués, des blessés et des égarés n'avait pu encore être fait ; qu'ayant à se mettre en mouvement immédiatement, c'était à marcher et à agir, et non à faire dresser des états de situation qu'il avait à songer ; qu'ainsi il n'a pu savoir à deux ou trois mille hommes près la force ce jour-là des corps dont il prenait le commandement. En en parlant, il a donc pu aussi bien dire trente et quelques mille ^ que quarante mille combattants ; mais bien certainement leur nombre ne s'élevait pas à quarante-cinq mille, car, après des marches forcées, le combat du 15 près Charleroy , et la bataille do Fleurus le 16, la force de ces corps d'armée ne pouvait plus être la même que celle portée aux états faits avant l'entrée en campagne et existant au cabinet de l'Empereur, dont au reste il nous semble douteux que M. lo combattant eût la clef.

« Oasaitque l'armée française, généralement recon^ nue forte d'environ cent dix miUe hommes, avant le passage de k Sambre, était composée de six corps d'infanterie, de quatre corps de cavalerie, et de toute la garde impériale, vieille et jeune. Le maréchal Grouchy n'avait sous ses ordres que deux corps d'infanterie et deux corps de cavalerie : il est difficile qu'ils formassent seuls quarante-six mille hommes (I).

f La marquise de Condorcet, sœur du maréchal Grouchy, qu'on ne devait guère s'attendre à voir citer comme une autorité en pareille matière, n'a figuré en rien au jugement de son frère (qui n'est même point jugé), et nous ignorons si elle a effectivement tenu le propos que lui prête M. le combattant ; mais vrai, ou non, l'obligeante foi qu'il y ajoute fait plus d'honneur à sa galanterie qu'à son discernement : il eût dû lui faire remarquer que les quarante mille hommes ramenés par le maréchal Grouchy se composaient, nonseulement des corps qu'il avait avec lui à Wavres, mais aussi des débris de Tarmée qui avait combattu à Waterloo, et qu'il avait rallié aux troupes sous ses ordres.

2^ Le rédacteur de l'article du 21 septembre prétend que l'armée prussienne a été représentée par l'auteur de l'article du 1 1 septembre comme double de ce quelle était réellement ; qu'au lieu d^étre de quatre-vingtdix mille hommes^ nombre approximatif auquel elle a été portée dans cette note, elle rC était que de cinquante^

(1) La division da général Teste avait été jointe à l'infanterie du maréchal Grouchy ; mais on lui avait retiré divers carpe, notamment ta brigade (le chasseurs k cheval, commandée paf le colonel Grouchy.

cinq mille hommes ; quHl ne peut admettre le nombre de quatre-vingt-dix mille^ parce quilest inexact , et n'a été' admis par aucun des auteurs qui ont publié des relations de la bataille de Waterloo, qu'il ait lu ou dont il ait entendu parler.

« Noos sommes fâchés d'avoir à le dire : mais ou M. le combattant lit pea, ou il a une mémoire bitn infidèle. Si elle l'eût mieux servi, il se serait rappelé de cette phrase du rapport officiel français de la bataille de Fleurus^ publié par ordre de Napoléon : — Le maréchal Grouchy à Vextrême droite^ et le général Pajol^ combattirent au village de Sombreff. Vennemi montra quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille hommes. S'il eût compulsé le rapport anglais du duc de Wellington, et le rapport prussien du maréchal BlUcher, il y eût \u que l'armée prussienne à Fleurus était de quatre^vingt mille hommes ; que le corps prussien du général Bulow n'arriva point à temps pour prendre part à cette bataille ; enfin que l'armée prussienne n'était composée que de quatre corps, trois seulement ont combattu à Fleurus. Napoléon^ qui devait s'y connaître autant que H. le combattant^ a jugé qu'ils formaient un total de quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille hommes. Le maréchal BlUcher, qui probablement savait aussi bien la force de son armée que M. le combattant^ déclare qu'il était dans cette journée à la tête de quatre-vingt mille hommes. Les pertes des Prussiens à Fleurus ont été évaluées par Napoléon à quinze mille hommes, et par le maréchal BlQcher à beaucoup moins ; ainsi donc le corps du général Bulow ayant fait sa jonction après la

baiaille de Fleurus avec les trois autres corps qui y avaient combattu, la totalité Ae» forces que le maréchal BliJcher avait à opposer au maréchal Grouchy, ou dont il était à même de disposer à Wavres^ ne pouvait être moindre de quatre-vingt à quatre-vingt-quinze mille hommes. Qu'est-ce qu'a statué le rédacteur de rarticle du 11 septembre? Que l'armée prussienne était d'environ quatre-vingt-dix mille hommes.

c Arrivés à ce que M. le combattant à Waterloo nomme un récit sommaire de cette bataille, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien est lumineuse et militaire cette intéressante esquisse, dont les seuls traits nouveaux sont ceux employés à faire ressortir les prétendues fautes du maréchal Grouchy, et à nous apprendre que la colonne à la tête de laquelle s'est placé Napoléon^ se composait de tels et tels corps de la garde et de seize bouches à feu.

t Vous êtes orfèvre, M. Josse encore si vous noua

fournissiez de l'or pur!... mais malheureusement vous ne travaillez qu'en faux ; on a déjà été à même d'en juger par divers échantillons de votre marchandise; ceux qui vont suivre achèveront d'en convaincre.

« Vous avancez que vers les quatre heures le maréchal Soult et le général Bertrand/ regardant vers leur droite^ découvrirent une colonne, et s'écrièrent simultanément : Cest Grouchy, voilà les trois corps de r armée! Vos oreilles ne vous auraient-elles pas aussi mal servi que le fait votre mémoire? Le maréchal Grouchy n'avait avec lui que deux corps d'armée, ceux des généraux Yandamme et Gérard, et la cavalerie des gé-

néraux Pajol, et Exelmans? Comment le maréchal Soult, major général de Tarmée^ aurait-il annoncé r arrivée de trois corps?

« Ce même maréchal Soult avait écrit, et signera une hemre après midi, que Tennemi paraissait sur la droite : relisez ce paragraphe de sa lettre au maréchal Grouchy : Nous croyons apercevoir ce corps (celui d u général prussien Bulow) sur les hauteurs de Saint-LamberL Si donc le maréchal Soult s'est écrié : Voilà Grouchy ! ce n'a pu être qu'à dessein de propager un bruit que Napoléon jugeait utile de répandre^ à dessein d'exalter le moral des troupes et d'en obtenir un dernier et décisif effort, quile libérât entièrement de l'armée anglaise. Mais bien certainement, ni lui, ni le maréchal Soult, ni le général Bertrand, ne pensaient que ce fût le maréchal Grouchy. Comment l'eussent ils cru, instruits comme ils Tétaient de ses mouTements, et de la position où il se trouvait, par ses lettres, et par ses officiers ; dont l'un d'eux, le chef d'escadron la Frênaies (1), avait été envoyé à Napoléon de Sarth-à-Valin à onze heures et demie, à l'instant où le maréchal Grouchy était aux prises avec l'arrière-garde prussienne et arrivait sur Wavres. Des lunettes d'approche suffisaient seules pour convaincre que c'étaient des Prussiens. Enfin le témoignage des prisonniers faits par ces troupes en vue, ne permettait pas l'ombre de doute à cet égard ; s'il en avait existé un moment, dès longtemps ils étaient détruits : car lorsque le rapport fut fait à Napoléon, que l'ennemi

(I) Il avait été aatrefois page à KapoIéoDi et m trouTait en ce moment auprès de lui.

paraissait sur son flanc droite il reçut fort mal rofiicier qui en était porteur^ et qui lui était envoyé par le colonel Grouchjy commandant la brigade de cavalerie légère placée à Textrème droite. Sentant toute Timportance de fournir immédiatement la preuve du rapport qu'il avait transmis, ce colonel se hâta de charger la tète de la colonne prussienne, fit prisonniers de sa propre main un officier et quelques soldats, et les conduisit lui* même à Napoléon. Certes^ il savait donc à quoi s'en tenir sur les troupes qui paraissaient ; mais il croyait devoir faire prendre le change à l'armée^ et, après avoir balancé un moment s'il se dirigerait avec sa colonne d'élite qu'il conduisait en personne contre les Prussiens ou les Anglais, il se détermina à marcher contre ces .derniers, essayant de ce mouvement en avant comme d*une ressource dernière, dans la position désespérée dans laquelle il se trouvait.

a Certainement il est vrai de dire que la victoire serait demeurée à l'armée française^ si les Prussiens n'eussent point pris de part à la bataille de Waterloo. Mais pour que le maréchal Grouchy pût les en empêcher, il eût fallu qu'au lieu de leur laisser prendre une avance de plus de seize heures sur les troupes envoyées à leur poursuite, sur le détachement du maréchal Grouchy, le 17^ à midi et demi, Napoléon l'eût lancé après le maréchal Blucber,le 17, à la pointe du jour, ainsi qu'il pouvait le faire : alors il eût encore été à temps de retarder la marche en retraite des Prussiens ; il les eût joints et attaqués bien plus tôt. Le maréchal Blacher n'aurait pu prendre avantage d'une position forte et

reconDue ; probablement enfin, il eût prévenu ie mouvement de deux de ses corps sur Waterloo.

• Mais^ quand le 1 7 , à midi et demi^ Napoléon ordonnait au maréchal Groucfay de poursuivre l'armée prussienne, déjà elle était jendue à Wavres, et lorsque le maréchal Grouchy atteignait Wavres, vers la fin de la matinée le 18, des corps prussiens étaient déjà en vue de l'armée française, qui combattait à Waterloo sur les hauteurs de Saint-Lambert (1).

« Chercher à faire croire qu'arrivant à Wavres entre midi et une heure, le maréchal Grouchy pouvait par un mouvementdeflanc paralyser l'attaque des Prussiens sur Taile droite des Français à Waterloo, c'est ne connaître ni la carte du pays, ni les distances, ni la position de l'armée prussienne, qui a cette heure se trouvait tout entière entre Varmée de Napoléon et celle du maréchal Grouchy.

C'est oublier aussi que les corps prussiens qui atta* qnèrent la droite des Français à Waterloo, s'étaient ébranlés de Wavres, le 18, dès trois heures du matin; qu'à raison de la difficulté des chemins et de la nature du pays, ils avaient mis jusque à une heure après midi à parvenir à la tète du défilé de Saint-Lambert, et qu'ainsi, en admettant que cette marche de flanc fût possible, à moins que le maréchal Grouchy n'eût eu la faculté de donner des ailes à ses soldats, il y avait im« possibilité physique qu'ils arrivassent à temps utile^

« Prétendre que le maréchal Grouchy eût pu tenir

(l) Voyez la lettre du maréchal Soalt

Tannée prussienne en échec, est une assertion également erronée. Pour tenir des troupes eu échec dans un pays de plaine, il ne faut pas en être à plusieurs lieues.

« Le 17, à 10 heures du soir,' l'armée du maréchal Grouchy était à peine rendue à Gembloux.

c Le 18, dans la soirée^ le maréchal Blticher avait toute son armée, à l'exception de son arrière-garde, réunie à Wavres,

c Le 18, avant le lever du soleil, l'armée du maréchal Grouchy quittait Gembloux, et se remettait en marche, se dirigeant sur Wavres.

c Le 1 1 , au lever du soleil, le maréchal Bliicherdéta» chait de Wavres une portion de son armée, à l'effet d'opérer sa jonction avec le duc de Wellington. Le maréchal Grouchy était alors à Gembloux, à plus de six heures de marche de lui ; comment pouvait-il empêcher ce détachement et cette jonction ?

t On ne peut dire, avec plus de Justice, que le maréchal BlQcher ait trompé le maréchal Grouchy, ou lot ait dérobé le mouvement d'une portion de son armée.

« 1"" Parce que le maréchal Grouchy n'était point en position devant le maréchal Blûcher^ lorsqu'il a fait commencer son mouvement vers la gauche de l'armée anglaise, à Teffet de tourner la droite des Français à Waterloo.

« 2^ Parce que les troupes du maréchal Grouchy étaient encore i une très-grande distance, le 18, à trois heures du matin, quand ce mouvement a commencé.

€ 3* Parce que le maréchal Grouchy n'a atteint Tarlière-garde du maréchal BIflcher que vers onze heures du matin, et à environ deux lieues de la position de Wayres, (|u\Yaient occupé pendant la nuit du 17 au 18 les corps prussiens, qui effectuèrent le mouvement dont il est question.

« La vérité est que le maréchal Bliicher a su profiter de sa supériorité numérique, du répit que Napoléon a donné à Tarmée prussienne après la bataille de Fleurus, et de la faute qu'il a commise de demeurer dans l'inaction toute la matinée du 17.

c Quant au maréchal Grouchy, il a fait dans les journées du 17 et du 18 tout ce qu'en raison des ordres qui lui avaient été donnés, il devait et pouvait faire. Investi du commandement des corps des généraux Vandamme et Gérard^ le 1 7 à midi et demi^ il s'est porté a la suite des Prussiens, aussi rapidement que possible : à peine quelques heures de repos ont-elles été données à ses soldats à Gembloux, où ils n'arrivèrent que vers les dix à onze du soir, et d'où ils repartirent le 18, avant le lever du soleil ; dès que l'ennemi a été atteint, il a été vigoureusement abordé : l'arrière-garde prussienne a été culbutée dans Wavres. L'attaque de cette ville a eu lieu immédiatement : la portion située sur la rive gauche de laDyle ne pouvant être enlevée, une attaque au moulin de Bielge et des démonstrations au-dessous de Wavres ont été ordon* nées. Elles s'effectuaient lorsque,vers les quatre heures du 8oir^ Tordre de Napoléon de se rapprocher et de marcher vers Saint-Lambert est arrivé : la route qui de

Wavres y conduit, passant par Limellette, toutes celles des troupes du maréchal Grouchy qui n'étaient point engagées, ont été dirigées vers ce village : le passage de la Dyle y a été^ffectqé et les hauteurs de l'autre côté de la rivière ont été enlevées. Établi de sa personne sur ces hauteurs^ dont on n'était |iarvenu à se rendre maître qua la chute du jour, le maréchal Grouchy, qui n'avait aucunes nouvelles de Napoléon, malgré Tenvoi de nombreux officiers, et de partis^ voulant à tout prix le joindre et être à cet effet en mesure de réattaquer les Prussiens dès l'aube du jour, a passé la plus grande partie de la nuit à diriger et placer lui-même ses soldats, à mesure qu'ils franchissaient, pour ainsi dire^ homme par homme, l'étroit et rapide défilé qui s'étend de la Dyle aux hauteurs de Limelette, à demi portée de canon desquels avaient repris position des Prussiens qui continuaient à occuper la moitié de Wavres, le village de Bielge, et qui couronnaient toutes les hauteurs en arrière. Le 1 9 juin, avant le lever du soleil, le combat s'est engagé de nouveau entre les troupes du maréchal Grouchy et les corps ennemis qui lui étaient immédiatement opposés : layant été enfoncés, Bielge et Wavres ont été évacués par les Prussiens, qui ont été poursuivis jusques au village de Rf sieme, sur la route de Bruxelles, dont on supposait Napoléon maître. La lettre du maréchal Soult au maréchal Grouchy, écrite la veille, à une heure après midi, du champ de bataille de Waterloo, annonçait labataille gagnée, sur le front de Mont Saint-Jean(l).

(1) Voyez la lettre du maréchal Soult.

Au liea de cela, vers les onze heures, étant iostruit par le rapport yerbal d'an officier envoyé sans qu'on ait seulement songé à lui donner, soit des ordres éerits, soit des informations quelconques, quant aux points sur lesquels se retirait ransnée française des désastres de. Waterloo, le maréchal Grouchy a commencé, et est parvenu à effectuer une retraite marquée par un combat glorieux à Namur^ et des mouvements tels sur TAisne, l'Oise et la Marne, que^ trompant les nombreux ennemis dont il était environné, il est parvenu à rafnener intacts sous le% murs de Paris son armée^ les débris de celle de Napoléon, et une artillerie immense.

Durant les journées du 17 et du 18, la cavalerie du maréchal Grouchy a été aussi utilement, aussi activement employée^ qu'elle pouvait l'être : dès que l'ordre de poursuivre les Prussiens lui a été donné, le général Pajol a été envoyé sur la route de Namur, par laquelle plusieurs corps ennemis s'étaient retirés le soir de la bataille de Fleurus ; le général Exelmans a été porté sur Gembloux^ où d'autres colonnes prussiennes avaient marché ; les troupes à cheval ont été en mouvement pendant toute la nuit, et ont exploré le pays dans toutes les directions de retraite qu'il pouvait être présumable que l'ennemi aurait suivies. Lq 16 au matin, les rapports coïncidant de manière à faire croire que les Prussiens avaient pris les routes menant à Wavres, et que celles de leurs troupes qui s'étaient d'abord dirigées vers Namur avaient également marché ^lans la direction de cette première ville, la cavalerie

du général Exelmans a été poussée sur Wavres, et eelle du général Pajol rappelée et portée vers la gauche, afin de servir d'intermédiaire entre l'armée du maréchal Grouchy et celle de Napol^pn : ce fut cette cavalerie qui franchit la première la Dyle, soutenue par le corps du général Gérard, conduit par le maréchal Grouchy ; le général Gérard, blessé d'une balle dans la poitrine à l'attaque du moulin de Bielge, ayant été obligé de quitter le champ de bataille.

Quelque présomptueux qu'il puisse paraîtie d'improuver, comme noA l'avons fait^ plusieurs des dispositions adoptées par l'homme dont la victoire couronna le plus souvent les plans, et d'oser en indiquer d'autres^ nous nous permettrons encore de dire que l'inaction dans laquelle Napoléon a laissé, le 17 depuis la pointe du jour jusqu^à midi et demi, l'armée qui avait battu l'ennemi le 16 à Fleuras, nous semble inexcusable ;

Qu'au lieu d'envoyer le maréchal Grouchy à la poursuite des Prussiens, malgré les observations qu'il se permit de faire contre ce mouvement, évidemment trop tardif quand il fut ordonné, le 17 à midi et demi, pour pouvoir être de quelque utilité, Napoléon eût dft le faire marcher par9,llëlement à lui^ à une lieue ou une lieue et demie de distance ; qu'alors la perte de la matinée du l? aurait pu être réparée; que l'armée du maréchal^ au lieu de se trouver en queue de celle du maréchal Blticher, l'aurait prise en flanc, pendant son mouvement de Wavres à Waterloo ; qu'une attaque des Prassiens prêtant le flanc aux troupes françaises ^ dont le moral et Timpétuosité étaient encore accrus

par rheureux succès des affaires de Charleroy et de Fleurus, eût très-probablement été yictorieuse ; que quand même, à raison de sa supériorité numérique, le maréchal Blileher n'eût pas été complètement défait, la seule présence du maréchal Grouchy sur son flanc et l'occupation du] défilé de Saint-Lambert l'eussent empêché de déboucher, et auraient retardé sa marche assez de temps pour donner à Napoléon celui d'écrasef l'armée anglaise et de la rejeter de l'autre côté 4^ la forêt de Soignes^ ayant d'avoir^aucun corps prussien sur les bras ;

Qu'en prescnyant au maréchal Grouchy de poursuivre l'armée prussienne, Napoléon l'éloignait de lui, risolait, le mettait hors du cercle de ses opérations. Et qu'on ne dise point que cet ordre de poursuite ne fût pas donné. La preuve du contraire est i'assenti* ment de Napoléon à la marche du maréchal Grouchy^ sur Sarth à-Yalin et Wavres, qui en était le résultat (voyez la lettre du maréchal Soult au maréchal Grouchy) ;

Que Napoléon n'a songé à rapprocher le maréchal Grouchy quet[uand une lettre interceptée lui a appris que le général prussien Bulov^ devait attaquer son flanc, et alors que latêtedes colonnes prussiennes était en vue (voyez cette même lettre) ; qu'enfin, quelque respect que Ton porte aux conceptions militaires de Napoléon, il est difficile de s'expliquer qu'il ait livré bataille à Waterloo sans être en contact par des corps intermédiaires avec le maréchal Grouchy, sans savoir positivement où était l'armée prussienne, si elle ne £c

trouvait pas, ainsi qu'elle Tétait réellement, entre ce maréchal et lui^ et sans couvrir son flanc droit par l'occupation du défilé de Saint-Lambert.

Quant à ce que dit M. le combattant, que l'attaque de Wavres par le général Yandamme eût réussi, si elle eût été soutenue comme elle devait l'être, nous demanderons à tout homme du métier comment on pouvait plus efficacement l'appuyer que par des attaques simultanées au moulin de Bielge, du village de Limelette, et par des démonstrations au-desseus de Wavres; en outre, nous prierons M. le combattant de nous expliquer comment il se fait que le général Yandamme, auquel on accorde ajuste titre vigueur et talents militaires, qu'on peut supposer avoir été aussi désireux qu'un autre d'arriver à Bruxelles, auquel le maréchal Grouchy a laissé^ aussi longtemps qu'il l'a eu sous ses ordres Ja plus complète latitude, quant aux dispositions d'attaque et de défense et à l'emploi de ses troupes, et dont le corps (d'après les calculs de M. le combattant) devait être de plus de vingt mille hommes, ne culbutait point les dix ou douze mille Prussiens qu'il affirme avoir seulement été laissés par le maréchal BlQcher devant le maréchal Grouchy.

Terminons ce morceau, déjà trop long, en déclarant qu'il nous est interdit de répondre aux injures gratuites et grossières prodiguées au maréchal Grouchy, mais que nous pensons, avec ceux qui l'ont suivi dans sd longue carrière (i), qu'une conduite constamment

(1) Le maréchal Grouchy est général de division depuis 1793 et de la mOnie promotion que Moreaui Desaix, Bemadotte, Kléber, etc.

honorable et pure, de nombreuses cicatrices, l'amitié de Moreau et l'estime de Napoléon, réfutent suffisamment de tels outrages. Ajoutons, en outre, que si d'autres attaques aussi dépourvues de dignité et de mesure sont dirigées contre le maréchal Grouchy, nous ne nous abaisserons plus jusqu'à les réfuter ; priant ceux qui pourraient désirer d'en apprécier la véracité, de consulter les pièces, rapports et relations des divers partis relatifs à la bataille de Waterloo, dont la collection complète a paru à Londres en 1817, ou d'attendre la publication du rédt détaillé des opératioîis et mouve^ ments des troupes auœ ordres du maréchal Grouchy depuis le passage de la Sambre jusqu'au jour où il remit au ma' réchal Davout, son ancien j le commandement de Farmée qû*il parvint à ramener sous les murs de Paris, ouvrage qu'il rédige maintenant, et qui paraîtra sous peu.

Vers la même époque fut édité à Paris le fameux volume^ signé du maréchal Gourgaud, intitulé : Campagne de 1815, relation écrite à Sainte-Hélène.

Cet ouvrage ne tarda pas à arriver en Amérique ; le maréchal de Grouchy le lut avidement, fut frappé et indigné des erreurs évidemment volontaires qu'il renfermait. Il ne put se contenir et attendre son retour en France pour le réfuter. 11 eût été préférable pour lui de patienter. En Amérique il n'avait sous la main ni les papiers, les lettres^ les ordres, les documents, ni les hommes qui pouvaient le guider sûrement dans une réponse et l'empêcher de faire fausse route.

Il mit au net immédiatement, en s'appuyant de ses

souvenirs^ une longue brochure qu'il communiqua d'abord au général Bernard son ami^ ancien aide de camp de l'empereur pendant les Cent-Jours et alors, comme lui, à Philadelphie.

Le général Bernard fit, sur la réfutation du maréchal, des observations plus ou moins fondées dont plusieurs furent acceptées par le maréchal de Grouchy ; ce dernier envoya ensuite son manuscrit à Paris à son fils pour qu'il le fît imprimer.

Nous donnerons cette brochure, telle qu'elle fut publiée en 1819^ avec l'avant^propos et les notes du colonel Alphonse de Grouchy ; nous avons seulement supprimé les pièces justificatives, en petit nombre, qui suivent le texte, attendu qu'elles se trouvent déjà dans le volume précédent de ces Mémoires.

Le général Bernard, ayant reçu le manuscrit du maréchal, lui écrivit de New- York, le 22 avril 1819 :

« Monsieur le maréchal^ j'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre du 18 courant ; M. Bayard m'a remis la brochure qu'elle m'annonçait.

« Je suis occupé en ce moment à préparer les travaux de mes reconnaissances^ afin que les ingénieurs topographes puissent se mettre à l'ouvrage les premiers jours de mai : ce ne sera qu'à cette époque où je pourrai faire l'examen sérieux que votre amitié -veut bien réclamer de moi. J'aurai l'honneur de vous écrire quand il sera achevé et devons envoyer (ou remettre ici) les observations qui me seront dictées uniquement dans l'intérêt de votre dignité personnelle et de votre défense.

« Daignez agréer, monsieur le maréchal, tous les

sentiments du plus profond respect, avec lequel j'ai rhonneur d'être. •• »

Voici le premier opuscule envoyé d'Amérique par le maréchal, et il fut imprimé à Paris en 18 1 9.

Avant-Propos du colonel de Grouchy.

