Stnhlweissenburg
raison politique, car la paix se traitoit en secret ; et le sultan, aussi bien que Fempereur, pressé par tous les avantages que la France avoit pris depuis le commencement de la guerre des Turcs, la désiroient également. Le roi s'étoit emparé de Strasbourg, le duc de Mantoue nous avoit vendu Gazai par un traité commencé en Flandre et continué sur les lieux (ainsi que nous le voyons par les lettres du marquis de Louvois, par celles de Fabbé Morel), ensuite rompu, et puis renoué. On avoit assiégé et pris Luxembourg, la plus importante place des Espagnols pour assurer le commerce de Fempire avec la Flandre; et les Espagnols, hors d'état de se défendre, avoient consenti à tout ce qu'on avoit exigé d'eux. Le roi faisoit fortifier Mont-Royal, Trarbach, Landau, Longwy, Sarrelouis et toutes les places qui nous ouvroient les terres de Fempire, qui sont en deçà du Rhin. Ainsi, Fempire menacé, l'Italie ébranlée par la perte de Gazai, et tous les États voisins de la France intimidés par sa puissance, ne permettoient plus à l'empereur de différer sa paix avec le Turc, et le duc de Lorraine même, pour excuser les difficultés qu'il avoit apportées à la bataille que Fon gagna quelques jours après, n'hésita pas à dire ensuite au marquis de Yillars, qui avoit insisté plus qu'un autre à la faire donner, que, quand une paix aussi importante étoit prête à se conclure, on ne donnoit pas une bataille pour divertir les volontaires. Les sentiments de ce volontaire pouvoient être comptés pour quelque chose, par le crédit qu'on lui connoissoit sur Fesprit de Félecteur de Bavière.
L'armée impériale demeura quelques jours campée
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auprès de Baraniavar, et pendant ce temps un vizir, qui avoit été pris la campagne précédente, et qui éti»t au général Dunewald, fut retiré par les Turcs, moyennant 40,000 écus, et pour environ 1 0,000 francs de fourrures et de pierreries.
Les Turcs envoyèrent un aga et 1 3 ou 15 spahis pour apporter l'argent, et, pendant que Ton le comptoit, le marquis de Yillars, qui montoit un cheval d'Espagne fort adroit, caracoloit avec cet aga très bien monté et fort adroit aussi. La fin de leur manège finit par des honnêtetés, et, cet aga voyant des pistolets fort be|px qu'avoit le marquis de Yillars, ils lui furent offerts, ce que le général Dunewald n'approuva pas.
Cependant l'armée turque avoit passé la Drave, sur le pont d'Ësseck, ouvrage très magnifique, qui, sur une infinité de pilotis, traversoit la Drave et tous les bras et marais qui l'environnent, depuis Esseck jusqu'à la terre ferme, du côté de Baraniavar. Il étoit si lai^e qu'un bataillon pouvoit y marcher de firoat, et les Turcs s'en servoient pour mener leurs armées vers Bude, Âlbe-Royale^ et toutes les places qu'ils avoient en avant.
L'armée impériale avoit été obligée d'envoyer, le long de la haute Drave, pour en défendre le passage, tout ce qu'on appelle les nationaux, qui sont les housêards^ cravattes et autres troupes légères dont les Impériaux ne faisoient pas grand cas, mais dont Féloignement donnoit un tel air de supériorité à celles des Turcs, que leur cavalerie insultoit tous les jours