Washington, U février
« Monsieur le comte, j'ai Thonneur de vous an* noncer qiie, par une ordonnance du 24 novembre der* nier, Sa Majesté a bien voulu autoriser votre retour en France. Je n'ai pas besoin de vous faire connaître que c'est principalement aux instances bienveillantes et réitérées de Mgr le duc d'Ângoulême qu'est due cette décision de la bonté royale. Votre excellent fils n*aura pas manqué, monsieur le comte, de vous en informer^ et je reste bien convaincu quïl ne vous sera pas moins doux qu'à lui de pouvoir rattacher désormais l'idée du bonheur ce votre famille à celle des vertus des enfants de S. Louis.
c J'ai éprouvé, monsieur le comte, un véritable plaisir à savoir que Sa Majesté avait daigné accorder aussi quelque attention aux témoignages de son ministre aux Etats-Unis. Son Excellence M. le marquis DesoUes a bien voulu m'en informer ; je ne crois donc point avoir besoin de vous exprimer la part que je prends à l'événement heureux qui vous rend à votre patrie. Je l'ai désiré depuis longtemps, parce que de» puis longtemps j'ai été persuadé qu'en rendant à la France un de ses meilleurs généraux^ le roi attacherait à Jamais un sujet fidèle à la puissance légitime, et avec lui une famille qui, sous tous les rapports, doit appartenir à la monarchie des Bourbons.
« J'aurai Thonneur, aussitôt qu'il vous sera nécessaire, de vous remettre un passeport pour la France.
Le maréchal répondit le 18 février :
« J'ai l'honneur de vous accuser réception, monsieur l'ambassadeur^ de la notification officielle que vous avez bien voulu me faire le 14 février, de Tordonnance royale du 24 novembre qui m'autorise à rentrer en France. La gratitude est un sentiment qu'il m'est doux de cultiver, et il n'était assurément pas besoin de l'assertion du ministre des affaires étrangères que les témoignages de Votre Excellence devaient être placés au nombre des mobiles qui ont contribué à me rouvrir les portes de ma patrie^pour que je vous en portasse une bien sincère. Croyez donc que rien ne pouvait accroître celle que je vous avais vouée, non-seulement à raison des bons offices que je savais que vous m*aviez rendus que pour ceux que vous m'aviez fait espérer que vous me rendriez encore^et sur lesquels je comptais fermement. Je suis en outre bien convaincu de la réelle part que vous prenez à l'événement heureux qui vient de changer ma position : car il est digne de l'un des serviteurs les plus dévoués comme les plus éclairés de Sa Majesté de se livrer à un mouvement de sensibilité en voyant arrivé le moment où ses mains paternelles croient devoir cicatriser des plaies qui saignaient encore depuis près de cinq années.
« Quoique l'instant de mon départ ne soit point po« sitivement fixé, présumant cependant, monsieur l'ambassadeur, qu'il aura lieu peu après l'équinoxe du printemps et ne prévoyant pas pouvoir aller à Washington d'ici à cette époque, j'ai l'honneur de vous prier de me transmettre à Philadelphie le passeport
dont j'aurai besoin en rentrant en France. Je^ joins à cet effet ici mes nom, prenons, etc..
Avant de qixitter les Etats-Unis, le maréchal écrivit encore plusieurs fois à son fils.
On lit dans une lettre du 25 mars :
« Il est probable que je partirai sur le brick l'Océan, de M. Bayard, celui sur lequel vous êtes venu. Un arrivage d'Europe en dix-sept jours a apporté la nouvelle du déplorable assassinat de M. le duc de Berry. Vous croyez bien que j'en suis profondément affecté et que je voudrais fort avoir de vos nouvelles avant de quitter l'Amérique.