Depuis quatre ans que des dispositions rigoureuses pèsent sur mon père, la rentrée successive de quelquesuns de ses compagnons d^infortune, et la généreuse intervention d'un auguste personnage, m'ont autorisé à regarder ces mesures comme temporaires. Depuis un an surtout j'ai cru plusieurs fois voir le terme de nos malheurs : ces espérances, que je conserve encore, m'ont jusqu'à ce jour imposé silence sur les événe* ment de 1815 : je n'ai dû prendre la parole devant les conseils de guerre que pour une défense légale ; • làse borneront tous mes efforts, disais-je en 1816 ;je ne chercherai même point à justifier mon père d'assertions mensongères : absent et malheureux^ la haine et la calomnie pouvaient-elles V épargner ? ^

Cependant plusieurs relations de la campagne de 1815 sont venues appeler l'attention générale «œ cette époque mémorable ; les unes^ écrites sous Tin* fluence étrangère^ n'avaient pas besoin de réponse j d'autres, dictées par l'esprit de parti, ne pouvaient atteindre leur but ; d'autres enfin, sous des formes moins suspectes, faisaient les reproches les plus sevèrea aux deux lieutenants de Napoléon^ et semblaient vouloir établir^ aux dépens des généraux, l'infaillibilité du chef de l'année*. Je continuai néanmoins à garder

cet écrit de la plus rigoureuse exactitude, Thistoire impartiale trouvera d'irréfragables témoignages et d'utiles documents.

Les observations que je publie sont toutes de mon père ; j*ai dû seulement rectifier la pagination prise sur la traduction anglaise du général Gourgaud, et y ajouter quelques notes explicatives. Elles contiennent une discussion purement militaire, qui n'entraîne aucunes conséquences politiques. Avoir souffert depuis quatre ans des attaques personnelles sans y répondre, c'est avoir suffisaniment prouvé sa résignation^ sa patience, et le désir de ne point renouveler de tristes souvenirs. On ne doit d'ailleurs regarder cette brochure que comme Tavant-propos d'un ouvrage beaucoup plus détaillé que mon père se dispose à faire paraître sur les campagnes del812àl815^ appuyé du journal des opérations des corps qu'il commandait. Heureux d'avoir pu adoucir les ennuis de son exil par le souvenir de quelques-uns des beaux jours de la patrie, et d'avoir occupé ses instants à retracer les traits sublimes de la valeur française ; plus heureux encore lorsque, après avoir acquitté cette dette envers ses braves compagnons d'armes^ il pourra revoir le sol natal, et terminer au milieu des siens une vie toujours pure^ où quelque gloire a payé tant de travaux et semé tant d'amertume !

Réfutation par le maréchal de Grouchy.

Plusieurs relations de la campagne de 1 8 1 5 ont paru en Europe depuis quelques années; la plupart sont

empreintes de lïnfluence des étrangers, d^autres ont été rédigées par des officiers qui ont cru servir leurs intérêts personnels et sacrifier aux puissances du jour, en décriant leurs anciens généraux. Quelques ambitieux déçus, dans l'exaspération d'inutiles regrets, et oubliant que les atteintes de l'adversité consacrent en quelque sorte ses victimes, ont déchiré indistinctement tout ce qui leur semblait avoir concouru au renversement de leur existence. Aussi longtemps que ma conduite, la veille et le jour de la bataille de Waterloo, n'a été improuvée que par de pareils écrits, j'ai laissé au temps le soin de donner la mesure de leurs vaines imputations ; et, fort du sentiment d'avoir fait tout ce qui était en moi, j'ai dédaigné de repousser un blâme immérité, me bornant à regretter que le malhenr pût rendre si aveuglément injuste.

Ha antre motif aussi m'empêchait de rien écrire sur la bataille de Waterloo ; le respect dû à la position d'un chef illustre, auquel je devais croire assez de magnanimité pour n'attribuer à personne le tort de ses derniers revers. Ses relations officielles, à une époque où il était éminemment intéressé à en faire connaître les auteurs à la France et à l'Europe» ne contiennent en efiet de reproches contre aucun de ses lieutenants ; et je savais de la bouche de personnes qui ont vécu dans son intimité (1) depuis la bataille de Waterloo jusqu'au moment de son départ de Rochefort, qu'on ne lui avait

(1) Parmi plusiean personnes d'on témoignage irréct^able que faurait à dter, je ce nommerai que le général Bernard. A New-Yorck, en octobre 1818, Il me confirmait encore cette assertion, ajoutant seulement que Ni^oiéon avait demandé si l'étais arrivé Jusqu^au défilé de Saint^Lambert.

jamais entendu articuler un mot d*improbation à mon égard.

Mais lorsque^ plus de trois ans après les événements, il parait une relation apologétique de cette campagne, publiée par un aide de camp de Napoléon, tout en honorant le sentiment qui a porté cet officier général à prendre la plume, je suis forcé de dire que je vois figurer dans cet ouvrage des dispositions qui n'ont point été prescrites, des mouvements qui n'eurent pas lieu, et des intentions dont rien ne prouve l'existence . Il est évident que ce récit a été composé pour justifier des opérations qui offraient sans doute nombre de chances de succès, mais qui n'ont pas réussi. Nos malheurs proviennent de fausses manœuvres, de l'oubli des distances, et du temps nécessaire pour les parcourir, du morcellement des troupes, d'ordres intempestifs. Ils proviennent surtout de l'inexplicable détermination de livrer bataille à Waterloo^ sans savoir où était l'armée prussienne, et sans être lié avec le corps envoyé à sa poursuite de manière à pouvoir en être soutenu.

L'intérêt attaché à ce qui émane de Sainte*Hélène, et l'influence qu'aurait sur l'opinion, s'il n'était réfuté^ un ouvrage qu'on publie comme avoué par Napoléon, fixent le moment où ceux qui ont eu une part importante aux événements de la campagne de 1815^ se doivent de fournir à Thistoire les documents qui leur sont personnels. La connaissance de la vérité, objet si digne de recherches assidues de l'écrivain impartial, ne saurait être acquise que par un attentif examen des

(lifférenteB assertioDS. Deux des principaux acteurs des é'vénements de 1815, ou D*out pas été entendus, ou ne l'ont été que d'une manière incomplète ; il importe de mettre en regard les imputations que renferme la seule relation française de cette campagne qui semble revêtue d*un caractère officiel , et les moyens qu'em* ploient pour les repousser ceux sur qui on essaie de les faire peser. Les ménagements individuels et les considérations secondaires doivent disparaître pour eux, quand des intérêts d'un ordre plus élevé les pressent. Quelle que soit donc la répugnance que j'éprouve à parler de moi, je ne balancerai pas à saper les bases sur lesquelles repose la partie de ce prétendu monu* ment bistorique qui me regarde. Je pense que les dé» tenseurs naturels du maréchal Ney, indignés de voir ses mânes sanglants tourmentés par le même esprit de déception qui présidait à la rédaction de bulletins officieux où l'on rejetait sur des causes imaginaires, ou sur des officiers particuliers, les fautes des chefs ( 1 ), ne souffriront pas que l'on flétrisse aujourd'hui les lauriers qui ombragent sa tombe, en laissant planer sur sa tête l'accusation d'impéritie, de désobéissance

(1; On Toudraît pooToir oublier le bulletin qui, après la bataille de f^ipsick, traduisait] au tribunal de Topinion, en attendant qu'il le fût «leiant une commission militaire, le colonel du génie Montlort, gratuite^ ment accusé de la rupture du pont sur la Saal, dont les fatales conséqwaees avaient été la prise du corps du général Ljiuriston, la mort du lirioce Poniatowski. la destruction d*une grande partie du corps polonais, et la perte de plus de trente mille bommes.

Maintenant on sait aussi à quoi s*en tenir sur les torts supposés du général liarescot. Les revers des troupes françaises près Se ville résultèrent principalement d^ordres donnés, et de Toccupation de positions prescrites |iar le grand-duc de Beig (Murât); et cependant le général Marescot fut mis en Jugement et privé de son état, de ses honneurs.

et d'afifaiblissement iDtellectuel : sa vie militaire, assemblage remarquable d'opérations hardiment combinées et de faits d'armes éclatants, passera à la postérité resplendissante d'une impérissable gloire. Déjà les crayons fidèles de l'histoire ont fait justice d'assertions mensongères, relatives à plusieurs événements des campagnes précédentes; de même aussi ils ne retraceront la plupart des imputations dirigées contre le maréchal Ney, à l'occasion de celle de Waterloo , que pour les signaler comme une nouvelle tentative faite à dessein d'égarer Topinion : coupable tftche, dont l'accomplissement ne souille que trop fréquemment les annales françaises, en des temps d'ailleurs si fertiles en mémorables souvenirs.

Toutefois, si l'amitié qui m'unissait au maréchal Ney me rend impossible de dissimuler le douloureu x étonnement dont j'ai été saisi envoyant traiter d'une manière aussi injustement sévère l'homme qui paya de sa tête son dévouement à Napoléon, et dont il semble qu'il eût dû taire les fautes (fussent-elles réelles) plutôt que de les divulguer; persuadé que des mains plus habiles s'emploieront à venger sa mémoire, je ne m'occuperai principalement ici que des causes de la perte de la bataille de Waterloo, qu'on essaie de rejeter sur moi. Leur discussion, et le narré fidèle de ce qui s'est passé au corps d'armée sous mes ordres, depuis le 17 jusqu'au 19 juin, suffiront pour montrer combien peu on y est autorisé; car au flambeau de la vérité les prestiges trompeurs de Tillusion s'évanouissent pour toujours.

Napoléon attribue en grande partie la perte de la bataille de Waterloo (général Gourgaud, page 109) :

1* A Vincertitiule du maréchal Grouchy^ le 17^ rc/a/tvement aua> mouvements de Vennemi; s'il avait été à Wavres le 17 au soir, en communication avec la gauche de Varmée^ Blucher ri courait pas osé se diviser devant lui^ et même^ en supposant quHl l'eut fait, Grouchy Vau^ rail poursuivi.

Cette incertitude a sans doute été un malheur ; mais peut-elle m'être reprochée? Non. Quand un général en chef confie une mission à l'un de ses lieutenants, il doit accompagner ses ordres de données qui mettent à même de les remplir. En me prescrivant de poursuivre les Prussiens, quinze heures après qu'ils avaient opéré leur retraite, c^était à Napoléon à me faire connaître la direction qu'ils avaient suivie : il ne Ta pas fait; il m'a laissé dans l'ignorance à cet égard ; il n'avait donc rien appris de positif quant aux mouvements du maréchal Blucher : ni le rapport de ses espions, ni ses intelligences dans le pays, ni les reconnaissances des troupes à cheval, ne les lui ayant fait connaître, comment pouvais-je en être immédiatement informé, lorsqu'il me détachait le 17 à midi, après m'avoir gardé près de lui pendant toute la matinée ?

Pour qu'elle fût juste l'observation, que si le 17 au soir f avais été à Wavres en communication avec la gauche de l'armée^ Blucher ri aurait pas osé se rompre devant moi^ et qri en supposant qu'il Veut fait ^ je l'aurais poursuivi^ il faudrait qu'il y eût eu moins de disproportion entre l'armée du maréchal Blucher et le corps

envoyé à sa poursuite : car, quels que fussent le sèle de son chef et la supériorité du moral des troupes françaises, il était difficile que les trente-deux mille hommes sous mes ordres (voyez les tableaux de la composition de mon corps d'armée et de celle du maréchal Blucher ci-annexés (1) paralysassent la tota*

(1) Tableau de la composition de V armée du maréchal Grouehy^ tiré de r ouvrage du général Gourgaud, /). 8f .

Bommet

S* Corps d'armée, dWision dMnfanterie du général Girard. . 8,060

Artillerie 160

8« Corps d^armèe, du général Vandamme, infanterie. . . . i 1,860

Anillerie 660

4* Corps d^armée, commandé par le général Gérard. . . . 10,180

Artillerie 600

Division de cayalerie 1,880

6e Corps d*armée, division du général Teste 4,000

Artilleurs 160

Cayalerie légère du général Pajol, une division 1,150

Dragons do général Exelmans, deox divisions 8^890

Artilleurs attachés à ces deux corps \ aoo

Total. . . 85,S20

Mais la division du général Girard n*a pas fait partie des troupes qui m*ont été confiées ; elle est restée à Fleums pour garder ce point et fiure enlever les blessés (voyez les ordres de Napoléon relatift à cette division, générai Gowrgaud, pag. 75}.

Ainsi il y a à défalquer tMO

Partant, la force du eorpe envoyé à la pownuUe de$ Pmt-

siens^ le il juin, était de 88,000

Forces de l'armée prussienne en entrant en campagne {général Gourgaud^p, 38).

Infanterie 108,000

Cavalerie 18,000

Total. . . 120,000

Pertes des Prussiens à la bataille de Ligny, le 16, en tués et blessés.

Rapport officiel français (inséré an Moniteur en 1816). . . 16,000

Rapport du général Gonrgaud M,000

Quelque bizarre quM puisse paraître que, depuis le séjour de cet officier général à Sainte-Hélène, le nombre des tués de Tannée prussienne se soit acecm de dix mille; en admettant cette évaluation, il en résulte que Varmée du maréchal Blucher était le

il juin de. 96,000

lité de Tannée prussienne, qui, après la perte de la bataille de Ligny^ avait rallié le corps da général Bulow, et était encore forte de quatre-vingt-quinze mille hommes, conséquemment triple de celle chargée de la tenir en échec et de la combattre. D^ailleurs, pour que îe pusse être le 17 au soir à Wavres, à environ dix heures de marche de Fleuras, il eût fallu, V que Napoiéon m'eût mis à même de juger que c'était vers cette ville que je devais me porter (ses ordres montrent qu'il ne Ta pas fait) ; 2" qu'il n'attendît pas jusqu'à midi à m'envojer à la poursuite des Prussiens; 3^ que les 3* et 4* corps n'eussent pas été des heures à se mettre en marche; car, quelque pressants, quelque récidives qu'aient été mes ordres, ils étaient encore sur le champ de bataille de Ligny vers les trois heures du soir ; trente mille témoins peuvent l'attester. La distance du point où ils se trouvaient de Wavres, en passant par Gembloux et Sarth-à-Valin, est de près de neuf lieues ; il était donc impossible que l'armée dont on me donnait le commandement pût arriver dans la soirée du 1 7 à un point aussi distant, quand même j'aurais su que c'était sur ce point que j'aurais dû me porter.

La seconde cause assignée par Napoléon à la perte de la bataille, est, suivant le général Gourgaud, le

malentendu relcUivement aum instructions données au maréchal Grouchy^ et la non-réceplion des ordres que Sa Majesté lui a envoyés dans la nuit du 17 et le matin du 18 (page 1 10).

Dn document officiel, la lettre qui m'a été écrite

do champ de bataille de Waterloo, le 18 juin, à une heure après midi^ par le major général (maréchal Soult), de la part de Napoléon, dément cette assertion. Elle s'exprime en ces termes :

« Monsieur le maréchal, vous avez écrit ce matin à deux heures à Tempereur que vous marcheriez sur Sarth-à-Valin. Ce mouvement est conforme aux dispositions de Sa Majesté, qui vous ont été communiquées. •

Gomment une telle approbation serait-elle donnée à mes mouvements, si j'eusse mal saisi les intentions de Napoléon? elle prouve jusqu'à l'évidence que j'ai opéré conformément à des instructions dont j'ai compris le sens.

Quant à la non-réception éCordres qui m'auraient été envoyés dans la nuit du 17 au IS^ et le matin du 18, je n'ai point à me justifier de n'avoir pas exécuté ces ordres, puisque Napoléon lui-même déclare qu'ils ne sont pas parvenus. Je suis d'ailleurs tenté de croire qu'ils ne me furent jamais donnés; s'ils l'eussent été, la lettre du major général ferait mention de leur envoi; elle exprimerait étonnement et mécontentement de leur non-exécution; elle répéterait les dispositions qu'ils prescrivaient. Cette lettre , dont copie est annexée page 18, n'en dit pas un mot; et elle accuse réception de mes dépêches écrites le 18^ à deux heures, arrivées à cinq heures du matin (voyez l'ouvrage du général Gonrgaud, page 83), d'où Ton peut au moins inférer qu'il ne m'avait point été écrit du grand quartier-général, depuis que mes dépêches y étaient parvenues.

Le récit qui va suivre donnera plus de force encore à ces premières observations.

La bataille de Ligny, livrée le 16 juin, n'a fini que vers les neuf heures du soir; seulement alors la retraite des Prussiens a été présumée ; je me sers de cette expression, car l'obscurité de la nuit rendait à peu près impossible de distinguer leurs mouvements, et Textréme fatigue des troupes françaises qui, après des marches forcées, s'étaient battues le 15 et le 16, ne permettait guère de poursuivre rennemi. Blucher avait éprouvé asses de pertes pour qu'il crût devoir abandonner le champ de bataille, mais il se retirait cependant assez en ordre pour masquer ses dispositions par de nouvelles attaques; la preuve en est, qu'au point où je me trouvais près de Sombreff, ayant fait porter en avant la brigade de cavalerie légère du général Yallin, elle fut si vigoureusement reçue qu'elle ne put entamer l'ennemi ; sa charge ne produisit aucun résultat; et peu d'instants après, un hourra presque général des Prussiens eut lieu. Plus tard, leur mouve» ment rétrograde étant mieux indiqué, je me rendis au point où Napoléon était demeuré pendant toute l'action^ afin de recevoir ses instructions : il en était parti pour son quartier-général fixé à Fleurus ; je le joignis comme il entrait dans cette ville, et lui demandai des ordres. Sa réponse fut qu'il me les donnerait le lendemain matin. J'étais chex lui le lendemain avant le lever du soleil, attendant des ordres. Vers les sept heures etdemie, il me fit dire, par le major général, qu'il allait visiter le champ de bataille, que je l'y suivrais*

Cependant le. général Pajol, qui avait reçu ordre de suivre les Prussiens avec sa cavalerie légère et une division d'infanterie, venait d'envoyer quelques pièces de canon prises sur la route de Namur. Cette circonstance portait alors à croire que c'était vers cette ville que se retirait le général Blucher.

Entre huit et neuf heures , Napoléon partit de Fieurus, en voiture, pour se rendre sur le champ de bataille. La difficulté du chemin qu'on lui fit prendre^ à travers des champs coupés de fossés et de sillons profonds, le retardaient tellement qu'il se détermina à monter à cheval. Arrivé à Saint-Amand, il se fit conduire aux diverses avenues par lesquelles ce village avait été attaqué la veille ; puis il se promena sur le champ de bataille, faisant soigner et interroger quelques officiers blessés qui s'y trouvaient encore, et passant devant le front de régiments qui se formaient sans armes, dans les champs où ils étaient bivouaques, et le saluaient de leurs acclamations, il parla à presque tous les corps avec intérêt et satisfaction de leur conduite de la veille. Il mit ensuite pied à terre, et causa longuement avec le général Gérard et avec moi de l'état de l'opinion à Paris, du corps législatif, des jacobins, et de divers autres objets tout à fait étrangers à ceux qui semblaient devoir exclusivement l'occuper dans un pareil moment.

J'entre dans ces détails^ quelque minutieux qu'ils paraissent, parce qu'ils servent à faire voir comment fut employée cette matinée, dont la perte a eu de si funestes résultats. Ce ne fut que vers midi, après avoir

reçu le rapport d'ane reconnaissance qui avait été envoyée aux Quatre^Bras, que Napoléon commença à s'occuper des ordres relatifs aux dispositions qu'il se déterminait à adopter. Il fit d'abord mettre en mouvement et diriger sur la route des Quatre-Bras les corps d'infanterie et de cavalerie qu'il voulait emmener avec lui, et me donna ensuite l'ordre verbal de prendre le commandement des corps généraux Yandamme et Gérard, et de la cavalerie des généraux Pajol et Exelmans, et de me mettre à la poursuite du maréchal Blucher (1).

Je lui fis observer que les Prussiens avaient commencé leur retraite la veille à dix heures du soir, qu'il s'écoulerait beaucoup de temps avant que les troupes qui étaient fort disséminées dans la plaine, qui avaient démonté leurs armes pour les nettoyer, qui faisaient la soupe et ne s'attendaient point à marcher ce joui^ là (2), pussent être mises en mouvement; qu'ainsi Tennemi aurait dix-sept à dix-huit heures d'avance sur les corps qu'il envoyait après eux ; que si les rapports de la cavalerie ne donnaient encore rien de bien précis sur la direction suivie par la masse de l'armée prussienne, cependant il paraissait que c'était sur Namur que s'opérait la retraite du maréchal Blucher ; qu'ainsi, en les poursuivant, j'allais me trouver isolée séparé de lui, et hors du cercle de ses opérations. Ces observations furent mal accueillies ; il me répéta l'ordre

(!) Ces corps d^arroôe étaient déjà sous mes ordres, et formaient Taile droite. (Voy. Tordre du 16, Piècês justificatives.)

(I) Non-seulement Tinlanterie avait démonté ses armes, mais encore plorieurs régiments de cavalerie avaient tàït desseller leurs chevaux.

qu'il m'avait donné, ajoutant que c'était à moi à découvrir la route prise par le maréchal Blueher; qu'il allait combattre les Anglais ; que je devais compléter la défaite des Prussiens, en les attaquant aussitôt que je les aurais joints, et que je correspondrais avec lui par la route pavée qui conduit du point peu distant de celui près lequel nous nous trouvions aux Quatre- Bras. Quelques instants de conversation que j'eus ensuite avec le major-général n'eurent trait qu'à la distraction de troupes que je devais tirer des corps sous mes ordres, pour les envoyer vers les Quatre-Bras. Tels sont mot pour mot les seules dispositions qui m'aient été communiquées, les seuls ordres que j'aie reçus. Certes^ il était difficile de ne pas les comprendre , il l'était davantage de leur assurer de grands résultats et de découvrir immédiatement dans quelle direction je devais marcher. Je me hâtai d'ordonner aux généraux Yandamme et Gérard de faire prendre les armes à leurs troupes. Je n'avais d'autres données alors sur là marche des Prussiens que le rapport du général Pajol, qui était sur la route de Namur à Mazi ; mais les traces de l'ennemi se trouvant également sur celle de Genibloux, la cavalerie du général Exelmans fut envoyée dans cette direction, et je portai l'infanterie à l'embranchement des routes de Namur et de Gembloux. Comme j^y arrivais, je fus informé que les colonnes prussiennes qui avaient pris d'abord la route de Namur, l'avaient quittée pour suivre un chemin parallèle à celui qui conduit à Gembloux, et qu'il n'y avait guère que des parcs d'artillerie qui

cassent filé de ce côté : j'en inférai que le maréchal Blucher se retirait sur Bruxelles ou Louvain^ et je fis marcher toute mon infanterie sur Gembloux. Ainsi que je Tayais présumé, beaucoup de temps s'était écoulé avant que les troisième et quatrième corps, et surtout ce dernier, se fussent mis en mouvement : impatient de leurs lenteurs^ je prise le devant de la colonne, et me rendis à Gembloux^ afin d'en interroger les principaux habitants. Je ne pus en apprendre autre chose, sinon que^ ()endant la nuit du 1.6^ plusieurs colonnes prussiennes y avaient passé, ainsi que nombre de généraux ; mais qu'ils ignoraient la direction ultérieure que pouvait avoir prise l'ennemi. Je recueillais ces insuffisantes notions^ lorsque les premières troupes du général Vandamme arrivèrent. La nuit tombait, et le corps du général Gérard était encore bien en arrière (il ne fut pas rendu en totalité à Gembloux avant dix heures du soir) . Cependant la cavalerie du général Exelmans avait dépassé cette ville, et m'informait qu'elle avait devant elle quelque cavalerie prussienne. Quoique la nuit fût arrivée et le temps affreux, je prescrivis de suivre l'ennemi^ et de tout faire pour ne le point perdre de vue. Le général Pajol, qui avait quitté la route de Namur pour marcher dans la direction parallèle au chemin de Fleurus à Gembloux, qu'avaient suivi les parcs prussiens, avait pris position à une lieue et demie sur la droite de cette ille. Quoique la pluie tombât par torrents, je portai le corps du général Vandamme de l'autre côté de Gembloux, pour échelonner le général Exelmans; les

troupes du général Gérard furent stationnées à Gembloux même, à mesure qu'elles arrivaient. J'écrivis alors à Napoléon pour l'informer du point où j'étais ; et, ayant reçu pendant la nuit quelques renseignements sur la marche des Prussiens, je lui adressai une seconde lettre à deux heures du matin, pour le prévenir que je me remettrais en marche avant le jour, et que je me porterais sur Sarlh-À-YaUn. En effet, au lever du soleil, le corps du général Vandamme fut en mouve* ment dans cette direction, suivant la cavalerie du général Exelmans. Des rapports successifs confirmaient que plusieurs colonnes prussiennes avaient passé tant à Sarth-à-Valin que dans les environs. De ce village j'écrivis donc encore à Napoléon, pour lui annoncer que je me croyais au moment de joindre Tarrière-garde prussienne, et j'expédiai ma dépèche par le major La Frênaies, officier parfaitement capable de bien rendre compte de ce que j'avais recueilli des mouvements de l'ennemi ^ et de rapporter promptement des ordres, s'il y en avait à me donner. L'opinion d'un ancien militaire décoré de la Légion d'bcxineur, chez lequel je m'arrêtai à Sarth-à-Yalin le temps nécessaire pour écrire cette lettre, était que les Prussiens se concentraient dans les plaines de Louvain. Je rejoignis le général Exelmans qui, depuis le matin, talonnait les extrêmes arrière-gardes de cavalerie prussienne; et à onze heures et demie^ à une lieue et demie environ de Wavres, nous découvrîmes enfin une arrière-garde d'infanterie avec du canon. Aussitôt que je l'eus reconnue, la canonnade s'engagea, et le

général Vandamme, arrivant avec la tête de son infanterie^ marcha aux Prussiens qui, poussés, reprirent position au bois de Liiflelette, et y furent immédiatement attaqués et culbutés : la cavalerie du général Exelmans les tournant par la droite du'bois, et se portant sur le bas Wavres. Nous suivîmes vivement Tennemi, et, entre une et deux heures, nous étions maitres de la partie de cette ville située sur la rive gauche de la Dyle.

