‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 126 sur 130 · Combat de Wieslocb. (Voy. ci-dessos, p · texte numérisé non relu

Combat de Wieslocb. (Voy. ci-dessos, p

•ruisseau, Tépée à la main, et essuyant un assez grand feu, on leur ordonna de remettre leurs épées et de tirer, ce qui auroit commencé à mettre quelque désordre dans le^ ennemis s'ils n'avoient été animés par la présence de M. le Prince de Bade qui s'estoit venu promener dans ces endroits-là, qui estoient fort près de son camp. Pour lors, M. de Saint-Frémont ayant proposé de faire marcher un escadron qui estoit vis-à-vis du pont pour tascher de forcer ce passage, cet escadron, qui se trouva le premier de Mérinville, y marcha et fut arrêté par le feu des ennemis, animés, comme je Tay dit, par leurs officiers, dont on vit quelques-uns frapper des cavaliers pour les retenir. Cependant ils soutenoient toujours ce pont, où Ton ne pouvoit passer que deux ou trois de front; on cherchoit encore à passer le ruisseau, dont les bords estoient fort élevés et le fonds mauvais; enfin sept ou huit dragons et quelques gendaimes que M. le maréchal de Lorges qui estoit là avoit envoyés, ayant paru de l'autre côté du ruisseau, et les ennemis montré quelque inquiétude, Ton fit un effort et Ton emporta les ennemis, dont après cela Ton tua un assés grand nombre; toute notre cavalerie suivit une partie des ennemis et s'éloigna fort sur la droite. Les dragons du M» de camp Général et de La Lande, qui ne faisoient que d'arriver, suivirent le bord du ruisseau, oii les ennemis, qui estoient fortifiés par des troupes qui arrivoient de leur camp, s'ftirestèrentet firent un très grand feu que les dragons, qui n'estoient pas plus de 60 de chaque régiment, soutinrent avec beaucoup de fermeté. Une troupe de 60 gendarmes, commandée par M" de Simiane et de Mony, et à la tête de laquelle fut longtemps M. de Beaujeu, M'* de Yertilly, major de la gendarmerie, et le chevalier de Janson, soutint les dragons avec assés de péril et leur' valeur ordinaire. L'on envoya après notre cavalerie, laquelle s'estoit éloignée pour suivre les fuyards, et pendant ce temps-là on soutint toujours ces dragons. M. le maréchal, ayant envoyé un détachement de la brigade de Picardie, on crut pouvoir retirer les étendars des dragons, ce qui se fit avec tout Tordre convenable ; dans ce même temps, la cavalerie revint et Ton retira toutes les troupes. Voilà, Monseigneur, tout ce qui s'est passé dans cette petite action, qui a été vive et plus opiniastrée par la présence des généraux, et où les ennemis n'ont pas laissé de perdre assez de gens, Ton dit plus de 200 tués, fort peu de prisonniers, le baron de Mercy en est, et un lieutenant-colonel. M'* de Barbesières et de Saint-Frémont ont parfaitement bien fait, ce dernier proposant et exécutant toujours ce qu'il y avoit de plus hardy à entreprendre. Le pauvre comte

it

(rAverncs, commandant les dragons, a fait des merveilles et a esté

tué, il passa la rivière des premiers. M. d'Haslus, brigadier de jour,

M. du Cliastelet, avec sa valeur ordinaire, M''*du Bordage, Mont- #♦ •

poroux et Saint- Victor, commandant le premier escadron de Méiin-

ville, et M" de Barrans et Bansonval commandant les dragons,*

parfaitement bien. M. de Magnac, brigadier de cavalerie, M. delà

Ferandière, capitaine dans Chastellet, le major du régiment de

Larrard, et plusieurs autres, que leur ardeur mène là volontaires,

malgré toutes les défenses, mais dont la valeur fait aussi réussir

les choses les plus difficiles. J'estois de jour de lieutenant général,

M. le maréchal de Lorges m'ayant chargé de l'exécution de ses

ordres dans cette affaire-là, j'ai tâché d*y remplir mon devoir.