« Adieu, je vousembrasse et vous sais grédes lettres que vous avez fait mettre dans les journaux, à propos des Mémoires de l'Empereur,
« Si je ne vous trouve pas au Havre, quand j'y arriverai, je me rendrai immédiatement à Lafferrière pour huit jours. Il faudra que vous veniez m'y joindre, afin que nous retournions ensemble à Paris. »
Dans une autre lettre du maréchal à son fils, en date
du 8 avril, on lit :
« Je suis bien fâché de n'être point arrivé en France avant le déplorable événement qui l'a mise en deuil en cet instant; nous en avons été bien profondément affectés ici, et il nous tarde bien d'apprendre si le misérable assassin a des complices. L'opinion générale est que c'est un fanatique^ comme Ravaillac, et que l'esprit de parti n'a point d'influence dans ce crime exé« crable. Puisse-il en être ainsi 1 »»
Ayant de quitter rAmérique, le maréchal eut connaissance des Mémoires de Napoléon, écrits à Sainte- Hélène. Ces mémoires étaient non moins entachés d'erreurs \olontaires que la relation de Gourgaud^ pour tous les événements de 1815. M. de Grouchy, une fois encore^ ne fut pas maître de son indignation,et il publia à Philadelphie l'opuscule suivant :
Philadelphie, le !•' avril 1820.
« Monsieur l'éditeur^Ies Mémoires de Napoléon pré« sentes au public comme écrits par lui-même, con* tiennent trop d'erreurs, de faits et d'assertions hasardées pour qu'ils puissent appartenir au grand capitaine, que sert mal le dévouement irréfléchi et coupablede leur véritable auteur. Cette production^ portant la même empreinte et semblant de la même fabrique que la Relation de la campagne de 1815, par le général Gourgaud, me paraît ne devoir être regardée que comme une seconde édition de cet ouvrage, qu'on a revu et augmenté, et dont on a fait disparaître celles des charges les plus odieuses dirigées contre le maréehal Ney, pour leur en substituer de non moins ab-* surdes relativement à ma conduite. Quoique déjà j'aie répondu par des observations critiques et des pièces officielles au général Gourgaud, et que j'aie fait voir qull avait fondé la plupart de ses raisonnements sur un plan de campagne évidemment fait après coup^ je crois de mon devoir de réclamer contre ce nouvel attentat à la vérité historique et à ma réputation militaire»
Quelques-unes des inculpations que renferme ce dernier pamphlet sont si graves que je ne saurais attendre la publication de la réfutation complète que je me propose d'en faire, pour leur donner un démenti formel. Je déclare donc fausse et calomnieuse la majeure partie des assertions qui me concernent dans cet écrit. Les ordres et les instructions qu'on se plaît à y fastueusement détailler, sont la plupart supposés ou altérés. Tous ceux qu'on établit m avoir été donnés le 17 juin, et durant la nuit du 17 au 18, ne le furent jamais. La preuve en est au livre d'ordres et de correspondance du major général, organe du généralissime près de ses lieutenants. Ce document irrécusable, qui me fut remis avec le commandement de l'armée après la perte de la bataille de Waterloo, constate quil ne m'a été donné dMnstructions ou adressé d'ordres que ceux renfermés dans deux lettres rapportées ci-après, et écrites à dix heures du matin et à une heure après-midi, le 18. Je d,éfie qu'on produise la minute d'aucun ordre^ et qu'on présente un seul officier qui ose dire m'avoir transmis dans la soirée du 17, et la nuit du 17 au 18, une instruction, une dépèche, ou une injonction verbale, de la part de Napoléon ou du major général.
« Quant aux phrases emphatiques et aux conseils qu'on met dans la bouche du lieutenant général Exelmans(page 168 de ses M^motre^) , cet officier général a donné lui-même la mesure de leur véracité, et par là, celle du degré de foi dont est digne l'ouvrage qui les renferme, en déclarant solennellement, lorsqu'il a été interpellé par mon fils à ce sujet, le 1 1 janvier dernier,
qu'il n'avait communiqué avec moi durant la journée du 18 que par Tintermédiaire d'aides de camp, et que CDOBéquemment toute cette conversation était controuvée. Il est vrai que le lieutenant général Gérard^ m ayant joint durant les dernières de la matinée, m'engagea à me diriger vers la canonnade qui se faisait entendre sur notre gauche ; mais je ne voulus pas prendre sur moi la responsabilité d'un tel mouvement, convaincu, comme je le suis^ qu'une guerre d'inspiration^ si je puis m'exprimer ainsi, appartient exclusivement au généralissime, et que ses lieutenants doivent B6 borner à celle d'exécution. C'est un malheur, sans doute, que je ne me sois pas porté sur Waterloo ; mais il est autant et plus à imputer à Napoléon qu'à moi^ paisque ma détermination de marcher sur Wavres était conforme à ses intentions^ et qu'au moment où il arrêtait les dispositions de la bataille , il me faisait écrire la lettre suivante, déjà publiée, mais qu'il consent de rappeler ici :
En avant de la ferme da Caillou, le 48 jain, dix heures da matin . lEMAJOa GÉNÉaiL HARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL aROCJCHT.