Pendant qu'on tiraillait dans le bois de Lioieiette, le canon se fit entendre dans le lointain sur la gauche : de ma personne je me portai dans cette direction, et ne doutai point que ce ne fût l'attaque de l'armée an* glaise par Napoléon. Ayant atteint les Prussiens que j'étais chargé de poursuivre, et étant déjà aux prises avec eux^ mon devoir était de ne point les abandonner et de les attaquer vivement à Wavres, afin que, les occupant sur ce point, ils ne pussent rien entreprendre contre l'armée qui se battait à Waterloo. Je n'étais pas, et je ne pouvais alors être informé que dès la pointe du jour deux des corps du maréchal BlUcher avaient quitté Wavres pour se porter vers l'armée anglaise, et qu'à peu d'iostants de là, la tète de ces corps arrivait, sur les hauteurs de Saint-Lambert, en vue des troupes françaises à Waterloo. D'ailleurs, n'ayant que trente-deux mille hommes, et devant croire l'armée prussienne forte de quatre-vingt-quinze mille, réunis devant moi, j'étais trop faible pour me diviser; je courais la chance d'être écrasé, si j'eusse fait un fort détachement.

Toutefois un peu plus tard, le général Pajol^ qui se trouvait en arrière, me rendant compte qu'il rentrait dans la route que j'avais suivie; eut ordre de se porter au village de Limale» et dans la direction du canon qu'on entendait.

En possession d'une partie de Wavres, nous avions en face de nous, de l'autre c6té de la Dyle, une armée prussienne, dont il était difficile, d'évaluer la force, à raison de la nature du terrain. Elle couronnait les hauteurs de l'autre côté de la ville^ occupait le village de Bielge et le moulin de ce nom, placé au pied, et se prolongeait dans la direction du village de Limelette. Il s'était ouvert, de l'un des côtés de la rivière à l'autre, une vive canonnade entre la batterie des pièces de douze du général Vandamme et les batteries ennemies ; notre infanterie fusillait avec l'infanterie prussienne, mais ne franchissait point la rivière, dont le passage était défendu par un feu meurtrier de mousqueterie et d'artillerie.

La tète de la colonne du général Gérard, arrivant sur ces entrefaites, eut ordre d'attaquer le moulin de Bielge^ afin de passer la Dyle sur ce point. La cavalerie du général Exelmans était sur le bas Wavres, et celle du général Pajol avait été dirigée, ainsi que je l'ai déjà dit, sur le village de Limale, afin de me mettre en communication avec Napoléon, et d'être à même de couper la retraite des Prussiens, s'ils se retiraient sur Bruxelles, quand je les aurais chassés de la position de Wavres. Le général Pajol se serait trouvé avant eux sur cette route^ et les eût fortement gênés dans

leur mouvement. L'attaque du moulin de Bielge, faite très-mollement, n'ayant pas réussi, je faisais de nou«» Telles dispositions pour la renouveler, lorsqu'un offi* cier, envoyé par Napoléon, me remit, vers les sept heures, une dépêche du major*général (maréchal Soult), dont voici la teneur :

Do cbamp de bataille de Waterloo, le 18 à une heure après-midi.

c Monsieur le maréchal, vous avez écrit ce matin à deux heures à l'empereur que vous marcheriez sur Sarth-à-Yalin : donc votre projet était de vous porter à Corbaix ou à Wavres. Ce mouvement est conforme aux dispositions de Sa Majesté, qui vous ont été communiquées. .

a Cependant l'empereur m'ordonne de vous dire que vous devez toujours manoeuvrer dans notre direction. C'est à vous à voir le point où nous sommes, pour vous régler en conséquence, et pour lier nos communications, ainsi que pour être toujours en mesure pour tomber sur quelques troupes ennemies qui chercheraient à inquiéter notre droite, et les écraser. En ce moment la bataille est gagnée sur la ligne de Waterloo. Le centre de l'ennemi est à Mont-Saint-Jean : ainsi manœuvrez pour joindre notre droite.

« P. S. Une lettre qui vient d'être interceptée porte que le général Bulow doit attaquer notre flanc ; nous croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint- Lambert} ainsi ne perdez pas un instant pour vous

rapprocher de nous et nous joindre, et pour écraser Bulow, que tous prendrez en flagrant délit. »

Au moment de la réception de cette lettre, toutes les troupes que j'avais avec moi étaient engagées; le corps du général Yandamme, enfourné dans la partie de Wavres dont nous étions maîtres, etn^ayantpaa débouché, ne pouvait être tiré de cette position sans que Ton courût la chance que Tennemi ne repass&t la rivière à sa suite, et conséquemment n'empêchât ou tout au moins ne retardât son mouvement. Il en était de même de la portion du corps du général Gérard, chargée d'enlever le moulin de Bielge; ce qui jusqu'alors n'avait pu avoir lieu. Mais environ la moitié de ce quatrième corps était encore en arrière; et, des points où ces troupes pouvaient se trouver sur la route de Gembloux à Wavres, dies étaient plus près de Saint-Lambert que celles réunies sous Wavres : accompagné du général Gérard, je me portai à la rencontre de cette portion de son corps, en arrière, jusqu'à une maisonnette nommée la Baraque, à dessein de la diriger par Limale sur Saint-Lambert. Les marches forcées^ la désorganisation partielle, jointes à di£Fé* rentes causes, et l'impression qu'avait faite sur les troupes du quatrième corps la désertion à Tennemi du lieutenant général Bourmont, d'un colonel et de quelques autres ofliciers, rendaient les mouvements de ce corps lents et sans précision (!)• La veille, il

(!) Loin de moi la pensée de jeter da bl&cne sur le général Gérard ; personne ne rend pins de jostice à sa braYOure et à ses talents militaires: je dis les fai'j.

avait été un temps énorme à s'ébranler des plaines de Fleorus ; ce joar-là, il était parti beaucoup trop tard de Gembloux. L'arrivée de ces troupes en arrière, les seules réellement disponibles, et que je pusse porter immédiatement et rapidement vers Saint-Lambert, se fit longtemps attendre; elles se montrèrent enfin. Mais le manque de bons guides, la difficulté des chemins, et diverses circonstances secondaires, retardèrent singulièrement le mouvement ordonné. Pendant qu'il s'effectuait, je retournai avec le général Gérard a Wavres, espérant que le général Vandamme aurait passé la Dyle, et que je pourrais diriger son corps par la rive gauche, vers Saint-Lambert : je trouvai les choses dans le même état ; une canonnade et une fusillade sans résultats continuaient d'un bord à l'autre. Impatient^ je me précipitai à bas de cheval^ pour conduire moi-même, à la tète d'un bataillon, une nouvelle attaque au moulin de Bielge^ où l'on fusillait sans rien faire. Le général Gérard fut alors blessé d'une balle dans la poitrine (1), et le mouvement projeté n'eut pas de succès. Voyant qu'on ne réussissait à rien, à Wavres et à Bielge, et voulant à tout prix me porter vers Napoléon, je me déterminai alors, quelque inconvénient qu'il pût y avoir^ à ne laisser que le corps du général Vandamme et la cavalerie Exelmans devant une armée dont les forces étaient nécessairement su-

(1) Les dernières paroles que prononça le général Gérard, lorsqu'on reniera blessé du champ de bataille^ furent : Maréchal, conservex-wms ftmr la patrie. Je ne pouvais guère m'attendra alors qu'on lui prêterait les propos, et qu'on lui ferait m'adrcsser tous les conseils qu'il est censé m'avoir donnés dans l'ouvrage du général Gourgand.

périeures aux miennes, à faire filer celles des troupes du général Gérard que j*avais sur ce point parallèlement à la Dyle, Ters Limelette, afin de les y réunir au reste de ce corps qui avait eu ordre d'y marcher de la Baraque. De ma personne je m'y rendis en toute hâte ; malheureusement le pays, sur la rive droite de la Dyle^ est coupé de ravins et de ruisseaux qui se jettent dans cette rivière, et la communication praticable et usitée entre Wavres et Saint-Lambert est par la rive gauche occupée par Tennemi, de sorte que le mouvement de ces troupes demanda beaucoup de temps ; cependant la cavalerie du général Pajol et une division d'infanterie franchirent la Dyle, et à la nuit nous étions mattres des premières hauteurs de Tautre côté, à portée de canon des Prussiens^ qui avaient repris position. 'On n'arrive du vallon où coule la Dyle au plateau qui domine les villages de Limald et Limelette, que par un chemin raide et escarpé ; Tobscurité de la nuit rendait cette montée lente et difficile : Tencombrement y était extrême, le terrain manquant pour se développer sur la hauteur, et la proximité de Tennemi étant telle que ses balles atteignaient la tète de ce défilé ; je sentis tout le danger d*une telle position ; je restai jusqu'à près de minuit sur ce point, occupé à faire filer et à placer moi-mâme les soldats^ à mesure qu'ils gagnaient la partie du plateau dont nous étions maîtres. La cavalerie du général Pajol était sur la gauche, ayant la Dyle derrière elle ; sa situation n'était guère meilleure que celle de l'infanterie et de l'artillerie que j'avais sur ce côté de la rivière. Les Prussiens continuaient à occuper la moitié de

Wavres, le moulin et le village de Bielge^ et se liaient par leur droite et par les bois avec les troupes que j'avais en face de moi : il est probable que^ s'ils nous eussent vigoureusement réattaqués, nous eussions été rejetés avec perte de l'autre côté de la Dyle.

Autant il était urgent d'enfoncer l'ennemi sur ce point, autant un succès était désirable^ puisqu'il me mettait à même de couper les troupes prussiennes opposées au général Yandamme, et de faire ma jonction avec Napoléon, dont je n'étais cependant point inquiet, la lettre du major-général m'annonçant la bataille gagnée par nous à Waterloo^ mais dont je m'élonnais de n'avoir plus aucunes nouvelles, quoique j'eusse envoyé plusieurs officiers et des partis. J'employai la majeure partie de la nuit à tout préparer pour une attaque à la pointe du jour ; et cependant j'avais peu de troupes et de moyens réunis, quand l'aube parut : l'ennemi m'évita la peine de l'aller chercher, et s'avança contre moi. Il fut repoussé, et^ le nombre de mes troupes s'accroissant, je portai la division Teste vers Bielge, afin de prendre ce village en flanc. Cette attaque força les Prussiens à l'évacuer, ainsi que la partie de Wavres qu'ils occupaient. Le général Yandamme passa la Dyle sans obstacles ; l'ennemi fut poursuivi jusqu'à Rosierne, dans la direction de Bruxelles, et on se persuadait que Napoléon, victorieux la veille, était déjà maître de cette ville.

Ces illusions ne tardèrent point à s'évanouir.

Yers les onze heures, un officier, envoyé par le major général, annonça les désastres de Waterloo. Son

rapport n'était que verbal ; il n'était porteur ni d'ordres^ ni d'instructions, qui indiquassent les points sur lesquels se retirait Napoléon , ni sur lesquels je devais ine diriger. Toutefois les détails qu'il donnait étaient tellement circonstanciés^ qu'on ne pouvait révoquer en doute la fatalité des événements de la veille : ma première pensée fut de marcher sur les derrières de l'armée ennemie ; mais^ ayant trop peu de monde pour un tel mouvement, dans lequel j'eusse été suivi par les troupes prussiennes que j'avais en face de moi, je me déterminai à me retirer d'abord sur la Sambre et la Meuse, afin de prendre là le parti que les informations que je recueillerais me feraient juger le plus utile dans des circonstances aussi diflicilcs. J'opérai mon mouvement de retraite sur deux colonnes, dans les directions de Temploux et de Namur, ayant ma cavalerie légère à Marc-Saint-Denis^ et mes dragons sur la dernière de ces villes. L'ennemi, qui se retirait devant nous^ ne nous inquiéta pas pendant la journée du 19; mais le 20 au matin les queues de mes deux colonnes furent attaquées simultanément : celle de gauche, s'étant retirée un peu trop tôt, compromit, pour quelques instants^ celle de droite. I^ division Teste, reportée en avant^ diverses charges de cavalerie et les bonnes dispositions du général y andam me firent bientôt cesser la presse momentanée dans laquelle nous nous trouvions. Apprenant à Namur que l'ennemi avait passé la Sambre la veille, je résolus de me retirer par Dinant sur Givet, afin de me couvrir, au besoin, de la Meuse. Mais il était indispensable de

tenir Namur pendant la journée, pour avoir le temps de faire passer aux blessés, aux équipages, et à Tartillerie, le défilé long et étroit qui s'étend de Namur à Diiant. Je chargeai le général Vandamme d'occuper, jusques à la nuit, la première de ces villes ; et il s'y maintint avec le succès dû à ses talents et à son intrépidité* Namur ne fut évacué, et les Prussiens n'y en- ' trèrent qu'à huit heures du soir. On ne leur abandonna ni un blessé, ni un caisson^ ni un trophée militaire ; et ils essuyèrent de telles pertes dans leurs attaques, où on leur prit plusieurs pièces de canon, qu'ils n'essayèrent pas de nous poursuivre au delà de Dinant.

Dans un ouvrage phis complet sur la campagne de 1815, pour l'achèvement duquel d'indispensables matériaux me manquent encore, aux États-Unis, je donnerai les détails de ma retraite sur Paris, connue, au reste, par ses résultats. Il suffit de dire ici que les espérances d'un ennemi nombreux, et qui aurait pu se rendre maître de mes communications directes avec la capilftle, furent complètement déjouées ; les troupes sous mes ordres, ainsi que les débris de l'armée de Napoléon^ que je ralliai à mon corps à Soissons, furent ramenés intacts et inespérés à Paris; et la première pensée du ministre de la guerre, en envoyant annoncer mon arrivée au corps législatif, fut de lui faire demander de décréter que j'avais bien mérité de la patrie (1).

Après avoir mis le public à portée de juger par ce récit, et les observations qui le précèdent, si le général

(1) Cette circonstance m'a encore été répétée à Philadelphie par un témoin aoricnlaire.

Goargaad est au!x>riBé à m'imputer celles des causes de la perle de la bataille de Waterloo qu'il essaye de rejeter sur moi, peut-être ne devrais-je pas m'occuper de quelques écrits qui ont paru en Europe, dans lesquels on m'attaque avec aussi peu dejustessequede mesure (1) : car une discussion calme et raisonnée, et le langage de la vérité, ne sauraient être entendus de leurs auteurs, qui^ pour la plupart, semblent avoir un intérêt personnel à proclamer l'infaillibilité de Napoléon, et à ne point admettre qu'il pût se tromper dans les dispositions qu'il a adoptées. D^ailleurs, il n'exista jamais ni rapports affectueux, ni liens de confraternité, entre les vétérans de la révolution et de l'armée, et quelques hommes du régime impérial qui durent^ en grande partie, leur rapide élévation à une flexibilité de caractère qui les rendait de précieux instruments pour le despotisme, et dont l'étonnante fortune fut le résultat de leur prompte aptitude à confondre la patrie avec le chef du gouvernement ; à croire servir Tune, en se dévouant aveuglément aux caprices, au^ passions et aux vues ambitieuses de l'autre. C'est par leurs pernicieux conseils et leur culte idolâtre que Napoléon fut entraîné à de fatales déterminations ; aux rives étrangères où m^ont poossé les orages qu'ils ont fait éclater sur la France^ assurément je ne dois at«

tendre de leur part ni justice ni impartialités Mais &i leur inimitié, dont je fus Tobjet dans ma patrie, meservit souvent de titre à l'estime publique, il en est de même aux États-Unis, où elle n'a pas plus le droit de m' affecter, que n*ont le pouvoir de m'atteindre les attaques de ces courtisans militaires, qui seuls sont persuadés que Tauréole d'un grand homme, en les éclairant un moment, les a transformés en d'irrécusables autorités ; et ne voient pas qu'un éclat d'emprunt, qui ne se réfléchit sur aucuns faits d'armes connus^ sur aucuns services éminents, ne sert qu'à mieux faire ressortir la présomptueuse impéritie des jugements qu'ils prononcent. Je dédaignerais donc d« m'occuper d^écrits presque tous émanés de pareilles sources, s'il n'importait aux intérêts de ma réputation militaire de réfuter celles de leurs imputations qui pourraient paraître spécieuses, en ce qu'elles se rattachent à quelques-unes des assertions mises en avant par le général Gourgaud. En outre, habitant un pays où, depuis trois ans, j'ai reçu tant de marques d'intérêt, j'éprouve le besoin de légitimer l'honorable bienveillance dont j'ai été l'objet, en justifiant, aux jeux des citoyens de cette seconde patrie adoptive^ de toutes les actions de ma carrière militaire. Consacrée pendant vingt-cinq ans au service du pays qui m'a vu nattre, ma vie n'a pu échapper, en des temps de dissensions civiles, ni aux préventions haineuses des uns, ni à la jalouse malveillance des autres. Quand la fortune ne sourit plus aux entreprises dans lesquelles vous êtes engagé, de toute part le blâme vient vous

assaillir. Toutefois, pour qu'il fût mérité, il faudrait avoir brigué les emplois, s'être offert aux événements comme doué de talents qui commandent le succès, avoir méconnu la religion de ses devoirs; mais si, loin de solliciter aucunes fonctions, on s'est plus d'une fois refusé à occuper des postes élevés (1); si^ prodigue de sang pour la défense de son pays, on a fait tout ce qui était en soi pour le bien servir, si toutes les actions de sa vie ont été dirigées par des motifs désintéressés et patriotiques, on se doit de dissiper les nuages dont une main ennemie cherche à obscurcir une carrière, sinon brillante et heureuse, du moins honorable et pure (2).

Un écrit explicatif de quelques-unes des causes de la perte de la bataille de Waterloo semble vouloir critiquer ma conduite antérieure à cette journée.

S'il importait de démentir cette dernière assertion, je le ferais en citant nombre de relations anglaises, françaises, allemandes, que j'ai sous les yeux^ et dont aucune ne renferme d'inculpation contre moi ; et quant au prétendu blâme quej'auraisn^érité antérieurement au 18 juin, je ne saurais croire qu'on essaye d'en je*

(1) En 1795» j'ai refbsô le commandement en chef de Tarmée des cdtes de Brest ; avant la campagne de Leipsick, celui de la cavalerie ; et en 18U, de Tarmée qnt devait se rassembler en Piémont.

(S) Ayant à repousser, dans la suite de cet écrit, les attaques de quelques personnes qui ont employé des arguments à peu près semblables, il est bien difficile que la patience du public ne soit pas fatiguée par les fréquentes répétitions quni m*est impossible d*éviter. J*ose cependant la réclamer, dans la persuasion que le dMr de connaître toute la vérité relativement à des événements décrits jusqu'à présent d*une manière partiale et incomplète, et sur lesquels deux des principaux coopérateurs n*ont point été entendus, renconragera à en poursuivre la lecture.

ter sur mes opérations le 15 et le 16. Le succès du combat près Charleroy, et de la bataille de Ligny, auquel la cavalerie sous mes ordres a puissamment contribué, repousse cette prasée. Je pourrais^ avec plus de justice, me plaindre de l'inexactitude du général Gourgaud, dans le narré des dispositions de la bataille de Fleuras, et réclamer quelque part dans le succès de cette journée, pendant laquelle Taile droite de Tarmée, composée des corps des généraux Vandamme et Gérard, et de la cavalerie Pajol et Exelmans, a été sous mes ordres. (Voyez copie des tn^^rticlions du major général, à la fin de cet ouvrage.)

C'est donc ma conduite le 17 juin qu'on censure? Mais en quoi est- elle répréhensible? est-ce de n'avoir donné qu'à midi des ordres de mouvement aux 3* et 4* corps? On a déjà vu que Napoléon ne m'en donna lui-même qu'à cette heure : immédiatemeni après les avoir reçus, je les ai transmis. Est-ce de ce que les troupes ne se sont ébranlées que deux ou trois heures après! Ayant prescrit qu'on se mit en marche, aussitôt qu'il m'a été enjoint de poursuivre les Prussiens, et ayant fait usage de tous les moyens en mon pouvoir pour stimuler les généraux employés sous moi, je ne suis pas plus, responsable de leurs lenteurs que Napoléon ne l'est de la prétendue arrivée des généraux Vandamme et Gérard, quatre heures trop tard, l'un à Charleroy^ l'autre à Sombreff, et des retards de divers mouvements dont il se plaint amèrement (voyez l'ouvrage du général Gourgaud).

M'improuve-t-on de m'ètre porté sur Gembloux?

G'est par cette route que s'était retiré le maréchal Blticher, que Napoléon m'ordonnait de poursuiirre; Napoléon ne me prescrivit point, ainsi voudrait le faire croire le signataire de l'écrit dont je m'occupe, de* couvrir le flanc droit de Tarmée qui devait attaquer les Anglo«BelgeS| en prenant une position, ou en marchant parallèlement à elle : un tel ordre donné au moment où il allait les combattre, sans positivement savoir où ils étaient, et où ils recevraient la bataille, et quand il ignorait sur quels points s^étaient retirés les PruAsiens, qu'il m'ordonnait de poursuivre, un tel ordre, dis-^e, eût été absurde. On ne peut à la fois prendre une position, couvrir le flanc d'une armée et en poursuivre une autre.

Supposons cependant pour un instant que Napoléon Tait donné ; pourquoi ne l'aurais-je pas exécuté, cet ordre^ si commode pour un homme qu'on accuse d'indécision, et de manque d'énergie militaire? Quels motifs m'eussent porté à préférer de m 'attacher à la piste du maréchal Blucher, et à courir les chances d'un combat inégal 7 Enfin, dans le narré qui précède, on a vu qu'on croyait^ le matin du 17, l'armée prussienne en retraite sur Namur : c'est dans le direction de cette ville que je me suis d'^abord porté. Elle était à peu près opposée à celle que prenait Napoléon ; et, avant de me séparer de lui, je l'ai prévenu que j'allais la suivre. Si alors sa pensée ou ses ordres eussent été que je prisse une route différente et parallèle à la sienne, certes il m'eût fait quitter celle de Namur, dans laquelle j'allais marcher.

Sois-je coupable de ce que mon infanterie n'est anrÎYée à Gembloux qu'à la nuit? Mais puisque je n'ai pu la faire partir des plaines de Fleurus avant trois heures^ et qu'elle a marché atDS s'arrêter, du champ de bataille de Ligny jusqu'à Gembloux, sa tardive arrivée sur ce point ne saurait m'étre imputée.

M'ineulpe-t-on parce que cette infanterie n'a pas dépassé Gembloux le 17? La tête de la colonne n'y est arrivée qu'à la nuit, et les derniers bataillons n'y étaient pas rendus à dix heures du soir : le temps était affreux; l'obscurité était telle qu'on ne pouvait distinguer (voyez l'ouvrage du général Gourgàud, pages 84 et 79) ; les chemins étaient devenus presque impraticables pour l'artillerie ; enfin, je n'avais aucune donnée positive quant aux points sur lesquels avait été dirigée la marche, en retraite, de la masse de l'armée prussienne. Il n'y avait donc pas moyen que je portasse cette infanterie plus loin. La nuit^ le temps, et l'appréhension de l'envoyer dans une direction fausse le rendaient impossible.

Mais pourquoi le maréchal Grouchy, répète sans cesse le signataire de l'écrit dont je m'occupe, ne pnblie-t-il pas textuellement les ordres qu'il a reçus? La raison en est simple. C'est qu'ils ne furent transmis que verbalement. Ceux qui ont servi sous Napoléon savent que rarement il les donnait par écrit; et, au moment où il commença à s'apercevoir de la perte d'un temps précieux (la matinée du 17), moins que jamais il eut la pensée de faire minuter des instructions. Il est commode, je le sais, d'avoir la possibilité de rejeter sur la

non-compréhension d'ordres varbaux les mouvements faux qui ont été le résultat de leur exécution fidèle. Mais si les diverses dispositions dont se composent ces prétendus ordres ne son^oint en harmonie entre elles et Importent contradiction, on est \ même de juger du degré de foi que mérite la teneur qu'on leur prête aujourd'hui. On trouvera, à la fin de ces observations, ces ordres tirés de l'ouvrage du général Gourgaud, qui n'établit nulle part qu'ils aient été donnés par écrit. Los remarques dont ils sont suivis signaleront Valtération qu'on leur a fait subir, pour les coordonner avec l'ensemble du travail entrepris trois ans après, pourjustifier les opérations de cette campagne.

Au reste, s'il était d'un réel intérêt de montrer qu'ils ne furent que verbaux, j'en trouverais, sinon une preuve, du moins une forte indication dans la lettre du major général (maréchal Soult) , rapportée page 1 8, lorsqu'on parlant de ma marche sur Sarth-à-Valin, il s'exprime en ces termes : « Ce mouvement est conforme aux dispositions qui vous ont été communiquées ; » il n*eèt pas manqué do dire, aux ordres que je vous ai transmis, ou dont vous êtes porteur, si j'eusse reçu d'autres ordres que des ordres verbaux.

Le même critique feint de ne pas comprendre ce qu'on a voulu dire par trente et quelque mille hommes sous mes ordres, et affirme que j'étais à la tête de quarante*cinq mille combattants , dont dix mille hommes de cavalerie. Cette assertion montre seulement combien la passion est sujette à errer dans ses calculs. L'état de situation de mon armée (page 7),

tiré des documents ofiKciek fournis par Napoléon au général Gourgaud, prouve qu'elle ne s'élevait, le 17 juin, qu'à trente-deux mille hommes, dont quatre mille huit cent soixante-dix de troupes, à cheval.