(Orig. Dép. G. Vol. 1265, n* 73.)

1 1 . Villars à Barhézieux,

Au camp, sous Strasbourg, ce 27 aoust [1697J.

L'armée quitta hier le camp d'Ofifembourg pour repasser le Mhein, je demeuray (juelque temps à l'arrière-garde de la droite où il parut quelques ennemis qui ne s'en approchèrent point. Nos dernières troupes ayant repassé la Kinche sur le pont d'Offembourg, j allai voir retirer celles de la gauche, qui repassoient sur le p|pt de Bihel, d'où M. le maréchal étoit party il y avoit une heure. En y arrivant, l'on me dit que Vaubonne avec mille ou douze cents chevaux serroit fort notre arrière garde; j'y poussai et, ayant vu la disposition des ennemis qui faisoient un demi cercle autour du village de Bihel, à la portée du pistolet, dans lequel village il y avoit sept cents grenadiers, et derrière eux huit ou dix troupes de cavalerie, j'envoyai ordre à vingt-cinq compagnies de grenadiers, (jui avoient fait l'arrière-garde du pont d'Offembourg, de passer incessamment sur le pont de Bihel, et je les plaçay dans les hayes du village, en éloignant les ennemis à coups de mousquet. Les dragons de Lestrade repassèrent aussi le pont de Bihel, derrière lequel nous avions encore trois régiments de dragons et quatre hrigades de cavalerie; dans cette situation, je ne voyois lian qui pût sauver les ennemis; M. le comte de Mongon, qui étoit là avec les troupes de son aile; M" de Saint-Pater et de Quercado, qui commandoient les grenadiers. M" de Ghamarande et de Vaudray, ^

qui y étoient volontaires, les jugèrent perdus comme moi, d'autant ^^

])lus qu'ils avoient un ruisseau fâcheux à repasser derrière eux; ils ^

rendront témoignage que ce n'est pas ma faute: celui qui comman*

doit cette arrière-garde étant plus ancien que moi, très brave et très honnête homme, ne se rendit pas à mes raisons ; et, ne pouvant rien gagner, je m'approchai des ennemis et leur dis : c Messieurs, si vous n'êtes pas bien battus, ce n'est pas ma faute, b lis mesaluèrentforthonnétement et je m'enallay. Voilà, Monseigneur, tout ce que j'ai pu faire; il est très mortifiant pour ceux qui, pour mériter Testime de Sa Majesté, l'honneur de votre protection et quelque élévation, content uniquement sur leurs actions, d'en manquer qui ne peuvent qu'être heureuses.

Pourveu, Monseigneur, que vous soyez bien persuadé de ma bonne volonté et qu'elle n'est ny téméraire ny indiscrette, je me croiray toujours trop heureux si je puis d'ailleurs me flatter que vous me faites l'honneur de me regarder comme l'homme du monde qui, avec le plus d'attachement et de respect, etc.

(Orig. Dép. G. VoL 1408, n* 183.)

Le lieutenant général de jour qui refusa de charger était H. de la Bretesche; il se retrancha derrière les instructions prudentes du maréchal de Cboiseul, objet des criti(iues de Villars (ci-dessus, p. 190). M. de Boislisle a publié {Saint-Hhnonf IV, 477) une lettre de M. de la Grange, Intendant d'Alsace, racontant à Barbézicux le même fait qu'il avait recueilli le lendemain à Strasbourg : elle se termine ainsi :