• Monsieur le maréchal^ l'Empereur a reçu votre « dernier rapport, daté de Gembloux. Vous ne parlez
• à S. M. que de deux colonnes prussiennes qui ont I passé à Sauvenières et à Sarth-à-Valin : cependant des
• rapports disent qu'une troisième colonne, qui était < assez forte, a passé à Gery et Gentines, se dirigeant
sur Wavres. L'Empereur me charge de vous prévenir qu'en ce moment il va faire attaquer Tarmée anglaise qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes. Ainsi Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavres, afin de vous rapprocher de nous^ vous mettre en rapport d'opérations, et lier les communications, poussant devant vous tous les corps prussiens qui ont pris cette direction, et qui auraient pu s'arrêter à Wavres j m vous devez arriver le plus tôl possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite^ par quelques corps légers, afin d'observer leurs mouvements et ramasser les traînards. Instruisez-moi immédiatement de vos dispositions et de votre marche, ainsi que des nouvelles que vous avez sur les ennemis ; et ne négligez pas de lier vos communications avec nous. L'Empereur désire avoir trèssouvent de vos nouvelles. Signé : le duc de Dalmatie. »
a Evidemment^ d'après cette lettre^ Napoléon ne comptait en aucune manière sur la coopération immédiate des corps sous mes ordres pour livrer bataille, et elle plaçait au rang de mes devoirs de ne pas céder aux insinuations du lieutenant général Gérard.
a Une seconde lettre que Napoléon me fit écrire le 1 8, non à onze heures du matiny ainsi que l'avance l'auteur de ses Mémoires^ mais à une heure apris-midi, est conçue en ces termes :
Da champ de bataille de Waterloo, le 18, à une heure après midi.
LE MiJOR GÉNÉRAL MARÉCHAL SOCLT AU MARÉCHAL GROUCHT.
• Monsieur le maréchal, tous avez écrit ce matin à deux heures à l'Empereur, que vous marcheriez sur Sarth-à-Valin ; donc votre projet était de vous porter à Gorbaix ou à Wavres. Ce mouvement est conforme aux dispositions de Sa Majesté qui vous ont été com muniquées. (Voyez ces dispositions dans la lettre ci-dessus.) Cependant l'Empereur m'ordonne de vous dire que vous devez toujours manœuvrer dans notre direction. C'est à vous à voir le point où nous sommes^ pour vous régler en conséquence et pour lier nas communications, ainsi que pour être toujours en mesure pour tomber sur quelques troupes ennemies qui chercheraient à inquiéter notre droite, et les écraser. En ce moment la bataille est gagnée sur la ligne de Waterloo. Le centre de Tennemi est à Mont-SaintJeau ; ainsi manœuvrez pour joindre noire droite. Signé : le duc de Dalmatie. » ^P. S. Une lettre, qui vient d'être interceptée, porte q«e le général Bulow doit attaquer notre flanc ; nous croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint- Lambert ; ainsi ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous, et nous joindre, pour écraser BulovsT) que vous prendrez en flagrant délit. » Il est impossible de ne pas se convaincre, à la lecture de cette lettre, et de celle qui la précède, que tout ce
que renferment les Mémoires de Napoléon quant aux mouvements ou dispositions qu'on dit avoir été prescrits aux corps d*armée sous mes ordres^ ne soit un vrai roman. En effet, le contenu de ces deux dépèches est en contradiction manifeste avec nombre des assertions de leur auteur, et notamment celles renfermées aux pages 125 et 126, et que voici : a A dix heures du soir, l'Empereur expédia un officier au maréchal Grouchy, pour lui faire connaître qu'il y aurait le lendemain une grande bataille , que l'armée anglohollandaise était en position en avant de la forêt de Soignes, sa gauche appuyée au village de la Haie ; qu'il lui ordonnait de détacher avant le jour^ de son camp de Wavres, une division de sept mille hommes de toutes armes, et seize pièces de canon, sur Saint- Laotfiert, pour se joindre à la droite de la grande armée, et opérer avec elle. Q^aussitôt