Par la même erreur^ il établit que « l'armée prussienne a été représentée comme double de ce qu elle était réellement; que sa force, au lieu d*ètre de quatre-vingt-dix mille hommes^ nombre approximatif auquel elle a été portée^ n'était que de cinquante-cinq mille ; qu'il ne peut admettre ce nombre de quatrevingt-dix mille, parce qu'il est inexact et n'a été admis par aucun des auteurs qui ont publié des rela* tions de la bataille de Waterloo^ qu'il ait lues ou dont il ait entendu parler. » Si sa mémoire l'eût mieux servi, il se serait rappelé cette phrase du bulletin officiel français de la bataille de Ligny : « L'ennemi montra quatre*vingt à quatre-vingt-dix mille hommes, et un grand nombre de bouches à feu ; t et, en compulsant les rapports anglais et prussiens du duc de Wellington et du maréchal Bliicher, il eût vu que Varmée prussienne, formée de quatre corps, combattit avec trois seulement à Ligny ; que leur tçjtal s'élevait à quatre* vingt mille hommes; et que le 4* corps, sous les ordres du général Bttlow% ne joignit que le lendemain. Napoléon statue que Tarmée prussienne à Ligny était de quatre-vingt à quatre-vingtrdix mille combattants ; le maréchal Bliicher, de quatre-vingt mille. Les pertes des Prussiens le jour de cette bataille sont évaluées, dans le rapport officiel français, à quinze mille hommes [Mofdteur de juin 1815), et dans celui du général

prussien, à beaucoup moins. Ainsi, après ayoir rallié le corps du général Bulow^ et avoir concentré, le 1 7 , son armée aux environs de Wavres, BlQcher se trouvait à la tète d'environ cent mille combattants. L'évaluation des forces prussiennes contre lesquelles j'avais à agir, portée à quatre-vingt mille hommes, était donc au-dessous de la réalité.

Certainement il est vrai de dire que la victoire serait demeurée à Tarmée française à Waterloo, si les Prussiens n'eussent pas pris part à cette bataille ; mais pour me mettre à même de les empêcher, Napoléon eût dû me charger de les poursuivre le 1 7 à la pointe du jour, avec mes trente-deux mille hommes. Il eût pu le faire^ s'il eût envoyé des officiers au maréchal Ney, et des partis sur les Quatre-Bras, aussitôt sa rentrée à Fleur us, le 16, à dix heures du soir: car il eût été informé pendant la nuit de la position du maréchal Ney, et^e ce qui se trouvait aux Quatre-Bras ; notions qu'il n'a eues qu'à la fin de là matinée du 17, lors de la rentrée de la reconnaissance qu'il avait dirigée sur ce point ( 1 ) , et dont il a attendu le rapport pour arrêter son plan d'opérations, et me donner des ordres en consé* quence. Envoyé à la poursuite des Prussiens, le 17, au lever du soleil, avec trente-deux mille hommes, j'eusse encore été à temps de retarder leur marche en retraite^ qui ne pouvait l'être par quelques hussards du général Pajol(l 1 50),etunedivisiond'infanteriede4000homme8, portés dans une fausse direction (celle de Namur) ; le

(I) Cette reconnaissance est rentrée entre onxe heures et midi, et non à dix heures, ainsi qae le dît le général Gourgand.

maréchal Bliicher n'aurait pas été à même de prendre avantage d'une position forte et reconnue ; il n'eût pas osé, le 1 8, dès la pointe du jour, détacher de Wavres sur Waterloo deux de ses corps ; et s'il l'eût fait^ lorsque la force des troupes envoyées contre lui lui aurait été connue, c'eût été trop tard, pour qu'avant leur arrivée sur le flanc et sur la ligne d'opération de Tannée française à Waterloo, le sort de la bataille n'eût déjà été décidé en notre faveur.

Hais quand Napoléon m'ordonnait, le 1 7 à midi^ de poursuivre l'ennemi, et que les troupes ne s'ébranlaient des plaines de Fleurus que le 17 à près de trois heures, l'armée prussienne était réunie près de Wavres. Lorsque j'arrivais à Wavres^ le 18, entre une et deux heures, les colonnes prussiennes étaient déjà sur les hauteurs de Saint*Lambert, et en vue de l'armée française qui combattait à Waterloo.

Je viens de faire observer que l'heure tardive de l'arrivée de mes troupes à Gembloux ^ et le temps, bien plus que mon peu de données sur les mouvements réels des Prussiens, m'avait empêché, le 17, de porter mon infanterie au delà de cette ville. Mais le 18, avant le lever du soleil, elle était en mouvement, se dirigeant sur Sarth-à-Valin et Wavres, où, quoiqu'elle ne se soit pas arrêtée un instant pendant sa marche, la tête de la colonne n'est parvenue qu'entre une et deux heures. Avancer qu'alors j'eusse été à même de paralyser par un mouvement de flanc, que ma proiimité de l'ennemi ne me permettait plus de faire, l'attaque du général Bulowsur l'aile droite des Français près de

Waterloo, c'est méconnaître la position de l'armée prussienne^ qui était à cette heure en échelons entre Napoléon et moi ; c'est oublier les distances, l'état des chemins et la nature du pays : car ceux des corps prussiens qui décidèrent le sort de la bataille, s* étaient ébranlés de Wavres, dès le poiat du jour, et furent en marche depuis quatre heures du matin jusqu'à une heure après midi, avant d'atteindre la tète du défilé de Saint-Lambert (voyez le rapport du maréchal Blticher) . Ainsi donc, à moins que je n'eusse eu la faculté dô donner des ailes âmes soldats, il était impossible qu'ils arrivassent à temps utile à Waterloo.

Tenir en échec^ ainsi que j'aurais dû le faire^ avec un corps de trente-deux mille hommes, une armée forte de quatre-vingt-quinze mille, était une tâche fort difficile, et c'est émettre une opinion erronée que d'avancer que j'aurais pu la remplir; attendu que, pour paralyser les mouvements de son ennemi^ en pays ouvert, il ne faut pas en être à plusieurs lieues. Le 1 7 au soir, mes troupes étaient à peine rendues à Gembloux • Le 17 dans la soirée^ le maréchal Bliicher avait toute son armée, à l'exception d'une arrière-garde, réunie près Wavres. Le 18, au lever du soleil, le maréchal BlQcher détachait de Wavres une portion de ses troupes pour opérer sa jonction avec le duc de Wellington ; le 18, au lever du soleil, j'étais à sept heures de marche de là. Comment pouvaisje empêcher ce détachement et prévenir cette jonction?

On ne saurait dire avec plus de justesse que le maréchal Bliicher m'ait trompé ou m'ait dérobé le mou-

— Hl —

yement d'une partie de son armée, ainsi que Tout supposé quelques écrivains :

i* Parce que non-seulement je n'étais pas en position devant le maréchal Bliicher, lorsqu'il a fait commencer son mouvement vers la gauche de Tarmée anglaise, à dessein de tourner la droite des Français à Waterloo, mais qu'ainsi que je viens de le faire remarquer^ mes troupes étaient à une grande distance, quand cette disposition s'est exécutée ;

T Parce que je n'ai atteint l'arriëre-garde des Prussiens que le 18, vers midi, et à environ une lieue et demie de Wavres^ où avaient couché pendant la nuit du 17 au 18 les corps ennemis qui effectuèrent au point du jour, le 18, le mouvement sur SainULambert.

La vérité est que le maréchal BlQcher a su tirer parti de son immense supériorité numérique, du répit que Napoléon lui a laissé après la bataille de Ligny, de son inaction pendant la matinée du 1 7 , et de la faute qu'il a commise de n'attaquer l'armée anglaise qu'à midi, le 18, au lieu de le faire quatre ou cinq heures plus tôt.

En réponse à un des derniers griefs allégués contre moi, que « Tattaque de Wavres, par le général Vandamme, aurait réussi, si elle eût été soutenue comme elle devait l'être, » je demanderai aux gens du métier comment on pouvait plus efficacement l'appuyer que par l'attaque simultanée du moulin de Bielge, par des démonstrations au-dessous de Wavres, et par un passage de la Dyle au village de Limale* Je laisserai au même critique à expliquer comment il se fait que

le gfoéral Vanâamme, auquel ou accorde, ajuste titre, vigueur et talents milHaires, qu'on peut supposer avoir été aussi désirenx qu'un autre d'arriver à Bruxelles, et auquel j'ai laissé^ aussi longtemps qu'il a été sous mes ordres, la plus complète latitude quant aux dispositions particulières d'attaque et de défense sur les points où il avait à agir, n'ait pas culbuté les dix à douze mille Prussiens qu'on affirme, dans cet écrit, avoir été les seules troupes laissées par le maréchal BlQcher devant moi.

Mais c*est s'occuper trop longtemps d'attaques aussi faibles. II importe davantage #» repousser celles d'un écrivain plus distingué (le général Rogniat), qui établit dans des considérations sur l'art de la guerre (page 339) : « que les commandants des corps d'armée ne doivent pas attendre les ordres du généralissime, pour marcher au secours de leurs voisins ; que dès qu'ils entendent une canonnade un peu vive, sur la colonne principale, ils doivent se diriger vers ce bruit, afin de prendre part au combat qu'il annonce, sans perdre un temps précieux^ et souvent irréparable^ à attendre des ordres qui peuvent être retardés par divers accidents ; . • . que la trop célèbre campagne de Waterloo est un exemple mémorable des revers que peut causer l'oubli de ces principes. » Si l'on admettait leur justesse^ il s'ensuivrait que, lorsque j'entendis tirer le canon du côté de Waterloo, vers midi, j'aurais dû quitter la poursuite du maréchal BlUcher, dont je venais d'atteindre l'arrière-garde, et me porter immédiatement vers Napoléon. Mon opî-

mon, je l'avoue, est entièrement contraire : je ne cj^pis pas qu'il appartienne à un général subordonné de s'écarter des ordres qu'il a reçus du chef suprême. Les mieos étaient de poursuivre le maréchal Blttcher, de ne le point perdre de vue, et de Tattaquer quand je l'aurais joint. Je venais de l'atteindre : j'étais aux prises avec son arrière-garde en position pour me barrer le chemin de Wavres, où, d'après les rapports qui m'étaient faits et les renseignements que j'avais pu recueillir, je devais croire l'armée prussienne réunie ; mon devoir était de ne pas abandonner un ennemi à la poursuite . ^uquel j'étais envoyé, pour courir au bruit d'une canonnade qui pouvait n'être que le résultat d'une affaire d*arrière-garde, à une distance de plusieurs lieues; enfin, combattre cette armée, en queue de laquelle je me trouvais placé, était opérer la seule diversion queje fusse alors à même d'effectuer, et agir conformément aux vraies règles de la guerre. Cette manière de voir est corroborée par Fimprobation que témoigne Napoléon quant à la conduite du maréchal Ney. 111e blâme d'avoir suspendu le mouvement de ses troupes, le 15, lorsqu'il entendit une canonnade entre Fleuras et Gilly, d'avoir fait faire halte au corps du général Reille entre Gosselies et Frasnes, d'avoir envoyé une division vers Fleurus où l'on tirait 1« canon ; enfin, de n'avoir point exécuté ses ordres, qui lui prescrivaient de se porter aux Qoatre-Bras (général Gourgaud, page 65). Les mouvements du corps du comte d'Erlon, le jour de la bataille àe Ligny^ conformes aux principes du général

RogDiat, sont également r^ardés comme faux par Napoléon ; il les place au nombre des causes qui ren* dirent peu décisifs nos succès durant la journée du 16 (général Gourgaud, page 66).

Le maréchal Ney est improuvi pour nes'en être pas tenu à la littérale exécution de ses ordres, pour avoir arrêté son mouvement, et pour avoir porté une avantgarde vers Fleurug, on entendant une canonnade dans cette direction.

Je suis censuré, pour n'avoir pas dirigé tout ou partie de mon corps sur Waterloo, au bruit de la canonnade qui y avait lieu^ et pour avoir exécuté mes ordres, qui me prescrivaient « de poursuivre vigoureusement les Prussiens, d'attaquer leur arrière-garde, et de me tenir constamment si près d'eux, que je ne les perdisse jamais de vue. » (Général Gourgaud, page 76.)

Si Ton veut convaincre de la justesse du blâme qu'on déverse au nom d'un grand capitaine, il faut que ce blâme soit une conséquence de l'oubli des principes qu'il établit. Quant aux opinions de l'auteur des considérations sur l'art delà guerre, il est au moins permis de ne pas les regarder comme décisives, quand elles sont contredites par ce même guerrier, si justement célèbre.

Le reproche d'être resté à Wavres « dans une stupide immobilité, » et l'assertion mise en avant par un autre écrivain, « que laile droite .de l'armée est de* meurée inactive et indécise, tandis qu'un mouvement rapide eût empêché les Prussiens de se réunir à l'armée

anglaise, » sont des imputations tellement contronvées qu'on ne saurait les regarder^ue comme des preuires de la légèreté avec laquelle ceux qui se les permettent écriyent et jugent les événements^ sur lesquels ils n'ont que des notions incomplet Jl et des documents infidèles.

Enfin, s'il me convenait de répondre à l'auteur qui attribue la perte de la bataille de Waterloo à mon manque de moyens et de fermeté, je lui ferais compter, en découvrant ma poitrine, les nombreuses cicatrices dont elle est couverte, et je lui dirais : Prenez-vous-en aux divers gouvernements qui ont pesé sur la France, et à Napoléon lui-même, si, pendant les vingt-cinq années de ma carrière militaire^ j'ai constamment été investi de commandements difficiles et importants, et arraché à la modeste retraite oùj 'ambitionnais de vivre.

Quelque présomptueux qu'il puisse paraître d'improuver plusieurs des dispositions adoptées par le grand capitaine dont la victoire couronna si souvent les plans^ et d'émettre ses conjectures sur ce qu'il aurait dû faire dans la position difficile où il se trouvait placé, je hasarderai néanmoins ici quelques vues et diverses réflexions critiques, dont il m'a été impossible de me défendre, lorsqu'à la lecture d'une publication telle que celle du général Gourgaud, j'ai reporté d'attentives pensées sur les événements désastreux qu'il retrace.

La division de l'armée française, immédiatement après le passage de laSambre^ en deux corps, dans des proportions telles que celles qui leur furent données, me semble blâmable. Ouvrant la campagne au point

oà commencèrent les hostilités, on devait croire qu'on n'aurait d'abord affaire ^u^aux Prussiens, et que les Anglais, dont les cantonnements étaient plus éloignés, ne pourraient être en ligne aussitôt que leurs alliés. Le rapport des espions yen A à l'appui de cette opinion, en annonçant dans la nuit du 14 (général Gourgaud page 40), qu'aucun mouvement n'avait encore eu lieu dans l'armée du duo de Wellington. Ainsi, opposer à l'armée anglaise, ou envoyer dans la direction qu on imaginait qu'elle prendrait, un corps aussi considérable que celui donné au maréchal Ney (46,780 hommes, général Gourgaud, page 53), était se priver d'une partie des moyens doot on aurait pu se servir pour écraser l'armée prussienne, et diminuer bien inutilement ses chances de succès, puisque le calcul du temps et des distances devait faire préjuger que, tout au plus, une avant-garde anglo-belge serait en mesure d'agir de concert avec l'armée prussienne, pendant les deux premiers jours qui suivraient l'ouverture de la campagne.

Les événements ont justifié cette manière de voir. Le maréchal Ney, avec 22,720 hommes (général Gourgaud, page 64), a battu, ou contenu^ pendant les journées du 1 5 et du 1 6, les troupes anglo-belges qu'il avait en face de lui, et les a empêchées de rien faire pour soutenir les Prussiens. D'où il résulte que le but qu'on se pioposait pouvait être atteint avec la moitié des forces qui lui furent données.

A tort dirait-on que la pensée de porter sur le flanc ou sur les derrières de l'armée prussienne un fort dé-

lâchement rendait nécessaire de donner un corps aussi considérable au maréchal Ney. D'abord, il était probable que les alliés éviteraient t(}ut engagement généraly jusqu'à ce que la coopération des Russes et des Autrichiens leur permît d'attaquer la France avec tous leurs avantages ; ensuite, en supposant que le maréchal Blîicher sedéterminâtàrecevoir la bataille, comme on ne pouvait savoir précisément oJ!i eUe aurait lieu, il était douteux que ce détachement de Tarmée du maréchal Ney pût être en mesure d'avoir aucune influence sur le sort d*une afGstire générale arec les Prussiens, tandis qu'il était certain qu'il affaiblissait, sans utilité démontrée, l'armée destinée à agir contre eux.

D'ailleurs tant de chances rendent illusoire la coopération de ces corps détachés, que, lorsqu'ils se trouvent hors d'un cercle d'opérations dont le rayon est déplus d'une lieue et demie, il est peu sûr de compter sur eux pour le gain des batailles, surtout lorsqu'il y a possibilité que l'ennemi s'interpose entre ces corps et l'armée principale.

La bataille de Marengo aurait été perdue, quoique le général Desaix se trouvât en arrière de l'armée française, et qu'aucune colonne autrichienne ne fut à même de se porter entre Napoléon et lui, s'il avait été i une plus grande distance du champ de bataille que celle indiquée ci-dessus.

Le jour de la bataille de Waterloo, la situation du corps détaché était tout à fait différente.

La division du général Desaix se trouvait, par sa position, dans la classe des réserves ordinaires, et son

influence ne pouvait être paralysée par Tennemi.

La position sur le flanc, et à une beaucoup plus grande distance, mettait le corps sous mes ordres hors du cercle d'opérations de Napoléon, ^'ailleurs, un objet spécial m'avait été prescrit, celui de poursuivre l'armée prussienne^ qui, ayant quinze heures de marche sur mes troupes^ pouvait s'interposer entre moi et Tarmée principale. Il serait donc impossible de comparer avec quelque justesse des événements dont le succès dépendait de circonstances qui ne peuvent être assimilées.

Placé dans une de ces positions difficiles qui lui faisaient une loi d'imprimer à toutes ses opérations une rapidité inaccoutumée, je m'étonne que Napoléon ait attaqué si tard les Prussiens à Ligny, et les Anglais à Waterloo. Dès six heures du matin, le 16, je Tai prévenu de l'arrivée des colonnes du maréchal Blacher près Sombreff, dont j'avais été informé en faisant^ au point du jour, la tournée de mes avant* postes. Le général Girard, dont la division occupait Wagnies, village élevé d'où Ton dominait mieux les plaines de Fleuras que de la position de mes troupes, était venu me prévenir qu'il distinguait une armée nombreuse, se réunissant dans les environs de Som» breff. Ce rapport important, et qui ne pouvait être ré* voqué en doute, fut immédiatement transmis à Napoléon. Cependant la bataille de Ligny n'a commencé qu'à trois heures. On peut prétexter que le quatrième corps n'est arrivé en ligne que vers une heure. Mais puisqu'il était la veille au soir au Ghàtelet, il

pouvait être rendu sur le champ de bataille quatre ou cinq heures plus tôt.

On a beaucoup parlé des marches et contre-marches du corps du comte d'Erlon, dont les conséquences ont été que ni les Prussiens à Ligny, ni les Anglo-Belges près des Quatre-Bras^ ne furent battus aussi complètement qu'ils auraient pu l'être. Mais peut-on croire qu'un corps de dix -huit mille quatre cent vingt hommes se soit porté sans ordres tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et que Napoléon, informé dès le matin du 1 6 de la réunion de forces considérables près Sombreff, n'ait pas envoyé aide-de-camp sur aide* de-camp au maréchal Ney, pour lui ordonner de diriger immédiatement au point où il voulait qu'elles agissent.ces troupes que, suivant le général Gourgaud, de premières instructions lui enjoignaient de faire marcher sur les derrières de Tarmée prussienne, dans le cas d'une a£Eaire avec elle? Pourquoi aussi, ayant pris ia résolution de combattre le maréchal Blttcher à Ligny^ Napoléon a-t-il prescrit au maréchal Ney (général Gourgaud, page 66) d'attaquer les Anglo- Belges, au lieu de lui enjoindre de les occuper par des démonstrations ? Il est contraire aux idées militaires généralement adoptées d'agir sur deux points en même temps, quand on est numériquement plus faible que rennemî qu'on a à combattre. Par une fausse attaque, on occupe une partie de ses forces sur un des points, tandis qu'avec la très-grande majorité de ses moyens, on fait le principal effort sur celui où on a dessein et intérêt de frapper les grands coups*

Qaant à la bataille de Waterloo Je crois avoir prouvé qu'après la victoire du 16, l'ioactlon dans laquelle l'armée avait été laissée depuis le point du jour jusqu'à la fin de la matinée du 11, était une des causes principales de nos revers le 18. Comment expliquer cette inaction? est-ce par l'ignorance dans laquelle était Na« poléon le 17 au point du jour quant à l'occupation par le corps du maréchal Ney de la position des Quatre- Bras ? position importante sans doute, mais à laquelle toutefois, dans un pays ouvert et où Tartillerie et la cavalerie peuvent passer dans toutes les directions^ on ne doit pas attacher autant d'importance que lui en prête le général Gourgaud. Mais une telle ignorance eût-elle existé si, au lieu d'attendre au matin du 17 pour diriger une reconnaissance vers les Quatre-Bras^ Napoléon y eût envoyé des partis successifs et divers officiers au maréchal Ney, en rentrant le 16 au soir à son quartier-général de Fleurus, et pendant la nuit du 16 au 17 ? Instruit avant le jour de ses mouvements et des positions occupées par l'ennemi^ il eût arrêté un plan d'opérations sept ou huit heures plus tôt, et ses ordres eussent alors été donnés à temps utile (1). Toutefois la perte de la matinée du 1 7 pouvait être réparée par des dispositions différentes de celles qui avaient été faites. I^ tardif envoi d'un corps de trente-deux mille hommes

(i) La général Gourgaud avance qu^un officier fut envoyé au maréchal Ney le 16 au soir. S*il en est ainsi, et que Napoléon ait su, le matin du 18, où en étaient les choses aux Quatre-Bras et à Frasnes, mon étonnement redouble à Toccasiou de la perte de la matinée du 17. Mais on ne peut admettre cette hypothèse. Il le savait si peu qu'il y envoya une reoon* naissance.

à la poursuite des Prussiens^ dans le doublet dessein de compléter leur défaite et de les empêcher^ en se reportant sur Charleroy, de couper à rarmée agissant contre les Anglo-Belges ses communications avec la France (telle a été la pensée de Napoléon), n'était alors ni l'objet le plus pressé, ni le plus important; car, victorieax de l'armée anglo-belge, il eût facilement fait re* pentir le maréchal BlQcher d'un tel mouyement^ s'il eût osé le tenter ; et bien évidemment, aux yeux de tels les militaires^ le corps de trente-deux mille hommes mis sous mes ordres le 17,étaittrop fort comme détachement et trop faible comme armée à opposer aux quatre-vingtdix mille Prussiens qui se retiraient devant moi.

Toute disposition qui mettait à même d'écraser immédiatement les Anglais aurait été préférable. Celle qui offrait le plus de chances 'de succès était de n'envoyer qa'un faible corps, principalement composé de troupes légères, pour harceler les Prussiens dans leur retraite ; ensuite de marcher aux Anglais avec la presque totalité de l'armée sur deux ou plusieurs colonnes, celle de droite à une lieue ou à une lieue et demie do distance, de manière à ce qu'elle pût au besoin contenir les Prussiens, s'ils paraissaient sur le flanc de l'armée française, et, dans l'hypothèse contraire^ coopérer à la bataille qu'on allait livrer. Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer^ une telle position eût placé les troupes sous mes ordres sur le flanc de celles que le maréchal BlQcher dirigea de Wavres sur Waterloo le 18. La tète du défilé de Saint-Lambert eût été occupée avant que le général Bttlow y fût arrivé. Une attaque des Prussiens en

marche^ etfirètant le flanc à trente-deux mille Français exaltés par les succès obtenus le 15 et le 16^ n'eût pas manqué^ malgré Finfériorité numérique de ces derniers, d'avoir de fâcheuses conséquences pour Tarmée prussienne. Il est d'ailleurs probable qu'informé de la position de ce corps de droite et de l'occupation du défilé de Saint-Lambert, le maréchal Bliicher n'eût point essayé de faire sa jonction avec le duc de Wellington à l'entrée de la forêt de So%nes. S'il l'eût tentée, et qu'il y eût réussi , il neût pu Teffectuer qu'en passant par Hohain, et n'aurait pas débouché sur Pianchenoit et sur la ligne d'opération de l'armée française ; enfin^ la longueur des détours qu'il eût été obligé de faire eût laissé à Napoléon le temps de battre complètement Tannée anglaise, avant qu'aucuns de ces corps prussiens fussent à même de la soutenir^ surtout si la bataille eût été livrée quatre ou cinq heures plus tôt.

On serait dans l'erreur de croire, ainsi qu'on cherche à l'établir maintenant, qu'en me détachant le 17^ Napoléon se proposait à la fois de faire poursuivre les Prussiens^ de tourner le flanc gauche de l'armée anglaise, et de couvrir le flanc droit de la sienne : il pensait n'avoir affaire qu'aux Anglais, et être assez fort pour les vaincre sans la coopération du corps qu'il détachait. La plus probable des déterminations que prendrait le maréchal Bliicher, après la perte de la bataille de Ligny, de se rejeter sur le duc de Wellington plutôt que de se retirer sur Liège ou Louvain, fut celle qui le frappa le moins. Il imaginait encore, le 18 au matin^ que l'armée prussienne pouvait aussi

Men s'être portée vers Tune de ces deux ailles que Vers Bruxelles; la preuye en est que les ordres qui^ suivant le général Gourgaud, pages 82 et 83^ m'ont été envoyés le 17 dans la nuit, et le 18 au matin (ordres qui ne me sont pas plus parvenus en original qu'en duplicata), admettent l'hypothèse de la retraite du maréchal Bllicher dans ces diverses directions. Enfin il ne reconnut l'urgence de couvrir son flanc que lors de l'apparition du ëbrps du générai Buloni sur les hauteurs de Saint-Lambert.