]Snsuite il (Villars) se retira et vint à la Ruperschau oii M. le maréchal (de Ghoiseul) a logé la nuit dernière ; et, l'abordant, il lui dit : c Je crois, Monsieur, que vous savez ce qui est arrivé à a rarrière-gardc. > Il ne délaissa pas de lui en faire un détail, et dit : c Je ne parle point contre M. de la Bretcsche, parce que je c sçais que c'e^t un galant homme ; cependant je vous diray qu'il a n'eu a pas agi comme il l'auroit dû en cette occasion ; » et lui répéta que c'étoit une chose sûre que la défaite de M. de Yaubonne, et que M. de la Bretesche avoit eu tort de ne le pas laisser charger. M. le maréchal répondit : « Il est vrai que je lui ai dit de ne point c combattre et de se retirer avec précaution. » Sur quoi, mondit seigneur le marquis de Villars répliqua qu'il y avoit desoccaftions où l'on dovoit prendre quelque chose sur soi, particulièrement dans les affaires sûres ; et Ton finit dans le moment d'en parler. Je vous diray à ce sujet, Monseigneur, que j'ai toujours reconnu beaucoup de valeur à M. le marquis de Villars : il n'y a point d'alTaires où il ne se trouve, et il y paroit avec beaucoup de courage ; il sait la guerre de campagne, il a de l'esprit et du dessein ; il mérite que le Roy s'en serve par distinction, et il est très certain qu'il y a de la matière pour en faire un bon général.

INCIDENT UECHTENSTEIN.

Nous avons trouvé aux Archives impériales et royales de Vienne tout un dossier relatif à cette affaire; en comparant les pièces qu'il contient à la correspondance de Villars conservée aux ArchiTes du ministère des Aff*aires étrangères à Paris, on peut arriver à faire la lumière complète ^ur tous les détails de la scène et de la satisfaction qui la suivit. Le récit véritable ne diffère pas sensiblement de celui que Villars a donné dans ses Mémoires, mais il le complète sur plusieurs points ignorés de Villars ou laissés de côté par lui. Nous allons rapidement l'exposer en citant le plus possible les pièces originales.

I^ premier document est un long rapport du prince Liechtenstein qui dit s'être approché de Villars et de Hop et leur avoir fait observer que, n'ayant pas été présentés à l'archiduc, ils ne pouvaient pas a8l|bter à une f<He chez lui. Villars aurait répondu qu'il se croyait chez i'^ilpereur et non chez l'archiduc et se serait emporté jusqu'à lui dire : c Mort Djpt^ Monsieur j je demeureray icy... oii est l^empereur je peux demeufWet ou iont MM. les ambassadeurs je peux aussy demeurer, i Liechtenstein aurait insisté en affirmant que la liste d'invitation avait été dressée par renipcreur lui-même, et que ni Villars ni Hop n'y figuraient. Villars se serait subitement radouci et se serait excusé en disant que sa a curiosité u l'avait seule entraîné, qu'il priait qu'on le laissât t cacké » Toir la fête, qu'il c ne bougerait pas » et c n'alnuerait aucunement des grâces » du prince. Devant une nouvelle insistance du prince, Villars se serait retiré.

Ce rapport, quant aux faits matériels, concorde avec celui de.Viilars sauf sur deux points : le premier que le prince se serait adressé à la fois a l'envoyé de Hollande et à celui de France; le second que Villars, après s'être emporté sans mesure, se serait humilié sans dignité. Sur ces deux {K)ints le rapport doit être infidèle, et il est facile de le démontrer en remarquant d'une part que Hop n'est pa« sorti de la salle, et d'antre part ({ue, si l'attitude de Villars avait été telle que Liechtenstein la décrit, eWo aurait fourni à la cour de Vienne de trop bons arguments popr ({u'elle ne les ait pas fait valoir. Or, on ne trouve ancone allusion ni à l'eniportoment ni aux excuses de Villars dans la longue négociation qui suivit.

Il serait trop long de reproduire tous les déAils de cette négociation qui dura du 30 janvier, jour de l'incident, ao 30 avril, Jour de la satisfaction.

Tout fut mis eu œuvre pour agir sur Villars et ramener à se départir des instructions très précises du roi. Le roi exigeait la Tisite du Hi^ à la légation de France, l'étiquette de la cour s'y opposait. Tons les équivalents offerts ou suggérés furent écartés par Villars qui montra bcÂncoup de fermeté, de prudence et de désintéressement, s'effaçant entièrement, écrivant au roi de faire servir l'incident à sa politique génénle, soit qu'il désirât une rupture, soit qu'il poursuivit un accommodement sur la question d'Espagne. (Dépêche du 18 mars.) Les instroclions du roi sont très modérées : il ne cherche aucune occasion de roptore, il ne veut que la légitime satisfaction due au caractère d'nn de ses envoyés.