qu'il serait assuré que le maréchal Blucher aurait évacué Wavres^ soit pour continuer sa retraite sur Bruxelles, soit pour se porter dans toute autre direction, il devait marcher avec la majorité de ses troupes, pour appuyer le détachement qu'il aurait fait sur Saint-Lambert. x> Si de tels ordres m'avaient été expédiés le 17 au soir, et leur duphcata le 18 à quatre heures du matin^ pourquoi ne me sont-ils point parvenus, tandis que toutes mes lettres à Napoléon lui sont arrivées ? Comment se faitil qu'ils ne se trouvent point inscrits sur les registres du major général, et qu'ils soient si peu en harmonie avec les deux seules dépèches qui y sont portées ? Si Napoléon m'eût annoncé dans la nuit du 17 au 18 son
intention de livrer bataille le lendemain, la première de ses lettres écrites le 18, à dix heures du matin^ contiendrait-elle ces paroles : VEmpereur me charge de vous prévenir qu'il va faire attaquer r armée anglaise y qui a pris position à Waterloo? Si, le 17 au soir, il m'eût ordonné de détacher une division de sept mille hommes^ sur Saint-Lambert, un tel ordre, important la veille, et qui le devenait bien plus au commencement de la bataille, n*^eût-il pas été rappelé et vivement répété dans cette dépêche du major général. Loin de là, elle renferme Tinjonction de marcher sur Wavres. VEmpereur désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavres j où vous devez arriver le plus tôt possible. Il résulte de ces rapprochements que Tordre d'envoyer un détachement sur Saint-Lambert et de le soutenir avec la plus grande partie de mes troupes, est imaginaire, et doit être regardé comme une fiction inventée après les événements. Cet ordre n'a pas plus été donné que ne le fut, le 17 à midi, quand on me détacha à la poursuite des Prussiens, celui de marcher sur Wavres, mouvement qui ne me fut prescrit que le 18 à dix heures du matin. Il est en outre évident qu'au moment de Uvrer bataille, Napoléon ignorait la position de l'armée prussienne ; qu'il la supposait en partie à Wavre» et en^'partie dans la direction de Louvain, puisqu'il me faisait écrire par le maréchal Soult : Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite. Enfin, il n'a deviné le secret des opérations des généraux en chef ennemis, que quand il a vu paraître le 18, à une heure après-midi, le corps du
général Bulow sur les hauteurs de SaiDt-Lambert ; les troupes que je commandais étant alors, par suite de ses ordres, à plus de quatre lieues de lui^ il était impossible que les dispositions qu'il ordonnait pussent être exécutées assez tôt pour prévenir les fatales conséquences de l'attaque imprévue des Prussiens.
« Les motifs qui m'ont forcé à m'arrêtera Gembloux le 17 au soir, et qui m'ont empêché de me porter au delà, ont été développés aux pages 8 et 9 de ma réfutation de l'ouvrage du général Gourgaud. Je regrette donc d'avoir à y revenir : car il m'en coûte toujours d'être forcé de répéter que la non-exécution de mes ordres, le 17 depuis midi^ jusqu'à près de trois heures, a fait perdre un temps précieux, et que l'inaction dans laquelle Napoléon a laissé l'armée sur le champ de bataille de Ligny, pendant toute la matinée du 17, et ses indécisions depuis le point du jour jusqu'à midi, qu'il m'a enjoint de poursuivre les Prussiens, sans me donner la moindre notion sur la direction de retraite qu'ils avaient pu suivre, doivent être placées au nombre des premières et des principales causes de nos revers le 18. Peut-être serait-on tenté de «voire que Napoléon avait démêlé la direction de retraite du maréchal Blucher, en lisant à la page 116 de sesjlf^moires « qu'au point du jour le 17,1e général Pajol avait été envoyé avec une division de son corps de cavalerie légère, et la division d'infanterie Teste, à la poursuite de l'armée prussienne dans la direction de Tilly et de Gembloux. » Mais la fausseté de cette assertion est prouvée par une lettre du major général.