Tout semble indiquer que Napoléon n'imaginait pas que le duc do Wellington recevrait la bataille, ayant la forêt de Soignes et un défilé derrière lui, s^exposant, si son centre eût été enfoncé, à voir ses ailes taillées en pièces^ son artillerie tomber au pouvoir des Fran« çais, et ses désastres surpasser ceux de l'archiduc Jean à la bataille d'Ephenlinden. Son plan était fondé sur celui qu'il eût adopté lui-même à la place du général anglais : il fut le résultat de l'opinion trop élevée qu'il eut du génie militaire du duc de Wellington ; car, quoique la victoire lui soit restée aux champs de Wateloo, il n'en est pas moins vrai que le choix de la position qu'il occupait aurait été fatale à l'armée anglo-beige, si Napoléon eût agi avec plus d'ensemble et d'activité.

J'ai établi qu'il eût été avantageux que l'attaque des Prussiens à Ligny eût commencé de meilleure heure : cette observation s'applique plus justement encore à celle des Anglo-Belges à Waterloo. Puisque le 27 au soir, malgré l'ignorance où il était de la direction de

Tannée prussienne, Napoléon yonlait livrer bataille, il semble qu'il devait diminuer les chances hasardeuses d'une telle résolution, en agissant contre l'armée anglaise avec tant de célérité que le maréchal BlQcher eût le moins de temps possible pour rallier ses troupes, et en porter une partie au soutien du duc de Wellington. Ainsi donc^ pour que le sort de la bataille fût décidé plus tôt, il fallait attaquer au point du jour. On a allégué que la soirée du 17 et la nuit du 17 au 1 8 avaient été si pluvieuses que les terres étaient détrempées et les chemins rompus, au point de rendre les mouvements de notre artillerie lents et presque impossibles; mais ces inconvénients eussent existé pour l'ennemi, quoiqu'on position; car, après une première attaque et durant les diverses périodes de la bataille, il eût eu, comme les Français, à faire mouvoir ses batteries, et lés mêmes obstacles auraient également ralenti ou paralysé les mouvements des bouches à feu des deux armées.

Cette considération n'était d'ailleurs que d'un intérêt secondaire : car, si l'artillerie prépare et facilite le snccès des batailles, leur gain est le plus ordinairement encore le résultat d'une dernière attaque audacieuse : lorsque^ par une juste combinaison de ma« nœuvres, l'arrivée d'une réserve masquée jusqu'alors, ou un développement soudain, vous permettent, soit de déborder une aile, soit de réunir et de mettre en action, au point où vous voulez faire un effort décisif, plus de troupes que l'ennemi ne peut en opposer, vous parvenez ainsi à le tromper et à le vaincre*

L^obsenration que le temps a dû forcément retarder la bataille de Waterloo^ me ramène encore à montrer rinconséquence et la partialité des assertions mises en ayant par le général Gourgaud. Tandis que, le 17 an soir, Vobscurité et la pluie suspendent les mouvements de Tarmée principale^ et Tentravent, le 18 au matin, de manière à lui rendre impossible d'attaquer les Anglo-Belges avant midi, ces mêmes obstacles ne sont comptés pour rien quant à la marche et aux opérations du corps détaché sous mes ordres, comme s'il n'eût pas dû en ressentir aussi les fâcheuses influences.

La direction par Gembloui, dans laquelle ont été portées mes troupes le 17, est improuvée ; et on oublie qu'nne direction bien plus fausse se trouvait indiquée par l'envoi du général Pajol sur la route de Namirr, par suite des ordres de Napoléon.

On établit que^ le soir de la bataille de Ligny^ le maréchal Blilcher se retira sur deux colonnes^ Tune par Tilly^ l'autre par Gembloux ; et on n aperçoit pas que, si effectivement Napoléon en eût été informé le 17, comme on cherche à le faire croire^ et qu'il m'eût ordonné de déborder l'aile droite des Prussiens^ ainsi qu'on suppose que me le prescrivaient mes instruc* tiens (composées à Sainte Hélène) ^ non-seulement il m'eût empêché de marcher vers Namur et Gembloux, mais même il m'eût enjoint, en me donnant ses ordres le 17 à midi, de prendre une direction qui m'eût fait laisser Tilly un peu sur ma droite.

L'influence des causes secondaires sur les destinées de cette campagne malheureuse est mise en avant,

avec une égale maladresse ; et on s'en prévaut pour expliquer les revers , sans songer qu'il appartient à celui qui commande en chef, surtout quand il est à la fois à la tète du gouvernement et de Tarmée, de pré* venir cette influence par une prévoyance plus active, ou par des précautions qu*il est à même de multiplier au delà du besoin.

Ici, c'est le général Yandamme que le général Gourgaud (voyez pages 45 et 68) fait arriver quatre heures plus tard qu'il n'aurait dû, à Charleroy.

Là, le comte d'Erlon est oublié entre Julmet et Marcbiennes (voyez Touvrage du général Gourgaud, page 66) ; et le jour suivant son corps, ou ne reçoit point d'ordres, ou les interprète de manière à passer la journée du 16 en oisives marches et contre-marche?. Le corps du général Gérard, quoique ayant passé la Sambre au Châtelet le 15, n'arrive en ligne le 16 qu'à une heure après midi, au lieu de s'y trouver quatre ou cinq heures plutôt, comme il eût été utile qu'il y fût; et la bataille de Ligny ne commence qu'à trois heures.

Ailleurs, la transmission des ordres (chose jusque-là sans exemple dans l'armée française) devient incertaine, et fait avorter les dispositions les plus importantes ; des officiers expédiés sur divers points n'y aprivent pas, tandis que d'autres envoyés de ces mêmes points au grand quartier général y parviennent avec rapidité et exactitude. (Voyez l'ouvrage du général Gourgaud, page 82^ où il rapporte les ordres censés m'avoir été donnés dans la nuit du 17 et le matin du

18, et que je n'ai jamais reçus; pendant que mes dépèches, dirigées par la route que Napoléan m'avait prescrit de faire suli^re quand j'aurais à correspondre avec lui, sont arrivées sans obstacles et sans rencontrer l'ennemi, dont aucuns partis n'ont intercepté cette communication en arrière.)

On reproche à l'un des lieutenants de Napoléon de n'avoir pas exécuté les ordres qui lui ont été donnés, et à l'autre de n'avoir pas su comprendre les siens ; comme si un long usage de la guerre n'emportait pas l'habitude, et je dirais presque le besoin d'une obéissance passive, et comme si, novices encore dans le métier des armes, nous eussions pu ne pas saisir le sens d'instructions claires, précises et exécutables.

Toutefois ce n'est pas assez de s'en prendre au dérangement mental de l'un et à l'incapacité de l'autre : nombre d'officiers généraux , et le maréchal Ney luimême, encourent des reproches d'un autre genre : on les taxe d'être devenus timides et circonspects dans leurs opérations ; on /veut bien leur accorder encore quelque bravoure personnelle ; mais on établit que leur objet principal, dans cette campagne, a été de se compromettre le moins possible (général Gourgaud, p. 68): comme si^ lorsque vos destinées dépendent du sort des batailles, une pareille pensée pouvait approcher de vous et vous Caire oublier que, dans de telles circonstances, quand l'épée a été tirée, le fourreau en est jeté.

Si Ton est en droit de s'affliger d'une telle versatilité d'opinion quant aux individus, elle ne se fait pas moins

remarquer qaant aux déterminations. Soudainement on voit Napoléon abandonner le plan qu'il avait formé pour la défense de la France (général Gourgaody page 30), plan dont Texécution avait été préparée pendant son absence^ et par suite duquel, dans le cas où Tinitiative qu'il comptait prendre ne serait pas couronnée de succès, il devait faire de Paris et de Lyon deux grands points de résistance ; il devait aussi réunir aux troupes qui, de toutes les parties de l'empire, se rassembleraient sous les murs de la première de ces villes, celles qui auraient combattu infructueusement au delà des frontières, et à la tète de ces forces, essayer de fatiguer la coalition, en traînant en longueur une guerre que les excès des soldats étrangers eussent rendue de jour en jour plus nationale.

Par quelle fatalité a-t-il oublié, en quittant le champ de bataille de Waterloo, qu'il lui restait une armée intacte, à la tète de laquelle il eût dû se mettre, plutôt que d'abandonner les débris de celle qu'avait trahie la fortune, et que d'aller annoncer lui-même ses dé* sastres? Pouvait-il ignorer que les troupes le considéraient comme le seul chef capable de les rallier, et de préserver la patrie des spoliations de l'étranger? et devait-il s'en fier un instant des destinées de la France, et des braves qu'avait respectés le sort des combats, à ces mêmes hommes qu'il regaidait comme ayant perdu leur énergie et n'ayant d'autre pensée que de mettre à couvert leurs intérêts particuliers? Quelle illusion que d'espérer que sa présence dans Paris préviendrait les effets du coup fatal porté à l'opinion

et à son parti par le revers de Warterloo, et de ne pas Toir que. la rérolte des chambres (pour me servir des eipressioBs du général Gourgaud) n'aurait pas lien, tant qu'eRes le sauraient à la tête d'une armée I

11 faut TaYOuer, les derniers actes de sa yie politique, comme de sa carrière militaire, ne furent plus marqués par l'énergie, la prévoyance etTà-propos qui avaient si l(»igtempsjégitimé ses brillante» deftinées. Dans l'arène politique aussi bien que sur les champs . de bataille/ les déterminations qui décident du sort des empires ou fixent la victoiropont leurs moments propres, qui s'échappent avec la rapidité de l'éclair, et ne se retrouvent plus. Napoléon ne sut pas tes saisir

durant les Cent Jours, où semblèrent effacés les traits

les plus saillants du caractère de cet hpmme extraordinaire, qui étonna l'Europe, lorsque, du sommet des Apennins s'élançant sur l'Italie, il réunit, en la conquérant, ses débris épars, pour en reconstituer un puissant Ëtat; posant ainsi les fondements de cette réputation colossale qui devait bientôt lui aplanir les routes du pouvoir suprême. On ne reconnut plus en lui, pendant la campagne de 1815, le grand capitaine qui, durant celle de 1814, inébranlable dans ses résolutions, malgré l'étendue des dangers et le nombre de ses ennemis, multipliait ses faibles moyens par la rapidité et l'audace des mouvements les plus habiles^ et qui, développant un génie d'une trempe supérieure, avait su préserver si longtemps la capitale de l'invasion de l'étranger. Â cette époque cependant il était secondé par les mêmes hommes qu on accuse aujour-

d'hui en soa nomr Mais le même génie ne rinspirait

plus.

îiote du colonel Grouchy.

Para)! les matériaux qiie j'avais réunis pour ré^ pondils aux diverses relations de la campagne de 1 8 1 5, se trotrve te registre d'ordres dtf major général. Ce document précieux fut remis à mon père lorsqu'il prit le commandement de toute l'armée à Sois^ons : non-seulement il dkitiént les ordres de mouvement, mais encore toute la correspondance du maréchal Soult. La pulilication de ces pièces offiefell^, qui aura lieu plus tard Jettera un g;f and jour sur les événements ^ les opératiow de cette campagne.

Il n'existe dans ce registre^ d'une exactitude remarquable, aucune instruction donnée à mon père, le 17, lorsqu'il se sépara de Napoléon pour poursuivre l'armée prussienne : elles furent donc verbales. Une lettre de cette date (17 juin), adressée au ministre de la guerre, qui lui donne des détails sur la bataille de Fleurus et lui prescrit de rendre disponibles dix bataillons de la garde nationale, est terminée par ce post'Scriptum :

« L'armée est formée sur la grande route de Namur à Bruxelles où l'empereur se rend en ce moment. Le dernier rapport du général Pajol est daté de Mazi (route de Namur), et la gauche dans la direction des Troift-Bras. »

Ainsi^ le 17, Napoléon croyait aller à Bruxelles; H

ignorait qiu^ les Anglais l'attendaient à Waterloo, et il croyait alors hs Pmssiens dans la direction de Namur.

Immédiatement après cette lettre au ministre de la gaerre, je trouve ceHe-ci, que je transcris littéralement :

Eq avant de la fenne de Caillou, le 18 Juin, à dix heures du malin.

AU HARÉCHAI, GBOUCHY.

Porté par l'a<ijwiant'Commandant Zênowich,

« Momieur le mai^chal^ l'empereur a reçu votre dernier rapport daté de fiembloux; vous ne parlez à Sa Majesté que des deux colonnes prussiennes qui dnt passé à Sauvenihres et Sarth-à-Valin; cependant des rapports disent qu'une troisième colonne, qui était assez forte, a passé à Gery et Gentines^ se dirigeant sur Wavres.

« L'empereur nie charge de vous prévenir qu'en ce moment Sa Majesté va faire attaquer l'atmée anglaise qui a pris position à Waterloo^ près de la forêt de Soignes; ainsi Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur WavreSj afin de vous rapprocher de nous, vous mettre en rapport d'opérations, et lier les communications, poussant devant vous les corps de l'armée prussienne qui ont pris cette direction, et qui auraient pu s'arrêter à Wavres, où vous devez arriver le plus tôt possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sir votre droite par quelques corps

légers, afin d'observer leurs mouvements, et ramasser leurs traînards. Instruisez-moi immédiatement de vos dispositions et de votre marche, ainsi que des nouvelles que vous avez sur les ennemis, et ne négligez pas de lier vos communications avec nous ; l'empereur désire avoir très-souvent de vos nouvelles. »

Évidemment cet ordre emporte la contradiction avec la relation du général Gourgaud, qui dit^ page 82-

A dix heures du soir (le 17), V empereur expédia un

officier au général Grouchy^ pour lui faire connaître

qu'il y aurait le lendemain une grande bataille

qu'il fallait que le maréchal Cfouchy manœumât par

Saint-Lambert y pour déborder la gauche de l'armée an^

giaisCj et venir se joindre avec la droite de l'armée

française

A deux heures apris minuit l'empereur lui en-

voya un duplicata de l'ordre déjà expédié la veille^ à dix heures du soir

Si de tels ordres ont été donnés le 17, comment se fait-il qu'ils Tae soient pas parvenus? Toutes les dépêches de mon père sont arrivées. Comment se fait-il .aussi qu'ils ne soient pas transcrits sur le registre du major-général? Le général Gourgaud les suppose envoyés par duplicata ; il n'en existe aucune trace.

On doit au reste observer que leur contenu est en contradiction formelle avec la seule dépèche du majora général portée sur son livre. Si, comme le dit le général Gourgaud, Napoléon eût annoncé la veille, et dans la nuit du 17, son intMtion de livrer bataille

le lendemaio, la lettre ci-dessus ne contiendrait point ces paroles : l'empereur me charge de vous prévenir que Sa Majesté va faire attaquer V armée anglaise^ qui a pris position à Waterloo.

Si, le 17 et dans la nuit du 18, Tordre eût été donné à mon père de se porter sur Saint-Lambert pour déborder la gauche de V armée anglaise, etc., un tel ordre, important la veille^ et qui le devenait bien plus au commencement de la bataille, eût été rappelé et vivement répété dans cette dépêche du major-général, datée de dix heures du matin le 18. Loin de là elle contient rinjonction positive de se porter sur Wavres.

L'empereur désire que vous dirigiez vos mouvetnents

sur Wavres poussant devant vous les corps

prussiens qui ont pris cette direction ^ et qui auraient pu s^ arrêter à Wavres, ou vous devez arriver le plus lot possible.

Il résulte de là que non-seulement l'ordre de marcher sur Saint-Lambert H'est point parvenu à mon père^ mais même qu'il n'a pas été donnée puisque le 18, à dix heures du matin. Napoléon prescrit de se porter sur Wavres.

11 est évident encore que, le 18, au moment de livrer bataille, Napoléon ignorait la position de l'armée prussienne, puisqu'il la supposait en partie à Wavres et en partie dans la direction de Louvain : Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite

Cette pièce officielle est par elle-même une réponse trop positive aux suppositions du général Gourgaud

et de quelques autres écrivains, pour que je m'étende plus longuement sur les réflexions qu'elle fait naître. Sa publicité doit faire disparaître toutes les préven* tions; elle doit détruire par leur base les conséquences qu'on a déduites d'instructions et d'ordres qui n'ont été ni reçus ni donnés.

Indicatif de quelques-uns des faits conlrouvés^ el des assertions inexactes quant à la conteœture des ordres^ aux heures auxquelles ils ont été donnés^ et aux distanceSj que renferme V ouvrage du général Gourgaud.

« Au mois d'avril 1815, les Anglais avaient la plus « grande partie de leurs troupes en Amérique. •

11 n'est revenu aucun corps anglais d'Amérique en E urope pendant le mois de mai ; et si une aussi forte portion des troupes de cette nation eût été de l'autre côté de l'Atlantique, on ne trouverait pas dans la composition de l'armée du duc de Wellington, au mois de juin (rapportée par le général Gourgaud, page 40) , dix-sept brigades d'infanterie et de cavalerie anglaise.

Dans une note au bas de cette page, on prétend que le maréchal Ney, alors à Charleroi avec Napoléon, l'assura que « duns deux heures il serait aux Quatre- « Bras^ à moins que toute l'armée ennemie ne fût là. ■

En jetant les yeux sur la carte annexée à l'ouvrage du général Gourgaud, on verra qu'à vol d'oiseau il

y a plus de quatre lieues de Gharleroi aux Qualre-Bras. Comment le maréchal Ney, qui connaissait le pays, aurait-il promis d'être à la position des Quatre-Bras dans deux heures, quand la plupart des troupes qu'on mettait sous son commandement étaient encore à Gharleroi ou à Marchienne-au-Pont?

a Le maréchal Ney, entendant une canonnade entre « Fleurus et Gilly, ordonna au corps du général Reille c de faire halte entre Grosselies et Frasnes. » Dans la note au bas de la même page, on cherche à faire regarder cette disposition comme l'effet du dérangement mental qui se manifestait dans toutes ses actions. Si une telle assertion avait l'ombre de fondement, Napoléon eût-il donné au maréchal Ney le commandement de près de la moitié de l'armée ?

« Les corps de Yandamme et de Grouchy étaie&t « réunis à Gilly ; mais ces généraux, trompés par de c faux rapports, no marchèrent point en avant, suptt posant que toute Tarmée prussienne était dans les « bois de Fleurus. »

Rien de moins exact que cet exposé. Je ne pense pas que le général Yandamme ait plus que moi fait faire balte à ses troupes, en raison de rapports donnant de fausses notions quant aux forces et à la position de l'armée prussienne. Mais plus de la moitié do Tarmée française arrivant à peu près en même temps

devant Charleroi, et n'ayant qu'un seul pont pour y passer la Sambre, il était impossible qu'aussitôt que la tète des colonnes, qui la traversait pèle-mèle, et d'une manière décousue, débouchait de Charleroi, on se portât en avant, et qu'on attaquât instantanément l'ennemi. Il fallait indispensablement reformer les troupes, et c'est le temps nécessaire à cette opération qu'on cherche à faire prendre pour une disposition 'de timidité qui permit au général Ziethen d'échapper à l'armée française. Je puis, au reste, affirmer, quant à ce qui a trait à moi, qu'arrivant près de Charleroi, à la tète du corps du général Exelmans, et trouvant le pont encembré, je devançai de ma personne les dra* gons, traversai la ville et me portai au village de Gilly, de ce côté-ci duquel était en bataille la cavalerie légère du général Pajol, qui faisait partie de mes troupes et qu'il me tardait de joindre, puisqu'elle était en face de l'ennemi. Une portion du corps prussien du général Ziethen se montrait stationnaire de l'autre côté du village. Je retournai immédiatement à Charleroi pour prendre les ordres de Napoléon, qui était occupé à en donner au maréchal Ney, et qui le quitta pour se rendre avec moi près de Gilly. Nous reconnûmes ensemble la position des Prussiens, et il arrêta les dispositions d'attaque. L'infanterie du général Vandamme eut ordre de marcher au village, tandis qu'avec la ca* Valérie du général Exelmans je passerais sur la droite le ruisseau qui le traverse, aûn de prendre en flanc les Prussiens^ et d'arriver avant eux au défilé du bois de Lambusart, par lequel il était probable qu'ils se reti-

reraient. Ces dispositions furent immédiatement exécutées. Exelmans les culbuta dans le bois^ et les poursuivit jusqu'à la hauteur de Fleuras, où ils re* prirent position.

Le 16 juin au matin, Napoléon prescrivit au maréchal Ney, entre autres dispositions, « d'envoyer, dans i le cas où, suivant toutes les apparences, les Pras- « siens recevraient la bataille, dans les environs de

■ Fleurus ou de Gembloux, un détachement par le

■ chemin des Quatre-Bras à Namur^ pour attaquer le • flanc droit de l'ennemi. » Le même ordre (page 57) lui est adressé de nouveau, le 16, à midi, lorsque Napoléon se détermine à livrer la bataille. Un peu plus tard^ le colonel d'artillerie Sainl^Laurent est envoyé pour le renouveler et en hâter l'exécution ; et cependant, lorsqu'une colonne de troupes se montre, venant des points occupés par le maréchal Ney, son arrivée parait inexplicable; les dispositions qui devaient rendre la bataille décisive sont suspendues (p. 59 et 60), des heures s^écou lent avant qu'on se soit édairci sur ce que peut être ce corps, et son apparition fait perdre tous les fruits qu'on eût dû recueillir de la victoire. Il li'^stpas besoin de relever de pareilles assertions; elles tomT^ent d'elles-mêmes.

En parlant des résultats de la bataille de Ligiiy, le général Gourgaud statue (page 60) que « quarante

« pièces de canon, six étendards et un grand nombre < de prisonniers tombèrent entre nos mains. » Il est vrai que les pertes des Prussiens en tués et blessés furent très-considérables ; mais il en est des prétendus résultats de cette journée comme d'une lettre qu'on me fit écrire dans le temps, dans laquelle je rendais compte que la déroute des Prussiens était telle, que je prenais plus de canons, de caissons et de prisonniers que je ne pouvais en ramasser. Je n'ai yu que quinze à seize cents prisonniers et onze pièces de canon .

« L'ennemi estima lui-même ses pertes à vingt-cinq a mille hommes. » J'ai sous les yeux les rapports officiels prussiens et anglais, je n'y vois rien de semblables ; et dans le rapport officiel français, publié au Moniteur en juin 1815, on établit seulement que les pertes des Prussiens ne doivent pas avoir été moindres de quinze mille hommes.

« L'ennemi effectua sa retraite (le soir de la bataille « de Ligny), le 1*" et le 2* corps à Tilly, et le 3* à a Gembloux^ où il fut joint pendant la nuit par le • 4* corps, aux ordres du général Bulow, qui arrivait « de Liège . »

Quelque fatigantes que soient de fréquentes répétitions, je dois encore faire remarquer que ce ne peut être le 17 que Napoléon ait eu connaissance de ces dispositions de retraite; oar^ s'il les eût seulemeni

soupçonnées, lorsqu'il me donnait à midi Tordre de 9 poursuivre vigoureusement les Prussiens, d'atta« ■ quer leur arrière-garde, de me tenir constamment I si près d'eux^ que je ne les perdisse jamais de vue^ « et de déborder leur aile droite de manière à ce que jo « puisse constamment maintenir mes communications « avec le reste de Tarmée^.» au lieu de me laisser me porter dans les directions de Namur et de Gembloux, il m'eût prescrit de marcher sur Tilly, et même de laisser ce village sur ma droite; il m eût blâmé dans les dépêches qu'on lui fait m'écrire le 1 7 au soir et le 1 8 à six heures du matin (général Gourgaud, page 82), de m*ètre dirigé sur Gembloux, et m'aurait reproché d'avoir méconnu ses intentions en me jetant trop à droite. Au lieu de cela il y admet encore la possibilité de la retraite du maréchal Blilcher sur Liége^ et prescrit des dispositions en conséquence; ce qui prouve que le matin de la bataille de Waterloo, comme la veille^ il ignorait complètement où se trouvaient les Pmesiens.

■ Alors le maréchal Ney (le jour de la bataille de f Ligny), en détachant le 1**' corps par le chemin des a Quatre-Bras à Marbais et SombrefT, qui n'en est qu'à • deux lieues, aurait occasionné Tentière destruction de i l'armée prussienne. »

La carte annexée à l'ouvrage du général Gourgaud donne trois lieues de distance entre Sombreff et les Quatre-Bras; et sur des cartes d'une plus grande échelle cette distance est plus considérable encore i

« Il est difficile de se rendre raison des mouvements « du premier corps, etc*, etc. »

On improuve la marche du comte d'Erlon dans la direction delà canonnade qu'il entend près de Fleurus, et on le censure de s'être reporté vers le maréchal Ney lorsqu'il apprend que le village de Saint-Âmand est emporté. Le blâme semble devoir plus justement re« tomber sur le général en chef, qui laisse au comman* dant d'un corps aussi considérable une telle latitude qu'il puisse agir à sa volonté, ou qui lui envoie trop tard des ordres explicatifs de ce qu*il doit faire, ou enfin qui les donne avec si peu de précision et de clarté qu'ils ne puissent être compris.

a Dans ces actions les soldats français combattirent « avec autant de courage et de confiance dans la vic- « toire qulls en avaient montré dans les batailles les a. plus célèbres ; mais plusieurs des généraux, et le « maréchal Ney lui-même, n'étaient plus les mêmes a hommes. Ainsi, le général Vandamme arriva à Cbar- 0 leroi quatre heures plus tard qu il n'aurait dû; « ainsi, il s'arrêta avec le nonréchal Grouchy à Gilly^ ■ et perdit du temps, au lieu de faire une attaque a brusque et d'avancer sur Fieurus. »

Je me bornerai à répéter qu'il n'y eut pas un instant de perdu quant à l'attaque du général Ziethen près de Gilly. Lorsque je me portai de ma personne à ce village Je n*avais point d'infanterie avec moi, le corps du général Vandamme n'était pas arrivé, et il ne se trou-

vait point alors sous mes ordres. Je ne pouvais donc, avec deux mille et quelque cents hussards du général Pajol, attaquer le général Ziethen. Enfin, quand je laurais pu, je ne l'aurais pas fait sans avoir préalablement pris les ordres de Napoléon, qui ne m'en avait encore donné aucun^ et dont le plan d'opérations m'était alors entièrement inconnu.

