‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 121 sur 130 · Villars au marquis de Louvois · texte numérisé non relu

Villars au marquis de Louvois

8 juiUet 1690.

J 'a vois pris la liberté de vous représenter. Monseigneur, l'année passée, de quelle nécessité il me paroissoit de donner des cuirasses aux olBciers de cavalerie, et la quantité que nous en avons perdu dans cette dernière bataille^ m'oblige. Monseigneur, à vous représenter encore la même chose. H me parut par ce que vous me fîtes Thonneur de me dire que le Roi étoit rebuté de l'avoir ordonné si souvent dans les dernières guerres, sans avoir pu obliger les officiers d'en porter, les fréquentes occasions peuvent plus sur cela que toute autre chose, et j'ose vous assurer, Monseigneur, que, quand une fois vous l'aurez ordonné, dans les armées où je serai, j'empêcherai fort bien qu'aucun officier no H(^ trouve en garde ou détaché sans ses armes.

Par tout ce quo nous apprenons de cette grande et heureuse joiiriioo, il nie parait, Monseigneur, que l'étoile du Roi n'y a pas

1 . Ilataille de Fleunis gagnée par Luxembourg le 1** juillet 1690.

eu moins de part ()ub la capacité du général et la valeur de nue troupes, et vous aurez bien vu, MoDeekgueur, que, pendant que notre aile droite falsuil un si grand tour pour chercher le Oanc de la gauche des ennemis, noire aile gauche eut été en quelque péril, ei H' de VaUt^c n'eût pas moninï en cette occasion son imbécillité ordinaire'. J'ai toujours pria la lîherté de vous dire, HoDseigneur, que parmi les impériaux H. de Valdec étoit usurément l'homme du monde le plus méprisé, et l'année passée l'armée du Roi pouvuii, sauit être eiposée à recevoir aucune sorte d'échec, défaire la moitié de cello de Valdec au camp de Gerpine sons que l'autre pijL lui donner aucun secours, eu iHaut séparée par la Sambre et par des pays impraticables. J'eue le malheur de voir mes conseils méprisés dans cette occasion, el ma mauvaiee fortune m'a pmpéchô de ma trouver dans celle-ci, car en&n, Monseigneur, depuis quo j'ose compter sur vos bontés, je doia chercher plus que jamais à les mériter. Je suia souvent tenté, Monseigneur, de voui; mander ma pensée sur les projets que l'on peut former, mais ma timidité me relient, et elle me paroit bien fondée à moins que vouk ue la désapprouviei, cepeudant je ne puis m'empècherde vous dire que les entreprises qu'on peut faire sur Liège me paroisseut présentement immauquables...

(Copie. Arch, Vogaé,)

10 novembre iCM.

Je viens de recevoir dans ce moment, Moasieur mon très cher Marquis, les deux leltres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Valenciennes, le 19 de ce mois, et je vous dépêche dans ce même instant ce courrier |H>ur vous marquer l'extrAme et sensible joie que j'ai de vous savoir revenu de la périllouss

1. Le 1! août suivanl, VilUrs écrivait t Louvais : ■ . . In {ilus jeuae des générant est aT<>u)i]c «I a plut de qnalre-TiaffU ans.,, il n'Hl pM passible qns quatre radultturs coinine cfuX'U n'y melleal la confanion. ■ (Dépôt de la Guerre, vul. 97H, f 3(j8.]

1. Boumen avait |>uur Villsrs une amitié ïiarèr« i^l 1 laquelle il reiU fidèle taute sa vie avec te dévoufuent tl le dtsintéreaiKUienl qui le caractérisaient; il trrlvail t md sujet t Louvois, le t mai 1690 : • Le < marquis de Villaiit o^t uu des plus dlRMS sujets qu'il y ait dans les • troupes du R»; M qui méhl* «utant d'être traltté avec dittineUoo. > (Dépût de U Guerre, vol. »77, n- Tl.)

4i8 APPENDICE.

maladie *■ que vous avez eue, et de vous savoir dans un lieu où j'espère avoir le plaisir de vous embrasser après-demain. Rien ne peut je vous assure vous exprimer la douleur que j'ai ressentie de l'état où je vous ai vu, et le transport de joie où je suis de vous savoir présentement guéri. Il faut être capable d'autant d'amitié et de tendresse que j'en ai pour vous, pour bien s'imaginer ces sortes de choses. Mais enûn vous voilà guéri et avec nous, ne songez donc au nom de Dieu uniquement qu'à votre santé. Je serai après-demain mercredi à Tournai où nous nous entretiendrons de toutes choses ; je ne doute pas que la cour, sachant le rétablissement de votre santé et que vous êtes en état de servir cet hiver, ne vous laisse dans l'emploi qu'elle vous avoit destiné ; et suis persuadé que M. le marquis de La Valette par tout 00 qu'il m'a dit et m'a écrit sur votre sujet sera le premier à y donner les mains et à solliciter la cour s'il étoit nécessaire. Pour moi, j'ai déjà fait à l'avance ce qui dépendoit de moi pour cela, dès que j'ai su que votre santé se rétablissoit, et je continuerai avec tout l'empressement que vous pouvez vous imaginer quoique je sois extrêmement serviteur et des amis de M. le marquis de la Valette, et qu'à votre défaut j'aime beaucoup mieux être avec lui qu avec un autre. Mais il sait lui-même tout ce que je lui ai dit sur votre sujet. Ainsi ne vous inquiétez de rien, je vous en conjure, songez uniquement à votre santé, c'est tout ce que vous avez à désirer.

En attendant que votre santé soit venue, je vous supplie de loger chez moi et de vous servir de tout ce que j'ai. Vous savez que je n'ai rien qui ne soit à vous plus qu'à moi-même. Adieu, mon très cher marquis, croyez qu'on ne peut vous aimer et chérir avec plus d'estime ni plus de tendresse que je fois, ni avoir une plus grande impatience que celle que j'ai de vous le dire moimême et de vous embrasser.

(Copie. Arch. Vogtié.)

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