écrite le 11, dans la journée, au ministre de la guerre, à Paris, et consignée dans son registre d'ordres et de correspondance. Elle contient ce paragraphe : « l'armée est formée sur la grande route de Namur à Bruxelles, où l'Empereur se rend en ce moment. Le dernier rapport du général Pajol est daté de Mazi, route de Namur. )» Ainsi le général Pajol avait été envoyé sur la route de Namur, et non sur celle de Wavres. Ainsi Napoléon croyait les Prussiens dans la direction de Namur, et ne supposait point que les Anglais Tattendissent à Waterloo.
« Quelle que soit déjà l'étendue de cet article^ je ne saurais cependant le terminer sans y consigner mon indignation de l'impudeur avec laquelle le rédacteur des Mémoires de Napoléon se permet d'avancer (p. 167) que le 18, à dix heures du matin, j'étais encore à Gembloux. Malheureusement pour ce romancier militaire, j'ai pour témoins du contraire les douze mille hommes du corps d'armée du lieutenant général Vandamme^ qui s'ébranlèrent de leur position en avant de Gembloux, le 18 au point du jour, qui me virent à leur tête à plus d'une lieue de cette ville, quand le soleil se montra sur l'horizon, et qui attaquèrent l'arrièregaxde de l'armée prussienne à trois lieues de Gembloux, à onze heures du matin. Sans doute le corps d'armée du lieutenant général Gérard se mit en mouirement beaucoup trop tard le 18, mais je lui avais donné l'ordre d'être en marche à six heures. (La déclaration du général chef de mon état major en fait foi). J'étais de ma personne avec les troupes du lieu te-
nant général Vandamme, jlgnoraîs le retard apporté par celles du Ueutenant général Gérard à quitter leur bivouac^ et je n'en suis pas plus responsable que de leur lenteur à s'ébranler la veille des plaines de Ligny.
« Les bornes d'une simple lettre ne me permettent de signaler en cet instant qu'un petit nombre des impardonnables inexactitudes, et des infidélités dégoûtantes qui souillent ces prétendus Mémoires de Napoléon ; mais, plus tard, aucune d'elles n'échappera au scru* tin d'un examen impartial, et les preuves de la perfide duplicité avec laquelle on s'est efforcé de m'inculper seront d'autant plus victorieuses que cette juste Providence, qui ne souffre jamais que les œuvres de l'imposture soient durables, a permis que ma famille demeurât nantie, pendant mon exil, des documents officiels relatifs aux événements militaires de 1815, et qu'en rentrant dans ma patrie, je me trouvasse armé de tous les moyens de confondre mes détracteurs. x>
On voit que dans cette lettre le maréchal ne nie plus qu*il a été interpellé par Gérard le 18 à midi, mais qu'il déclare formellement^ ce qui était la vérité, que le général Exelmans ne se trouvait pas près de lui en ce moment.
Cette réfutation prouve clairement^ selon nous, que dans le principe l'Empereur ne croyait pas au projet de Blilcher de se réunir aux Anglais, et qu'il était convaincu de la retraite sur Namur et sur la Meuse des troupes prussiennes battues la veille, à Ligny.
Le 17, au moment où il se sépare de Grouchy, Napoléon veut que le maréchal se dirige sur Namur et sur-
yeille Gembloux et Wavres; le 18 à dix heures du matin, il veut que le maréchal se dirige sur Wayres et fasse surveiller la route de Namur.
Ceci est clair. C'est donc bien Napoléon et non Grouchy qui a pris le change sur le point de retraite des Prussiens.
En tête de cette lettre^ on trouve nne note disant que le registre de correspondance du major général serait publié par le maréchal de Grouchy dès son retour en France. Cet important document se trouve au volume IV de ces Mémoires.