« Dans la nuit du 16 au 17, Napoléon, ayant reçu

■ le rapport de ce qui s'était passé sur la gauche pen^^- « daut l'attaque des Quatre-Bras, envoya ordre au ma-

■ récbal Ney de faire prendre les armes à ses troupes « au point du jour, et de poursuivre vigoureusement i Tarmée anglaise aussitôt qu'elle commencerait sa

■ retraite. L'empereur informa en outre le maréchal * Ney, que son intention était de déboucher sur la poc sition des Quatre-Bras par le grand chemin de t Namur, afin qu'en cas que le duc de Wellington con-

■ tinuât à occuper cette position^ son armée se trouvât i attaquée en front et tournée par son aile gauche. »

Si Napoléon a su dans la nuit du 16 au 17 ce qui s'était passé aux Quatre-Bigas, pourquoi, au lieu d'y envoyer une reconnaissance le 17 au matin, ne s'y estil pas porté dès le point du jour, afin d'effectuer, sans perte de temps, l'attaque du flanc gauche de l'armée anglo-belge, pendant que le maréchal Ney Tabordait en front? Il suffisait de prescrire au maréchal Ney de commencer son attaque, de manière à ce quelle coïucidât avec l'arrivée de la colonne qu'il conduisait lui-

même. On voit d'ailleurs, par les propres assertions du général Gourgaud, que Napoléon n'ordonna point au maréchal Ney d'attaquer le duc de Wellington, mais seulement de le poursuivre vigoureusement s'il se retirait; que Taitaque de l'armée anglo-belge, si elle demeurait dans la position des Quatre-Bras, devait être combinée avec le mouvement des troupes qui arriveraient par la grande route de Namur, et qu'ainsi tous les reproches faits au maréchal Ney sont d'une injustice manifeste, puisqu'il ne devait point combattre seul le duc de Wellington, mais seulement le poursuivre s'il se retirait.

« Au point du jour (le 17, lendemain de la bataille « de Ligny), le général Pajol, avec sa cavalerie légère tr et une division d'infanterie du 6' corps, fut envoyé (I à la poursuite des Prussiens. »

Le général Gourgaud devrait se rappeler que co n'est ni au point du jour que le général Pâjol a été envoyé après le maréchal BlUcher, ni avec la totalité de sa cavalerie; car une de ses deux divisions, celle du général Subèrvic , était à si peu de distance du champ de bataille de Liguy^ le 17 à midi, qu'ayant reçu ordre de se réunir au 6* corps, commandé par le comte de Lobau, elle s'est portée immédiatement avec lui aux Quatre-Bras.

« A environ dix heures, le 17, l'officier comman- • dant la reconnaissance envoyée aux Quatre-Brasi

« revint, et rendit compte qu'au lieu de rencontrer ■ les troupes du maréchal Ney, il y avait trouvé les « Anglais, qui même l'avaient poursuivi. >

Il y a erreur quant à l'heure du retour de la reconnaissance : elle est rentrée vers midi, et non à dii heures. Un témoin oculaire, le général Bernard, alors aide de camp de Napoléon, et près de lui à cette époque^ me le confirmait récemment encore aux États* Unis.

■ Napoléon ordonna au maréchal Groucby de se

■ mettre à la tète des 3"* et 4' corps d'armée, de la « division d'infanterie du 5' corps, qui était avec le « général Pajol, et du corps de cavalerie légère du

■ général Exelmans, de poursuivre vigoureusement « les Prussiens, d'attaquer leur arrière-garde, et de se « tenir si près d'eux qu'il ne les perdît jamais de vue.

■ Les instructions particulières du maréchal Grouchy f étaient de déborder l'aile droite des Prussiens, de

■ manière à pouvoir être constamment en communi- • cation avecle reste de l'armée. »

La première partie de ces ordres est rapportée d une manière exacte. Je ferai seulement observer qu'il n'était ni facile d'apercevoir immédiatement, ou même dans la journée, un ennemi qui avait une avance de quinze à seize heures de marche sur moi, et dont on ignorait la direction de retraite, ni probable que le maréchal BlUcher, à la tète de quatre-vingt-quinze mille hommes, se laissât serrer de très-près par un

corps de treDte*cleux mille, et lui permit de se tenir constamment en vue de là totalité de son armée.

Quant à TiDJonction de déborder le flanc droit de l'armée prussienne, elle n*a pas été plus donnée que les instructions particulières dont elle est censée faire partie. Une telle disposition prouverait que Napoléon savait que les Prussiens se Tetiraient sur Wavres et Bruxelles ; et il l'ignorait si complètement, qu'il avait envoyé le général Pajol à leur poursuite suc la route de Namur. D'ailleurs ses ordres postérieurs, donnés dans la nuit du 17 et le matin du 18, admettant l'hypothèse de leur retraite sur Liège, ne permettent pas de croire qu'il eût ordonné un tel mouvement, qui, dans ce cas, eût été également faux et dangereux; car trente-deux mille Français, débordant Taile droite d'une armée de quatre-vingt-quinze mille Prussiens en retraite sur Liège, eussent laissé au centre et à Taiie gauche de cette armée la possibilité de se reporter sur Charleroi, sur les derrières de l'armée de Napoléon, enfin où bon leur semblerait. Il est donc plus que présumable que Napoléon n'a pas eu la pensée d'un tel ordre. Enfin, s'il l'eût donné, pourquoi ne Teussé-je pas exécuté^ en me portant de Gembloux sur Saint- Lambert, au lieu de marcher sur Sarth-à-Valin ?

« L'armée française s'avançait ainsi sur Bruxelles « en deux colonnes séparées ; celle de gauche^ corn- ■ mandée par Tempereur, devait prendre le chemin « de Charleroi à Bruxelles, etc. ; celle de droite, sous

fl les ordres du maréchal Grouchy, devait passer la « Dyle à Wavres, et avait devant elle la totalité de a Tarmée prussienne en retraite.

« Le maréchal Grouchy, avec un corps de trentea cinq à quarante mille hommes, était sur la droite : a il avait marché le 17 dans la direction de Wavres, « et on supposait qu'il était campé vis-à-vis de cette « ville, ayant l'armée prussienne en face de lui. »

Etablir que, le 17 à înidi, il faisait partie du plan d'opérations adopté par Napoléon^ que Taile droite sous mes ordres marchât sur Bruxelles et passât la Dyle à Wavres, est encore une de ces fictions qu'un instant d'examen fait disparaître. Mes ordres prouvent que j'ai été envoyé à la poursuite des Prussiens^ sans qu'on sût dans quelle direction ils se retiraient ; ils ne disent rien, ils ne renferment pas un mot qui dût m'induire à me porter sur Wavres, à y passer la Dyle et

à marcher sur Bruxelles. Des instructions postérieures, puisqu'elles ont été données le 17, dans la nuit^ et récidivées le 18 au matin, prescrivent diverses dispositions basées sur l'hypothèse de la retraite des Prussiens sur Liège. L'ordre de les poursuivre a été donné le 17, à midi> à des troupes qui étaient alors à neuf ou dix heures de marche de Wavres. Napoléon a été prévenu que plusieurs heures s'écouleraient avant qu'elles pus^ sent se mettre en mouvement ; et on veut faire croire que, le 17 au soir, il était persuadé que j'étais devant Wavres. Il ne le pensait pas plus quMl ne m'avait donné l'ordre de m'y rendre. D'ailleurs, s'il l'eût prescrit, je m'y serais porté par Tilly, qui était le chemin le plus

court, et ne me serais dirigé ni 0ur Gemboui ni sur Sarth-à-Valin.

Quoique ces seules observations «oJËsent pour faire écrouler cet échafaudagahd'amplifications et d'embellissements, j'ajouterai encore qu'il est bien maladroit de mettre en avant un plan dont l'examen fournit la preuve que Napoléon a fait reposer la décision de livrer bataille à Waterloo, celle des batailles qui devait décider de son sort, sur de simples présomptions, en se soumettant à toutes les chances du hasard, puisqu'il n'avait aucunes données positives sur les mouvements des Prussiens et sur ma position.

Quant aux trente-cinq à quarante mille hommes que me donne le général Gourgaud (page 81), je dois le renvoyer aux pages 75 et 81 de son ouvrage, où l'on trouvera la preuve, fournie par lui-même, que mon corps ne se composait que de trente-deux mille hommes.

a  dix heures du soir (le 17), Napoléon envoya un officier au maréchal Grouchy, pour l'informer qu'il avait intention de livrer une grande bataille le lendemain ; que l'armée .anglo-belge était en position devant la forêt de Soigne, sa gauche appuyée au village de la Haye ; que certainement le maréchal BiUcher opérerait sa retraite dans une des trois di« rections suivantes : 1° qu'il se retirerait sur Liège; « 2*" qu'il se porterait sur Bruxelles ; S"" qu'il resterait « en position à Wavres ; que, dans tous les cas, il

« était nécessaire qu'il manœuvrât par Saint- Lambert, « pour déborder Taile gauche de l'armée anglaise, et « joindre la droite de Tarmée française ; mais que, « dans les deux premier» cas^ il devait exécuter son • mouvement avec la majorité de ses forces combi* a nées, et dans le troisième, ce ne devait être qu'avec « un détachement plus ou moins fort^ suivant la na* « ture de la position qu'il pourrait occuper en face ■ de l'armée prussienne. »

Puisque Napoléon place lui-même (général Gourgaud, page 109) la non-réception de cette lettre et de son duplicata au nombre d«s causes de la perte de la bataille de Waterloo, il serait inutile que je m'en occnpasse^ si elle ne contribuait aussi à détruire plusieurs des raisonnements du général Gourgaud.

D'abord il est assez douteux que cette lettre et son duplicata aient été écrits (1)^ et s'ils Font été, qu'on les ait expédiés; car^ par quelle fatalité les officiers qui en auraient été porteurs ne sont-ils pas parvenus jusqu'à moi^ tandis que ceux qu'aux mêmes heures, et par la même route, j'ai envoyés à Napoléon, sont promptement et exactement arrivés ? Ensuite com« ment expliquer que Napoléon, qui semble avoir prévu les déterminations qu'avait pu prendre le maréchal Bliicher, n'admette pas la plus simple, celle qu'il était le plus probable qu'il adopterait^ de ne laisser en face du corps envoyé à sa poursuite qu'une portion de son armée suffisante pour l'arrêter ou au moins le re-

(1) Vo^ex la lettre du maior-général.

tarder pendant plusieurs heures^ tandis qu'avec le surplus de ses forces il se porterait en hâte au soutien du duc de Wellington? Enfin pourquoi, dans l'ouvrage du général Gourgaud, comme dans presque tout ce qui a été écrit sur la bataille de Waterloo^ met-on toujours en oubli la supériorité numérique des Prussiens^ et feint-on de croire a la complète désorganisation de leur armée? tandis qu'une bataille aussi peu décisive que celle de Ligny, et après laquelle ils avaient été immédiatement renforcés par un corps de trente mille hommes (celui du général Bulow), n'avait que légèrement influé sur leur moral.

f A deux heures du matin^ une dépêche du mac réchal Groucby annonça qu'il avait fixé sou quar- « tier-général à Gembloux^ étant incertain de la route « que Blucher avait prise^ et si les Prussiens s'étaient • retirés sur Bruxelles ou sur Liège, etc. » Le général Gourgaud conclut ensuite de cette lettre c que le ma- « réchal Blilcher m'avait échappé. •

Pour qu'une telle conclusion soit juste, il faudrait que j'eusse été à même de le joindre.-Mais, envoyé à sa poursuite quand déjà il avait quinze à seize heures de marche sur moi, et avec trente-deux mille hommes, lorsqu'il était à la tête de quatre-vingt-quinze mille^ j*en avais autant la possibilité qu'un seul homme a celle d'en arrêter trois, qui sont à huit ou dix lieues de lui, et de les empêcher de se diviser ou de se porter où bon leur semble^

a L'empereur envoya immédiatement » (après avoir reçu la lettre que je lui avais écrite de Gembloux, le 17) « au maréehal Grouchy un duplicata des ordres « qu'il lui avait adressés la veille à dii heures du soir, « lui ordonnant d'être sous les armes au point du « jour, et dépasser la Dyle au-dessus de Wavres, afin ■ de s'avancer vei;B Saint-Lambert. »

Déjà on sait que ce duplicata ne m^est pas plus parvenu, que l'original. Je me contenterai donc de faire observer que la lettre que le major-général m'a écrite du champ de bataille de Waterloo, le 18, à une heure après-midi (1) (voyez cette lettre rapportée dans cet ouvrage), ne dit rien des dispositions prescrites par celle censée écrite le 17, dans la nuit ; elle approuve seulement la direction dans laquelle j'avais marché, en me portant sur Sarth-à-Valin, comme faisant présumer que je me dirigeais de là sur Corbaix et Wavres. On n'y voit relatées et on ne s'y réfère à aucunes des dispositions que contiennent les deux précédentes; on n*y témoigne aucun étonnement d* ce qu'elles n'aient pas été exécutées; il n y est pas question de déborder le flanc gauche de Tarmée anglaise ; enfin on ne me prescrit de passer la Dyle et de me porter vers Saint-Lambert, que dans un post scriptum, ajouté alors^ seulement, que la tête des Prussieus est aerçue débouc haut de ce village.

N'est-on pas en droit d'en inférer que cette dépêche du 17 dans la nuit, son duphcata et ces ordres divers

(4) Voyez également la lettre du major- général, datée de dix heures du Biatio, SOT le champ de bataille de Waterloo;

ne furent jamais donnés^ et que tout ce roman de dispositions a été composé postérieurement aux événementSy pour légitimer la faute d'avoir combattu à Waterloo, quand on ignorait où pouvait se trouver Tarmée prussienne, et sans avoir adopté les seuls moyens propres à neutraliser l'influence qu*on Tavait mis à même d avoir sur le sort de la bataille du 18, en ne la faisant poursuivre que quinze ou seize heures après qu'elle avait commencé sa retraite, lui donnant ainsi le temps de se rallier, et de gagner une marche sur les troupes chargées de la tenir en échec et de la combattre; influence qu'elle n'eût pu avoir si, comme Je l'ai établi dans le cours de cette brochure, mon corps eût marché à une lieue ou une lieue et demie du flanc droit de l'armée française, au lieu d'être envoyé à la poursuite des Prussiens, dans quelque direction de retraite qu'ils eussent pu se porter.

« Â ce moment (le 18, vers midi) un corps de cinq fl ou six mille hommes de troupes de différentes armes « fut aperçu du côté de Saint-Lambert. On crui n d'abord que c'était le corps du maréchal Grouchy ; « mais un parti de hussards ayant fait prisonnier un « officier chargé de dépêches, on acquit la preuve que fl ces troupes étaient l'avant-garde du corps du général fl Bulov^. Le major-général (Soult) envoya un officier « au maréchal Grouchy pour l'en prévenir : on lui « envoya même la lettre interceptée. » (Cette lettre n'était pas jointe à la dépêche <lu maréchal Souit^

ainsi qu'on l'avance ici.) c On pensait.que l'officier de • l'état-major, auquel on fit sentir l'importance de la c mission dont il était chargé, serait rendu près du « maréchal en deux heures. •

La lettre du maréchal Soult est datée d'une heure après midi, et ne m'a été remise qu'à sept heures du soir.

L'officier porteur de cet ordre a eu dix lieues à faire ponr me joindre : par suite de la fausse direction qui lui fut donnée, il dut retourner aux Qualre-Braset à Gembhux. Comment se fait*il que Napoléon n*ait pas envoyé un parti de cavalerie légère par le moulin du Moustierî cet ordre important me fût parvenu trois ou quatre heures plus tôt.

« On espérait un grand avantage de l'arrivée du « maréchal Grouchy sur les derrières du corps du ■ général Bulow^. »

Sans doute si le corps prussien du général Bulow eût été le seul qui eût attaqué le flanc droit de l'armée française^ et que j'eusse pu être à cette heure sur ses derrières, loin de pouvoir rien entreprendre contre les troupes qui combattaient à Waterloo, il eût été fortement compromis.

Mais Napoléon et le général Gourgaud feignent toujours d'oublier que l'armée prussiene se composait de quatre corps^ que si j'en occupais un ou deux, les autres étaient à même de manœuvrer pour joindre le duc de Wellington, et qu'à ce moment même le maréchal BlQcher, à la tête du premier de ces corps, marchait parallèlement à celui du général Bulov^^ tandis

que les deux autres étaient en position à Wayres et entre Wavres et Saint-Lambert.

« Dans le cas où des obstacles imprévus eussent a empêché le maréchal Grouchy de passer la Dyle, et « attendu que ce corps ne paraissait pas être à pins tf de deux lieues du champ de bataille, le général de « cavalerie Domon fat envoyé avec environ trois « mille chevaux pour arrêter Tavant-garde du maré- • chai Blîicher^ occuper les passages, et, au moyen de « partis, se mettre en communication avec le maréchal « Grouchy. »

Il est bien singulier qu'aucun des partis du général Domon ne m'aient joint, et qu'un officier général aussi distingué ait négligé Texécution d'un tel ordre, s'il a été donné.

« L'empereur , ayant pris toutes les précautions « pour s'opposer au progrès du corps du général « Bulow et neutraliser son mouvement, ordonna au « maréchal Ney d'attaquer le centre de l'armée an« « glaise, etc. >

L'arrivée du corps du général Bulow, l'incertitude oi!i était Napoléon des points où se trouvaient les trois autres corps de Tarmée prussienne, son ignorance de mes mouvements depuis que j'avais annoncé que je me porterais sur Sarth-à-Valin doivent faire regarder l'attaque de l'armée anglaise comme une des plus

grandes improdences qa'il ait pu commettre; car, si sa position et l'ensemble des affaires rendaient néces* saire de livrer bataille, ce n'en était pas moins une faute de combattre quand il existait si peu de chances de succès.

f Une division du premier corps, qui était en ré- « serve, s'ayança rapidement sur Textrême gauche de c Tannée anglaise, s'empara du village de la Haye, et c coupa la communication entre cette armée et le qua- « triëme corps prussien. On espérait à tout moment, et • l'on attendait avec impatience l'arrivée du maréchal ■ Grouchy sur les derrières de ce corps^ auquel tous c moyens de retraite eussent été coupés. »

Pour que cette dernière assertion fût Juste, il faudrait que le corps du général Bulow n'eût pas été appuyé par un autre corps prussien, qui marchait à sa hauteur, qu'un troisième ne se trouvât pas en échelon entre lui et Wavres, enfin que Bulow n'eût pas été lié avec une armée triple de celle qui le poursuivait. Mais alors on oubliait près de Napoléon la disproportion de l'armée poursuivante et de l'armée poursuivie, et la position dans laquelle il était présumable que devait fttre placée cette dernière; circonstances que taisent soigneusement ceux qui écrivent sur cette campagne, afin de pouvoir rejeter sur les lieutenants de Napoléon les résultats de ses déterminations, et d'être à même de payer un tribut d'éloges plus complet au maréchal Blticher, qui assurément en est digne par la

rapidité ayec l^qu^le il « rallié scm armée et s'est porté au soutien du duc de WeUiogton. Au reste, ht supériofjté numérique ^es ennemis et le défaut d'ensemble et d'activité de Napoléon leur ont rendu faciles l'une et l'autre de ces opérations.

« Enfin, à sept heures et demie du soir, la canona nade du maréchal Grouchy se fit entendre (on a yu « qu'elle a commencé à une heure après midi) et « on supposait qu'elle avait lieu à une distance «de u deux lieues et demie de notre droite* L'empereur t( fut d'opinion que le moment était arrivé de faire « une attaque décisive qui fixât le sort de la ba« « taille, etc. Dans ce même instant, l'armée anglaise « reçut l'avis que le premier corps de l'armée prus- « sienne , qui était parti de Wavres le matin , arriavait par Hohain, et allait faire sa jonction avec « l'armée anglo-belge, qui, en outre, était au moment « d'être renforcée de deux brigades de cavalerie an- « glaise. »

11 est difficile de concevoir comment le bruit de mon canon a induit Napoléon à faire cette attaque décisive. 11 n'a pu penser qu'un combat qui avait lieu à deux lieues et demie de distance, dût arrêter l'effort du corps prussien, en ce moment aux prises avec la droite de son armée. Evidemment il était dirigé contre d'autres corps, dont la défaite ne pouvait immédiatement paralyser les opérations de celui qui agissait près de Waterloo, et qui avait le temps de

porter un coup décisif sur m points avftnt que le corps français, qui se battait à une telle distance, pût être en mesure de prévenir son influence sur le sort de la bataille. D'ailleurs la nuit tombait (il était sept heures et demie) et mes troupes ne pouvaient être rendues à Waterloo ayant onze heures du soir. Ce même paragraphe montre en outre que, dès le 18 au matin, deu:^ des corps du maréchal Bliicher, celui qu'il conduisait lui-même et celui du général Bulow, avaient quitté Wavres à Tefifet d'opérer leur jonction avec le duc de Wellington, et qu'ainsi il n'y avait pas moyen que je prévinsse ce mouvement, qui avait commencé quand« j'étais encore à plus de six heures de marche de Wavres.

• Sur la route de Gembloux à Wavres, le maréchal « Grouchy avait entendu depuis midi une canonnade • épouvantable, dont on ne pouvait méconnaître l'objet I etquiétaitévidemment celle d'une affaire générale. »

Ce n'estqu'après avoir dépassé Sarth-à-Valin que la canonnade de Waterloo fut entendue à mon armée, et elle était si loin d'y paraître telle qu'on cherche à le faire croire ici, que j'avais dû me porter à près d'un mille sur la gauche de mes troupes pour pouvoir la juger; puisque, d'ailleurs^ la canonnade entre mon corps d'armée et les troupes prussiennes qui m'étaient opposées à Wavres (canonnade tellement suivie que l'approvisionnement des batteries de douze a été consommé en entier) n'a été entendue à Waterloo qu'à sept heures

et demie du soir, comment le canon qu'on y tirait aurait-il produit tant d'effet et fait trembler la terre à WavreaT

Dans ces deux pages, le général Gourgaud se corn* plaît à détailler • les conseils prétendus que me don- « nèrent les généraux Exelmans et Gérard, pour me f faire quitter la poursuite des Prussiens^ et me déc terminer à me porter au bruit du canon qui se tirait « à Waterloo. » Il avance que • j'hésitai sur ce que je ^ devais faire, et que j'observai au général Exelmans, « en lui montrant mes instructions, que Tennemi pourf rait se reporter sur Fleurus, et tourner toute notre « droite : que je ne pouvais prendre sur moi une telle « responsabilité. »

II était impossible que je montrasse au général Eielmans mes instructions, puisqu'il ne m*en avait pas été donné par écrit ; et il est faux que j'aie hésité un instant pour savoir si je quitterais ou non la poursuite des Prussiens que j'avais ordre i^attaquer et de ne point perdre de vue^ pour me porter au bruit d'une canonnade qui avait lieu à quatre ou cinq lieues de là, et qui semblait autant l'effet d'un engagement partiel, à l'entrée de la forêt de Soignes, que le résultat d*une affaire générale. Pouvais-je, d'ailleurs, si promptement oublier que Napoléon avait sévèrement censuré le maréchal Ney, pour s'être arrêté au bruit du canon qui se tirait près de Fleuras, pour avoir porté des troupes dans cette direction^ et pour s'être permis

de ne point littéralement exéenter ses ordres ? Quant anx avis qu'on met dans la bouche du général Gérard, était-il à même de me les donner, lui qui se trouvait alors (vers midi) à plus de deux lieues en arrière, qui ne m'a joint que devant Wavres, longtemps après ? Il est absurde de faire dire au général Gérard, que je m'étais arrêté la veille à Gemhloux, qnoique mes ordres me prescrivissent de marcher sur Wavres : car ces ordres (rapportés par le général Gourgaud, page 75), non-seulement ne prescrivent pas ce mouvement, mais ne l'indiquent en aucune manière. Depuis que je suis en Amérique, j'ai appris que beaucoup d'autres conseils m'avaient été donnés. Le public comme moi*même appréciera la vérité et la valeur de ces avis venus si longtemps après les événements; comme aussi il jugera tous les plans faits après la cam* pagne. Il en est, au reste, de ces conseils supposés comme des harangues qu'on met dans la bouche des généraux de l'antiquité. Les uns et les autres sont le fmit de l'imagination des historiens, qui cherchent à répandre un degré d'intérêt de plus'sur leur héros, et auxquels il importe peu de composer un roman, pourvu qu'ils atteignent le but qu'ils se proposent.