Harrach s'adresse à Londres et à La Haye et prie les deux puissances maritimes d'agir ofGcieusement à Versailles pour expliquer à Louis XiV les usages de la cour de Vienne ; il n'en reçoit que de iwns conseils ; M. de Ucmskerke, envoyé des États-Généraux en France, a, avec Torey, des entretiens à ce sujet. 11 existe aux Archives impériales royales de Vienne une lettre de Torcy à Ilemskerke, du 20 avril, très sage, très modérée ; il y donne la substance de la formule très adoucie dont le roi se contentera et ajoute que, si Villars a déjà quitté Vienne, sans avoir encore touché le sol français, il consent à lui ordonner, non de s'arrêter, mais de voyager à petites journées de sorte que, c si l'empereur promet de lui donner une juste satisfaction, M. Hop ait le temps de le lui faire savoir avant qu'il soit rentré dans le royaume, et, sur l'avis qu'il lui en donnera, Sa Majesté consent qu'il retourne à Vienne pour y continuer set fonetions. » Hemskerke adresse copie de cette lettre au comte Gcees, envoyé de Léopold à La Haye, avec une dépêche très pressante dans laquelle il adjure la cour de Vienne d'accorder la visite du ffajOj seul point en litige.

Enfin, le 30 avril, Villars ayant annoncé son départ, Tambassadenr de Savoie, qui s'était activement entremis dans cette affaire, vient le trouver et lui annonce que la visite de Liechtenstein aurait lieu s'il acceptait que le prince n'entrât pas dans ses appartements : il aurait passé devint sa porte, et là, s'arrétant un instant, lui aurait adressé les paroles convenues.

Villars, sachant que la sœur du prince, la princesse Trautmannsdorf, demeurait dans une maison communiquant par la cour avec la légation de France, craignit que la visite à la légation ne fût transformée en ane visite à la sœur et refusa. Mais il ne se dissimulait pas la responsabilité qu'il encourait en risquant une rupture pour ne pas accepter une aussi légère modification aux instructions du roi : c J'ose dire, écrivait-il au roi, que j'ai donné, en cette occasion, une preuve certaine que ma fortune m'est indifférente quand il est question de satisfaire la gloire et la délicatesse de Votre Majesté, i (Dép. du !•' mai.)

A la suite de ce refus, l'empereur réunit une dernière conférence à laquelle il n*appelle que Kaunilz et Harrach. La satisfaction est décidée

APPEPa)iCE. 457

avec le tempérament que Léopold décrit et explique dans un réécrit adressé au comte Gœss le surlendemain, et dont voici la traduction :

Vienne, le 2 mai 1699.

Léopold, etc au comte Gœss, etc.

Nous avons appris par ta très humble relation que tu as nonseulement entretenu \q Pensionariiis à^ Hollande de l'incident survenu entre le prince Antoine de Liechtenstein et l'envoyé de France auprès de notre cour, le Marchese de Villars, mais que, de plus, tu as écrit à ce sujet à von Heemskerken. Nous daignons approuver ces démarches et nous en eussions volontiers attendu rolTet si, d'une part, ledit Villars n'avoit reçu Tordre formel de partir dans un délai déterminé, et si, d'autre part, la sœur du prince de Liechtenstein n'eût été souffrante et ne se fût trouvée dans un de ces cas où le Ajo, malgré l'usage qui lui interdit^ de sortir ou de rendre aucune visite sans l'archiduc, peut être autorisé H aller voir un de ses plus proches parents. On a donc imaginé le tetnpérament suivant : le prince de Liechtenstein se rendroit chez sa sœur, et si, au moment de son retour, Villars consentoit à se trouver sur sa porte, porte devant laquelle le prince devoit nécessairement passer, celui-ci l'aborderoit, entreroit dans 9i|i appartement et lui déclareroit en quelques mots qu'il seroit dénié de penser (jiie, dans ce qui s'est récemment passé entre eux, il eût fait quelque chose de contraire au respect qu'il doit au roi Louis, pour lequel il a toujours professé et professera toujours la vénâration qui lui est due. Il nous a paru préférable d'agir ainsi que de risquer ^e^ti^re rupture de la correspondance, ou, en cas d'ans rupture fondée sur ce prétexte, de laisser peser sur nous le reproche de n'avoir pas su éviter cette extrémité en acceptant Vexpédient précédent. Les choses se sont ainsi passées avant-hier; nous t'en luisons donner la nouvelle, a6n que tu la communiques au PensiO' narius et que tu lui exprimes en même temps les sentiments reconnoissants que nous daignons éprouver pour la bonne volonté qu il a témoignée en faveur de l'arrangement définitif de cette affaire.