« Le maréchal Grouchy^ qui brûlait également du désir de prendre part à une affaire générale, céda h ses raisons, fit faire halte à son infanterie, et se pré* parait à marcher sur Saint-Lambert, quand son

<r ayant-garde en vint aux mains avec les Prussiens, a dans la direction de Wavres. »

Il est vrai que je désirais bien plus rester à la tète de la cavalerie, et prendre part à la bataille qu'on livrerait aux Anglais, que d*étre investi d'un commaa* dément dont je présageais les difficultés et les épines , à raison des prétentions et du caractère connu de pia* sieurs des généraux placés sous mes ordres. J'avais donc pressé Napoléon de m'emmener avec lui, ainsi que la majeure partie des troupes qu'il me confiait, ayant toujours cru préférable de les faire agir de concert avec celles du maréchal Ney, à les envoyer si tard à la poursuite de l'armée prussienne. Mais il est faux que j'aie fait faire halte à Tinfanterie du général Gérard, pour la porter sur Saint-Lambert. Cette infanterie était alors à plus d'une lieue en arrière ; et loin de l'arrêter, je lui expédiai plusieurs aides de camp pour hâter son arrivée, afin qu'elle pût soutenir le corps du général Vandamme, avec lequel j'attaquais l'arrièregarde des Prussiens, dont plusieurs rapports m'an« nonçaient que l'armée était réunie en totalité près Wavres.

a Au même moment (le 18) vers deux heures, le • maréchal Grouchy reçut avis que toute l'armée prus- « sienne était rassemblée à Wavres. x>

Un tel rapport m'eût confirmé dans la résolution de ne point me porter vers Waterloo, si je n'eusse pas toujours regardé comme mon devoir de m'en tenir à la

stricte exécution de mes ordres. L'assertion qu^il n^y a^ait à Wavres qu'un seul corps de l'armée prussienne est exacte en elle-même ; mais si je n'ai été engagé près de cette \ilie qu'avec les troupes du général Thielman, elles étaient liées et soutenues par un autre des corps prussiens, qui se trouvait entre Wavres et Saint-Lambert.

« Ce ne fut que quatre heures après que le mare-* « chai Grouchy reçut Tordre positif de se porter à « Saint-Lambert^ les ordres antérieurs qui lui avaient « été expédiés à cet effet ne lui étant point parvenus. »

On voit par ce paragraphe, 1^ qu'il ne m'avait point été donné d'ordre positif de me porter sur Saint-Lambert, avant la lettre du major-général, écrite du champ de bataille de Waterloo, le 1 8^ à une heure après midi ; 2* que je n'ai reçu cette lettre qu'à sept heures du soir, le 18 ; 3"* que Napoléon reconnaît lui-même qu'aucun des ordres qu'on prétend m'avoir été envoyés dans la nuit du 17, et le matin du 18, ne me sont parvenus. Âinsi^ jusqu'au 18^ sept heures du soir, que j'ai reçu de nouveaux ordres, j'ai dû opérer comme je l'ai fait^ c'est-à-dire conformément aux premiers, qui me près* erivaient de poursaivre, d'attaquer et de ne point perdre de vue les Prussiens.

Napoléon place au nombre des raisons qui Tem* péchèrent, le7, de se porter avec la totalité de ses

• forces coatre l'armée anglo-belge, la certitude qu'il

• eut que le quatrième corps prussien avait joint le ■ maréchal Blttcher dans la nuit du 1 6, et la possibilité « que son armée ainsi renfoncée s'avançât sur Fleuras I et sur Cliarleroi ; puis il ajoute que la plus grande

0 faute que puisse commettre un général^ après le gain

1 d'une bataille, est de donner le temps à l'armée battue « de serallier, en négligeant de la poursuivre, etc., etc. c En conséquence, il ordonna au maréchal Grouchy « de poursuivre l'armée prussienne, etc. »

11 est remarquable que Napoléon s'appuie de cette maxime de guerre parfaitement juste en elle-mèmo, précisément au moment où il mérite le reproche de ne la mettre en pratique que d'une manière funestement tardive. Car ce n'était pas presser vivement les Prus* siens que de rester oisivement sur le champ de bataille de Ligny toute la matinée du 17 ; et le général Pajol, qu'on dit avoir été envoyé à la poursuite du maréchal Blucher avec des hussards, et une faible division d'infanterie, au point du jour (bien qu'une partie de ses troupes fussent encore près de Ligny, à midi), ne pouvait avec de si faibles moyens ni retarder^ ni empêcher le ralliement de son armée, renforcée depuis la bataille par un corps de trente mille hommes. Certes, si, dans la nuit du 16 au 17^ Napoléon eût poursuivi l'armée prussienne, aussi vivement qu'il le fut par elle dans la nuit qui suivit la bataille de Waterloo, les résultats de celle de Ligny et les destinées de la campagne eussent probablement été fort différentes; surtout si, le 16, au lieu de renvoyer le corps du comte d'Erlon vers les

Quatre-Bras, il lai eût fait jouer, sur le flanc de Tarmée prussienue^ le rôle que remplit, contre Taile droite des Français, à Waterloo, le corps du général Buiow.

« Mais, conformément à ses instructions , le corps a chargé de la poursuite devait être en communication a constante avec l'armée de Tempereur, et se tenir « entre Tarrnée prussienne et le chemin qui conduit des « Quatre-Bras à Fleurus . »

Si Ton lit mes ordres rapportés par le général Gourgaud, page 75, on verra que cette disposition de se tenir entre l'armée prussienne et le chemin des Quatre Bras, non-seulement n'en fait pas partie, mais ne saurait avoir été prescrite, puisqu'elle n'est point conciliable avec l'injonction de poursuivre le maréchal Blttcher dans quelque direction qu'il se retirât, d'al* taquer son arrière-garde, et de me tenir constamment si près de lui que je ne le perdisse jamais de vue» Elle est, ainsi que celle de déborder le flaire droit de l'armée prussienne^ d'une fabrique postérieure au 17 juin, et ni Tune ni l'autre ne firent jamais partie de l'ordre primitif qui m'avait été donné.

« Le zèle et l'ardeur du maréchal Grouchy, et des « généraux Gérard, Pajol et Dxelmans, étaient bien c connus de Tempereur ; il ne doutait pas que leurs « troupes n'atteignissent, le 17 au soir, Wavres et t rentrée de la forêt de Soignes. »

Répétons encore, à l'occasion de cette dernière assertion, que pour qu'elle pût être fondée, il eût falia que Napoléon eût su que les Prussiens, se retiraient dans cette direction, et m'eût prescrit de me porter vers Wavres (ses ordres prouvent qu'il ne l'a pas fait) ; qu'il n'attendit pas jusqu'à midi à m'envoyer à la poursuite de l'ennemi ; que la pluie qui tombait par torrents n'eût pas rendu les chemins si impraticables, que mon infanterie n'est arrivée à Gembloux qu'à la nuit tombante ; enfin, que Wavres ne fût pas à plus de neuf heures de marche des points d'où partait mon corps.

« Le corps du maréchal Grouchy, devant Wavres, « était en ligne avec l'armée de l'empereur. » Deux armées à quatcp. ou cinq lieues de distance peuvent être sur la même ligne; mais elles ne sauraient être dites en ligne, quand leur éloignement est tel qu'elles ne peuvent se soutenir de plusieurs heures^ et que le temps nécessaire à leur réunion est encore accru par la nécessité d'op4rer le passage d'une rivière, et de franchir des défilés que l'ennemi a été à même de défendre et d'occuper le premier.

« Si Wellington se décidait à recevoir la bataille en « avant de la forêt de Soignes, l'empereur était, par le « mouvement de Grouchy^ certain d'avoir sa droite « et ses derrières bien appuyés. Les troupes de • Grouchy auraient, dans ce cas^ non-seulement tenu « en échec les Prussiens, mais auraient pu beaucoup

« plas aisément joindre Tempereor que le maréchal c Blucher ne pouvait joindre Wellington. »

J'avoue qu'il ne me paraît nullement prouvé que Taile d'une armée soit bien appuyée par un corps qui en est à quatre ou cinq lieues, ni que trente-deux mille hommes puissent en tenir en échec quatre-vipgt-quinze mille. Enfin, je ne vois pas comment j'étais à même de joindre Napoléon plus promptement et plus aisément que le maréchal Blilcher ne pouvait se réunir au duc de WelliAgton, quand le générai prussien s'était mis en marche seize heures avant moi.

fc II n'était pas probable que Wellington recevrait « la bataille, ayant la forêt de Soignes et Bruxelles sur « ses derrières. »

C'est celte opinion qui^ en prévalant sur toutes les autres dans l'esprit de Napoléon, a occasionné l'incohérence de ses dispositions et l'intempestivité de ses ordres. Jusqu'au matin du 18, il n'a pas cru que les Anglais recevraient la bataille^ et fl n'a reconnu la possibilité de la coopération des Prussiens que quand il les a vus paraître , alors qu'il était trop tard pour me rappeler (1).

Napoléon a persisté à livrer bataille (dit le général Gourgaud) quand il a su que le maréchal Grouchy

(1) On peut en trouver la preuve en relisant la lettre du major général, datée du champ de bataille, à dix heures, qui me prescrit de me porter sur Wavres.

g'était arrêté à Gembloux^ etc. , etc. ^ parce qu' « une « seconde lettre du maréchal rinforma qu'il marche- « rait sur Wayres : cette dépèche avait été écrite avaut « le jour. Gembloux n'est qu'à deux lieues de dis- « tance de Wavres; l'empereur supposait que le ma- « réchal Grouchy arriverait à huit heures du matin à « ce dernier endroit. »

Je n'ai point avec moi la minute de la lettre que j'ai écrite de Gembloux, à deux heures du matin, à Napoléon ; mais je doute d'autant plus que j'y annonçasse d'une manière formelle que je me porterais sur Wavre8(l ), que non-seulement à Gembloux,mais même à Sarth-à-Valin, à dix heures et demie du matin, je n'avais point encore de données complètement positives sur les points où pouvait s'être retirée la masse de l'armée prussienne. En outre, dans l'accusé de réception de ma lettre, le major général induit seulement du compte que je rends, que je marcherai sur Sarth-à- Valin, que je me porterai sur Wavres : donc votre intention, dit-il, est de vous porter sur Corbaiœ et sur WavreSy ce qui montre que je n'avais pas mandé que je m'y rendais. Enfin, il est inconcevable qu'on fasse dire à Napoléon que Gembloux n'est qu'à deux lieues de distance de WavreSy tandis qu'en passant par Sarlh-à- Valin il y a près de six lieues, et que mes troupes ont été depuis le point du jour jusqu'à une heure après midi à y arriver.

(1) Le maréchal se trompe : aa lettre de Gembloaz, trois heures du matin , annonce sa marche sur Sarth-à- Valin, Corbaix et Wavres. (Voir au qua* trième volume, page 65.)

Je n'étendrai pas plus loin ces remarques sur l'ouvrage du général Gourgaud, dont les autres chapitres ODt principalement trait aux érénements politiques subséquents. Je me propose d'ailleurs de faire incessamment paraître un narré beaucoup plus circonstancié, et de donner des détails peu connus jusqu'à ce jour sur cette époque. J'ai entre les mains presque tous les ordres^ beaucoup de pièces officielles, et une correspondance importante, dont la publication jettera un grand jour sur les événements politiques et militaires de 1813, 1814 et 1815.

A notre tour, nous croyons utile aujourd'hui de présenter quelques observations sur cette réfutation écrite par le maréchal de Grouchy.

Lorsqu'il la rédigea, nous l'avons fait remarquer, il n*avait près de lui aucun de ses compagnons d'armes, en Amérique. 11 manquait des matériaux nécessaires ; aussi oublia-t-il deux circonstances importantes des journées du 17 et 18 juin 1815. La première, c'est que le 17, deux heures après avoir quitté, à Ligny, Napoléon^ qui avait indiqué la route de Namur comme celle prise par les corps prussiens, il reçut de Sa Majesté une lettre écrite sous sa dictée par le maréchal Bertrand, modifiant les instructions verbales qui lui avaient été données par Napoléon. Dans cette dépêche (voir vol. lY, page 50), on lui désignait Gembloux comme le point sur lequel il devait sediriger, ce qui impliquait la possibilité d*une retraite des Prussiens sur Bruxelles et la

peosée d'une conceDtration de leur armée avec celle de Wellington.

La seconde circonstance, totalement sortie de la mémoire du maréchal, c'est la conversation aigre^ pour ne pas dire la discussion, qu'il eut le 1 8 à onze heures et demie à Sarth-à-Valin avec le général Gérard. 11 y a plus, Grouchy, page 81 de sa brochure^ prétend qu'il ne put recevoir des avis de la bouche du commandant du 4* corps, puisque, dit-il, Gérard était à ce moment à plus de deux lieues en arrière.

Cette affirmation de Grouchy, qu'il n'avait pas parlé le 18 à midi au général Gérard, tandis qu'au contraire la conversation avait eu lieu, et par-devant nombre d'officiers, parmi lesquels ne se trouvaient ni le général Ëxelmans, ni le général Yandamme, cette affirmation, disons-nous, ce manque de mémoire fut très-fâcheux pour la défense du maréchal. Ses adversaires profitèrent de sa dénégation pour en induire que l'on ne pouvait avoir foi en ses paroles, puisqu'il était pris en flagrant délit d'erreur, prouvée jusqu'à l'évidence. Voilà pourquoi nous disions plus haut que le maréchal, en n'attendant pas, pour réfuter le livre de Gourgaud, qu'il fût de retour à Paris et entouré des documents et des acteurs du drame, se fit à lui-même un tort immense, facilement réparable toutefois aujourd'hui au moyen des documents publiés dans le quatrième volume de cet ouvrage.

Ajoutons que le maréchal, ainsi qu'on le verra plus loin, se hâta de reconnaître son erreur, dès qu'il fut de retour en France.

Nous continuons à choisir dans la correspondance du maréchal les passages des lettres de 1819 qui peuvent avoir un certain intérêt.

Philadelphie, le 7 janvier 1819.

AU COLONEL ALPHONSE

■ Ce n'est qu'hier, mon ami^ que j'ai reçu votre lettre du 25 octobre dernier. Les traversées d'Europe aux États-Unis ont été depuis quelque temps d'une longueur d'autant plus désolante que j'étais impatient d'avoir de vos nouvelles, non que je partageasse les espérances que vous m'aviez précédemment données, quant à ma prochaine rentrée en France, mais parce qu'on aime toujours à savoir positivement à quoi s'en tenir. Ce que je prévoyais est arrivé, il faut prendre patience. Je m'y résigne facilement maintenant ; on est parvenu à si bien décolorer l'existence que j'aurai en Europe que, chaque jour, je suis moins pressé d'y retourner ; néanmoins, les motifs puissants qui m'y rappellent reprennent de la force à raison de la conduite généreuse de M. le duc d'Ângoulême; elle me touche profondément, et certes il aurait bien tort de ne pas croire que, m*attachant à lui par les liens d'une reconnaissance aussi fondée, je ne fisse pas tout, dans toute espèce de circonstances, pour lui prouver combien .wiit sacrés pour moi les titres qu'il se donne à mes sentiments de respect et de dévouement par une telle magnanimité. Remerciez-l'en bien de ma part; remet-

tez*lui la lettre ci-jointe ^et répétez-lai bien que, loin d'avoir à me compter au nombre des mécontents^ il n'aurait pas de plus ferme défenseur ni de sujet plus fidèle^ si mes services ou mon exemple devaient in* fluer un jour sur l'affermissement de ses destinées.

a Je n*ai pas besoin de vous dire de continuer auprès des ministres et du roi des démarches coïncidant avec celles de M. d'Ângoulème. Vous aurez une occasion de les renouveler tout naturellement en remettant les lettres annexées à celle-ci. » . . • •

PhUadelphie, le S avril 1819.

A LA MARÉCHALE

« Je VOUS demande d'aller vous-même chez

le général Desselles, afin de m'obtenir^ si je ne puis rentrer en France, la permission de passer quelques mois en Belgique, pour que de là je termine, comme je l'entends, l'arrangement de mes affaires et revienne ensuite finir mes jours aux États-Unis. ».•.'•

Philadelphie, le il avril.

A LA MABiCHALE.

« Je profite de l'occasion d'un homme de mes amis, le général Caldv^alader, l'un des habitants les plus

distingoés de Philadelphie, et de ceux dont j'ai été et suis le plus houorablement accueilli, pour vous transmettre ces lignes. Si Alphonse est à Paris, dites* loi que je le charge de piloter le général Caldwalader dans cette grande ville, de lui faire connaître ce qu'elle offre de plus intéressant, de le présenter à M. de Boisgelin et à votre frère, enfin de reconnaître par les soins attentifs dont il Tenvironnera, durant son séjour dans la capitale, les honnêtetés dont il nous a comblés durant le temps que j'ai déjà passé en Amérique, honnêtetés auxquelles Alphonse a été associé. 11 est porteur d'une réfutation de l'ouvrage du général Gourgaud, que j'ai faite et dont je vous ai déjà envoyé un exemplaire par le frère de M. Parish, et il a eu l'extrême obligeance d'en faire un excellent extrait pour l'un des papiers les plus estimés de ce pays. » •

Philadelphie, le 27 juin.

A LA MAEECHALE.

« Je VOUS charge^ mon amie, de dire à Alphonse

combien je suis touché de sa persévérance^ de l'aplomb et de la dignité de ses démarches. Dites-lui en outre que l'idée dont il me fait part quant au Corps législatif me sourit extrèdiement : qu'il fasse donc tout ce qui dépendra de lui pour la faire fructifier. » . .

Philadelphie, le 81 jmllet.

A LA MARÉGHALB.

« Dès le 20 juillet dernier^ mon amie, j'ai accusé réception à Alphonse des lettres par lesquelles on me faisait part d'un nouvel ajournement, quant à ma ren* trée en France. Quelque pénibles que soient pour moi les effets de la malveillance dont je suis l'objet, ils m'affectent moins douloureusement qu'on ne l'imagine, parce que je ne m'étais jamais fait illusion sur les réelles intentions de mon persécuteur et m'étais bien gardé de complètement partager les espérances dont on m'a bercé depuis six mois. D'ailleurs j'ai appris à patiemment souffrir depuis quatre ans, et tant de circonstances et de déterminations prises pendant mon absence ont si fort décoloré à mes yeux le séjour de ma patrie, et m'ont donné une si triste mesure de plusieurs des personnes sur lesquelles je comptais davantage, que, tout en désirant vivement d'y retourner et de revoir quelques-uns des individus qui l'ha-^ bitent, je sens que j'aurai le courage de vivre et de souffrir loin d'elle aussi longtemps que son ingratitude et l'injustice doot je suis victime subsisteront. Toutefois, que cette manière de voir ne ralentisse en rien l'activité des démarches que fait Alphonse ni n'empêche aucune de celles que vous serez disposée à faire : car, tout en ne pensant plus trouver en France le même charme qu'autrefois j'avais à y résider, il n'en

est pas moins important à mes intérêts que je rentre bientôt. C'est d'une part le vœu de mon cœur ; et de l'autre la récupération d'une partie de ma fortune, l'embellissement des destinées de mes enfants et ma propre santé, que soutient mon courage, mais que mine plus ou moins le climat bourru des États-Cnis. Ces raisons doivent rendre incessantes toutes les mesures propres à amener el accélérer mon retour.

« Comme moyen de rentrer plus promptement, on me conseille de divers côtés de me rendre en Belgique ou en Hollande, et de là de demander ma mise en jugement. Un tel parti me placerait près dn gouvernement français dans une attitude beaucoup plus hostile que celle dans laquelle je suis et nuirait probablement au sort militaire de mes enfants ; elle m'empêcherait, selon toute apparence, de retrouver quelques-uns des débris de fortune que je peux espérer de réunir, si je rentre sans forcer la main à ceux qui me persécutent. Enfin, rien ne me garantit qu'en arrivant sur le sol inhospitalier des Pays-Bas, on ne commence pas par m'y faire arrêter. S'il n'en était rien, ce qui ne manquerait pas d'arriver, c'est que de Paris on me marquerait : Vous voulez être jugé : soit ! mais venez d'abord vom constituer prisonnier. Et qui me répond qu'une fois dans les donjons royaux, on ne m'y laisserait pas pourrir pendant des années, en attendant que la chambre des pairs soit constituée en tribunal? Qui me répond que, quand je devrai être jugé, une nouvelle fournée de pairs, pris parmi les ultras, ne donne n mes ennemis la possibilité de me faire con-

damner? Quelles assurances puis-je avoir, si je le suis, que je ne serai pas réduit à une clémence de la même nature de celle dont le général Travot a d'abord été Pobjet? La force de Topinion est un mot qu'on fait sonner bien haut en France, mais que je n'ai jamais vu suivi d*aucun effet. La séance relative aux pétitions qui avaient demandé le retour des bannis vient à l'appui de ma façon de penser : on ne sacrifie , on ne se dévoue qu'à Tautorité^ tout en ayant Tair d'en blâmer les mesures^ et c'est toujours à elle qu'on im« mole^ d'une manière plus ou moins vile ou plus ou moins adroite^ les intérêts de la raison , de la justice et de l'infortune. Convaincu, comme je le suis, de cette triste vérité, tant qu'il restera une chance pour que je sois rappelé par suite des sollicitudes généreuses du duc d'Ângoulême et sans porter atteinte à la volonté du chef suprême, je n'essaierai point de revenir d'une autre manière. Si au contraire le roi déclare formellement que^ tant qu'il vivra, je ne dois point espérer de rentrer, alors je verrai ce que j'aurai à faire, et d'avance je crois pouvoir dire qu'au printemps prochain je retournerai en Europe pour y courir les hasards d'un jugement. D'ici là, je continuerai à végéter aux États- Unis et me bornerai à recommander qu'Alphonse demeure à Paris, pour y continuer les démarches qu'il a faites jusqu'à ce jour, sans sortir de la ligne de convenance et de dignité dont je lui avais recommandé de ne s'écarter jamais. De votre côté, faites tout ce qu'il sied si bien à une femme de faire quand son mari vit dans l'exil^ à 1,500 lieues de sa patrie et des objets

de 868 affections. GommnniqQez le contenu de cette lettre à Alphonse et répétez-lui : V que je désire qu'il reste à Paris pour suivre mes affaires politiques; 2* que si on lui offre encore un régiment, il ne le refuse pas, et que son frère y soit admis, s'il y a moyen; 3* que la pensée du Corps législatif me sourit extrême* ment et que j'aimerais bien à rentrer par cette porte (il faut donc tâcher de me Touvrir) ; 4"" qu'il ne faut pas qu'on néglige Tidée de l'ambassade ; ainsi, vous ou lui^ veuillez en parler à DessoUes. »

Glermont, sar la rivière da Nord, le 21 août. AU COLONEL ALPHONSE.

« Quand vous recevrez ces lignes^ mon ami, vous aurez déjà vu par mes lettres à votre mère, en réponse à la sienne et aux vôtres du 20 et du 28 de mai, combien je rendais justice à la constante activité et à la convenance des démarches que vous ne cessiez de faire pour obtenir ma rentrée en France. Si le succès ne couronne point encore vos sollicitudes, croyez que je ne les apprécie pas moins et j'aime à vous répéter que le cœur de votre père vous assure par sa tendre gratitude une récompense non moins douce et non moins précieuse que n'est honorable celle que vous a déjà décernée l'opinion publique^ pour prix de votre parfait dévouement à l'accomplissement des devoirs de la piété filiale. Bannissez donc à jamais la pensée que

je puisse mal interpréter votre silence^ quand vous êtes quelque temps sans m'écrire. Toutefois^ habitué comme je le suis à Tinjustice prolongée qui me voue à la fastidieuse existence que je mène aux États-Unis, vous n'avez pas besoin de recourir à des ménagements pour m'instruire des trop réelles difficultés qui accompagnent le ménagement des intérêts que vous êtes appelé à manier; vous ne devez pas appréhender davantage à me faire connaître les obstacles imprévus que suscite la malveillance dont je suis l'objet. Dès longtemps j'en ai prévu les effets et calculé qu*elle serait d'autant plus implacable qu'elle est moins le résultat des torts que l'on me prête que de ceux qu'on a eus envers moi^en m'exilant en 1814, en me refusant ensuite les commandements auxquels je pouvais prétendre, enfin en repoussant de la manière la plus outrageante l'offre de mes services à une époque où tant d autres, en faveur aujourd'hui, étaient déjà sur la route de Lyon, allant se ranger sous les drapeaux du chef qu'ils promettaient de combattre. Ce sont là les vrais mobiles de cette animadversion qui semble inexplicable et que ne désarment ni ma résignation, ni quatre années d'exil, ni la certitude que si par de la générosité on m'attachait des liens de la reconnaissance, je les tiendrais pour non moins sacrés que ne le furent ceux qui, malgré les horreurs révolutionnaires, me retinrent constamment au service de la patrie. Espérons cependant, mon ami, qu'on finira par se lasser de me persécuter,et que d*ici au printemps prochain nous verrons arriver le terme de mon douloureux éloigne-

ment. Je suis loin de laisser apercevoir dans ce pays combien il me pèse. Mais à vous^ pour lequel aucune de mes pensées ne saurait être secrète, je dois avouer que je souffre cruellement de tant de délais. La magnanimité de M. le duc d'Angoulême est un soulagement et une consolation bien réelle; en toute occasion, répétez-le-lui bien et assurez-le que, quand même je devrais ne revoir jamais ma patrie, je n'en ferais pas moins des vœux pour sa prospérité et son bonheur. Je suis bien touché aussi de Tintérêt de M. de Gazes, que je ne connaissais point. Quant à Desselles, quoique je croie qu'il a de l'attachement pour moi, je crains un peu qu'il ne me serve point avec une grande chaleur; chacun a sa trempe de caractère, et j'appréhende que les intérêts de sa position personnelle ne lui fassent soigner légèrement ceux de son ancien ami ; Dieu veuille que je me trompe! je l'apprendrai avec plaisir.

« Le désir sincère que j'ai, mon ami, de ne me placer jamais dans aucuns termes hostiles avec le gou* vemement, me fait regarder comme la dernière porte de rentrée qu'il faudra essayer d'ouvrir, de retourner en Europe pour me faire juger ; sans doute il faudra bien que je finisse par prendre ce parti, si toutes les antres voies demeurent fermées; mais celle-là a bien des inconvénients; quoi qu'on puisse dire, la séance de la Chambre relative aux pétitions donne la plus triste mesure du fond qu'il y a à faire sur la prétendue force actuelle de l'opinion. Elle me laisserait pourrir à l'Abbaye, si j'allais m'y constituer prisonnier, et qu'il convînt à mes ennemis, comme cela arriverait très-

probablement, de me faire expier dans mie longue captivité mes délits supposés ; ils en trouvaient le facile moyen, en traînant pendant des années Torganisation de la chambre des pairs en tribunal judiciaire. J'ai déjà expliqué cela à la dame qui me donna ce conseil, qu'elle annonça conforme au vœu de ma famille. Au reste, si je m'y rendais, ce ne serait jamais avant l'année prochaine. » »

Philadelphie, le.l7 septembre.