A la suite de celte conférence, Léopold écrit de sa main un billet au l>rince Liechtenstein, lui ordonnant de se conformer à tout ce que Kaunitz lui dirait de sa part. Voici le récit officiel que Villars donne de la sc^ne qui suivit :

i L'ordre a été porté par le comte de Kaunitz au prince de Liechtenstein de venir chez moy et de me parler, en présence de M. l'ambassadeur de Savoye, dans les termes dont on est convenu,

et que j'aurai Thonneur d'expliquer à Votre Majesté. Le prince répondit qu'il auroit reçu plus volontiers l'ordre de se jeter par les fenêtres, mais qu'il obéiroit. Il a désiré que ce fut la nuit, que je ne le fisse recevoir ni reconduire par mes gentilshommes; j'ai évité même de lui faire traverser plusieurs chambres, et par une terrasse il est venu droit à celle où est le portrait de Votre Majesté. Je me suis tenu à la porte et Tay fait entrer devant moy ; après quoi, il m'a parlé en ces termes, étant un peu troublé : « Je serois « au désespoir, monsieur, d'avoir pu manquer au profond respect c qui est dû à Ba Majesté très chrétienne, et aux égards qui se c doivent à votre caractère. J'ai toujours eu, pour le plus grand c roy du monde, la parfaite vénération qui lui est due, et je me « regarde comme très malheureux d'avoir pu lui déplaire : je vouc drois pouvoir le réparer par mes respects et par ma soumission, c et je vous prie, Monsieur, de me rendre auprès de Sa Majesté a la justice qui est due à mes sentiments très respectueux. » Je i'ay assuré que j'aurois l'honneur d'informer Votre Majesté de ses respectueuses soumissions, et que je ne doutois pas qu'elle ne vit avec plaisir les témoignages qu'il m'en donnoit. On vouloit qu'il me ht un compliment particulier, ce que j'ay refusé, ne voulant précisément que ce qui regarde la gloire de Votre Majesté. ■ (Villars au roi. Dép. des 1 et 6 mai 1699.)

Cependant un récit aax allures officielles circula en Allemagne et donm à la visite du prince Liechtenstein une signification différente; il était dit que le prince, étant venu chez sa sœur, avait rencontré par hasard l'envoyé de France et lai avait exprimé ses regrets sur ce qui s'était passé; ce n'était que le commentaire un pen forcé du reserit reproduit ci -dessus. Villars crut alors devoir envoyer au roi des détails complémentaires :

c Je dois encore expliquer à Votre Majesté que, dès que le secrétaire de l'ambassadeur de Savoye vint avertir son maître et moy que le prince Liechtenstein arrivoit, je me trouvai à la porte de ma chambre, où il me fit une profonde révérence et puis entra. Dans le même temps, mes gentilshommes et quelques antres gentilshommes françois, qui ne sont pas à moy, et tous mes domestiques, hors la livrée, le suivirent. Son compliment fut tel que je I'ay expliqué à Votre Majesté, étant si troublé qu'il se servit même de quelques expressions un peu plus fortes qu'on n'étoit convenu. En sortant, il me fit encore une profonde révérence, et de ma part je dis seulement ces deux paroles : c Vous me défendez « d'aller plus loiu. » Il me répondit : c Je vous en supplie, • avec

une profonde révérence, et s'en alla. L'ordre que j 'a vois donné que ma livrée s'éloignât fut mal exécuté, car tout se trouva, autour de son carrosse, mêlé avec plus de trois cents personnes, qui remplissoient non seulement la cour, mais toute la rue. Ainsi, le fait fut si public et si authentique que j'ai cru, depuis cela, n'avoir d'autre parti à prendre que le silence et la modestie, u (Villars au roi. Dép. du 13 mai 1699.)