AU COLONEL ALPHONSE

« Vous aurez vu par mes précédentes lettres

des 20 juillet et 20 août que, réfléchissant davantage sur le parti que je devais prendre, à raison de la promesse de ma rentrée constamment faussée par le roi, j'avais cru devoir ajourner jusques au printemps prochain l'exécution de l'idée qui m'était venue de me rendre en France pour y demander ma mise en j ugement. Quoique, dans des déterminations d'une telle nature, il ne faille prendre conseil que de soi^ j*ai cependant été bien aise de connaître l'opinion du petit nombre d'amis vraisque j'ai dansce pays : tous ont été unanimes dans leur opposition ; tous ont pensé que je n'avais aucune garantie qu'on ne me laissât point languir pendant des années dans quelque bastille nouvelle, en attendant qu'on méjugeât. Tous croient qu'on me renverrait devant quelque commission révolutionnaire composée d'ultras, si, comme il est probablci la

chambre des pairs se récusait. Enfin personne n'a confiance en cette prétendue force croissante de l'opinion dont on se vante tant en France^ et ne* la regarde ici comme suffisante pour me mettre à Tabri des inconvénients graves auxquels je m'exposerais, en allant lutter seul contre le pouvoir arbitraire qui me poursuit. Quoique je n'eusse pas besoin de cette confirmation de ma manière de voir pour être fixé sur ce que je ferais, toutefois j'ai été bien aise que l'opinion de personnes désintéressées vint me confirmer dans mon renonce* ment à ce qui m'avait d'abord paru devoir être fait, et à ce qui m'a ensuite été conseillé par Mme de R... et par vous; maintenant, je le répète, ma détermination est arrêtée. Je patienterai encore ici jusques au printemps prochain, je m'arrêterai seulement alors à ce qui me conviendra le mieux. .

« Je regrette, mon ami, que vous vous soyez

autant dépêché de faire réimprimer la brochure que je vous avais envoyée par le général Galdwalader^ aidé des conseils du général Bernard ; j'y ai fait quelques ehangements importants ; je vous prie donc instamment de retenir tout ce qui n'aura pas été distribué ou vendu quand ces lignes vous parviendront, et de faire réimprimer ma nouvelle brochure, dont vous devez avoir reçu maintenant divers exemplaires et à laquelle je vous autorise à faire telles coupures et telles altérations, quant au style, que vous croirez convenables, vous aidant à cet effet des conseils de notre oncle, d'Emmanuel, et même de M. Jony, si vous êtes assez lié

avec lui pour lui en demander. Quant à certains faits sur lesquels vous me demandez des éclaircissements, j'ai à vous répondre : T que je n'ai jamais vu la lettre du maréchal Soult, écrite le 18 à dix heures du matin, et dans laquelle il paraîtrait qu'il m'aurait prescrit d'attaquer et d'occuper Wavres. Si cette lettre a été écrite (chose dont je doute fort), elle ne m'est jamais parvenue. 2*^ 11 m'a semblé qu'il n'était que quatre heures ou quatre heures et demie du soir, quand la lettre du maréchal Soult, que je rapporte dans ma brochure, m'est parvenue. Ce ne peut donc être que par suite d'une faute de copiste ou d'impression que dans mon rapport à Napoléon il y avait sept heures : au reste, comme je ne tirai point ma montre^ quand M. Vallier me joignit, sa déclaration est toujours bonne à insérer dans l'appendice à la suite de ma brochure. Quant aux al tercations relatives aux généraux Gérard et Vandamme, l'un et l'autre ont été si détestables pour moi par leur conduite sur le terrain et dans leurs propos depuis,que je n'ai aucune raison de devoir les ménager^ aujourd'hui surtout qu'il faut que l'entière vérité soit enfin connue, et qu'elle ne peut l'être que par le complet dé* veloppement des torts de mes subordonnés. Si le général Gérard se trouve offensé, je soutiendrai d'autant plus volontiers l'épée à la main ce que j'ai écrit, que j'en suis à regretter de n'avoir pas fermé, comme je le voulais, la bouche de cette manière au général Lallemand, il y a un an : ce parti était le meilleur ; le général Clauzel m'a empêché de le prendre et certes il a eu tort.

a Enfin, mon ami, n'ayant jamais pu me procurer TouTrage du général Berton dans ce pays^ il faut que. ce soit vous qui ajoutiez à ma brochure les réponses à lui faire, vous aidant un peu pour cela de mes idées et raisonnements, et y ajoutant ce que tous croirez le plus propre à démentir ses artificieuses assertions. J'approuve beaucoup votre avant-propos; il est noble, digne, bien écrit et bien pensé. Je lirai avec non moins de plaisir, j'en suis à l'avance convaincu, le poè'me d'Emmanuel. Ses affectueux sentiments pour moi ne se sont jamais démentis et je lui en porte une bien tendre gratitude. »

Philadelphie, le 25 octobre.

A LA MARÉCHALE

« Mon amie, vos lettres du 10 et du 25 août me sont parvenues il y a peu de jours et à peu près en même temps. Je suis bien touché de la pensée que vous avez eue de m'assurer un asile en Belgique ; mais quelque impatience que j'aie de vous revoir après une absence de près de cinq années, je ne crois pas plus devoir profiter de cette demi-justice que pouvoir compter sur la promesse (tant de fois faite et constamment déçue) d'une autorisation définitive de rentrer en France, peu après mon arrivée à Bruxelles. Je suis bien plutôt tenté de croire qu'on ne me facilite ainsi les moyens de séjourner en Belgique, où la police s'exerce entièrement sou» l'influence française, qu'afin d'èlre à même de me

complètement Burveiller et de m'empècher de me rendre à Paria quand je croirai venu le moment de devoir le faire. Je compte donc passer l'hiver et une partie du printemps aux États-Unis^ et si en mai prochain vous n'avez pu réussir à me faire honora* blement rappeler^ alors j'irai directement à Paris réclamer mon jugement, dont la force croissante de l'opinion rend de jour en jour Tissue moins douteuse. Au surplus, si je voulais partir en ce moment, je ne serais pas à même de le faire, attendu que M. de Neuville n'a point encore reçu l'ordre de m'expédier des passeports. Son ami, M. V. Dupont, qui arrive de New-York, où se trouve ce ministre, m'en rapporte la certitude. Il paraît que son secrétaire, qui revenait de France sur le navire Factor du Havre pour New-York, et qui était probablement chargé de dépêches du général DessoUes, a péri avec ce bâtiment qu'on croit avoir coulé en mer. Je ne saurais donc maintenant quitter l'Amérique, quand même j'y serais résolu. Toutefois, temercieK DessoUes de la bonne volonté qu'il a mise à m'offrir ce mezzo-termine ; mais réclamez constamment ma rentrée définitive, sans dire que je ne profiterai probablement point des passeports annoncés et non

encore reçus.

0 Après de longues tergiversations^ il paraît que H. de Neuville se décide enfin à partir pour la France. S'il en est ainsi, qu'il ne doive pas revenir dans ce pays , et que vous ne puissiez obtenir mon rappel immédiat, je voudrais qu'on reprît l'ouverture déjà faite que je le remplaçasse dans ses fonctions diplo-

matiques ici. Cette manière d'y changer ma position, en m'assurant plus tard une honorable et certaine rentrée, me conviendrait fort. •....

Philadelphie^ le i8 aovembre.

A LA MARÉCHALE

« Je n'ai point encore entendu parler des passeports que vous m'avez annoncez dans vos lettres des 10 et 23 août dernier, et par suite desquels je serais autorisé à me rendre en Belgique. Au reste, je ne suis pas plus pressé de les avoir que résolu à en faire usage. C'est une complète justice que j'ambitionne et que vous devez travailler à m'obtenir. Cette demi-réparation ne saurait me suffire et d'en profiter n'avancerait en rien l'époque d'une honorable rentrée, que je finirai par réclamer et que j'espère que je réussirai à obtenir de la Chambre des pairs, si on ne se lasse pas bientôt de la prolongation odieuse de mon exil.

a Je vous ai déjà priée et vous recommande encore de tâcher de m' avoir du ministre de Tintérieur Tautorisation de faire entrer en France, par le Havre, un cabriolet que j'ai fait faire dans ce pays^ dont je me sers quand je chasse ou que je voyage, et que je tiens à conserver. On peut le représenter comme appartenant à mon fils, et ses rapports avec M . de Cazes sont de natuire à ce qu'il ne lui refuse pas cette légère faveur; ^

Philadelphie, le 3 décembre.

AU COLONEL ALPHONSE

« Mon ami, je reçois en même temps aujourd'hui, trois de décembre, vos lettres du 10 et du 24 septembre dernier et je m'empresse de tous prévenir, afin que vous puissiez agir en conséquence, qu'elles ne sauraient changer en rien mes déterminations. La confiance ne se commande point. Je n'en ai pas plus aujourd'hui dans les assurances de sécurité offertes à Bruxelles que je n'ai fait fond dans le temps sur la promesse de mon rappel tant de fois donnée et autant de fois faussée. On ne m'attire ainsi en Belgique que pour m'y tenir sous une surveillance plus active et plus immédiate que celle que l'on est à même d'exercer contre moi aux États-Unis. Une fois que je serai dans les Pays-Bas, on se flatte de trouver moyen d'empêcher que je n'arrive à Paris, quand je jugerai venu le moment de m'y rendre pour m'y faire juger. Telle est, n'en doutez pas, l'arrière-pensée de mes persécuteurs. Je suis donc décidé à demeurer aux États-Unis aussi longtemps que leur chef n'aura pas formellement déclaré qu'il ne me rappellera jamais en France. Le jour où il se sera prononcé à cet égard, j'irai, quoi qu'il puisse m'en arriver^ réclamer delà Chambre des pairs ]a justice que m'aura déniée le pouvoir arbitraire. En attendant, j'aime mieux végétera Philadelphie, où je suis établi et où j'ai une partie des comfarts de la vie,

que d'aller m'établir dans un hôtel garni à Bruxelles. D'ailleurs je voudrais partir maintenant que je ne le pourrais, M. de Neuville n'ayant reçu jusques à ce jour aucun ordre quant à l'expédition des passeports dont vous ne cessez de me parler. Enfin, Stevens Girard n'envoie point de navires directement de Philadelphie à Amsterdam ou à Anvers; il les dirrige d'ici sur Charlesstov^, où ils prennent des chargements de coton et d'où ils sont expédiés pour Tun ou l'autre de ces deux ports. Actuellement il n'y a aucune occasion pour la Hollande et il n'y en aura pas avant le printemps. Continuez donc, mon ami, pendant le cours de l'hiver, les démarches que vous croiriez propres à amener mon rappel ou un refus catégorique à cet égard. Ne dites point que je ne profiterai pas de l'autorisation ^ afin de ne pas accroître les préventions haineuses dont je suis Tobjet, en ayant l'air de faire fi de cet adoucissement, qui en serait un réel si je n'avais aucun moyen de me faire rouvrir les portes de ma patrie ; mais, comme en courant les chances d'un jugement je ne doute pas d'y parvenir et que d'un autre côté je ne suis nullement convaincu que ma présence plus près de Paris contribuât à me faire rendre une volontaire justice, je ne suis pas aussi privé que je l'eusse été^ à d'autres époques, de profiter de cette permission. »

Philadelphie, le 28 décembre.

AU COLONEL ALPHONSE

c Mon ami, M. Togno^ un des officiers français que les éyénements de 1815 ont portés à quitter la France et qui sont veuuschereher aux États-Unss un asile, est du petit nombre de ceux dont la conduite a été digne de ce qu'ils avalent été dans leur patrie et de ce que Ton doit être quand l'adversité vient vous éprouver de ses rigueurs. 11 est en outre recommandable à mes yeux, comme il le sera aux vôtres, par les preuves de dévouement et d'attachement qu'il n'a cessé de me donner depuis dans ce pays. Un de ses frères, porteur de ces lignes^ comme lui persécuté pour ses opinions politiques, mais qui est resté en Europe, désire maintenant être replacé dans l'armée. Je vous charge, mon cher fils, de reconnaître les bons officices et les sentiments de son frère envers moi, en l'accueillant obligeamment, et en vous employant près du ministre de la guerre et des connaissances que vous pouvez avoir dans les bureaux pour lui faciliter les moyens d'arriver au but qu'il se propose. Faites tout ce qui dépendra de vous pour lui être utile^ je vous en saurai un réel gré

« Déjà je vous ai annoncé^ mon ami, que je

n'étais pas dans l'intention de me rendre à Bruxelles ; continuez donc vos démarches pour me faire honora*

blement et directement rentrer, et dès que vous aurez acquis la certitude que la malveillance du roi ne peut être vaincue, marquez-le-moi; probablement alors je prendrai mon essor vers Paris ; en attendant j'aime mieux végéter ici qu'en Belgique.

« On assure que l'armée française va être considérablement augmentée. S*il en est ainsi et qu'on tous offre un régiment, prenez-le ; placez-y votre frère et croyez que c'est me servir que d'en agir ainsi, t • .

En août 1819, le journal nommé le Censeur euro^ péen inséra deux articles que le colonel de Grouchy s'empressa d'envoyer à son père et qui causèrent une vive satisfaction au maréchal.

Nous les reproduisons :

« Observations sur la relation de la campagne de 1815 publiées par le général Gourgaud^ et réfutation de quelques-unes des assertions d^ autres écrits relatifs à la bataille de Waterloo j par le comte de Grouchy.

« L'ouvrage du général Gourgaud a produit une grande sensation^ parce que le lieu d'où il était écrit lui donnait un caractère d'authenticité que personne ne songea à contester. On vit néanmoins avec peine que l'auteur rejetât presque entièrement les désastres du 18 juin sur deux généraux qui semblaient protégés dans l'opinion publique autant par leurs malheurs que par leurs services. C'était mal connaître le carac-

tère français que de chercher à jeter de la défaveur sur le maréchal Ney et sur le général Grouchy, puisque Tun était mort et l'autre exilé. Un parent du maréchal Ney crut devoir repousser les attaques dirigées contre cet infortuné capitaine ; ce soin était inu* tile, l'opinion l'avait suffisamment vengé. Tout le monde savait qu'à Waterloo, comme ailleurs, il avait déployé toutes les ressources de son indomptable courage, et cette conviction n'a rendu que plus amères les larmes versées sur la tombe de cette grande victime. Le général Grouchy avait reçu la même justice de ses concitoyens. Personne ne songea à le rendre responsable de la fatalité qui avait poursuivi nos armes. On le vit avec douleur exilé d'une patrie qu'il avait illustrée, et les voix qui se sont élevées pour demander son rappel ont dû plus d'une fois, dans un autre hémisphère, consoler son cœur et soutenir son courage.

« Cependant, sa susceptibilité s'est révoltée en songeant que ses concitoyens, sur la foi de quelques assertions hasardées, pourraient lui attribuer le plus grand désastre qui ait jamais accablé la France. Il a songé à repousser les faits qu'on lui imputait, et un fils^ digne défenseur de l'infortune et de la gloire paternelles, s'est chargé de publier ses observations. Ainsi cette justification, si intéressante en elle-môme, le devient encore plus, puisqu'elle se présente au public sous la double recommandation de l'exil et de la piété filiale.

« Les observations du général Grouchy ont été lues

avec avidité ; non point qu'on y cherchât sa justification, puisque personne ne l'accusait ; mais je ne sais quel douloureux plaisir on trouve à se porter au milieu de ce drame terrible, et à en suivre les diverses chances avec autant d'intérêt et d'anxiété que si le résultat n'en, était pas connu d'avance. Que Napoléon ait commis uoe si grande faute en détachant de son armée, et à une grande distance, un corps aussi considérable que celui du général Grouchy, c'est ce qu'il serait difficile de contester, et on conçoit facilement que de cette première faute ont dû en découler d'autres. 11 faut louer le général Grouchy de ce que le soin de sa réputation et le besoin de repousser des reproches injustes, ne l'ont point entraîné hors des bornes de la modération et des égards dus à une infortune bien plus grande encore que la sienne.

i L'ouvrage du général Grouchy contient des renseignements précieux pour l'histoire, et il peut, dès aujourd'hui, fournir un ample sujet de méditations aux militaires. Ce qui importe le plus au grand nombre de lecteurs, c*est que dans l'irrémédiable catastrophe qui en est le sujet l'honneur de Tannée française soit restée intact, et, grâce au ciel, cette vérité consolante ressort à chaque page de l'écrit que nous annonçons. Quant au général Grouchy, ses titres sont connus, sa vie entière parle pour lui : l'intérêt qu'inspire son malheur, les regrets qui raccompagnent dans son exil, sont le plus honorable témoignage que puisse recevoir un citoyen. Le jour n'est pas loin, sans doute, où la justice triomphera, où le général Grouchy sera rendu

aux embrassements de sa famille et aux vœux de ses concitoyens. L'accueil qu'il recevra alors lui prouvera suffisamment que son souvenir vit toujours dans le cœur des vrais Français, et que cette nation si généreuse et si calomniée, est aussi incapable d'injustice que d'ingratitude. »

Voici le second article :

« Beaucoup d'écrits contradictoires avaient détaillé les événements de la campagne de 1815, et distribué, suivant les passions, les lumières ou la conscience de leurs auteurs, le blâme ou les éloges aux acteurs de ce drame mémorable . L'opinion du public flottait encore incertaine, lorsqu'elle vit paraître, en 1818, une relation annoncée comme écrite à Sainte- Hélène et publiée par le général Gourgaud. Il était difficile que la source où cet historien avait puisé n*eût pas conservé quelque amertune,et que tousles efforts du narrateur n'eussent pas pour but de faire retomber la responsabilité d'une grande catastrophe sur d'autres que sur l'ordonnateur suprême de toutes les opérations de cette campagne. Mais plusieurs des assertions de cette relation tardive et regardée comme officielle recevaient une nouvelle force de diverses dissertations précédemment publiées par des hommmes du métier, et avec lesquelles elle coïncidait.

• Cependant ceux qui se font un devoir de l'impartialité regrettaient de voir des reproches graves adressés à deux généraux des plus distingués de l'armée française, dont le nom, les premiers exploits et les pre-

midres blessures se rattachaient à nos premiers succès ; dont le sang versé sur d'innombrables champs de ba* taille garantissait le déYouement, et dont les talents étaient attestés par de hauts faits militaires; par l'estime de tous les braves et par la confiance du chef de Tannée. Les circonstances rendaient ce regret encore plus pénible ; car les traits étaient lancés sur des hommes hors d'état de se justifier. L'un^ succombant 80Q8 le poids de sa propre gloire, holocauste désigné par des vainqueurs peu familiarisés avec la victoire et oublieux de ce noble respect dont il est si doux d'honorer le malheur, avait vu les restes de sa vie soumis aux chances d'une procédure et des formes inusitées présider à son trépas. Sa grande ombre^ qui probablemttit se repentait d'avoir pris l'initiative des récriminations, les 22 et 26 juin 1815, ne pouvait plus répondre. On croyait la voir assise et silencieuse dans un élysée à Tombre des lauriers d'Altenkirchen, de Saisbach, de Dierdofif, de Manheim, de l'Helvétie, de la Nidda, du Mein, de Mœrkich^ de Hohenlinden, d*Elehingen, d*Dlm,du Tyrol, d'Iéna^ d'Eylau, de Fried- Itnd, de la Péninsule, de Smolensk^ de la Moscowa, de la Bérézina, de Lutzen et de la campagne de France, en 1814. Si tant de glorieux souvenirs ne pouvaient Tab- •oudre des manœuvres du 16 juin, du moins aucun Français n'avait la barbarie de vouloir juger ce général avec une coupable précipitation, et de refusera sa mémoire toute la latitude nécessaire pour se défendre. L'histoire sévère, mais impartiale, marche plus lente* ment que les passions, et elle ne hasarde pas ses juge-

ments comme la politique, à la fois craintive et téméraire, hasarde ses proscriptions et ' ses coups d'État.

« L'autre général, jeté par le malheur des temps loin d*une patrie qu'il a constamment honorée par son courage et par ses \ertus, couvert de nombreuses cicatrices dont sa belle âme avait imaginé de faire un noble commerce en faveur de plusieurs proscrits, traîné aussi, mais avec des formalités moios solennelles, devant les tribunaux, et défendu, comme ua autre Manlius, par la piété filiale, n'a pu connaître que très-tard» et sur un autre hémisphère, la critique dirigée contre ses opérations du 17 et du 18 juin 1815. Il se hâte aujourd'hui d'y répondre -, et^ quelle que soit l'opinion qu'on a déjà pu se former sur la manière dont la colonne de droite a rempli, après la victoire de Ligny-Fleurus, sa mission de poursuivre les Prussiens, de ne les point perdre de vue et de conserver ses communications avec le centre de l'armée française^ on ne peut se refuser de lire avec le plus grand intérêt les nouveaux renseignements que fournit à cet égard M. lie comte de Grouchy. Une poitrine sillonnée de tant de blessures reçues pendant vingt-cinq années de combats donne à ce général le droit de s'expliquer, et impose aux amis de la patrie le devoir de l'entendre. »

A la fin de 1819, le roi Louis XVIII, cédant aux sollicitations du duc d'Angoulême, qui, depuis trois ans» intercédait pour le maréchal de Grouchy, con*

sentit enfin à lui rouvrir les portes de la France. Le 26 novembre 1819, parut au Moniteur officiel Tordonnance de non-lieu ci-dessous, en date du 24 :

Ordonnance du Roi.

LOUIS, PAR LA GRACE DE DlEU^ Roi DE FrANGE ET DE

Navarre,

A tous ceux qui ces présentes verront, salut.

Nous étant fait rendre compte de Tétat de la procéeédure dirigée jusqu'à ce jour contre le lieutenantgénéral comte Grouchy, traduit successivement devant les r' et 2* conseils de guerre de la T"* division militaire ;

Sur le rapport de notre garde des sceaux ministre secrétaire d^Etat de la justice^

Nous avons reconnu, d'après l'examen des faits imputés à l'accusé^ par le résultat de l'instruction, et particulièrement d'après le témoignage de notre bien-aimé neveu le duc d'Ângoulème^ qu'il nous appartenait de considérer ledit comte Grouchy comme étant compris dans l'amnistie portée par la loi du 12 janvier 1816;

A ces causes, et de Tavis de notre condeil.

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art. 1*'. Les faits imputés au lieutenant-général comte Grouchy, et qui ont donné lieu à la procédure instruite contre lui, à la diligence des rapporteurs près les 1*' et 2* conseils de guerre de la T* division militaire^ sont déclarés compris dans Tumnistiepl ne

sera en conséquence, donné aucune suite aux informations et autres actes de procédure dressés à cette occasion, et le lieutenant-général comte Grouchy rentrera immédiatement dans tous les droits, titres, grades et honneurs dont il était pourvu à Tépoque du 1 9 mars

2. Notre présente ordonnance sera inscrite à la suite des procès-verbaux d'information.

3. Notre ministre secrétaire d*État de l'intérieur, président du conseil ; notre garde des sceaux ministre secrétaire d'État de la justice ; notre ministre secrétaire d'État de la guerre ; notre ministre secrétaire d'État des finances, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution de la présente ordonnance, qui sera insérée au Bulletin des lois.

Le maréchal ne connut cette ordonnance, objet de tous ses vœux, que par son fils» officieusement, au commencement de janvier 1820 et officiellement vers le milieu de février, par une lettre du baron Hyde de Neuville^ notre représentant aux États-Unis.

Le 15 janvier, le maréchal écrivit de Philadelphie à son fils aîné t

€ C'est avec non moins d'étonnement que de plaisir que j'ai reçu, mon ami, votre lettre du 22 novembre qui m'annonce l'autorisation de rentrer en France. Persuadé que vos efforts échoueraient contre les préventions du roi à mon égards je n'entretenais qu^un faible espoir de revoir ma patrie^ pendant la durée du tëgne actuel. Heureusement trompé dans mes calculs^

j'aime à reconnaître que c'est à vous et à la généreuse intervention de M. le duc d'Angoulême que je dois un avenir plus prochainement prospère. Croyez à la vive gratitude que je vous porte, mon cher Alphonse, et soyez sûr que je saurai bientôt vous en donner des preuves.

«Voici quelques lignes pour le prince ; remettez-lesloi, et ne manquez pas de lui dire qu'elles ne sont qu'une faible expression des sentiments auxquels sa magnanimité à mon égard lui donne des droits qui me sont aussi chers qu'ils me seront sacrés.

• Peu préparé à devoir quitter sitôt les États-Unis, je crains de ne pouvoir y arranger mes affaires et être en mesure de partir pour la France avant le mois de mai prochain ; je ne me soucie d'ailleurs pas de m'embarquer que Téquinoxe du printemps ne soit passée^ et je voudrais, s'il est possible, partir de Philadelphie afin de n'avoir point à transporter à New- York le volumineux bagage dont je serais suivi. Au nombre des objets que je désire ne point laisser en arrière est le eabriolet dont je fais usage. Tâchez donc de m'euToyer le plus tôt possible l'autorisation d'introduction que je vous ai précédemment marqué de m 'obtenir, de celui des ministres dans les attributions duquel se trouvent les douanes. » ;

Au mois de février^ le maréchal reçut de M. Hyde de Neuville^ comme nous l'avons dit, la lettre officielle suivante ;

Page 1