Villars ignorait alors que le prince Liechtenstein avait efiectivement traversé l'appartement de sa sœur avant de monter chez lui, et que c'était pour lui cacher ce détour qu'on l'avait prié d'éloigner ses gentilshommes et sa livrée à l'arrivée du hajo; il ignorait également que c'était pour motiver la rédaction destinée à sauvegarder les principes de l'êtiquelte (|u'on l'avait prié de se trouver sur sa porte à l'arrivée ou, scion la cour, au passage du prince. ^

Le récit colporté en Allemagne, bien qu'inexact, reposait donc sur un fait vrai. L'ambassadeur de Savoie, qui avait imaginé cet expédient, s'en vanta auprès de son souverain : sa lettre fut communiquée à M. de Briord, envoyé de France à Turin, qui en transmit copie à Louis XIV; le roi, assez piqué de cette révélation, demanda des explications à Villars. On se ligure la surprise et le mécontentement de Villars. II courut chez l'ambassadeur de Savoie, qui nia tout et attesta, devant témoins, que le récit officiel fait par Villars était exactement conforme an'faits. Mais son attitude embarrassée et son refus de donner une attestation écrite prouvaient à Villars qu'il avait joué un double rôle. Sa déclaration publique suffisait d'ailleurs à donner à la visite de Liechtenstein son véritable caractère ; quel que fût le chemin suivi par le priaff- pour venir à la légation de France, il fut officiellement constaté qu'il y était venu apporter l'expression de ses regrets : la satisfaction était suffisante et le roi la déclara telle, en ordonnant à Villars de garder désormais le silence sur cet incident. Villars n'en a pas, dans ses Mémoires, complètement raconté la dernière phase; il laisse même croire (p. 233) que l'attestation écrite de l'ambassadeur de Savoie lui fut donnée; mais dans ses dépèches il n'a rien atténué et c'est d'elles que nous avons tiré les détails qui précèdent. (Le roi à Villars, 31 mai, 30 juin; Villars au roi, 18 juin; Villars à Torcy, 18 et 24 Juin.)

lN)ur terminer c«; qui concerne cet incident, nous donnerons le texte de la lettre citée en note, p. 220.

Villars à Torcy.

A Vienne, le 15 mars 1699.

Monsieur,

Vous verres par le compte que j'ay l'honneur de rendre à Sa Majesté (]u'uu ne se prépare pas à une satisfaction telle qti'Ëlle

m'ordonne de la demander ; ils en font assés pour avouer le tort, et trop peu pour le réparer. 8i sur une telle conduite S. M. m'ordonne de partir, vous me pardonnerés bien. Monsieur, en quittant Vienne, quelque petit discours sur la beauté de la charge de M. le prince de Lichtenstein qui, le mettant à portée d'offenser, le garentit des satisfactions. Je puis donner à cela un petit tour galant qui sera du goût des militaires, avec lesquels je ne sais pas mal icy, et me donnera quelque petite consolation personnelle, car ce gouverneur, que Ton estime icy trop peu digne de Testre, est beaucoup plus jeune et asseurément moins chaud que Don Oi^g;ae. Jusqu'au départ

Jt iiendray ma kngoe captive, et si ce long silence

La démangeaison de dire quelques vers, comme vous voyœ. Monsieur, est grande, mais le respect ne me permet pas de prendre cette liberté plus d'une fois par an^

(Orig. Arch. des AS. étr.)

1. Saint-Simon (III, 322) reproche à Villars sa manie de faire des citations.

NËGOCUTtONS RELATIVES A LA SUCCESSION D'ESPAGNE.

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